Centrisme en France

Cette page présente les partis et personnalités reliés au centre en France.

Histoire du centrisme en France

Familles et formations politiques centristes

Modérés, démocrates et démocrates-chrétiens

Les modérés, démocrates et démocrates-chrétiens constituent la principale famille politique du centre en France.

Issus des traditions orléaniste et libérales de la droite française, les modérés, démocrates et démocrates-chrétiens se sont principalement structurés en partis politique après la Libération.

Le Mouvement républicain populaire (MRP), sous la IVe République, puis l'Union pour la démocratie française (UDF), sous la Ve, constituent les deux forces politiques majeures qui les ont rassemblé. La Ve République et l'élection au suffrage universel direct du président de la République instituée en 1962 rendront plus difficiles les succès électoraux des formations centristes.

L'UDF (créée en 1978) réussit cependant à se constituer comme une force politique de gouvernement grâce à la légitimité de son fondateur, Valéry Giscard d'Estaing, qui a démontré par son élection en 1974 à la présidence de la République, que cette fonction n'était pas uniquement dévolue aux héritiers du général de Gaulle ou au leader des forces de gauche. Cependant, après l'échec de Valéry Giscard d'Estaing à l'élection présidentielle de 1981, l'UDF ne peut maintenir son influence qu'en s'alliant avec les forces de droite, disputant au Rassemblement pour la République néogaulliste le leadership sur l'électorat « conservateur ». Une partie de l'UDF, pour l'essentiel des membres du Centre des démocrates sociaux, prennent néanmoins part au gouvernement d'ouverture mené par Michel Rocard de 1988 à 1991. Un groupe distinct (Union du centre) de l'UDF est constitué à l'Assemblée nationale.
À partir du milieu des années 90, l'UDF connaît plusieurs scissions voyant les libéraux la quitter en 1998, puis une majorité de ses cadres et de nombreux militants au profit de l'UMP en 2002.

En 2007, François Bayrou, président de l'UDF, atteint 18,57 % des suffrages au premier tour de l'élection présidentielle. L'UDF disparaît finalement par son intégration au sein du nouveau parti fondé par François Bayrou, le Mouvement démocrate (MoDem) qui adopte un positionnement indépendant des forces de droite et de gauche. Des membres refusant un abandon de l'alliance avec la droite créent parallèlement le Nouveau Centre. Jean-Marie Cavada quitte le MoDem avant son congrès fondateur et crée un nouveau mouvement centriste ACDE-Avenir démocrate avant de rejoindre le Nouveau Centre. En juin 2008, Jean Arthuis, qui a quitté le MoDem, crée une association nationale, Rassembler les centristes, regroupant élus et militants attachés à l'héritage politique de l'UDF.

En 2011, Jean-Louis Borloo, président du Parti radical crée L'Alliance républicaine, écologiste et sociale (ARES) qui a pour ambition de rassembler les formations centristes membres de la majorité présidentielle de Nicolas Sarkozy, dans la perspective d'une candidature commune à l'élection présidentielle de 2012. En novembre 2011, Jean-Louis Borloo renonce à se présenter. Les membres de l'ARES soutiennent majoritairement la candidature de Nicolas Sarkozy après, pour certains d'entre eux, avoir soutenu celle d'Hervé Morin qui renonça également à se présenter.

À la suite de l'échec de Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo relance en mai 2012 son intention de rassembler les formations politiques de centre-droit. Sous son égide, des députés membres du Nouveau Centre, du Parti radical, de Calédonie ensemble, de l'Alliance centriste, du CNIP et divers droite forment le groupe de l'Union des démocrates et indépendants à l'Assemblée nationale.

En juillet 2012, plusieurs membres du Nouveau Centre (dont des députés élus sous l'étiquette de l'URCID) fondent la Force européenne démocrate (FED) sous l'égide de Jean-Christophe Lagarde. Michel Mercier, ancien ministre et trésorier du Mouvement démocrate est cofondateur de la FED.


