Cathédrale Saint-Pierre de Beauvais

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Cathédrale Saint-Pierre de Beauvais
Image illustrative de l'article Cathédrale Saint-Pierre de Beauvais
Présentation
Culte Catholique romain
Type Cathédrale
Rattachement Diocèse de Beauvais, Noyon et Senlis (siège)
Début de la construction 1225
Fin des travaux 1567
Style dominant Gothique
Protection Logo monument historique Classée MH (1840)
Site web http://www.cathedrale-beauvais.fr
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Hauts-de-France
Département Oise
Ville Beauvais
Coordonnées 49° 25′ 57″ nord, 2° 04′ 53″ est

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La cathédrale Saint-Pierre de Beauvais est une cathédrale catholique romaine située à Beauvais, dans le département de l'Oise, dans la région Hauts-de-France, en France. Elle possède le plus haut chœur au monde (48,50 m). De 1569 à 1573 la cathédrale est avec sa tour de 153 mètres la plus haute construction humaine du monde. Terminée, elle serait la plus grande cathédrale gothique de France devant celle d'Amiens.

Histoire

Porche de la façade sud et entrée du palais épiscopal.
L'intérieur du chœur.

La cathédrale carolingienne

De la première cathédrale, il ne reste aujourd'hui que quelques travées de la nef. Ce premier édifice date sans doute de la deuxième moitié du Xe siècle, ce qui correspond aux règnes de Lothaire et de son fils Louis V dit Le Fainéant. Il s'agit d'une église de style carolingien tardif. Elle était beaucoup plus longue que l'édifice actuel puisque la nef ne contient plus aujourd'hui que les trois premières travées occidentales sur les neuf qu'elle avait dans sa plus grande extension, ce qui en faisait une des plus grandes églises de l'époque. Les Beauvaisiens la nomment la Basse-Œuvre en opposition avec la Haute-Œuvre qui est la cathédrale gothique Saint-Pierre.

Les fouilles menées par Émile Chani sous la cathédrale gothique ont montré la présence d'un grand transept d'époque carolingienne. Les opinions divergent pour savoir si ce transept est d'origine ou a été rajouté par la suite. Dans le premier cas, l'église carolingienne actuelle aurait été précédée par une autre église légèrement antérieure, plus petite, construite au même endroit. Les absidioles de cette église, à transept non débordant, ont été retrouvées lors des fouilles sans atteindre pourtant l'abside de l'ancien chœur qui avait été démoli dès le XIIIe siècle lors de la mise en chantier de la cathédrale gothique. La façade occidentale de la Basse-Œuvre comportait à l'origine au moins un porche, et peut-être une tour. Elle a été plaquée devant la nef carolingienne après les deux incendies du milieu du XIe siècle, et selon Philippe Bonnet-Laborderie, annonce déjà l'architecture romane à venir. Le petit appareil cubique s'explique par un réemploi de pastoureaux provenant d'anciens édifices de la ville détruits lors du saccage de Beauvais au IIIe siècle, et non des remparts gallo-romains du IVe siècle comme il a souvent été écrit. L'appareil est analogue sur les murs latéraux, mais la régularité y est meilleure. Les jonctions entre la façade du milieu du XIe siècle et les murs gouttereaux de la fin du Xe siècle restent visibles. Le pignon est plus élevé que le toit de la nef. Il est ajouré par deux petits oculi, et entre les deux, s'insère la partie supérieure d'une croix byzantine en bas-relief.

La cathédrale gothique

En 1225, après un énième incendie, le chœur de l'ancienne église cathédrale est complètement détruit. Plutôt que de le reconstruire, l'évêque-comte choisit de bâtir un nouvel édifice un peu plus à l'est. Le chantier de la nouvelle cathédrale entraine la destruction progressive de la partie Est de l'ancienne église qui devient alors la Basse Œuvre. Ce qui reste occupe l'emplacement initialement prévu pour la construction d'une nef gothique restée inachevée. Vers 1230, les travaux commencés du côté nord-ouest se continuent du côté sud-ouest. Sur des fondations, parfois profondes de plus de dix mètres pour reposer sur la roche dure, l'édifice s'élève lentement. La pierre utilisée est la craie, extraite des carrières de Beauvais et Saint-Martin-le-Nœud. Vers 1240, la base du chœur et tout ce qui est au-dessous de la claire-voie est achevé. Les travaux se continuent du nord au sud et d'ouest en est. La construction s'élève sans doute un peu plus haut que ce qui était prévu à l'origine. Vers 1260, le chœur est construit et on peut y célébrer les offices. Le , les vêpres sont chantées dans le nouveau chœur. La cathédrale, très haute, dépasse le plateau voisin et donne une forte prise au vent. C'est probablement l'action d'une tempête prise dans les proportions colossales de l'édifice qui provoqua un vendredi de novembre 1284 une catastrophe. Une partie des voûtes s'effondra sur les travées droites du fait d'une faiblesse au niveau de la deuxième pile séparant les bas-côtés et qui a provoqué la rupture de l'arc-boutant supérieur[1]. L'abside, qui est renforcée par sa structure en arc, n'a pas beaucoup souffert. La charpente, elle aussi, est restée en place, formant un pont entre l'abside et le côté ouest qui, plus large, était resté presque intact.

