Bourbonnais (dialectes)

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Bourbonnais
Bourbonnais (oïl) / Borbonés (oc)
Image illustrative de l’article Bourbonnais (dialectes)
Carte linguistique du Bourbonnais. La ligne violette sépare les parlers occitans - au sud - de ceux d'oïl (français) - au nord.
Pays France
Région Allier et sud-est du Cher.
Typologie SVO
Classification par famille
Glottolog Bour1246
Échantillon
Premier article de la déclaration universelle des droits de l'homme : (oïl)


L'houme é nessu libre et annière anvé des drets et d'la digneté. Al a unne aîme et unne radzon et tos les houmes douévent s'aidier ent'e ieux queme des frères.


Premier article de la déclaration universelle des droits de l'homme : (oc)

L'ome naissa liure e egal en dignitat e en drèit. Los omes son dotats de razon e de consciéncia mas zo fau agir entre eles dins un eime de frairessa.

Situés dans la région historique du Bourbonnais (centre de la France), c'est-à-dire dans une partie du département de l'Allier et dans le sud-est du département du Cher (vers Saint-Amand-Montrond), les parlers bourbonnais se trouvent aux confins des domaines d'oïl, d'oc et du francoprovençal.

L'actuel département de l'Allier est ainsi coupé en une moitié nord de langue d'oïl (avec Moulins, Bourbon et Saint-Pourçain) et une moitié sud occitane (avec Montluçon, Gannat, Vichy)[1].

L'aire du bourbonnais d'oc (Borbonés en occitan) peut être elle-même subdivisée en deux parlers : le marchois à l'ouest (Montluçon, val de Cher et Châtaigneraie) qui se rapproche davantage du limousin tandis que l'arverno-bourbonnais à l'est (Vichy, Limagne, majorité du Bocage) se rattache à l'auvergnat[2]. Quelques communes du sud-est de l'Allier, autour du Forez bourbonnais, sont elles de langue arpitane.

Au Moyen Âge, l'apparition et l'émancipation d'une seigneurie de Bourbon pro-royaume capétien dans une situation de marge au nord de l'Auvergne va permettre l'adoption de la langue d'oïl par cette dernière au détriment de l'occitan[3]. L'émergence d'une principauté bourbonnaise va voir la langue d'oïl avancer plus au sud amenant à une évolution géographique des parlers[4]. Ainsi l'actuel département de l'Allier se divise en une moitié méridionale occitanophone[5] mais francisée dans la langue et dans la moitié nord un parler d'oïl bourbonnais mais marqué par un substrat occitan[6].

Bourbonnais : un terme ambigu

Bien qu'initialement arvernophone à l'époque médiévale, l'évolution géopolitique de la région, à la rencontre de grandes zones culturelles et politique a permis la scission du parler local en deux idiomes cousins dans le Bourbonnais.

Le bourbonnais d'oïl

Le bourbonnais d'oïl par les autres dialectes de langue d'oïl/français. Carte à l'échelle communale.

La langue d'oïl, sous une forme dialectale, se parle dans une moitié nord du département de l'Allier, au nord d'une ligne Montluçon (oc) - Saint-Pourçain-sur-Sioule (oïl) - Lapalisse (oïl), ainsi que dans la partie bourbonnaise du Cher. Le dialecte est originaire de la région de Moulins, Bourbon-l'Archambault et Souvigny, où il s'est formé à l'époque médiévale à la suite de l'émergence de la seigneurie de Bourbon, un fief tourné vers le domaine royal, qui assimila la langue d'oïl médiévale dans une zone géographique entourée de parlers d'oc. Ainsi, pendant longtemps, l’aristocratie locale fut francophone tandis que la majorité de la population restait arvernophone. L'évolution de la principauté des Bourbons et son expansion ont permis d'agrandir le domaine linguistique de ce parler d'oïl au détriment de territoires parlant l'auvergnat[7].

Ainsi, un substrat auvergnat se retrouve dans la langue d'oïl du Bourbonnais, ce qui fait notamment dire aux linguistes que l'intégralité du Bourbonnais est initialement arvernophone mais que le français s'est imposé prioritairement dans certaines zones entraînant ainsi une situation diglossique semblable à celle que connaît actuellement le territoire français[8],[9].