Parti Années de création/dissolution Fondateur Président Composantes, structures associées
Alliance démocratique 1901-1940 Adolphe Carnot Adolphe Carnot, Charles Jonnart, Pierre-Étienne Flandin Gauche radicale ; Républicains de gauche
Action libérale populaire 1901-1927 Jacques Piou et Albert de Mun Jacques Piou Force politique de centre-droit dominant la droite française au début du siècle, la formation disparaît presque complètement dès 1919.
Parti démocrate populaire 1923-1942 Georges Thibout Georges Thibout, Auguste Champetier de Ribes Bureau d’action civique
Mouvement républicain populaire 1944-1967 Georges Bidault Maurice Schumann, Pierre-Henri Teitgen, Pierre Pflimlin, André Colin, Jean Lecanuet -
Centre démocrate 1966-1976 Jean Lecanuet Jean Lecanuet Fondateur du Centre des démocrates sociaux en 1976
Fédération nationale des Clubs perspectives et réalités 1966-1995 Jean-Pierre Fourcade
(fondateur du premier club)
Les Clubs perspectives et réalités rassemblaient des libéraux modérés soutenant Valéry Giscard d'Estaing. En 1978, ils participent à la fondation de l'Union pour la démocratie française. En 1995, ils prennent la forme du Parti populaire pour la démocratie française (cf. infra).
Centre démocratie et progrès 1969-1976 René Pleven, Jacques Duhamel Jacques Duhamel Fondateur du Centre des démocrates sociaux en 1976
Centre des démocrates sociaux 1976-1995 Jean Lecanuet Jean Lecanuet Fondateur de l'Union pour la démocratie française en 1978 et de Force démocrate en 1995.
Union pour la démocratie française 1978-2007 Jean Lecanuet, Valéry Giscard d'Estaing Jean Lecanuet, Valéry Giscard d'Estaing, François Léotard, François Bayrou Parti fondateur du MoDem en 2007 (sans activité réelle depuis, sa disparition définitive étant fixée à 2010).
Force démocrate 1995-1998 François Bayrou François Bayrou Fusionne en 1998 avec le PRIL et les adhérents directs de l'UDF au sein de "la nouvelle UDF".
L'Alliance républicaine, écologiste et sociale 2011-2012 Jean-Louis Borloo Jean-Louis Borloo Fondée en juin 2011 dans la perspective de soutenir une candidature commune à l'élection présidentielle de 2012, cette structure rassemble le Parti radical, le Nouveau Centre, la Convention démocrate et La Gauche moderne. Elle est sans activité publique depuis le renoncement de Jean-Louis Borloo à présenter sa candidature en novembre 2011.
Convention démocrate
Parti populaire pour la démocratie française jusqu'en 2002
1995 Hervé de Charette Hervé de Charette Continuation de la Fédération nationale des Clubs perspectives et réalités, composante de l'UDF, le parti prend la forme d'un club lorsque ses membres rejoignent l'UMP en 2002. La Convention démocrate reprend la forme d'un parti politique pour intégrer L'Alliance républicaine, écologiste et sociale en mai 2011.
Cap21 1996 Corinne Lepage Corinne Lepage Associé au Mouvement démocrate de 2007 à 2010.
Les Centristes
Nouveau Centre jusqu'en 2016
2007 Hervé Morin Hervé Morin Fetia Api
Mouvement démocrate 2007 François Bayrou François Bayrou UDF ; Cap21 (2007-2010)
Alliance centriste 2009
(2008 pour RC)
Jean Arthuis Jean Arthuis Fondée en juin 2008 sous la forme de l'association Rassembler les centristes (RC), qui s'est transformée en parti politique le 27 juin 2009.
Force européenne démocrate 2012 Jean-Christophe Lagarde Jean-Christophe Lagarde Fondée en juillet 2012 par d'anciens membres du Nouveau Centre et du Mouvement démocrate.
Union des démocrates et indépendants 2012 Jean-Louis Borloo Jean-Louis Borloo, Jean-Christophe Lagarde Fondée le 18 septembre 2012 composée de huit formations politiques nationales qui conservent leur existence.

En gras, partis encore en activité.

Personnalités incarnant cette famille

Radicaux

Le radicalisme est l'une des plus anciennes familles politiques qui se soit structurée en France. Partisan d'une république laïque et sociale, ils sont issus de l'extrême-gauche du XIXe siècle.