On décide de consolider l'ensemble en modifiant la structure des travées par un épaississement des murs. Le chœur sera alors fortement transformé. Par précaution, les travées sont recoupées par de nouveaux piliers intermédiaires, moins larges. On passe ainsi de trois à six travées pour la partie droite du chœur. L'abside, qui avait déjà des travées étroites, n'est pas modifiée. Les réparations sont longues et semblent terminées aux alentours de 1347[2]. Vient alors la période sombre de la grande peste suivi de la guerre de Cent Ans qui interrompt la suite de la construction. En 1472, les armées de Charles Le Téméraire font le siège de la ville. Beauvais est alors vaillamment défendue par Jeanne Hachette. Ce n'est seulement que 150 ans après l'édification du chœur que les travaux reprennent dans le transept sous l'impulsion du comte-évêque Louis de Villiers de L'Isle-Adam. En 1499, le maître maçon Martin Chambiges se vit confier l'élévation du transept, qui, après sa mort le 29 août 1532, fut achevée par son fils Pierre. Avec la fin de la réalisation du transept en 1548, l'édifice donne alors véritablement dans le gigantisme : 72,50 m de la chapelle axiale à la cloison qui ferme le transept, une largeur de transept de 58 m, une hauteur de voûte dans le chœur de 47 m[2], 4 m de plus que la cathédrale d'Amiens. Saint-Pierre de Beauvais possède ainsi la plus haute voûte gothique jamais construite. Tout comme la description de la cité céleste du livre de l'Apocalypse, la hauteur sous les voûtes est égale à sa largeur : 144 pieds royaux.

L'une des seules représentations connues de la cathédrale datant de l'époque où elle était dotée de sa haute tour-lanterne (XVIe siècle).

En 1550, le chapitre de la cathédrale décida de faire construire une tour-lanterne et non pas la nef (sans doute pour que la cathédrale, comme ses voisines, se vît de loin...). Les travaux commencent en avril 1563. Achevée en 1569, cette flèche fit de Saint-Pierre de Beauvais l'édifice le plus haut de la Chrétienté[3] en atteignant alors les 153 m de hauteur. Mais la fragilité de l'ensemble apparut à tous. En effet la tour était suspendue au-dessus d'un gigantesque espace vide, reposant uniquement sur les quatre piliers particulièrement légers de la croisée du transept, préexistants à la tour et qui constituaient déjà en eux-mêmes une construction hardie, et qui ne semblent pas avoir été prévus à l'origine pour supporter une tour de pierre aussi immense. L’absence de la nef surtout, priva le côté occidental du contrebutement nécessaire pour le soutien de ces piliers, qui, comme à Amiens, sont conçus de manière à s’écarter légèrement de l'intérieur de la croisée en hauteur pour mieux buter contre les structures du chœur, du transept et de la nef (afin qu'ils ne fléchissent pas vers l'intérieur de la croisée qui est dépourvu de contrebutement). Dès 1572, on retira la croix de fer qui surmontait la tour-lanterne car jugée trop pesante. Enfin, le est un jour noir dans l'histoire de la cathédrale : alors que les fidèles sortent de la célébration de l'Ascension, la flèche et les trois étages du clocher s'effondrent entraînant avec elle toutes les parties voisines dont le transept et les voûtes, heureusement sans faire de victimes[2]. Les coûts de la reconstruction des voûtes du transept furent tels qu'il ne permirent pas de reconstruire la tour-lanterne et privèrent définitivement la cathédrale des fonds nécessaires à l'édification de la nef. L'année 1604 vit les derniers travaux le voûtement de la première travée de la nef et l'érection d'une palissade fermant l'église à l'ouest. Le chantier de la cathédrale Saint-Pierre n'ira pas plus loin par manque de finances et parce que durant les XVIIe et XVIIIe siècles, on préfèrera privilégier le décor intérieur. À l'instar de la cathédrale de Narbonne, Saint-Pierre de Beauvais reste depuis inachevée. Malgré cela, elle apparait comme le dernier grand édifice représentatif de l'architecture gothique française.