Le bourbonnais d'oc

L'occitan se parle dans la moitié sud de l'Allier et s'insère dans les parlers du Croissant[10]'[11]. Les parlers occitans de transition se subdivisent en deux[12]. D'abord l'arverno-bourbonnais (partie orientale) autour de Vichy, de la Limagne bourbonnaise puis le bocage autour de Chantelle[13]'[14]. La partie occidentale de l'actuel département de l'Allier et qui a pour centre Montluçon parle quant à elle le marchois[15] comme Guéret ou le nord de la Creuse qui est voisine[16].

Au sud-est, dans la Montagne bourbonnaise, les parlers arverno-bourbonnais reçoivent des influences du francoprovençal[17].

Le terme de bourbonnais est donc ambigu : il désigne aussi bien les parlers auvergnats dits arverno-bourbonnais que les parlers français du Bourbonnais[18].

État actuel des parlers bourbonnais

Comme toutes les langues régionales de France, les parlers bourbonnais ont subi les effets du centralisme parisien, et ce d'autant plus que la présence des parlers d'oïl au nord, qui sont proches du français standard ou du francien (dialecte de l'Île-de-France), facilite l'assimilation linguistique en direction du sud.

Comme la plupart des dialectes, les parlers bourbonnais sont surtout oraux et la littérature reste rare. Cependant, il existe des expériences en littérature. En particulier, l'écrivain Louis Péroux Beaulaton (1872-1946) a affiché une ambition littéraire pour son parler occitan des environs de Montluçon[19]'[20]'[21]'[22], entre crochets la forme phonétique à la française[23].

Aujourd'hui seuls quelques passionnés ou des personnes âgées peuvent s'exprimer assez complètement dans les parlers d'oc ou d'oïl du Bourbonnais. Cependant les dialectes n'ont pas totalement disparu et se sont immiscés dans le français courant, dans de nombreuses tournures ou expressions, et aussi dans le vocabulaire, si bien que les habitants de cette région parlent un français teinté de formes bourbonnaises sans même s'en rendre compte, alors que cela frappe les visiteurs.

Géographie dialectale

Carte retenue de nos jours depuis les années 1970. Bleu : bourbonnais d'oïl ; Rouge : occitan (rose : marchois, foncé : arverno-bourbonnais, rouge-marron : auvergnat) ; Vert : Francoprovençal.

Fortement liée aux évolutions des aires linguistiques, une délimitation actuelle est retenue entre bourbonnais d'oc et d'oïl[24]. Les historiographie et lexicographie locales ont, au cours du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle, longtemps appuyé le point de vue d'une langue d'oïl descendant fortement au sud du département malgré l'existence des parlers d'oc locaux et ces derniers furent assimilés à la langue d'oïl dans le souci de faire correspondre province et langue. Les dernières recherches tendent à revoir cette idée et la survie des parlers auvergnats dans une aire beaucoup plus vaste. Le travail fut d'abord mené par Simone Escoffier dans la moitié est du département de l'Allier[25]. Le découpage linguistique de cette partie est retenu actuellement. S’insérant dans un schéma fort politisé, la méthode fut reprise en 1969 par le théoricien François Fontan dans la moitié ouest et les parlers occitans se sont révélés préservés dans une majorité du bocage bourbonnais situé au sud de la forêt de Tronçais[26]. Des chercheurs ont réalisé parallèlement des études qui confirment l'extension septentrionale dans le nord-ouest du Bourbonnais comme Pierre Bonnaud dans les années 1970 qui reprend déjà le tracé retenu actuellement[27] – ce dernier va se raviser postérieurement mais souligne néanmoins l'existence d'un superstrat auvergnat dans le parler français de la région qui est plus présent que dans le bocage oriental et la Sologne bourbonnaise. Basé sur les différentes études, l'état actuel des données donne une moitié bourbonnaise d'oïl mais fortement marqué par un substrat d'oc, la moitié occidento-méridionale est restée dans l'aire occitano-méridionale malgré une forte influence de la langue d'oïl sur les parlers auvergnats. Malgré l'avancée du bourbonnais d'oïl, une limite est actuellement retenue entre les deux aires linguistiques, elle passe à l'ouest au niveau de la forêt de Tronçais (Épineuil-le-Fleuriel et Le Brethon sont les premières communes bourbonnaises d'oc) puis s'avance à l'est en suivant la topographie et le relief ; Le Montet est d'oc tandis que Cressanges est à cette latitude la première commune d'oïl. La langue d'oïl descend nettement plus au sud à l'est et débute à Saint-Pourçain-sur-Sioule et Lapalisse et laisse au sud le Gannatois, une partie de la Forterre et la Montagne bourbonnaise.

