Bolloré

Bolloré
logo de Bolloré
Logo du groupe Bolloré

Création 1822
Forme juridique Société anonyme ()
Action Euronext : BOL
Siège social Ergué-Gabéric (Finistère)
Drapeau de France France
Direction Vincent Bolloré, PDG
Actionnaires Financière de l'Odet : 63,6 %
Flottant : 30,0 %
Activité Transport
Logistique
Énergie
Plastiques ultrafins
Automobile
Papiers spéciaux
Médias
Télécommunications
Participations
Filiales Bolloré Transport & Logistics + 36 filiales détenues de 10 à 100%
Effectif 55 000[1]
Site web bollore.com

Capitalisation 11,38 milliards d'€ (2018)
Fonds propres en augmentation 31,858 milliards d'€ (2017)
Dette Increase Negative.svg 4,8 milliards d'€ (2017)
Chiffre d’affaires en augmentation 18,325 milliards d'€ (2017)
Résultat net en augmentation 2,081 milliards d'€ (2017)

Bolloré est un groupe français international de transport, de logistique, et de communication. Il est dirigé par Vincent Bolloré. Sa création remonte à 1822 date à laquelle Nicolas Le Marié fonde les papeteries d'Odet. Jean-René Bolloré lui succèdera en 1861 et donnera son nom à l'entreprise[2].

Il œuvre dans le transport, la logistique, la distribution d'énergie à travers sa filiale Bolloré Transport & Logistics ou encore dans le film plastique ultra fin. Il est présent dans d'autres industries, dont celle historique du papier. Depuis les années 2000, il se développe dans l'automobile, la communication et la publicité, les médias et les télécommunications. En 2004, il figure parmi les deux cents premiers groupes industriels européens et les cinquante premiers français. En 2017, il réalise plus de 18 milliards d'euros de chiffre d'affaires et il emploie 55 000 personnes dans le monde.

La fortune professionnelle de Vincent Bolloré est estimée à 7,8 milliards d'euros en 2018[3].

Histoire

Issu d'une longue tradition papetière, le groupe, qui a réussi sa mutation industrielle à la fin du XXe siècle en se positionnant dans la production de films plastiques ultra fins, est devenu un important conglomérat dans le transport, la logistique, l'industrie, la communication et la finance.

La famille Bolloré, une tradition papetière depuis 1861

Article détaillé : OCB (entreprise).

Les papeteries d'Odet ont été créées en 1822 par Nicolas Le Marié (1797-1870)[4], dans la commune d'Ergué-Gabéric, près de Quimper. Ces papeteries, dirigées depuis 1861 par Jean-René Bolloré (neveu par alliance de Nicolas Le Marié), sont à l'origine une entreprise industrielle familiale moyenne, spécialisée dans la production de papier, puis dans les papiers minces (sachets de thé, papier bible, filtres, etc.)[5]. L'image du groupe pour le grand public sera longtemps associée, mais réduite, au papier à cigarette et son nom sera repris dans une chanson espagnole de Cathy Claret, Bollore, qui deviendra célèbre grâce à la version de Raimundo Amador et B. B. King, « Bollore te quita las penas / Bollore pa toda la vida / Bollore nos vuelve locos / Bollore !! que papel !! » (« Bollore t'enlève les peines / Bollore, pour toute la vie / Bollore nous rend tous fous / Bollore, quel papier ! »). L'une des marques phare de cette tradition papetière est OCB (Odet-Cascadec-Bolloré), qui est, elle aussi, chantée en 1993 par le groupe Billy Ze Kick et les Gamins en Folie dans la chanson OCB : « OCB, occis carton blindé ! OCB, fais tourner, fais tourner, fais tourner ! OCB, c'est toujours moi le dernier ! ».

L'entreprise reste durant toute son histoire, une entreprise familiale. Ainsi, Jean-René Bolloré, qui devient médecin en 1863, est directeur de la papeterie d'Odet. René Bolloré est le directeur des Papeteries Bolloré de 1935 à 1974, hormis cinq années de guerre. Gwenn-Aël Bolloré est vice-président des Papeteries de 1952 à 1974 et son frère, Michel, président. L'entreprise OCB a été vendue au groupe Republic Tobacco en 2000[6].

La diversification industrielle et financière

L'entreprise familiale, en grande difficulté est prise en main en 1981 par Vincent Bolloré et son frère Michel-Yves Bolloré[7], assistés de Jean Lassal, elle se recentre d'abord sur les sachets de thé puis sort de sa longue tradition papetière pour devenir dans les années 1990 l'un des leaders mondiaux du film plastique ultrafin[8],,[7].