Durant la Révolution, en octobre 1793, les sans-culottes décapitent les statues et pillent la cathédrale. L'édifice perd alors une partie de son mobilier et l'orfèvrerie part à la fonte. Devenue pour un temps un temple dédié à la Raison, la cathédrale n'est plus après la Terreur qu'une simple église paroissiale. En 1822, Saint-Pierre redevient cathédrale et s'enrichit du patrimoine religieux dispersé dans le Beauvaisis[2]. En 1840, la cathédrale est classée sur la première liste des monuments historiques. En 1842, l'architecte Daniel Ramée proposa de rallonger la cathédrale de deux travées à l'ouest pour contrebuter l'église et d'édifier du côté méridional une tour en style néogothique[2]. Ce projet fut approuvé par la Commission des arts et édifices religieux représentée par Prosper Mérimée, Eugène Violet-le-Duc et Henri Labrouste. En réaction, Eugène Delacroix écrit ironique dans son journal le (p. 491, tome 1) : « J'ai appris là ce que l'univers ne croira pas : La cathédrale de Beauvais manque d'une aile qui n'a jamais été achevée ; la dite cathédrale est d'un gothique mêlé du XVIe siècle : on discute sérieusement si le morceau qui reste à faire sera refait dans le style du reste ou dans celui du XIIIe qui est le style favori des antiquaires en ce moment. De cette manière on apprendra à vivre à ces ignorants du XVIe siècle qui ont eu le malheur de ne pas être nés trois siècles plus tôt ». Daniel Ramée finit par être renvoyé pour négligence des chantiers. Son projet n'eut pas de suite ce qui permit de sauver une partie de la cathédrale du Xe siècle vouée à une destruction certaine[4].

Alors qu'il est déjà architecte diocésain d'Amiens pour le palais épiscopal et le séminaire depuis 1850, c'est l'architecte Aymar Verdier qui est nommé pour poursuivre en parallèle les travaux de restauration intérieurs et extérieurs de la cathédrale de Beauvais, notamment les arcs-boutants[4]. En 1853, Viollet-le-Duc écrit à son sujet (compte-rendu du personnel) : « M. Verdier habite Paris. C'est un jeune architecte habile, connaissant bien les édifices du Moyen Âge qu'il a étudiés avec soin. M. Verdier est très capable de diriger des travaux tels que ceux de restauration de la cathédrale de Beauvais. On devra demander à M. Verdier, toutefois, de mettre plus d'exactitude dans la tenue de sa comptabilité, il est nécessaire que cet artiste étudie cette partie si importante des travaux dont il n'a peut-être pas compris jusqu'à présent, toute la gravité. M. Verdier est, du reste, un jeune homme instruit, ayant reçu une excellente éducation et avec lequel les rapports sont faciles. Il n'est pas douteux que, lorsque l'administration aura adopté un mode uniforme et régulier de comptabilité, M. Verdier s'y conformera. Il lui manque un peu d'expérience de la partie matérielle des travaux. M. Verdier est bien secondé à Beauvais par son inspecteur actuel, M. Auxcousteau, qui a étudié et travaillé avec M. Isabelle à Paris et qui dirige dans le département de l'Oise des travaux importants »[4]. C'est à cette même époque, vers 1853, que les grilles de clôture en fer forgé des chapelles Sainte-Anne, Sainte-Marie et Saint-Joseph sont réalisées par le ferronnier d'art Pierre Boulanger, auteur des pentures de la porte latérale de l'église Saint-Étienne de Beauvais et du portail central de la cathédrale Notre-Dame de Paris[5].

Mais l'équipe d'Aymar Verdier supprima la partie jugée la moins esthétique des tirants de fer qui enserraient l'édifice. Loin de s'imaginer que ces tirants participaient de l'ingéniosité médiévale, il parut intelligent et artistique d'en faire scier quelques-uns. Cette incompréhension persista tardivement puisqu'on en trouve encore un témoignage dans un ouvrage de l'abbé Jean-Jacques Bourasséles plus belles cathédrales de France[6], paru chez Alfred Mame et fils en 1861 et réédité jusqu'en 1906. À propos de la cathédrale, l'abbé écrit : « Malheureusement, l'église de Beauvais porte toujours des traces des accidents qu'elle a soufferts. Des armatures en fer, visibles en beaucoup d'endroits, annoncent que la solidité n'est pas encore parfaite ». L'auteur ne se rend pas compte que l'armature en fer est partie intégrante de cette solidité[6]. En 1873, l'administration des monuments historiques ainsi que les Édifices diocésains se plaignent de ce qu'Aymar Verdier s'occupe très peu de ses affaires. Considérant qu'il ne peut pas être en mesure de suivre les travaux de la cathédrale et du nouveau palais épiscopal, on nomme un grand prix de Rome, l'architecte Joseph Auguste Émile Vaudremer pour lui succéder[4].