L'aire occitane de l'Allier se découpe également en deux parties : un tiers ouest autour de Montluçon et de la vallée du Cher parle le marchois comme le nord de la Creuse tandis que les deux tiers est parlent l'arverno-bourbonnais (Bocage central, Limagne bourbonnaise, Varennes et Vichy, puis la Montagne bourbonnaise), auvergnat de transition avec le bourbonnais d'oïl. Les communes de Gannat, Ébreuil et leurs voisines proches ne font pas partie du Croissant mais se rattachent directement au reste de l'auvergnat[29].

Le Forez bourbonnais est lui de langue arpitane (francoprovençal) et comprend quelques communes comme Montaiguët-en-Forez, Lenax ou Saint-Pierre-Laval.

Le bourbonnais, langue d'oïl

Dans cette partie, l'étude se consacrera au parler d'oïl du Bourbonnais.

Prononciation

Le bourbonnais d'oïl reprend un grand nombre de traits caractéristiques du parler de la langue d'oïl populaire d'avant la Révolution (-iau au lieu de -eau, oué au lieu de oi etc.) tout en montrant un nombre assez restreint d'évolutions phonétiques propres (en comparaison d'autres variétés d'oïl réellement différenciées comme le normand ou le picard). Cela vient du fait que le Bourbonnais se trouve au cœur de la zone linguistique d'origine de la langue française actuelle, c'est-à-dire les parlers des provinces de la Loire, du Bourbonnais et du Berry (le bourbonnais d'oïl partage d'ailleurs la plupart de ses traits avec les parlers de ces provinces comme le tourangeau ou l'orléanais, mais d'une façon plus particulière encore avec le berrichon).

  • Les exemples suivants illustrent des prononciations typiques de la langue d'oïl du Bourbonnais :
    • o est fréquemment prononcé ou dans les suites onn-, omm- : exemple tonner = touner, homme = houme
    • oi prononcé oué, mais devient /e/ (écrit é, ei, è ou e selon les cas) après un r- : exemple noir = nouer, droit = dret, croire = creire
    • la suite er- est prononcée ar : exemple merci = marci, terre = tarre, perdre = pard(r)e
    • la suite -re encadrée de deux autres consonnes a tendance à être prononcée er par métathèse : exemple bredin (voir vocabulaire) se dira berdin
    • la terminaison -eau sera prononcée -iau comme dans de nombreux parlers d'oïl : exemple couteau = coutiau
    • la suite -lier sera régulièrement réduite en -yé à la prononciation : exemple palier = pailler, particulier = particuiller
    • r est roulé, comme c'était l'usage en français standard avant la fin du XVIIe siècle
    • comme dans de nombreux parlers d'oïl, la terminaison d'agent -eur est prononcée voire écrite -eux : exemple meneur = meneux, diseur = diseux
    • ch est parfois prononcé j, notamment avant un -v- (cette particularité se retrouvait dans d'autres parlers d'oïl jusqu'au XIXe siècle) : exemple cheval = geval, cheveu = geveu etc.

Grammaire

  • Le pronom adverbial y est traditionnellement utilisé en lieu et place d'un pronom personnel représentant un objet, exemple fais-le = fais-y, donne-le/la-moi = donne-moi-z-y, ne le casse pas = n'y casse pas, tu me le/la prêtes = tu m'y prêtes etc.
  • On note la présence d'une forme de genre neutre en bourbonnais. En effet le pronom unique al désigne aussi bien un masculin qu'un féminin, pour les choses, comme pour les personnes. Ainsi le chien comme la chienne pourra être désigné par ce pronom al, tout comme un membre masculin de la famille ou une voisine. Exemple : al a tot mangé.

