Chevauchée d'Édouard III (1359-1360)

Chevauchée de 1360
Description de cette image, également commentée ci-après

Édouard III assiégeant Reims,
Chroniques de Jean Froissart.

Informations générales
Date Octobre 1359-mai 1360
Lieu France
Issue Échec anglais d’Édouard III
Belligérants
Blason pays fr FranceAncien.svg Royaume de France Royal Arms of England (1340-1367).svg Royaume d'Angleterre
Commandants
Dauphin Charles Édouard III

Guerre de Cent Ans

Batailles

Première phase (1337-1360)
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Guerre de Succession de Bretagne (1341-1364)
Champtoceaux (1341) · Hennebont (1342) · Morlaix (1342) · Vannes (1342) · Cadoret (1345) · La Roche-Derrien (1347) · Combat des Trente (1351) · Mauron (1352) · Montmuran (1354) · Rennes (1356-1357) · Auray (1364)

Deuxième phase (1369-1389)
Cocherel (1364) · Pontvallain (1370) · La Rochelle (1372) · Chizé (1373) · Nantes (1380-1381) · Nevele (1381) · Révolte des Tuchins (1381-1384) · Révolte paysanne anglaise (1381) · Roosebeke (1382)

Guerre civile de Castille (1351-1369)
Nájera (1367) · Montiel (1369)

Armagnacs et Bourguignons (1407-1435)
Rethel (1411) · Révolte des Cabochiens (1413) · Mons-en-Vimeu (1421) · Anthon (1430)

Troisième phase (1415-1428)
Harfleur (1415) · Azincourt (1415) · Caen (1417) · Rouen (1418) · Montereau-Fault-Yonne (1420) · Baugé (1421) · Meaux (1421) · Cravant (1423) · Brossinière (1423) · Verneuil (1424) · Montargis (1427) · Laval (1428)

Quatrième phase (1429-1453)
Orléans (1428-1429) · Journée des Harengs (1429) · Jargeau (1429) · Meung-sur-Loire (1429) · Beaugency (1429) · Patay (1429) · Chevauchée vers Reims (1429) · Montépilloy (1429) · Paris (1429) · Laval (1429) · Compiègne (1430) · Lagny (1432) · Gerberoy (1435) · Paris (1435-1436) · Dieppe (1442-1443) · Campagne Bretagne et Normandie (1448-1449) · Fougères (1449) · Verneuil (1449) · Formigny (1450) · Caen (1450) · Castillon (1453) · Bordeaux(1453)

La chevauchée d’Édouard III de 1360 est un épisode de la guerre de Cent Ans mené par Édouard III d’octobre 1359 à la signature du traité de Brétigny le 8 mai 1360.

Chevauchée d'Édouard III (1359-1360)

Sommaire

Contexte

En 1358, en pleine guerre de Cent Ans, la France est ravagée par la révolte des marchands parisiens menés par Étienne Marcel et les jacqueries dont voulait profiter Charles le Mauvais, autre prétendant au trône de France, pour prendre le pouvoir. Les Anglais vont donc augmenter leurs revendications au deuxième traité de Londres où ils réclament l’Aquitaine et la Normandie (le tiers du territoire français) en échange du renoncement à la couronne de France. Le 25 juin 1359, les États généraux réunis par le Dauphin Charles déclarent le traité « ni passable ni faisable[1] ». Édouard III organise donc une nouvelle chevauchée qui doit le mener à Reims, la ville du sacre.

Déroulement

Itinéraire d'Édouard III en orange.

La trêve de 1357 expirée, la guerre avec l’Angleterre avait recommencé en 1359. Édouard III, débarqué à Calais dès le mois d’octobre, avec une armée considérable dont il prit lui-même le commandement, dans le but de ruiner le pays pour forcer les Français à livrer une de ces grandes batailles en rase campagne qui avaient si bien réussi aux Anglais à Crécy ou Poitiers. Face à ce danger, les conseillers du Dauphin et se souvenant des précédentes campagnes, résolurent d’éviter une bataille rangée, pour lui opposer une tactique de la terre déserte au lieu d’exposer les troupes royales à quelque désastre, en se bornant à une guerre d’escarmouches refusant toute bataille rangée qui harcele l’ennemi, lui défend l’entrée des villes et lui coupe, dans la mesure du possible, les vivres.

Édouard III put ainsi s’avancer de Calais jusqu’à Reims sans trouver l’occasion d’un engagement décisif. À Reims, il épuisa ses forces dans un siège infructueux. Lorsque les approvisionnements lui manquèrent, il fut obligé de se remettre en marche pour chercher des cantonnements moins dénués de ressources. Il se dirigea vers la basse Bourgogne, en passant par Châlons-sur-Marne, Merry-sur-Seine, Sens et Cerisiers. Sur le passage des envahisseurs, les paysans s’enfuyaient, les villes fermaient leurs portes. L’armée anglaise se vit réduite à parcourir, en plein hiver, sans combattre, des campagnes nues et désertes. Arrivée sur les bords de l’Yonne et de l’Armançon, elle rencontra des obstacles plus sérieux encore. Le connétable de France, Robert de Fiennes, était venu se jeter dans Auxerre à la tête d’un corps de troupes plus braves que bien disciplinées. Un autre capitaine, qui avait trouvé moyen de s’illustrer au milieu de la déroute de Poitiers, Oudart de Renty, commandait à Saint-Florentin une poignée d’aventuriers soutenue par les bourgeois de la ville. Baudoin Dannekins, le maître des arbalétriers de France, était chargé de défendre Tonnerre. Avant de s’engager plus loin, Édouard III crut nécessaire d’enlever une des places qui lui barraient la route, et qui pouvaient, en cas d’échec, lui fermer la retraite. II fit attaquer Saint-Florentin par son avant-garde, mais Saint-Florentin défia tous les efforts des assaillants. Édouard se rejeta alors sur Tonnerre où il n’obtint guère plus de succès car, s’il pénétra dans l’enceinte de la ville basse, il dut renoncer à prendre le château qui la dominait.