Ainsi sorti de l'industrie papetière et spécialisé dans une niche technologique (polypropylène) et industrielle (celle de l'ultrafin) très pointue, le groupe Bolloré se trouve à l'abri de toute tentative de rachat par les grands groupes mondiaux, qui préfèrent utiliser les produits, films et plastiques minces, de haute technologie du groupe Bolloré, plutôt que de racheter l'entreprise.

Dans le même temps, Vincent Bolloré, formé à la finance par son expérience chez l'alliée de la famille à la compagnie Financière Edmond de Rothschild, transforme le groupe en un conglomérat d'activités très diverses, mêlant participations financières et investissements industriels[7].

En 1992, Bolloré commet une erreur de stratégie avec le rachat de la compagnie de transport maritime Delmas-Vieljeux, depuis cédée et intégrée à la CMA-CGM en 2005. Depuis, Bolloré intervient dans des domaines aussi variés que la finance (rachat en 1997 de la banque Rivaud[10], raid financier décisif dans la constitution de l'empire Bolloré[11] ; participation dans l'assureur italien Generali, contrôle de la banque italienne d'investissement Mediobanca en 2001, dont il restera actionnaire, etc.), les médias en 2000, les terminaux portuaires (concession des ports d'Abidjan en 2008, la plupart des terminaux portuaires du golfe de Guinée), les lignes ferroviaires (en particulier en Afrique), les plantations tropicales, la distribution de produits pétroliers (Bolloré Énergie), le vin (Domaine de la Croix, La Bastide Blanche en Côtes de Provence).

Si cette diversification est la marque personnelle de Vincent Bolloré, il conserve cependant la tradition industrielle du groupe familial dans le film ultrafin, l'énergie et le transport, tout en le développant dans l'automobile (Batscap et la Blue Car), et, vraisemblablement pour sa descendance dans la publicité et la communication (Havas en 2004, Aegis en 2006[7]), la presse gratuite (Direct Soir, Direct Matin[7]), l'institut de sondages CSA en 2006[12], les médias (Bolloré Média, après la revente de ses chaînes Direct 8 et Direct Star au Groupe Canal+ via un échange d'actions, le groupe devient en 2012 le 1er actionnaire de Vivendi[7]) mais aussi, les télécommunications (Bolloré telecom), etc. En mars 2015, le groupe Bolloré vend 22,5 % de Havas pour 601 millions d'euros, dans le but d'augmenter le flottant de l'action Havas[13].

En mai 2017, le groupe Vivendi annonce l'acquisition de la participation de 60 % du groupe Bolloré dans Havas pour un montant de 2,36 milliards d'euros[14], en cas de réussite de cette opération, les 40 % autres pourcents d'Havas devraient être repris également par Vivendi, pour un total de 3,881 milliards d'euros[15],[16].

Activités

Bolloré développe ses activités dans le transport, la logistique, la distribution d'énergie, les films plastiques, les batteries et supercapacités, les véhicules électriques, la communication et les médias. Le Groupe gère aussi un portefeuille de participations qui se compose d’une part du portefeuille de Bolloré (Mediobanca, Vallourec, Generali…) et d’autre part du portefeuille de Vivendi (Telecom Italia, Mediaset…) ainsi que d'actifs agricoles (plantations).

Transport et logistique

Né fin 2014 de la fusion de trois filiales (Bolloré Logistics, Bolloré Africa Logistics, Bolloré Energy), Bolloré Transport & Logistics[17] est dirigé par Cyrille Bolloré et représente 43% du chiffres d’affaires de Bolloré en 2017. L’entité s’organise autour de quatre métiers :

  • Logistique (anciennement SDV et SAGA): gestion de la chaîne d’approvisionnement, gestion des stocks, transport multimodal (fret maritime, terrestre ou aérien), opérations douanières...
  • Concessions portuaires : terminaux, manutention et agences maritimes (dont une présence dans 42 ports et 17 concessions de terminaux à conteneurs en Afrique : Côte d’Ivoire, Ghana, Nigeria, Cameroun, Gabon, Congo[Lequel ?], Togo, Guinée…).
  • Distribution d’énergie : logistique pétrolière et distribution de produits pétroliers (fioul domestique, gazole routier et non routier auprès de 600 000 clients, particuliers et professionnels). L’activité est pilotée en Allemagne (Calpam), en Suisse (CICA) et en France (LCA et Charbons Maulois en Île-de-France, SFDM..).
  • Chemins de fer : transport de passagers, de marchandises, pose et entretien des voies, maintenance. 2700 kilomètres de voie en Afrique sont exploitées via trois concessions : Sitarail, Camrail et Benirail.