Petit lexique

Quelques mots de vocabulaire

Mot bourbonnais Équivalent français Mot bourbonnais Équivalent français Mot bourbonnais Équivalent français
abonde grande quantité abraser détruire, casser, démolir anouer (s') boire de travers, suffoquer
aluchon ou arluchon enfant de constitution faible voire malingre ajouter traire à l'écoué à l'abri
arcandier vaurien, filou artoupan personne suspecte, bizarre bachât auge des cochons et des porcs
baraille dispute barbitra écrit long et ennuyeux bauge grand sac
belet agneau bergot frelon. Ne pas confondre avec le veson (bourdon) berzin, berzine fou, folle, dépressif
besugne vêtement biaude grande blouse bigot (faire bigot) mettre bas
bisiot propriétaire terrien parfois également agriculteur bounhoume paysan bourse porte-monnaie, portefeuille
bourric (le -c final est muet) âne (animal) bousson paquet, tas d'habits en désordre, capharnaüm bredin simple d'esprit (cf. la débredinoire de Saint-Menoux)
brelotter secouer cacrot sommet du crâne catin poupée
chaleu veilleuse cheux chez chetit (fém. chetite) petit, chétif
cobi dindon crassoux sale cros mare
dâler utilisé plus communément dans l'expression "ça dâle" à comprendre au sens suivant "le soleil cogne dur" décaniller (familier) mourir dépenailler déchirer
drille diarrhée ébouellé éventré, avachi écrapoire rateau
emmanche problème, complication figot feu gassouiller barboter
gibalbouser mettre le désordre gibalbousé (être) barbouillé (ex: al a trop bu, al est tot gibalbousé) gouiller marcher dans un trou d'eau
gounelles jupons gourgandine fille facile grenouillat petite mare (dire guernouillat)
jau (du latin gallus) coq maraud chat de gouttière masibler abîmer
mourer abîmer ouaille brebis oyas (oyasse) pie
pluire pleuvoir potin bruit, tintamarre pochon sac en plastique
pontère fille de mauvaise vie rassouiller tremper ravauder bricoler
taillon quartier de fruit trace haie tuniaud idiot, incapable
verpi vipère z-yeux (familier) œil adauber arranger, réparer

Expressions apparues en français commun

  • 'Aga' don' (v.): Regarde (diminutif de regarde donc)
  • Arpion (n.m.): Orteil
  • Beugner (v.): Cogner. Une beugne est un coup, une bosse.
  • Boucan (n.m.): Du bruit.
  • Bouchure (n.f.): Une haie si possible avec des ronces pour se piquer.
  • Bousiller (v.): Abîmer.
  • Chabrot (n.m.): Mettre du vin dans sa soupe (faire chabrot).
  • Chetit, chetite (n.m. ou f.): Petit, petite.
  • Crognon (n.m.): Extrémité du pain (le crognon ou le quignon de pain).
  • Dépenaillé (n.m.): Avoir les vêtements en désordre.
  • Jargeot (n.m.): Quelqu'un qui parle souvent et est un peu simple d'esprit.
  • Saoulot (n.m.): Ivrogne. (préférence de certains, mot rentré dans les mœurs)
  • Taloche (n.f.): Gifle.

Bourbonnais d'oc

Dans cette partie, l'étude se consacre à la région occitanophone du Bourbonnais et sa partie où l'on parle l'arverno-bourbonnais », observée dans la commune de Busset, canton de Cusset[30]. Les mots bourbonnais sont transcrits en graphie classique de l'occitan.