Si la Première Guerre mondiale passe sans heurts, en 1939, tous les vitraux représentant des scènes figurées sont mis à l'abri au château de Carrouges, dans l'Orne. Le bombardement allemand de 1940 en détruisant ça et là, voûtes et toitures, firent voler en éclats les vitraux restés en place[2]. Dans les années 1960, les derniers tirants de fer jugés inesthétiques et inutiles sont retirés provoquant des désordres. Quelques 20 ans plus tard, des fissures apparaissent en s'amplifiant, posant la question de la fermeture de l'édifice au milieu des années 1990. Par mesure de précaution et pour que la cathédrale continue à vivre, on décida alors de consolider l'intérieur des bras du transept par huit poutres géantes installées à plus de quarante mètres de hauteur tout en réalisant une vigoureuse armature de bois pour soutenir les élévations au niveau de l'entrée du déambulatoire nord.

Aujourd'hui, les tirants métalliques intérieurs et extérieurs, mis en place par les architectes du Moyen Âge et qui consolidaient l'édifice ont peu à peu été remis en place. Des échafaudages sont installés presque en continu autour de sa structure en fonction des nombreux travaux toujours en cours. Au début du XXIe siècle et bien qu'étroitement surveillée, la cathédrale reste un édifice fragile face aux vents et aux tempêtes[7]. Pourtant, contrairement à une légende tenace, l'édifice est solidement ancrée sur des fondations parfois profondes de plus de dix mètres pour reposer sur un sol stable composé de roches dures. Les mesures effectuées durant la décennie 2000 ont confirmé[8] ces données, mais la très grande hauteur de la cathédrale et le fait qu'elle ne soit pas épaulée à l'ouest par une nef provoque une plus grande fragilité.

En 2006, des chutes de pierres détachées de l'édifice ont imposé des travaux urgents de purge[9] tandis qu'en mars 2016, un grand échafaudage montant jusqu’à un peu plus de 50 m a été dressé au chevet de la cathédrale pour restaurer un pinacle dont le sommet était tombé[10]. En 2010, la restauration des 120 tonnes de plaques de plomb de la toiture est engagée. Elle est réalisée grâce à un échafaudage autonome, sans appui sur l'édifice en raison de sa fragilité. Les compagnons travaillent à soixante mètres de hauteur, sur ce chantier d'une durée de neuf ans[11]. La pose de capteurs dans le transept en décembre 2014, première étape vers la dépose des étais du transept de la cathédrale, ont permis dans un premier temps de mettre en place un système de contrôle de stabilité du bâtiment. Ce chantier, supervisé par la DRAC Picarde a été réalisé à la demande d’Étienne Poncelet, architecte en chef des monuments historiques. Après deux années de suivi des mouvements de la structure, s’il n’est pas question encore du retrait des échafaudages pour 2017, l’opération de desserrage progressif des étais pourrait commencer dès le mois de mai 2017 pour un an[13].

Architecture

Aperçu général

Plan et élévations

Coupe du chœur.
Voûtes du chœur.
Vue générale intérieure.

Quelques chiffres

  • La longueur totale (du chœur jusqu'à la façade ouest) est de 72,5 m (presque pareil qu'à Senlis, dont la cathédrale fait 76 m de longueur)
  • À l'intérieur, le transept a une longueur (nord-sud) de 58,6 m
  • La longueur du chœur est de 47 m (contre 64 m pour la cathédrale d'Amiens)
  • La hauteur extérieure de l'édifice est de 67,2 mètres (à comparer avec la hauteur des deux tours de Notre-Dame de Paris qui font 69 mètres)
  • Hauteur de la façade méridionale : 64,4 mètres
  • La hauteur sous le sommet des voûtes du chœur atteint 48,50 m, record mondial pour une cathédrale gothique (à comparer avec Amiens 42,3 m, Metz 41,41 m, Narbonne 41 m, Reims 38 m et Bourges 37,5 m)
  • Diamètre des deux rosaces (nord et sud) : 11 m (Notre-Dame de Paris : 13,1 m)
  • Hauteur des trois niveaux d'élévation :
    • Grandes arcades : 21,2 m
    • Triforium : 4 m
    • Fenêtres hautes : 17 m
  • Hauteur de l'ancienne tour de la croisée du transept : 151,6 m
  • Largeur du vaisseau central : 16 m (presque comme à Chartres (16,40 m))

Matériaux de construction

La cathédrale est construite en pierre de taille, essentiellement de la craie blanche datant du Crétacé supérieur, et plus précisément ici de l'étage du Coniacien, datant d'environ 88 millions d'années. Cette craie provient des carrières du sud de la ville, près du village de Saint-Martin-le-Nœud[14]. La craie est une roche calcaire tendre, poreuse, assez légère, avec une texture très fine, elle est très facile à travailler, à scier et à sculpter, mais c'est aussi une pierre fragile et ordinairement peu résistante à l'érosion, elle est généralement gélive. Ici les carriers ont su sélectionner les bancs de craie les plus consolidés pour y trouver des blocs de qualité suffisante pour la construction.

