Bossa nova

Bossa nova
Origines stylistiques Jazz[1], samba[2]
Origines culturelles Fin des années 1950 ; Brésil (Rio de Janeiro)
Instruments typiques Guitare, piano, flûte, cavaquinho
Popularité Élevée au Brésil, également appréciée en Europe occidentale, au Japon, et en Amérique du Nord
Voir aussi Bossa nova, samba

La bossa nova[1], ou bossanova[3], ou bossa-nova[4], est un genre musical ayant émergé à la fin des années 1950 au Brésil. Issu du croisement de la samba et du cool jazz, la bossa nova se popularise significativement dans les années 1960 chez les jeunes musiciens et étudiants[5].

Terminologie

Le nom de bossa nova vient du mot portugais du Brésil bossa, qui signifie au premier degré "dos" (de baleine, de chameau), et peut se traduire au second degré par "onde", "vague" (de la mer)« aptitude », « vocation » (littéralement, "nouvelle vague"« avoir la bosse pour quelque chose ») et dans ce cas précis par « tendance »

Histoire

Origines

L'arrivée de la bossa nova sur la scène musicale brésilienne provient du rejet de la musique populaire traditionnelle brésilienne de la part de musiciens de Rio de Janeiro[6],[7]. Jusque dans les années 1950, la culture musicale au sein de la classe ouvrière brésilienne était composée principalement de sambas de type carnaval avec une utilisation obligatoirement massive des percussions comme accompagnement. Pour la classe moyenne, la forme dominante de chanson était les ballades plus connues sous le nom de samba-canção, similaire aux boléros latino-américains, offrant des compositions simples, une harmonie standard, des voix douces et des textes sentimentaux, plus fréquemment mélodramatiques.

Lancement et popularisation

Le style bossa nova est inventé par un groupe composé du compositeur Antônio Carlos Jobim, du chanteur João Gilberto, de Normando Santos[réf. nécessaire], du poète Vinícius de Moraes et d'autres qui inspireront à la fin des années 1950 une partie de la jeunesse des quartiers d'Ipanema et de Copacabana à Rio de Janeiro. À partir de 1958, elle est popularisée au Brésil par le disque Chega de Saudade, enregistré à Rio en 1958, mais vendu à partir de São Paulo en 1959. Dans ce disque, João Gilberto interprétait trois chansons de Antônio Carlos Jobim (sur des paroles de Vinícius de Moraes (Chega de Saudade...) et de Newton Mendonça), trois autres de Carlos Lyra, deux compositions personnelles, et reprenait à sa manière d'anciennes sambas ainsi qu'une chanson de Dorival Caymmi (Rosa Morena).

En 1963, grâce à la collaboration de João Gilberto et du saxophoniste Stan Getz[1] dans l’album Getz/Gilberto, la bossa nova remporte un succès planétaire avec A Garota de Ipanema (The Girl from Ipanema, en anglais), interprété par Astrud Gilberto. Parmi les musiciens de Stan Getz figurait le guitariste brésilien Laurindo Almeida qui précéda Getz de dix ans étant le vrai pont entre la musique Brésilienne et le Jazz. (Voir la discographie d'Almeida entre 1954 et 1964 / Wikipédia) Les plus grands classiques de la bossa nova y sont regroupés : A Garota de Ipanema, Corcovado, Desafinado, Só danço samba, O grande amor et Vivo sonhando. En 1974, c'est l'album Elis & Tom d'Antônio Carlos Jobim et Elis Regina qui fera sensation, considéré comme le dernier grand chef-d'œuvre de l'âge d'or du style bossa nova.

Lors d'une tournée en Italie en 1961 João Gilberto avait découvert la chanson de Bruno Martino , Estate. Il l'adapte à sa manière en 1977 et cela deviendra un standard international interprété par les plus grands musiciens de jazz, de Chet Baker à Michel Petrucciani en passant par Toots Thielemans.