Petit lexique

Quelques mots de vocabulaire

Mot arverno-bourbonnais Équivalent français Mot arverno-bourbonnais Équivalent français Mot arverno-bourbonnais Équivalent français
abonda [abonde] abondance, profit abrasar [abrasâ] détruire, casser, démolir aiga [ajge] eau
arcandeir [arcandji] vaurien, filou, sans parole (un) aria objet sans valeur (i) arpion les orteils
bachà auge, abreuvoir (prendre) baralha se disputer beire [bajr] boire
bargeir, bargeira [barji, barjire] berger, bergère bauga/boga [bawge] grand sac belon[belou] mouton
bisbilha [bisbille] dispute bisiau petite bize, vent du nord bralha [braye] pantalon
bulha [buille] bouillie brelot simple d'esprit brugiera [bregira] bruyère
cacoela [cacouelle] récipient (marmite, casserole) chausir choisir chancha [chantcho] morceau de pain
chamina [ch’mina] cheminée coanar [couana] crier comme un canard creire [crajre] croire
cusina [cusino] cuisine cros, craus [cro, crao] trou, creux dalhira [daïir] vite
desgobilhar [degobillâ] vomir di [di] doigt desgelar [déjalâ] / desgautar [déjautâ] dégeler
doçament [dousamin] doucement esbolhar, esgoerar [ébouélaer, égoueraé] écraser (mal) encarat [encarâ] mal lavé, mal luné
endreit [endreï] endroit figò [figo] feu de branche, feu de joie Fiolat [fiola] Ivre
fromatge fromage gadolha [gadouillo] boue Genti [ginti], genta [gintà] beau, belle
goera [gouère] tarte golhar [gouillâ] faire entrer de l'eau dans ses chaussures golharda [gouyarde] serpe
gota [goutte] eau de vie ora [ouro] heure jau [jô] coq
journà journée las [laï] les (féminin) lo [lou (si le mot suivant commence par une consonne-ex: lou figo ; sinon:"i", que le mot soit masculin ou féminin-ex: i arpion, i auilles)] les (masculin)
meidia [maïde] midi masiblar [maziblé] cribler melhor [meïou] meilleur
momen [moumin] moment novie [noviaeu], novia [novia] jeune marié, jeune mariée oalha [ouaille] brebis
ausiau [ozio] oiseau pleuia [pleuille] pluie poela [pouéla] poêle
quauque n-un [quoque nun], quauque n-una [quoque nune] quelques-uns, quelques-unes avaudar faire du bruit, remuer des choses saveir dau bon [savaïr do bon] soulager, améliorer
sinlhar sanglier sorchia [sortchà] sortie tabasar [tabaza] frapper, battre
treuia [treuilla] truie voiatge [voïatge] voyage volan [voulan] faucille
verpi vipère

Textes

Les textes présents sont issus d'ouvrages rédigés par les auteurs de l'historiographie du XIXe siècle.

L'ajaça de Gaieta

Texte occitan de transition (arverno-bourbonnais) prélevé en 1904 par Paul Duchon - L'Oïasse de Gayette - sur la commune de Varennes-sur-Allier[31]. Texte étudié et transcrit en graphie classique de l'occitan par le linguiste Domergue Sumien[32] :

« Vèrs lo borg de Montodre, sus un tural que i a de bòscs d’un costat e de prats de l’autre, fòrterrins e fòrterrinas, vesètz l’Espital de Gaieta? Es ben aisat de veire dreit ailà: ont es, sembla un vilatge. Es una retirança per los vielhs estropiats. Mas faudriá pas creire qu’es estat bastit exprès per devenir una boita de vermena. Sens una ajaça, seriá pas daus paures. Èra un bèl chastèl qu’una dama ben richa abitava.

Dins los vaisselèirs, las serventas pausavan totes los jorns de pichèirs, de forchetas e de culhèirs d’argent, la dama aviá chausit las filhas pus onèstas dau país, e jamai degun las auriá inculpadas de raubament.

Una d’elas elevava una ajaça qu’un chaitiu garç aviá desnisat dins las branchas dau chasnhe, ont òm embrejava los maufasents. “Tè,” li aviá dit aquel garç ben desgordit, “te portarà bonaür.” E la li donèt.

La serventa elevèt aquela ajaça; li apreniá a devisar.

L’endeman d’un apòrt, la dama avisèt çò qu’aviá d’argentariá; li mancava un culhèir.

Ela trechèt la gata qu’aviá renjat los vaisselèirs: èra mesmament la serventa de l’ajaça. La faguèt emponhar e la questionèt: [la serventa] aguèt bèla dire qu’èra pas ela, [la dama] la condemnèt e l’embregèt au chasnhe daus maufasents.