Intérieur

Extérieur

Commencée en 1225, la cathédrale de Beauvais fait partie de la seconde génération de l'âge d'or gothique. Chartres, Bourges, Reims sont déjà debout. Ses façades, particulièrement celle du croisillon sud, exposent toutes les richesses de la sculpture monumentale gothique. Les vantaux en bois des portails nord et sud sont l'œuvre de maîtres artisans beauvaisiens de très grand talent. Les portes de la cathédrale du côté nord sont sculptées de l'emblème du roi François Ier, la salamandre surmontée de la couronne de France. Derrière les portes sud et nord étaient également sculptées des fleurs de lys, emblème de la monarchie française, qui ont malheureusement été ravagées par la violence des révolutionnaires de 1789. Du côté du portail sud, c'est dans la pierre que nous retrouvons le chiffre du roi François Ier avec un F surmonté de la couronne royale. Une chose est à remarquer, c'est que les révolutionnaires n'ont pas détruit cette marque de la monarchie, il est peut-être envisageable de dire que le peuple beauvaisien affectionnait tout particulièrement ce roi de France.

Problèmes structurels

Le chœur vu de l'est.
Plan de la cathédrale, tiré d'un relevé laser réalisé en 2007 par l'association CyArk afin de participer à la stabilisation de l'édifice
Tirants latéraux des contreforts supérieurs.

Dans leur course à l'élévation de l'édifice, les constructeurs du XIIIe siècle poussèrent les techniques de l'époque à leurs limites. Bien que la structure de l'édifice fût très élevée, ils réduisirent l'épaisseur des culées des arcs-boutants équipés de tirants afin de faire pénétrer un maximum de lumière naturelle dans la cathédrale. Le 28 novembre 1284, douze ans seulement après son achèvement, une tempête exceptionnelle fit céder un des arcs-boutants sujet à la force des vents, ce qui entraîna l'effondrement d'une partie de la voûte du chœur, en même temps que quelques-uns des autres contreforts supérieurs[15]. Il a depuis lors été démontré que cet effondrement résultait des vibrations causées par la mise en résonance des structures hautes par les vents violents[16].

Les tirants métalliques latéraux des contreforts supérieurs, visibles sur les clichés, n'ont pu être datés avec précision. La technique employée était disponible lors de la construction initiale mais ces renforts ne furent peut-être pas jugés indispensables avant l'effondrement de 1284, ou peut-être même plus tardivement. Dans les années 1960, ces tirants furent retirés. L'opinion de l'époque était qu'ils étaient à la fois inesthétiques et inutiles. Cependant, les oscillations dues au vent s'amplifièrent et une dissociation partielle du chœur et du transept apparut. Par conséquent, les tirants furent réinstallés mais cette fois en acier. Comme l'acier était moins souple que le fer des tirants originels, la structure devint plus rigide, causant peut-être de nouveaux désordres[17].

Bien que prévue à l'origine, la nef ne fut jamais construite. Son absence pour épauler la structure du transept et du chœur contribue à la faiblesse structurelle de l'édifice.

Avec le temps, d'autres problèmes de vieillissement firent surface, dont certains exigèrent des mesures d'urgence.

Le mobilier

L'horloge médiévale.
L'horloge astronomique (1866).

Dans la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, Jérôme Beausire a donné quatre plans de grilles pour remplacer la clôture en pierre datant du XVIe siècle. Cet ensemble de ferronneries est dû aux ferronniers Antoine Pichet, Benoît et Gabriel Parent, de Paris, et composé de deux grandes portes et des ferronneries des deux travées du sanctuaire. Il a été posé le 26 août 1739[18].

L'église possède une horloge astronomique (1866) animée par un spectacle « son et lumière », et la plus ancienne horloge médiévale à carillons toujours en état de marche. Elle dispose toujours de deux ensembles de tapisseries de chœur remarquables (XVe et XVIIe siècles) et d'autres tapisseries, dont un ensemble visible au musée départemental de l'Oise, situé en face de la cathédrale.

Saint-Pierre de Beauvais dispose d'un des plus beaux trésors de cathédrale en France, constitué de plus d'un millier d'objets, celui-ci n'ayant pas été pillé durant la Révolution française, contrairement à de nombreux autres édifices, comme Amiens par exemple. Ces pièces restent toutefois invisibles pour le grand public en 2010[19].