Avant d’être intégrée à Bolloré Transport & Logistics en 2014, Bolloré Africa Logistics était le fruit de la fusion en 2008 de plusieurs filiales (SDV, Saga, Afritramp, Socapo, Antrak, etc.)[18]. Les activités de transport et de logistique en Afrique comptent 23500 employés pour un chiffre d’affaires de 2,4 milliards d’euros.

Industrie, stockage d'électricité et mobilité

Bolloré Bluesummer

Née de la diversification de son métier historique de producteur de papiers et de films plastiques ultrafins, les activités de Blue Solutions représentent un chiffre d’affaires de 81 millions d'euros en 2017.

Films plastiques

Le groupe produit des films polypropylènes utilisés pour les condensateurs et composants électriques qui permettent de stocker l’énergie et des films d’emballage thermorétractables pour les marchés de l’industrie et de l’alimentaire. Jusqu'en 2000, l'entreprise possédait les marques de papier à cigarette Zig Zag, OCB et JOB[19].

Solutions de stockage

A Ergué-Gabéric en Bretagne et à Boucherville au Canada, Blue Solutions produit des batteries basées sur la technologie LMP (Lithium Métal Polymère)[20] ainsi que des supercapacités (batteries de haute performance) pour les véhicules électriques. En 2016, le groupe acquiert la société californienne Capacitor Sciences Incorporated spécialisée dans l’étude et la recherche de nouvelles molécules de stockage de l’énergie[21].

Mobilité électrique

Les batteries produites sont utilisées pour répondre à diverses applications comme la production de véhicules électriques (voitures, bus, tramway) et le déploiement de services d'autopartage. Les deux modèles phares du groupe sont la Bluecar, déployée principalement en autopartage, et la Bluesummer, un cabriolet électrique de loisirs, qui a laissé sa place à la Citroën e-Méhari, suite à un accord avec PSA[22]. La Bluecar, une voiture électrique citadine d’une autonomie de 250 km, est le modèle retenu en 2011 pour le déploiement d'Autolib' à Paris et en Ile de France. S'il échoue à Paris et s'arrête en 2018, il réussit à Lyon[23]. D’autres services comparables existent aussi à Bordeaux, Indianapolis, Los Angeles (États-Unis) et Singapour. Dans les zones urbaines et périurbaines, les Bluebus d'une longueur de 6 à 12 mètres, sont déployés à Paris, Turin (Italie), Bruxelles, Luxembourg, Abidjan, Rennes[24] et les Bluetram, fonctionnant sans rails ni caténairs, sont en test à Singapour en 2018[25].

Autres applications

Blue Solutions déploie des solutions de stockage dans des zones non raccordées au réseau électrique via BlueStorage (principalement en Afrique) et conçoit des bornes de charge et d’identification (IER) : bornes interactives, bornes de péages, lecteurs de codes à barres, terminaux de saisie portables et embarqués, imprimantes d’étiquettes codes à barres, solutions de réseaux radio.

Communication, médias et divertissement

Les activités de communication, médias et divertissement reposent principalement sur Vivendi dont le groupe Bolloré est actionnaire à 25% depuis juillet 2018[26].

Musique

Major de l'industrie musicale, Universal Music Group produit des albums musicaux (découverte d'artistes, développement de leur carrière...), commercialise leur utilisation (dans les films, représentations publiques...), gère les droits d'auteur et vend des produits dérivés. Son catalogue rassemble des artistes locaux et internationaux, dont notamment les Beatles, les Rolling Stones, U2, Andrea Bocelli, Drake, Taylor Swift, Lady Gaga ou encore Helene Fischer. En 2017, le groupe a conclu plusieurs accords avec des acteurs du streaming comme Pandora, Amazon ou iHeartMedia et a contracté des licences avec, au total, plus de 400 services numériques sur la scène internationale[27].

Médias

Lancé il y a dix ans, Direct Matin devenu CNews en 2017 est un quotidien gratuit français. Il est distribué dans 11 agglomérations (Paris Île-de-France, Lille, Strasbourg, Lyon, Nice, Marseille, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Nantes et Rennes) à 900 000 exemplaires.