Diguèt, en morent, la paura serventa: “Vaquí çò que m’a costat mon ajaça que me deviá portar bonaür!”

Un an après, en reparant la cobertura dau chastèl, sos una teula, lo cobreire trobèt lo culhèir perdut. A aquel moment, l’ajaça emportava au mesme endreit una pèça de moneda que veniá de prene. Lo cobreire diguèt a la dama, qu’agora se lanhava: “Paura serventa qu’ai fait morir!”, qu’ela diguèt.

Doas annadas pus tard, ela donèt son chastèl e sas apertenéncias aus paures de Varenas, de Montodre, de Bocèc, de Montagut, de Rongèiras, de Langic, de Sant Gerand, de Creschic, de Sançat e daus alentorns.

Vaquí çò que me diguèt Josèp, lo vielh ancian menaire de lops qu’es mòrt i a mai de seissanta ans [qu’es mòrt a mai de seissanta mans?], e que lo mond ne devisan encara. »

La gròla e le rainard

Texte occitan (marchois) de la région de Montluçon (entre Commentry et Néris-les-Bains)[33]. Version occitane de la fable de la Fontaine Le Corbeau et le Renard. Le texte est ici non retranscrit et est en version francisée du XIXe siècle L'agrôle et le rena :

« En 1850, le bétchio parlève inquère ; v’la c’quo disève : Un jou d’hivia, quou ne fasève pas trop biau, L’agrôle ère juchade au bout d’un baliviau L’ère su daut moutade, Pa fère son dinâ que l’aye prépara. Embéi un groua fromage vainhiu de Chambéra Le rena dépeu treis jous que n’aye pas de pain, Aussitôt s’appeurché en fasant le câlin. Eh, bonjou note dame, coumant vous pourtez-vous ? Hela ! qué sé contint de vous véire chia n’zote ! Et vous trouve si gente embé quo nail mantiau ! Présoune dé le boux n’en pourte un aussi biau ! Votés souliés sont faits d’iune piau qué tant fine, Et creyes que le ré n’en a pas de parés pindus à sa souline. Ar sé é vous écouti dire iune chansou Et cregus, oui ma foué, quou ére le rossignou Si zère chabretère, par avi voté jeu E’ doniau, é n’en jure, la méta de ma queue. L’agrôle qu’ère enchantade de se veire vantade Pa li douna l’aubade se meté à couana, Son froumage dévalé dé la gueule do renâ, Alle resté su-daut le bé bada. Ma l’autre, li dissé, en migeant son fricot, Ne si’a don pas si buse un autre co. »

Auteurs

Au cinéma

Dans le film La Soupe aux choux, certains personnages emploient un français plus ou moins standard qui est mâtiné de traits, de tournures, de mots et de phonétique bourbonnaise d'oïl.

Notes et références

  1. André Billange, En Bourbonnais aux confins du pays d'oc, Montpellier, Institut d'études occitanes,
  2. (ca + oc) Manuel Cuyàs, Berta Rosés, Nuria Cicero, Aranès, l’occità de Catalunya [« Aranés, er occitan de Catalonha »], Barcelone, Généralité de Catalogne, (lire en ligne)
  3. (oc) Domergue Sumien, « La plaça de Borbonés en Occitània », Jornalet, Barcelone, Associacion entara Difusion d'Occitània en Catalonha (ADÒC),‎ (ISSN 2385-4510, OCLC 1090728591, lire en ligne)
  4. (oc) Laurenç Revèst, « Evocacions de la reculada dau nòrdoccitan en l’actuau Borbonés d’Òil », Jornalet, Barcelone, Associacion entara Difusion d'Occitània en Catalonha (ADÒC),‎ (ISSN 2385-4510, OCLC 1090728591, lire en ligne)
  5. Olivier Mattéoni, Servir le prince : les officiers des ducs de Bourbon à la fin du Moyen Âge (1356-1523), Paris, Presses de l'université Paris-Sorbonne, (ISBN 2-85944-354-1, lire en ligne) :

    « On retrouvait l'occitan, sous sa forme auvergnate, au sud du duché de Bourbonnais - région de Montluçon, Gannat, Vichy. [...] »