L'horloge médiévale

Elle est située à proximité de l’horloge astronomique. Un escalier de pierre permet d’accéder à ses mécanismes. Elle se compose de trois parties principales :

  • Un support creux en pierre, de forme hexagonale, décoré de petites fenêtres et d’arcatures sculptées. C’est à l’intérieur de ce support que descendent les poids de l’horloge (XIVe siècle).
  • La cage de bois, qui se trouve en encorbellement, contient les rouages de l’horloge. Une partie de cette cage et des mécanismes date du XIVe siècle. Par contre, la façade, ornée d’anges supportant le cadran (refait au XVIIIe siècle) a été peinte ou repeinte au XVe siècle.
  • Un campanile de bois, restauré récemment, dans lequel se trouve la cloche des heures, donnée au début du XVe siècle par Étienne Musique.

L'horloge astronomique

Article détaillé : Horloge astronomique de Beauvais.

Les orgues

La cathédrale de Beauvais possède deux orgues: le grand orgue de tribune Des Oliviers, 1532 / Cosyn, 1827 / Danion-Gonzalez, 1979 (4 claviers et pédalier, 77 jeux) ; et un orgue de chœur Ducroquet, 1850 / Gutschenritter, 1943 (2 claviers et pédalier, 21 jeux).

Le Grand-Orgue

L'instrument a été construit en 1979 par les établissements Danion-Gonzalez. Il remplace en réutilisant une bonne part du matériel ancien l'orgue construit en 1827 par Cosyn, sous la direction de P.M Hamel.

L'instrument est réparti en deux buffets, le grand corps et le positif dorsal. La façade du Positif s'articule autour de trois tourelles encadrant deux larges plates-faces. Le grand corps présente une structure plus complexe. Au premier niveau, la façade du Grand-Orgue est composée de deux tourelles et d'une grande plate-face. Un peu en arrière et légèrement surélevée, la façade de Pédale encadre la façade du Grand-Orgue de deux petites plates-faces et deux grandes tourelles. Au centre, derrière le Grand-Orgue, apparaît la boîte du Récit surmontée de la tuyauterie de Bombarde disposée en mitre, laissant voir une partie de la rosace. Le Positif mesure 3,60 m de largeur à l'avant, 1,50 m de profondeur pour une hauteur totale d'environ 15 mètres[20].

I. Positif, 56 notes
Ut1-Sol5
II. Grand-Orgue, 56 notes
Ut1-Sol5
III. Récit, 56 notes
Ut1-Sol5
IIII. Bombarde, 56 notes
Ut1-Sol5
Pédalier (à l'allemande)
32 marches
Ut1-Sol3

Montre 8
Bourdon 8
Flûte 8
Gambe 8
Flûte 4
Prestant 4
Nasard 2 2/3
Doublette 2
Tierce 1 3/5
Larigot 1 1/3
Picollo 1
Cornet V rangs
Fourniture III rangs
Cymbale II rangs
Trompette 8
Clairon 4
Cromorne 8
Basson 8

Montre 16
Bourdon 16
Montre 8
Bourdon 8
Flûte 8
Gambe 8
Gros Nasard 5 1/3
Prestant 4
Flûte 4
Grosse tierce 3 1/5
Nasard 2 2/3
Quarte 2
Doublette 2
Tierce 1 3/5
Grosse Fourniture III rangs
Fourniture V rangs
Cymbale IV rangs
1re Trompette 8
2e Trompette 8
Clairon 4
Grand Cornet V rangs

Principal 8
Flûte harmonique 8
Bourdon 8
Salicional 8
Quintadène 8
Voix céleste 8
Principal 4
Flûte 4
Doublette 2
Plein-Jeu V rangs
Cymbale IV rangs
Bombarde 16
Cor anglais 16
Trompette 8
Clairon 4
Hautbois 8
Voix humaine 8

Grand Cornet V rangs (à partir de Sol 2)
Bombarde 16
Trompette 8
Clairon 4

Principal 32
Soubasse 32
Flûte 16
Bourdon 16
Principal 16
Contrebasse 8
Flûte 8
Principal 8
Flûte 4
Principal 4
Quinte 2 2/3
Flûte 2
Fourniture VI rangs
Bombarde 16
Trompette 8
Clairon 4
Dermogloste

Orgue du chœur

L'orgue a été construit en 1850 par Ducroquet. Il a été restauré et modifié par Gutschenritter en 1943. Le buffet est de style néogothique. Deux plates-faces surélevées de 9 tuyaux encadrent une grande plate-face centrale qui possède également 9 tuyaux. Le buffet mesure 4,15 m de largeur, environ 7,20 m de hauteur et 2,25 m de profondeur[21].