Filiale de Vivendi, le groupe Canal+ est éditeur et distributeur de chaînes de télévision spécialisé dans le sport, la fiction et le cinéma. Présent en France, en Afrique, en Pologne et en Asie du Sud-Est, le groupe Canal+ compte 11,9 millions d’abonnés individuels et 3,1 millions de clients issus des partenariats avec les opérateurs télécoms en France. Depuis 2017, ces partenariats ont permis de limiter la baisse du nombre d’abonnés en France tandis que l’international a été stimulé par de bons résultats de l’Afrique[28]. Le groupe Canal+, détient trois chaînes gratuites : C8 qui a succédé à à Direct 8 lancé en 2005 par le groupe (2005-2012) et D8 (2012-2016) ; CStar qui a succédé à Direct Star en 2010 suite au rachat de Virgin 17 par le groupe (2010-2012) et D17 (2012-2016) ; CNews qui a succédé à I-Télévision (1999-2002) et I-Télé (2002-2017).

Cinéma

Avec StudioCanal, le groupe produit et distribue des films et des séries TV. Il exploite 6500 titres issus de 60 pays, parmi lesquels La Bataille d’Alger (1966), Basic Instinct (1992), Le Pianiste (2002) ou encore Paddington (2014), considéré comme un des plus gros succès de StudioCanal[29].

Jeux vidéo

Afin de se renforcer dans le secteur des jeux vidéo, Vivendi est monté en 2016 à 95,94% du capital de Gameloft après six mois de bras de fer avec la famille Guillemot[30]. En 2017, Gameloft a développé 187 jeux vidéo sur smartphone pour 128 millions de joueurs mensuels. Le catalogue de Gameloft couvre des jeux grand public, d’action (Modern Combat, Order & Chaos), de sport (Asphalt), d’aventure (Dungeon Hunter), etc. Gameloft travaille aussi avec des sociétés comme Pixar, Mattel, Hasbro, Marvel, Lego et Sega afin d’associer certains de ses jeux à des marques : Spider-Man, Moi, moche et méchant, My Little Pony, Cars, L’Âge de glace...

En mars 2018, Vivendi s'est retiré d'Ubisoft après être monté à 27,31 % du capital en 2016[31].

Le Groupe Bolloré détient aussi plus de 21 % de la société Bigben Interactive, spécialisée dans le domaine de la distribution d’accessoires et de jeux vidéo.

Publicité et communication

Vivendi qui avait porté début juillet 2017 sa participation à 60% au sein d’Havas, détient à la clôture de l’OPA 94,75% du capital de l’entreprise. Havas accompagne les entreprises et les marques dans la publicité, la communication, le digital et l’achat d’espaces. A son arrivée à la tête de Havas en 2013, Yannick Bolloré a déployé le modèle des Havas Villages afin de rassembler des agences et expertises en communication (création, média, digital, événementiel, relations publiques, data, etc.) dans un même lieu et faciliter la gestion des projets[32]. Havas est le 6e groupe publicitaire et de communication dans le monde.

Le , le groupe a acquis 40 % du capital social de l'institut de sondages CSA dont il est détenteur à 100 % depuis 2008[33].

Plantations

Le groupe Bolloré est un groupe agricole qui cultive des palmiers à huile et des hévéas en Afrique et en Asie sur plus de 100 000 hectares, par l'intermédiaire de la SocFin (Société Financière des caoutchoucs) basée au Luxembourg, des céréales aux États-Unis et des vignes en France.

Controverse au Cameroun : le vendredi 3 décembre 2010, l'association Sherpa formée de juristes et d'avocats ainsi que deux organisations camerounaises (le CED et la Focarfe) se sont associées pour déposer une plainte devant l’OCDE contre le Groupe Bolloré ainsi que trois entités juridiques (à savoir la Financière du Champ de Mars en Belgique, Socfinal et Intercultures au Luxembourg) qui contrôlent directement ou indirectement le capital de la Société camerounaise de palmeraies (Socapalm), pour violation des « principes directeurs » (non contraignants) édictés par l'OCDE à l’intention des entreprises multinationales. Il reste à savoir quelle est la part de responsabilité du groupe Bolloré et/ou de ses partenaires[34],[35]. Le paysan Emmanuel Elong milite contre l'expropriation des terres[36] pour les palmeraies exploitées par le groupe Bolloré[37] au Cameroun.