Retrait et retour modéré

On[Qui ?] considère que la bossa nova stricto sensu prend fin en 1964 avec le coup d'État militaire au Brésil[8]. L'importance de la bossa nova dans l'histoire de la musique brésilienne et mondiale est incontestable. Elle introduit des harmonies complexes, une relation étroite entre paroles et musique ainsi qu'une préoccupation générale pour l'arrangement et la forme musicale. Elle influence des mouvements ultérieurs comme le tropicalisme et la MPB. Le répertoire de la bossa nova se compose essentiellement de chansons, tandis que la musique instrumentale est généralement appelée samba-jazz.[réf. nécessaire]

Le retour de la bossa nova en Europe s'accompagne d'une pratique de plus en plus importante de La Samba de Gafieira. Cette musique étant un des supports de cette danse.[réf. nécessaire]

Caractéristiques et influences

Rythme caractéristique de la bossa nova[7].
Rythme de bossa nova à la guitare.

Le Samba

Dorival Caymmi et João Gilberto, avec la collaboration d’Antônio Carlos Jobim, ont apporté plusieurs innovations et modifications au samba traditionnelle. La bossa nova n'a pas remplacé le samba mais a offert une alternative musicale aux classes moyennes et dirigeantes. En effet, la bossa nova alterne de nombreux paramètres stylistiques, recherchant une certaine intégration dynamique de la mélodie, une harmonie particulière et un rythme lent tout en adoucissant le rôle du vocaliste en tant qu'élément central du morceau musical. En compensation d'un rythme binaire du samba répétitif, la bossa propose des rythmes syncopés variés à la guitare ou au piano. Cette approche musicale contraste nettement avec le style du samba-cançao. A felicidade (enregistré par João Gilberto en 1959), du film Orfeu Negro de Marcel Camus, est un excellent exemple de ce contraste. Dans cette chanson, le samba traditionnelle de carnaval alterne avec les styles caractéristiques de la bossa nova.

Jazz

Le jazz joue une forte influence[1], parfois contestée[9], dans le développement de la bossa nova. Jobim était un pianiste de bar et côtoyait des musiciens populaires et de jazz[1], parmi lesquels Newton Mendonça avec qui il composera quelques standards de bossa (Desafinado étant le plus connu).

Dans les années 1950 et 1960, la scène jazz-samba brésilienne est riche de talents[non neutre] : le pianiste et compositeur Johnny Alf, le flûtiste et saxophoniste J.T Meirelles et son groupe Os Copa 5, le guitariste Laurindo Almeida, le pianiste et compositeur João Donato qui finalement s'exilera pour faire carrière aux États-Unis et plus tard Sergio Mendes et son groupe Brazil '66 qui incorporera des sonorités pop à la bossa nova, le rendant plus populaire qu'élitiste. Ces réunions se tenaient dans les appartements chic de la zona sul de Rio de Janeiro, principalement le quartier d'Ipanema et Copacabana. L'un de ses appartements était la propriété de Nara Leão surnommée la « muse de la bossa nova »[10]. Chez elle, certaines personnalités de la musique populaire brésilienne se retrouvaient pour créer des morceaux, improviser ou reprendre des standards de jazz ; parmi eux on trouvait Carlos Lyra, Roberto Menescal (guitariste des Copa 5), Normando Santos, Sergio Ricardo, Aloysio de Oliveira (producteur), Oscar Castro-Neves, Sylvia Telles, le journaliste Ronaldo Bôscoli (qui a contribué à populariser le nouveau courant en le baptisant bossa nova dans ses articles). Des improvisations avaient aussi lieu sur les plages et dans des cabarets auxquelles prenaient part entre autres : Luiz Bonfá (cocompositeur du film Orfeu Negro), Edu Lobo, Marcos Valle et Paulo Sergio Valle, Baden Powell.

Des vedettes du samba-canção telles que Doryval Caymi, Ary Barroso ont également contribué par projection, à l'essor de la bossa nova.

Classique

Si la bossa nova est influencée par le jazz[1], Jobim s'est toujours considéré de tradition classique. L'analyse harmonique des compositions de Jobim montre clairement que les accords enrichis de la bossa nova s'écartent de l'usage en vigueur dans le jazz à l'époque (fin des années 1950 / fin des années 1960). Le défunt professeur d'harmonie et de guitare brésilienne Almir Chediak[11] révèle la construction harmonique des œuvres bossa-novistes et en particulier celles de Jobim : là où la majorité des standards de jazz se limitait aux accords de 9e, la bossa nova n'hésitait pas à pousser l'utilisation des extensions jusqu'aux 11e et 13e, diminuées ou augmentées. Cette complexification harmonique, toute naturelle dans la bossa nova, n'était pas le souci des jazzmen. Jobim avait d'ailleurs coutume de dire que la bossa nova était une musique de chambre populaire.