I. Grand-Orgue, 56 notes
Ut1-Fa5
II. Récit, 56 notes
Ut1-Fa5
Pédalier (à l'allemande)
27 marches
Ut1-Ré3

Montre 8
Flûte 8
Bourdon 8
Prestant 4
Doublette 2
Clairon
Trompette
Fourniture
Bourdon 16

Flûte 4 (en réalité 8) Bourdon 8
Gambe 8
Voix céleste
Basson
Cor anglais
Cromorne
Flûte octaviante
Cornet
Nazard

Bourdon 16(emprunt)
Bourdon 8(emprunt)

Vitraux

Vitraux.
Vitraux.

Des vitraux des XIIIe, XIVe et XVIe siècles sont encore en place. Ils furent complétés par ceux de Max Ingrand au XXe siècle.

La plus ancienne verrière, dans la chapelle axiale Notre-Dame, date de 1240. Elle représente un arbre de Jessé et une histoire de la légende de Théophile comme à l'église Saint-Pierre de Saint-Julien-du-Sault[2].

Les grandes verrières du chœur présentent de beaux vitraux à dominante bleue et rouge dits de "Pleine couleur" datant du XIIIe siècle tandis que les "vitraux en litre" du XIVe siècle montre que le chlorure et sulfure d’argent introduits dans la technique ont permis d’illuminer cheveux, nimbes et ornements divers. Mais les conditions difficiles de ce siècle (guerres, pestes, famines) ont débouché sur une simplification de la composition et dans la décoration avec une place plus grande accordée aux éléments d’architecture et aux tissus damassés.

De cette époque dans les fenêtres hautes, se situe dans la baie centrale, le Christ en Croix accompagné de la Vierge, sur la fenêtre de gauche, Saint-Pierre et Saint-André et celle de droite, Saint-Jean et Saint-Paul[10].

Pendant la Renaissance, dès 1491, l’une des plus grandes dynasties du vitrail français, la famille beauvaisienne des Leprince reprend le chantier et orne les deux façades du transept de roses, tandis que leur chef de file, Engrand Leprince, réalisa une grande verrière. Son talent est unanimement reconnu : "Je reconnaîtrais partout un vitrail d’Engrand Le Prince à la liberté du dessin, à l’indication large des modelés, aux touches légères de jaune d’argent qui brillent comme l’or dans la lumière des étoffes blanches, aux oppositions justes des tons les plus éclatants." dira encore Lucien Magne dans L’Œuvre des peintres verriers français en 1885[22]. On doit également à Engrand Leprince quelques-uns des remarquables vitraux de l'église Saint-Étienne où il fut d’ailleurs inhumé[23].

Trois générations de peintres verriers Leprince se succédèrent ainsi tout au long du XVIe siècle : Lorin en 1491, puis Jean (1496-1538) & Engrand (1522 à 1531), et enfin Nicolas (1527-1551) et Pierre Le Prince (1530-1561)[23].

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on préfère privilégier le décor intérieur et la Révolution passée, seuls des travaux d'entretien seront effectués sur les vitraux tout au long du XIXe siècle.

Si la première guerre mondiale passe sans heurts, en 1939, tous les vitraux représentant des scènes figurées sont mis à l'abri au château de Carrouges, dans l'Orne. Le bombardement allemand de 1940 en détruisant ça et là, voûtes et toitures, firent voler en éclats les vitraux restés en place[2].

Suite aux destructions de la Seconde guerre mondiale, de nombreux artistes contemporains furent appelés à développer leur art dans les verrières du déambulatoire tout en incorporant des portions anciennes sauvegardées. On peut citer notamment les vitraux de Jean Barillet dans les chapelles Saint-Lucien, Saint-Joseph et Saint-Denis, Michel Durand dans la chapelle Sainte-Jeanne-d'Arc, Max Ingrand dans le transept nord, Jacques Le Chevalier en 1954 dans la chapelle Sainte-Anne, Anne Le Chevallier en 1976 dans la chapelle Sainte-Angadrème, le vitrail de "La Fontaine de vie" par Claude Courageux en 1981 situé dans la chapelle Sainte-Cécile (chapelle des fonts baptismaux) et enfin le vitrail de Jeanette Weiss Grüber en 1986 dans la chapelle Saint-Léonard[10].

En 2015, l'on s'aperçoit que le chœur de l’église Saint-Étienne ayant perdu de sa stabilité, les pilier ont eu tendance à s’écarter vers le haut. Le déplacement est assez important pour que les vitraux, tirés sur les côtés menacent de sortir de leurs plombs. Le vitrail le plus atteint est le vitrail de la résurrection sur la droite de la chapelle axiale dite de la Vierge. Le 6 août 2015, l’entreprise Courageux de Crêvecœur-le-Grand, missionnée par la mairie pour réaliser les travaux de mise en sécurité du vitrail a monté un échafaudage avant de démonter, le lendemain les parties du vitrail qui risquaient de tomber. [10]

En mars 2016, les vitraux contemporains du déambulatoire et du triforium dont des éléments manquaient (remplacés des plaques du plastique) ont été restaurés. Les trous de la base des fenêtres hautes qui laissaient passer la pluie ont été également colmatés[10].