À la suite de la diffusion d'un article de Rue89 concernant les plantations au Cameroun intitulé « Socapalm au Cameroun, l'épine du groupe Bolloré »[38] le site Rue89 et la radio France Inter sont poursuivis en justice, le magazine en ligne et France Inter sont poursuivis en justice. Plus précisément, le directeur de publication de Rue89 et l'auteur de l'article en question sont mis en examen en août 2011, de même qu'un journaliste de France Inter (Benoît Collombat)[39].

En 2012, Oakland Institute publie un rapport concernant l'opposition de la population de Sierra Leone et sa répression, face au développement des plantations de palmiers à huile de SocFin. Il dénonce également les conditions de travail et les bas salaires pratiqués sur ces exploitations[40].

En 2013 le groupe poursuit en diffamation deux magazines en ligne, Basta ! et Rue89, à la suite d'un article sur l'accaparement des terres[41]. Plusieurs journalistes sont mis en examen le 1er août 2013 au tribunal de grande instance de Paris.

En 2015, des paysans cambodgiens assignent en justice, en France, la société Bolloré ainsi que la SocFin pour la perte de leurs ressources économiques, la destruction de leurs lieux de culte et la dégradation de leur environnement à la suite du développement des cultures d'hévéa[42].

En 2016, dans son jugement concernant la plainte en diffamation contre Basta !, la 17e chambre du Tribunal a estimé que la relaxe s’imposait. Lundi 25 avril, le groupe Bolloré fait appel[43].

Participations financières

L'une des activités du groupe, initiée sur l'action personnelle de Vincent Bolloré (le petit prince de la finance[44]) durant les années 1990, est la prise de participations financières.

Bolloré est ainsi, à des degrés très divers, directement ou indirectement, présent dans le capital social de Pierre et Vacances, Paris Orléans, Mediobanca, Gaumont / Europalaces (10 %), Cinéma Mac Mahon, Streampower (75 %), CNews, Havas (26 %), Aegis (29 %), Groupe CSA (100 %)[45], Wifirst (45 %)[46], etc.

Liens avec le monde politique

Le directeur général du groupe, Gilles Alix, indique en 2008 au sujet des relations entre le groupe et les dirigeants africains que « Les ministres, on les connaît tous là-bas. Ce sont des amis. Alors, de temps en temps — je vais être clair —, on leur donne, quand ils ne sont plus ministres, la possibilité de devenir administrateurs d’une de nos filiales. C’est pour leur sauver la face. Et puis on sait qu’un jour ils peuvent redevenir ministres »[47].

Selon Le Monde diplomatique, les journaux possédés par Vincent Bolloré Matin plus et Direct soir « soignent l’image des chefs d’États amis, qui, manquant pour la plupart de légitimité électorale, ne se maintiennent au pouvoir que par la répression interne et la propagande d’exportation. C’est ainsi que Matin plus, quotidien réalisé en partenariat avec Le Monde, dresse un bilan flatteur des vingt-cinq années de règne du chef de l’État camerounais Paul Biya. Le gouvernement de Yaoundé, apprend-on avec surprise, se démène pour « revaloriser le pouvoir d’achat » des Camerounais et « renforcer les institutions de promotion des droits de l’homme »[47]. Pour remporter la concession du port de Dakar en 2007, Bolloré fait consacrer une émission spéciale au président sénégalais sur la chaîne de télévision de son groupe, Direct 8, et une double « une » dans ses journaux Matin plus et Direct soir : « Abdoulaye Wade : un grand d’Afrique »[47].

En France, le groupe est soupçonné d'user des relations personnelles entre Vincent Bolloré et plusieurs hommes politiques (Nicolas Sarkozy, Alain Madelin, Gérard Longuet, François Léotard) pour favoriser ses intérêts auprès de pays africains. Le groupe a par ailleurs intégré des responsables politiques dans sa direction. Ainsi, Michel Roussin (ancien ministre de la Coopération d’Édouard Balladur) est l'un des « Messieurs Afrique » du groupe pendant plus de dix ans. Alain Minc et le député Jean Glavany sont nommés au comité stratégique du groupe[47].