  6. Pierre Bonnaud, « Toponymes de type auvergnat en Bourbonnais "d'oïl" », Bïzà Neirà, Chamalières, Cercle Terre d'Auvergne,‎ (ISSN 0398-9453)
  7. Pierre Bonnaud, Introduction générale à l'onomastique d'après l'exemple du fichier onomastique de l'Auvergne, Clermont-Ferrand, Centre régional de documentation pédagogique de Clermont-Ferrand,
  8. Pierre Bonnaud, De l'Auvergne : 2600 ans au cœur de la Gaule et de la France centrale, Nonette, Créer, , 318 p. (ISBN 2-84819-001-9, lire en ligne)
  9. (oc) Domergue Sumien, « Classificacion dei dialècles occitans », Linguistica occitana - VII,‎ (lire en ligne)
  10. (oc) Domergue Sumien, « Lo nòrd-occitan: mites e realitats (II) », Jornalet,‎ (ISSN 2385-4510, lire en ligne)
  11. (oc) Domergue Sumien, « Lo Creissent es Occitània », Jornalet, Barcelone, Associacion entara Difusion d'Occitània en Catalonha (ADÒC),‎ (ISSN 2385-4510, OCLC 1090728591, lire en ligne)
  12. Séparation des parlers du Croissant bourbonnais en deux par Pierre Bonnaud et Karl-Heinz Reichel. Selon ce découpage, la zone H correspond à la région montluçonnaise et se rattache aux parlers du nord de la Creuse. La zone G - du gannatois - correspond aux deux-tiers est du bourbonnais d'oc (Bocage bourbonnais central, Limagne, Vichy, Montagne bourbonnaise).
  13. Karl-Heinz ReichelÉtudes et recherches sur les parlers arverno-bourbonnais aux confins de l'Auvergne, du Bourbonnais, de la Marche et du Forez, collection Eubransa/TravauxCTA, Chamalières 2012.
  14. « Nouvel ouvrage sur les parlers arverno-bourbonnais. », La Montagne,‎ (ISSN 0767-4007, lire en ligne)
  15. Pierre Goudot, Microtoponymie rurale et histoire locale : dans une zone de contact français-occitan, la Combraille : les noms de parcelles au sud de Montluçon (Allier), Montluçon, Cercle archéologique de Montluçon, coll. « études archéologiques », (ISBN 9782915233018)
  16. (fr + oc) Jeanine Berducat, Christophe Matho, Guylaine Brun-Trigaud, Jean-Pierre Baldit, Gérard Guillaume (collectif), Patois et chansons de nos grands-pères Marchois (Haute-Vienne, Creuse, pays de Montluçon), Paris, Éditions CPE, , 160 p. (ISBN 9782845038271)
  17. Karl-Heinz Reichel, « Quelques particularités du parler du Mayet-de-Montagne », Bïzà Neirà, no 75,‎ (ISSN 0398-9453)
  18. « Arverno-Bourbonnais », sur Cercleterredauvergne.fr ; site de la société savante Cercle Terre d'Auvergne (consulté le 13 août 2016)
  19. Pierre Bonnaud, « Une oeuvre exceptionnelle aux marges de l'Auvergne : Les parlers populaires en le Centre de la France" de Louis-Péroux Beaulaton », Bïzà Neirà, no 98,‎ (ISSN 0398-9453)
  20. Karl-Heinz Reichel, Grand dictionnaire général auvergnat-français, Nonette, Créer, , 878 p. (ISBN 2-84819-021-3, lire en ligne)
  21. Pierre Bonnaud, Nouveau Dictionnaire Général Français : Auvergnat, Nonette, Créer, , 776 p. (ISBN 2-909797-32-5, lire en ligne)
  22. Karl-Heinz Reichel, Études et recherches sur les parlers arverno-bourbonnais aux confins de l'Auvergne, du Bourbonnais, de la Marche et du Forez, Chamalières, CTA, coll. « Eubransa/Travaux »,
  23. Pierre Bonnaud, Le dialecte de la Montagne Bourbonnaise (grammaire), Le Mayet-de-Montagne, Les Amis de la Montagne Bourbonnaise,
  24. (oc) Domergue Sumien, « En explorant lo limit lingüistic », Jornalet, Toulouse, Barcelone, Associacion entara Difusion d'Occitània en Catalonha (ADÒC),‎ (ISSN 2385-4510, lire en ligne)
  25. Simone Escoffier, La rencontre de la langue d’oïl, de la langue d’oc et du franco-provençal entre Loire et Allier, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Publications de l’Institut de Linguistique Romane de Lyon »,
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  31. (oc) Domergue Sumien, « Un conte borbonés: l’ajaça de Gaieta », Jornalet, Barcelone, Associacion entara Difusion d'Occitània en Catalonha (ADÒC),‎ (ISSN 2385-4510, OCLC 1090728591, lire en ligne)
  32. Pierre Bonnaud, « À propos d’une fable en parler arverno-bourbonnais de la région Néris-Commentry : l’Agrôle et le Rena, par M. l’abbé Forichon », Bïzà Neirà, no 118,‎ (ISSN 0398-9453)
  33. « Les traducteurs du Petit Prince », sur https://petit-prince-collection.com/ ; Petit Prince collection