Ce double échec força l’armée anglaise de continuer sa marche. Elle remonta la vallée du Serein, passa devant Noyers, parvint à s’emparer de Montréal et déboucha dans les vastes plaines qui s’étendaient au pied de cette forteresse, où il décida d’établir ses quartiers d’hiver. Il y avait à Guillon un château bâti par la famille des sires de Beauvoir. Édouard III le choisit pour sa résidence et s’y installa le 19 février 1360. Pendant qu’il s’y reposait des fatigues de sa longue chevauchée, ses fourrageurs battaient le pays d’alentour. Un de ses écuyers, Jean d’Arleston, s’était même avancé jusqu’au cœur de la Bourgogne et s’était rendu maitre de Flavigny, d’où il ravitaillait le gros du corps d’armée. D’autres officiers poussèrent des reconnaissances et pratiquèrent des razzias jusque sur les confins du Nivernois. Néanmoins, la position des Anglais était périlleuse. Ils avaient derrière eux toute une ceinture de places ennemies, Saint-Florentin, Tonnerre, Auxerre, AvalIon, Vézelay. Heureusement pour eux, le jeune duc Philippe Ier de Bourgogne suivit la même politique que l’année précédente en achetant pour la seconde fois, la paix à prix d’or, et, le 10 mars 1360, il conclut, en s’engageant à verser la somme de 200 000 deniers d’or, le traité de Guillon, plus honteux encore que celui de Chassaignes du 23 juillet 1359, par lequel les Anglo-Navarrais s’engageaient à quitter la Bourgogne.

Malgré la faiblesse du duc de Bourgogne, le roi d’Angleterre ne savait cependant trop comment il devait poursuivre le cours de son expédition. Il n’osait rebrousser chemin de peur de rencontrer sur sa route Robert de Fiennes et les autres capitaines français dont il avait déjà éprouvé la valeur. Il n’osait pas davantage attaquer des villes comme Avallon et Vézelay, fortifiées, défendues, et devant lesquelles il eut éprouvé le même sort qu’à Reims ou à Saint-Florentin. Mais considérant que la garnison de ces places était trop faible pour l’attaquer en rase campagne, il résolut de passer entre les deux de manière à gagner les rives de l’Yonne, du côté de Coulanges pour, de là, se jeter dans la Puysaie et dans le Gatinais. Afin d’assurer l’exécution de ce plan, il s’empara du château de Pierre-Perthuis, situé sur les bords de la Cure, à quelques kilomètres au-dessous de Vézelay, appartenant à Guillaume de la Trémouille, qui devint le centre des opérations anglaises tant que dura leur mouvement de Guillon à Coulanges-sur-Yonne.

Pendant ce temps, en mars 1360, une force expéditionnaire de marins normands pillait et brulait le port de Winchelsea lors d’un raid qui déclencha une panique en Angleterre[2]. Fou de rage, Édouard III remonte vers Paris et laisse son armée ruiner la contrée. Il ne s’agit plus de simples extorsions visant à nourrir son armée, mais de la destruction systématique de toutes les ressources – les pieds de vignes sont arrachés, le bétail abattu et toute âme qui vive massacrée. Le 31 mars 1360, Édouard installe son quartier général au château de Chanteloup à Saint-Germain-lès-Arpajon et dirige l’investissement de Paris. Longjumeau, Monthléry, Corbeil et Orly sont occupés et pillés dans la foulée. Puis, entre le 5 et le 7 avril, c’est au tour de Châtillon, Montrouge, Gentilly, Cachan, Issy, Vanves et Vaugirard. Les exactions commises par les Anglais harcelés, affamés, privés, faute de fourrage, de montures, qui campent aux portes de Paris, entrainent un vif ressentiment parmi les habitants des villages aux alentours, qui viennent alors se réfugier dans Paris. Par mesure de défense, les faubourgs méridionaux sont brulés. Plus fin stratège que ses prédécesseurs, le Dauphin refuse toujours le combat.

Après être restée une semaine devant Paris, l’armée anglaise, manquant de vivres, est forcée de se retirer vers le Nord. Le dimanche 12 avril 1360, les Anglais plient bagages et prennent alors la direction de la Beauce. Le 13 avril, alors que l’armée anglaise est quelque part dans l’actuel territoire des Yvelines, une terrible tempête éclate, un orage de grêle qui tue bêtes et gens, détruit les chariots, les vivres et l’armement qui, interprété sur le moment, comme un signe divin, restera célèbre sous le nom de « Black Monday ».

Portée

Contrairement aux chevauchées de 1346 et 1356 qui se sont soldées par des victoires anglaises écrasantes à Crécy et Poitiers, celle de 1360 tourne au fiasco pour Édouard III qui se décide alors à négocier avant de rembarquer piteusement, après avoir négocié les accords préliminaires au futur traité de Brétigny qui sera signé le 8 mai. Cet échec ayant mis fin à son rêve d’être sacré roi de France, il ne peut plus que monnayer la paix contre le roi de France qu’il retient en otage depuis la bataille de Poitiers.

Notes et références

  1. Françoise Autrand, Charles V, Paris, Fayard, , 909 p. (ISBN 978-2-21302-769-2), p. 388.
  2. Autrand 1994, p. 368.

Liens externes