Christianisme au Pakistan

Cathédrale catholique romaine de Saint-Patrick de Karachi.

Le christianisme est la deuxième minorité religieuse du Pakistan après l'hindouisme.

Historique

Près de 3 millions de chrétiens vivent au Pakistan[1]. Ces derniers sont généralement mal acceptés par la population musulmane, ils ont très difficilement accès aux hauts postes exécutifs, administratifs et politiques. Exclus par la majorité, ils vivent pour la plupart dans des bidonvilles sans accès à l'eau courante ni à l'électricité. De nombreux attentats les visent (presque une dizaine d'attentats entre 2000-2002 visant St Thomas' Church  et F8 Church). La communauté chrétienne est également victime de conversions forcées, notamment envers les femmes.

Au Pakistan, les chrétiens sont surtout des descendants d'hindous issus de basses castes qui furent convertis par des missionnaires étrangers, surtout Britanniques, entre 1757 et 1947 : les convertis espéraient sortir d'une vie sociale difficile, et gravir les échelons sociaux, mais la situation des chrétiens au Pakistan est de nos jours tout autant difficile, et ceux-ci sont condamnés le plus souvent à la pauvreté et aux métiers les plus ingrats.

En 2009 commence la très médiatique affaire Asia Bibi, du nom de cette femme chrétienne catholique de 38 ans, de la province du Pendjab, accusée de blasphème, à la suite d'une banale dispute d'ouvrières agricoles à thème religieux opposant islam et christianisme. Sur ce chef d'accusation elle est condamnée à mort par un tribunal pakistanais local. Elle fait appel devant la Haute Cour de Lahore. Son cas fait l'objet d'une médiatisation internationale, alors que cette situation n'est pas rare au Pakistan, bien que, malgré les condamnations à mort, aucune n'ait encore, à ce jour (2017), été exécutée au Pakistan pour ce motif de blasphème. Le 16 octobre 2014, la Haute Cour de Lahore rejette l'appel et confirme la condamnation à mort. Asia Bibi fait un ultime recours devant la Cour suprême du Pakistan qui a trois ans pour la juger. En mars 2017, l'affaire n'est toujours pas tranchée et Asia Bibi est toujours en prison depuis 2009, malgré les nombreux plaidoyers nationaux et internationaux en sa faveur.

Le 30 mai 2011, le maulana Abdul Rauf Farroqi, responsable religieux du parti islamiste JUI-S, avait jugé la Bible comme étant blasphématoire devant la presse et son parti avait demandé son interdiction auprès de la Cour suprême. La demande a néanmoins été retirée le 13 juin 2011 par Sami ul Haq en raison du caractère sacré de la Bible comme le précise le prêtre catholique, P. Francis Nadeem : « À la base, le recours était nul et non avenu : personne n’aurait pris la responsabilité d’assurer la défense de cette plainte devant les juges suprêmes car il est impossible de traduire en justice un livre saint. Jésus-Christ est mentionné dans le Coran sous le nom de Issa et toute démarche visant à nuire à la Bible entrerait en contradiction avec la foi professée par la vaste majorité des habitants de ce pays »[2].

Le 18 novembre 2011, les autorités pakistanaises ordonnent aux opérateurs de télécommunications du pays de bloquer une liste de mots jugés obscènes. Parmi ces derniers se trouvait « Jésus-Christ ». Toutefois, à la suite de l'intervention du ministre de l'Harmonie nationale, Akram Gill, l'interdiction a été levée dès le 24 novembre de la même année car jugée comme allant à l'encontre de la Constitution pakistanaise[3],[4].

Le 27 mars 2016 (dimanche de Pâques), dans un parc public de Lahore où de nombreuses familles chrétiennes sont rassemblées près d'un espace de jeux pour enfants, un nouvel attentat-suicide contre la communauté chrétienne fait au moins 72 morts. 29 enfants sont tués, ainsi que de nombreuses femmes. 340 personnes sont blessées, essentiellement des enfants et des femmes. Le groupe Jamaat-ul-Ahrar, issu du mouvement des talibans, a rapidement revendiqué la responsabilité de l'attentat-suicide et sa claire motivation anti-chrétienne[5]. Le rassemblement ne bénéficiait d'aucune protection policière. La réprobation nationale officielle (deuil de trois jours au Pendjab) et internationale est unanime[6]. Mais le président français, François Hollande, relayé par une partie de la presse, ne parle que d'un attentat[7], sans évoquer la communauté chrétienne à laquelle appartenaient la presque totalité des victimes, pourtant clairement visée par les talibans[8].

Dénombrement

Les chrétiens représentent environ 1,5 % de la population du Pakistan, soit environ 2,4 millions de personnes dont 1 288 000 de catholiques.

Selon le CIA World Factbook la population chrétienne est d'environ de 2,5 %.

Il y a une grande population catholique originaire de Goa à Karachi

Lieux de cultes

À Karachi se trouve la cathédrale de Saint-Patrick, la plus grande église du pays.

À Lahore se trouve la cathédrale de la résurrection.

Persécutions

2017-fr.wp-orange-source.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (mars 2016)
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.

Le Pakistan est un des pays au monde où les chrétiens sont le plus persécutés avec un indice de 56.5 en 2012.