Fondé en 1901, avant même la loi autorisant la création d'associations et de partis politiques, le Parti républicain, radical et radical-socialiste évoluera progressivement vers un positionnement central sur l'échiquier politique. Cela est très certainement dû à son rôle de parti pivot sous la IIIe République, et à la structuration de deux familles concurrentes à gauche : les socialistes et les communistes. Sous la Ve République, le parti perd l'essentiel de son influence électorale et rassemble des hommes politiques attachés aux valeurs radicales, mais prônant pour les uns une alliance avec les autres forces de gauche, pour les autres une alliance avec les centristes issus du MRP et les Républicains indépendants de Giscard d'Estaing. Finalement, le parti connaît en 1971 une scission voyant la création par la tendance minoritaire du Mouvement des radicaux de gauche. En 1978, le Parti radical dit "valoisien" intègre l'Union pour la démocratie française au sein de laquelle il conserve cependant une forte autonomie. Enfin, en 2002, le parti quitte l'UDF pour s'associer avec l'UMP. Le MRG, devenu Parti radical de gauche, a quant à lui conclu dès sa création une alliance programmatique, électorale et financière durable avec le Parti socialiste tout en conservant son indépendance juridique.

Parti Année de création/dissolution Fondateur Président Composantes, structures associées
Parti radical 1901 Léon Gambetta (1863), Jean-Jacques Servan-Schreiber (1971) Laurent Hénart parti associé à l'UMP de 2002 à 2011.
Radicaux indépendants 1928-1958 N.B. Les radicaux indépendants, principalement alliés aux forces politiques de droite, n'étaient pas structurés en un véritable parti politique.
Parti radical de gauche 1972 Maurice Faure, Robert Fabre Sylvia Pinel Parti allié du Parti Socialiste lors des Législatives 2012
Union des républicains radicaux 2002-2008 Emmanuel Dupuy Issue des radicaux ayant soutenus Jean-Pierre Chevènement en 2002, l'U2R soutint François Bayrou en 2007 avant de se rapprocher des Progressistes pour intégrer finalement La Gauche moderne.

En gras, partis encore en activité.

Personnalités incarnant cette famille

Sociaux-démocrates, sociaux-libéraux, chrétiens sociaux et progressistes

Au-delà des radicaux, le centre gauche rassemble en France plusieurs courants issus du socialisme (sociaux-démocrates, sociaux-libéraux) et des modérés et chrétiens sociaux.

Ces courants se sont peu structurés en forces politiques homogènes. Aussi, la sociale-démocratie française s'est essentiellement exprimée au sein du Parti socialiste dont plusieurs membres se réclament. Ils ne revendiquent cependant pas un positionnement central sur l'échiquier politique, mais au contraire un ancrage à gauche qui reste aujourd'hui très majoritaire et incarné notamment par des personnalités comme Dominique Strauss-Kahn. Les chrétiens de gauche se sont quant à eux d'abord structurés dans le secteur syndical (Confédération française des travailleurs chrétiens) et des organisations de jeunesse (Jeunesse étudiante chrétienne), participant pour certains au MRP, puis au Parti socialiste, comme Jacques Delors. De nombreuses personnalités socialistes protestantes (ou issus de familles protestantes), comme Michel Rocard, ont incarné au sein de la « Deuxième gauche » un socialisme plus proche des forces du centre que de la gauche communiste. Courant plus récent, les sociaux-libéraux sont issus des sociaux-démocrates. Ils se sont progressivement structurés au sein du Parti socialiste (tout en restant extrêmement minoritaires) en revendiquant une ligne politique inspirée de la social-démocratie et du nouveau travaillisme britannique incarné par Tony Blair.

Une tendance sociale-démocrate ou sociale-libérale a également historique existé au sein de partis majoritairement de droite, du centre-droit ou du centre, à travers notamment le « gaullisme de gauche » ou le « gaullisme social », le Parti social-démocrate au sein de l'Union pour la démocratie française ou plus récemment La Gauche moderne ou Les Progressistes, issus de dissidents du Parti socialiste, au sein de l'Union pour un mouvement populaire ou de l'Union des démocrates et indépendants. Nathalie Kosciusko-Morizet a fait campagne à la primaire ouverte de la droite et du centre en 2016 pour l'élection présidentielle de 2017 en se définissant comme la représentante d'une « droite progressiste » défendant une « nouvelle société », reprenant une expression déjà mise en avant en 1969 par le Premier ministre gaulliste social Jacques Chaban-Delmas.