Les standards A garota de Ipanema, Insensatez…, suggèrent directement Debussy ou Chopin (Prélude à l'après-midi d'un faune, Suite Bergamasque, Deux Arabesques pour ce qui est de Debussy et Prélude en Mi Mineur, pour ce qui est de Chopin). Sans parler de Ravel, Stravinsky ou du Brésilien Villa-Lobos. D'ailleurs, le saxophoniste baryton Gerry Mulligan dans Gerry Mulligan Sextet, Complete Studio Recordings, plutôt que de reprendre Insensatez, s'attache à livrer son interprétation du morceau de Chopin[réf. nécessaire].

Artistes représentatifs

Artistes principaux [12],[13]

Artistes associés au genre [12],[13]

Notes et références

  1. a, b, c, d, e et f (en) « International » Brazilian Traditions » Bossa Nova », sur AllMusic (consulté le 18 avril 2015).
  2. (en) « Bossa Nova Définition », sur merriam-webster.com (consulté le 18 avril 2015).
  3. Marc-Albert Moriamé, Outils d'orthographe : une méthode simple à l'usage de tous, Presses universitaires de Namur, , 199 p. (ISBN 2930378077, lire en ligne), p. 165.
  4. Éditions Larousse, « Définitions : bossa-nova, bossas-novas - Dictionnaire de français Larousse », sur www.larousse.fr (consulté le 8 janvier 2018)
  5. (pt) Mariana Garcia, « A estética da bossa nova (The aesthetics of Bossa Nova) », sur Com Ciência, (consulté le 29 septembre 2014).
  6. (pt) A estética da bossa nova
  7. a et b (en) Blatter, Alfred (2007). Revisiting Music Theory : A Guide to the Practice, page 28. (ISBN 0-415-97440-2).
  8. (en) « What is Bossa Nova? », sur Essortment.com (consulté le 18 avril 2015).
  9. (en) Bossanova. sky.fm, consulté le 27 juin 2009.
  10. (en) Nara Leao Artist Bio. NME, consulté le 27 juin 2009.
  11. (pt) ALMIR Chediak, Songbook, Lumiar Editora.
  12. a et b (en) Bossa Nova: The Story of the Brazilian Music That Seduced the World, Ruy Castro, Chicago Review Press, 2012. (ISBN 9781556524943)[1]
  13. a et b (pt) Dicionário Cravo Albin da Música Popular Brasileira. [2]

Voir aussi

Bibliographie

  • François-Xavier Freland, Sarava ! : Rencontres avec la bossa-nova, éditions Naive Livre, Paris, 2005
  • Chris McGowan et Ricardo Pessanha, Le Son du Brésil : Samba, bossa nova et musique populaire brésilienne, éditions Viamedias, Paris, 2005
  • Jean-Paul Delfino, Brasil bossa nova, éditions Edisud, Paris, 1988
  • Jean-Paul Delfino, Brasil a musica, éditions Parenthèses, Paris, 1998
  • (pt) Ruy Castro, Chega de Saudade, a História e as Histórias da Bossa Nova, Editora das Letras, São Paulo, 1990
  • (pt) Ruy Castro, A Onda que se Ergueu no Mar, Companhia das Letras, São Paulo, 2001
  • (it) Giancarlo Mei, Canto Latino: Origine, Evoluzione e Protagonisti della Musica Popolare del Brasile. 2004. Stampa Alternativa-Nuovi Equilibri. Préface : Sergio Bardotti. Contribution : Milton Nascimento.
  • (pt) Lui Morais, O sol nasceu pra todos (a história secreta do samba). Editora Litteris, Rio de Janeiro, 2011.
  • (it) Gildo De Stefano, Il popolo del samba. La vicenda e i protagonisti della storia della musica popolare brasiliana, préface de Chico Buarque de Hollanda, introduction de Gianni Minà, RAI éditions, Rome 2005, (ISBN 88-397-1348-4).
  • (it) Gildo De Stefano, Saudade Bossa Nova : musiche, contaminazioni e ritmi du Brésil, préface de Chico Buarque, introduction de Gianni Minà, Logisma Editore, Florence 2017, (ISBN 978-88-97530-88-6)
  • (pt) O Sol nasceu pra todos : a História Secreta do Samba de Luis Carlos de Morais Junior. Rio de Janeiro : Litteris, 2011.

Liens externes