Voir aussi

Bibliographie

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  • Pierre Bonnaud (1992 [date non indiquée]), Grammaire générale de l’auvergnat à l’usage des arvernisants, coll. Eubransa / Travaux, Chamalières, Cercle Terre d’Auvergne.
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  • J.L. Bourioux, Le parler de Busset, association "dà coutà d'vé Buss".
  • Jean-Pierre Chambon et Philippe Olivier (2000), « L’histoire linguistique de l’Auvergne et du Velay: notes pour une synthèse provisoire », Travaux de linguistique et de philologie 38, p. 83-153.
  • Frantz Brunet, Dictionnaire du parler bourbonnais et des régions voisines, Paris, 1964 ; rééd., De Borée, 1993.
  • René Chicois, Le parler biachet et montluçonnais au milieu du XXe siècle, Charroux, Éd. des Cahiers bourbonnais.
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  • Pierrette Dubuisson, L'Atlas linguistique du Centre in Revue de linguistique romane, numéros 91-92, juillet-décembre 1959
  • Simone Escoffier (1958) La rencontre de la langue d’oïl, de la langue d’oc et du franco-provençal entre Loire et Allier : limites phonétiques et morphologiques, coll. Publications de l’Institut de linguistique romane de Lyon, vol. 11, Paris, Les Belles Lettres
  • Simone Escoffier (1958) Remarques sur le lexique d’une zone marginale aux confins de la langue d’oïl, de la langue d’oc et du francoprovençal, coll. Publications de l’Institut de linguistique romane de Lyon, vol. 12, Paris, Les Belles Lettres
  • Michel Labonne, Alain Muller, Sylvie Vilatte, Mémoires du patois de Sologne bourbonnaise. Langage et société, Moulins, Société d'émulation du Bourbonnais (prix Achille-Allier, 2014).
  • Louis Péroux-Beaulaton (1940), Les parlers populaires en le Centre de la France : pays de Combrailles, voisinages du Berry, du Limousin et de l'Auvergne, sn., Montluçon [1re éd. sd., vers 1907].
  • Karl-Heinz Reichel, Études et Recherches sur les parlers arverno-bourbonnais aux confins de l'Auvergne, du Bourbonnais, de la Marche et du Forez, Collection Eubransa/Travaux , Chamalières, Cercle Terre d'Auvergne,
  • Karl-Heinz Reichel, Grand dictionnaire général auvergnat-français, Nonette, Créer, (ISBN 978-2-84819-021-1 et 2-8481-9021-3, lire en ligne)
  • Jules Ronjat (1930-1941), Grammaire istorique [sic] des parlers provençaux modernes, 4 vol. [rééd. 1980, Marseille, Laffitte Reprints, 2 vol.]
  • Jean Roux, L'auvergnat de poche, Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne), Assimil, coll. « Assimil évasion », , 246 p. (ISBN 978-2-7005-0319-7 et 2700503198)

Autre

  • Enquête de l'IFOP pour le compte de la section auvergnate de l'I.E.O, 2006.

Articles connexes

Liens externes