Parti Année de création / dissolution Fondateur Président Composantes, structures associées
Le Sillon 1902-1910 Marc Sangnier 'Renaît' en 1912 sous la forme de la Ligue de la jeune république.
Ligue de la jeune République 1912-1957 Marc Sangnier Fondateur de l'Union de la gauche socialiste en 1957.
Union démocratique et socialiste de la Résistance 1945-1964 François Mitterrand, René Pleven François Mitterrand Se dissous dans la Convention des institutions républicaines en 1964-1965.
Union de la gauche socialiste 1957-1960 Fondateur du Parti socialiste unifié en 1960.
Convention des institutions républicaines 1964-1971 François Mitterrand François Mitterrand Fondateur du Parti socialiste au congrès d'Épinay en 1971.
Objectif socialiste 1965-1971 Robert Buron Robert Buron Créé par Robert Buron, issu du MRP, ses membres intègrent le Parti socialiste au congrès d'Épinay de 1971. La motion qu'ils y présenteront recueillera 0,5 % des suffrages.
Parti socialiste unifié 1967-1989 Michel Rocard Michel Rocard Une partie importante de ses membres rejoint le Parti socialiste en 1974. Ne se situe pas au centre-gauche, mais à gauche de la gauche.
Parti de la démocratie socialiste 1970-1973 Émile Muller Émile Muller Fondateur du Mouvement démocrate-socialiste (devenu par la suite le Parti social-démocrate)
Parti socialiste 1969 François Mitterrand (1971) Jean-Christophe Cambadélis Courant Socialisme et démocratie qui rassemble les sociaux-démocrates du PS.
Parti social-démocrate 1973-1995 Max Lejeune, Émile Muller Max Lejeune, André Santini Fondateur de l'UDF en 1978 et de Force démocrate en 1995.
Initiative européenne et sociale 2006-? Marc d'Héré Marc d'Héré Fondée par d'anciens membres du PS, IES s'est alliée au Nouveau Centre aux élections législatives de 2007. Son président est devenu secrétaire général des Progressistes en septembre 2007.
La Gauche moderne 2007 Jean-Marie Bockel Jean-Marie Bockel
Les Progressistes 2007 Éric Besson Éric Besson
En marche ! 2016 Emmanuel Macron Richard Ferrand

En gras, partis encore en activité.

Personnalités incarnant cette famille

Autres formations centristes

Il est également possible de placer au centre de l'échiquier politique certains mouvements écologistes (Génération écologie, mouvement écologiste indépendant d'Antoine Waechter, Le Rassemblement citoyen - Cap21 de Corinne Lepage, Ecologie bleue, l'Union des démocrates et des écologistes de Jean-Luc Bennahmias, le Parti écologiste de François de Rugy et Jean-Vincent Placé) ou encore des partis « thématiques » comme le Parti fédéraliste ou des partis régionalistes-nationalistes tels que le Parti breton.

Dans la mouvance royaliste, le Rassemblement démocrate (RD) est un petit groupe centriste regroupant le centre gauche et le centre droit ainsi que les gaullistes royalistes.

Les partis libéraux comme Alternative libérale ou le Parti libéral démocrate peuvent également être associés au centre sur certains points.

Articles connexes

Bibliographie

Généralité
  • Sylvie Guillaume (dir.), Le centrisme en France aux XIXe et XXe siècles : un échec ?, Bordeaux, MSH, 181p, 2005.
  • François Roth, Les modérés dans la vie politique française 1870-1965, Nancy, PUN, 585p, 2000.
  • Aurelian Craiutu, Le Centre introuvable. La pensée politique des doctrinaires sous la Restauration, Paris, Plon, 2006.
  • Jean-Pierre Rioux, Les Centristes: de Mirabeau à Bayrou, Fayard, Paris, 320p, 2011.
Travaux sur les partis politiques centristes
  • Jean-Claude Delbreil, Centrisme et démocratie chrétienne. Le Parti Démocrate Populaire des origines au MRP 1919-1944, Paris, Publications de la Sorbonne, 485p, 1990.
  • Rosemonde Sanson, L'Alliance républicaine et démocratique. Une formation du centre (1901-1920), Rennes, PUR, 562p, 2003.