Dans les années 1990, des chrétiens ont été arrêtés sur des allégations de blasphème. Des églises ont été démolies à Faisalabad selon le Daily Telegraph. Des menaces d'attentats à la bombe ont également eu lieu en 2005.

Selon l'Agence Fides (organisme d'information du Vatican), chaque année, 700 femmes chrétiennes sont enlevées, séquestrées, converties de force à l'islam et mariées de force à des musulmans. Elles sont également menacées de représailles sur elles ou leurs familles si elles s'enfuient. Certaines se sont suicidées. D'autres ont été répudiées puis vendues à des trafiquants d'êtres humains. D'autres parviennent à s'enfuir et à porter plainte mais les tribunaux leur donnent rarement raison. Dans la plupart des cas, elles sont renvoyées à leur « mari ». C'est ce qu'affirme Me Sardar Mushtaq Gill, avocat, membre de la LEAD Legal Evangelical Association Development (Legal Evangelical Association Development). La LEAD est une association qui apporte un soutien juridique et défend devant les tribunaux les chrétiens accusés de blasphème.

Toujours selon Fides, le viol des chrétiennes serait fréquent.

Alors que les musulmans accusés de blasphème n'ont affaire qu'à la justice, il en va différemment pour les chrétiens, qui font parfois l'objet de grandes violences de la part des musulmans, violences pouvant aller jusqu'à la mort. Ainsi, le 4 novembre 2004, un couple de chrétiens accusé de blasphème a été battu à mort par une foule musulmane, qui a ensuite brûlé leurs corps. Parfois, aussi, lorsqu'un chrétien est accusé de blasphème, des musulmans s'en prennent au village dont est issu l'accusé et aux villageois.

Parfois, des chrétiens sont victimes de tentative d'assassinat par des musulmans, pour leur seule appartenance religieuse. Ainsi, le 14 avril 2015, un adolescent chrétien, Nauman Masih, 14 ans, a été arrosé d'essence et brûlé vif, dans la rue, par de jeunes musulmans, lorsque ces derniers ont appris qu'il était chrétien.

Les chrétiens font régulièrement l'objet d'attaques ciblées, l'une des plus meurtrières étant celle de Pâques 2016 dans un parc public de Lahore où un Kamikaze s'est fait exploser au milieu d'une foule comprenant des chrétiens, et tuant 72 personnes[10]. L'article du journal Libération qui rend compte de cet attentat (revendiqué par les talibans) explique ainsi que les Chrétiens étaient visés car cette minorité (2 à 3% de a population pakistanaise) est issue de l'ancienne caste des « intouchables » formant la classe sociale la plus basse et réduits à occupés les emplois les plus déconsidérés. Victimes de nombreux attentats ou agressions, ils ne bénéficient pas réellement d'une protection de la part des autorités[10].

L'un des cas les plus emblématiques des persécutions des chrétiens du Pakistan, car médiatisé internationalement, est celui d'Asia Bibi. Le site du comité international de soutien d'Asia Bibi rappelle ainsi les faits d'origine : le 14 juin 2009, alors que cette chrétienne du Penjab s'apprête à boire l'eau d'un puits censé être réservé aux musulmans, une violente dispute éclate avec une de ses voisines musulmanes qui l'accuse de blasphème. Emprisonnée, et rapidement jugée, elle est condamnée à mort par pendaison[11]. La journaliste Anne-Isabelle Tollet a publié un récit sur cette affaire (Blasphème, d'Asia Bibi et Anne-Isabelle Tollet, Oh ! Editions), dont le journal Le Monde a rendu compte dans son édition du 1er juin 2011[12].

Église du Pakistan

L'Église du Pakistan  a 800 000 membres. Elle a été établie en 1970 comme fusion des églises presbytérienne, méthodiste, anglicane et luthérienne. Elle fait partie de la Communion anglicane.

Notes et références

  1. (en) Iftikhar Haider Malik, Culture and customs of Pakistan, Greenwood Publishing Group, , 220 p. (ISBN 031333126X, lire en ligne), p. 26.
  2. « Au soulagement des chrétiens, le parti islamiste JUI-S a retiré sa demande d’interdiction de la Bible déposée devant la Cour Suprême », dans Églises d'Asie du 16/06/2011, [lire en ligne].
  3. « Les mots obscènes… comme préservatif ou Jésus, bannis des sms au Pakistan ! », dans http://www.rtl.be le 18/11/2011, [lire en ligne].
  4. « Pakistan : « Jésus-Christ » revient dans les sms », dans http://www.zenit.org le 24/11/2011, [lire en ligne].
  5. « Pakistan : le bilan du carnage visant les chrétiens revu à la hausse », lefigaro.fr, 28 mars 2016.
  6. Attentat du 27 mars 2016 à Lahore#Réactions.
  7. « Le président Hollande s'exprime au sujet de l'attentat de Lahore », Europe 1.
  8. « L'attentat de Lahore visait les chrétiens », Le Figaro ; « Les chrétiens premiers visés dans un attentat aveugle revendiqué par un groupe taliban ».
  9. a et b « Le calvaire des chrétiens du Pakistan », Libération.fr,‎ (lire en ligne).
  10. « Asia Bibi site officiel », sur Asia Bibi site officiel (consulté le 10 novembre 2018).
  11. « Asia Bibi, chrétienne du Pakistan, condamnée à mort pour blasphème », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne).

Articles connexes