Galerie

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Notes et références

  1. Jacques Thiébaut, Les cathédrales gothiques en Picardie, Amiens, CRDP, , 214 p. (ISBN 2-86615-001-5), p. 152.
  2. a, b, c, d, e, f, g et h « Beauvais, Cathédrale Saint-Pierre », sur www.patrimoine-histoire.fr (consulté le 3 mars 2017).
  3. Voir l'église Saint-Olaf de Tallinn en Estonie qui n'aurait pas fait 159 mètres.
  4. a, b, c et d « Aymar Verdier », sur elec.enc.sorbonne.fr (consulté le 3 mars 2017).
  5. Raymond Subes, Pierre Boulanger, sculpteur sur fer, Presses du Compagnonnage, Paris, 1961.
  6. a et b Jean-Jacques Bourassé (ill. Charles Thompson), Les plus belles cathédrales de France, Tours, Alfred Mame et Cie, , 411 p. (ISBN 9782011934932).
  7. « La cathédrale fragilisée a retrouvé sa stabilité  », sur Le Parisien, .
  8. « Non, la cathédrale de Beauvais ne s’écroule pas », sur Le Parisien, .
  9. « Travaux d'urgence à la cathédrale de Beauvais », sur Le Parisien, .
  10. a, b, c, d et e « Les vitraux de la cathédrale Saint-Pierre, Beauvais, (Picardie-France). », sur www.cathedrale-beauvais.fr, (consulté le 3 mars 2017).
  11. « Un chantier à 60 m du sol », sur Le Parisien, .
  12. Corinne Fourcin, « Beauvais : la cathédrale se débarrassera-t-elle un jour de ces étais ? », Le Parisien,‎ (lire en ligne).
  13. Guide de la géologie en France, éditions Belin, 2008, (ISBN 978-2-7011-4748-2), page 586.
  14. Jacques Chastenet, Beauvais, vingt siècles d'histoire, Éditions Actica, , p. 29.
  15. Philippe Bonnet-Laborderie, Découvrir la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, 2000.
  16. (en) Stephen Murray, Beauvais Cathedral, Architecture of Transcendence, Princeton University Press, 1989.
  17. « Inventaire général : clôture de chœur », notice no IM60000789, base Palissy, ministère français de la Culture
  18. « Les incroyables trésors de la cathédrale », Le Parisien 26 juin 2009, [lire en ligne]
  19. Orgues de Picardie, ASSECARM, 1989, p. 15
  20. Orgues de Picardie, ASSECARM, 1989, p. 19
  21. Lucien Magne, L'oeuvre des peintres verriers français, Paris, Firmin-Didot,
  22. a et b « Engrand le Prince, peintre verrier de Beauvais », sur onditmedievalpasmoyenageux.fr, le 2 juin 2013, 18 h 35 min (consulté le 3 mars 2017)

Pour approfondir

Bibliographie

  • Maryse Bideault et Claudine Lautier, Île-de-France Gothique 1 : Les églises de la vallée de l'Oise et du Beauvaisis, Paris, A. Picard, , 412 p. (ISBN 2-7084-0352-4), p. 70-93
  • Jean-Charles Capronnier, Christian Corvisier, Bertrand Fournier, Anne-Françoise Le Guilliez, Dany Sandron, Picardie gothique, Tournai, Casterman, 1995 (ISBN 2 - 203 - 62 004 - 8)
  • Collectif, La Cathédrale Saint-Pierre de Beauvais : architecture, mobilier et trésor, éd. Agir-Pic, 2000.
  • Philippe Bonnet-Laborderie, La Cathédrale de Beauvais: histoire et architecture, La Mie-au-Roy, G.E.M.O.B., 1978
  • La Cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, éd. du Patrimoine
  • Gustave Desjardins, Histoire de la cathédrale de Beauvais, Chez Victor Pineau, Beauvais, 1865, [lire en ligne]
  • A. L. Vérite, Description de l'horloge monumentale de la cathédrale de Beauvais, Imprimerie de D. Père, Beauvais, 1868, [lire en ligne]
  • Antoine-Pierre-Marie Gilbert, Notice historique et descriptive de l'église cathédrale de Saint-Pierre de Beauvais, Moisand et Dupont-Diot, Beauvais, 1829, [lire en ligne]

Articles connexes

Liens externes