Controverses

Des entreprises associées au groupe Bolloré ont été mises en cause par l'ONU pour leur « exploitation illégale » de ressources naturelles, dont en particulier le colombo-tantalite, dans certaines régions d'Afrique, dont le commerce nourrit le trafic d’armes. Dans un rapport d'avril 2001, l'ONU indique que SDV, filiale à 100 % du groupe Bolloré, figure « parmi les principaux maillons de ce réseau d’exploitation et de poursuite de la guerre. Des milliers de tonnes de colombo-tantalite ont ainsi été chargées à partir de Kigali (Rwanda) ou ont transité par le port de mer de Dar es Salam (Tanzanie). » Un rapport de 2002 place SDV sur la liste des entreprises qui « violent les principes directeurs de l’Organisation de coopération et de développement économiques [OCDE] à l’intention des entreprises multinationales »[47].

En , un article du quotidien Libération révèle que le Groupe Bolloré a été pris en flagrant délit de fraude concernant ses activités au Sénégal ; le fisc sénégalais ayant découvert des « irrégularités sur notes », le groupe français a fait l’objet d’un redressement fiscal d'un montant fixé à 1,5 milliards de francs CFA (2,3 millions d’euros)[48].

Relations avec les médias et tentatives de censure

Un reportage de Benoît Collombat, diffusé le 29 mars 2009 et intitulé Cameroun, l'empire noir de Vincent Bolloré, lance une controverse sur certaines activités africaines du groupe, qui soutient la fondation de Chantal Biya, épouse du président de la République du Cameroun, ainsi qu'une radio tenue par un prêtre proche du pouvoir. Cette controverse est relayée, notamment, par les sites Mediapart[49] et Rue89[50]. Elle aboutit à un procès en diffamation contre France Inter[51],[52] gagné par Vincent Bolloré le 6 mai 2010, le tribunal estimant cependant que l'analyse proposée par Benoît Collombat était « critique, sinon polémique », mais qu'il s'agissait « d'éléments s'intégrant dans un libre débat d'opinion »[53].

Il est débouté d'une autre plainte contre Bastamag le 14 avril 2016, qui avait décrit des conditions des droits humains « catastrophiques » dans les plantations au Libéria où travaillent « des enfants de moins de 14 ans »[54]. Le 22 juillet 2016, c'est au tour de la chaîne France 2 d'être attaquée en justice par le groupe Bolloré. Celui-ci reproche à la chaîne nationale de le « dénigrer gravement » à la suite d'une seconde diffusion de l'émission Complément d'enquête consacré à l'activité de groupe, qui décrivait des conditions de travail exécrables et avait filmé un travailleur de 14 ans[55]. Le groupe Bolloré intente dès lors de multiples recours, en France et au Cameroun notamment[56]. Le 5 juin 2018, le tribunal correctionnel de Nanterre déboute à nouveau le groupe Bolloré et condamne celui-ci à verser 3 500,00 € à France 2 et au journaliste Tristan Waleckx au titre des frais de justice[57]. Le 11 juin 2018, une plainte que le groupe Bolloré avait déposé sur le même sujet auprès du tribunal de commerce a également été rejetée[58].

Les pressions sur la presse sont telles qu'en janvier 2018 vingt-six associations, vingt trois médias d'horizons très variés (tels que Mediapart, Bastamag, TF1 et BFMTV) et de nombreux journalistes (par exemple Benoît Collombat, John-Paul Lepers, Tristan Waleckx) s'expriment dans une tribune publique intitulée « Face aux poursuites-bâillons de Bolloré : nous ne nous tairons pas ! » contre ce qu'ils appellent les « entraves à la liberté de la presse dont est désormais coutumier le groupe Bolloré »[59]. Plusieurs sociétés de journalistes et ONG, dont Sherpa, Attac et Reporters sans frontières, rappellent que le groupe Bolloré et sa filiale Socfin ont initié depuis 2009 plus de 20 procédures en diffamation contre des articles ou journaux[60], en France et à l'étranger, ceci afin de « contourner la loi de 1881 sur la liberté de la presse », et assimilent ces procédures judiciaires à des poursuites-bâillons[61]. Avant cette tribune, la possibilité de mettre en cause le groupe Bolloré avait déjà été questionnée en 2016 par un des média poursuivi, texte repris par une association de surveillance des médias[62]. En Novembre 2015, un communiqué concernant les attaques d'entreprises contre la presse dont celles du groupe Bolloré avait été publié par une petite association, la CPML[63].

Fait exceptionnel, des poursuites ont été entreprises contre deux particuliers qui avaient seulement mis un lien sur leurs sites Internet vers un article de Bastamag[64]. Les sociétés plaignantes ont été déboutées de ces plaintes en première instance et en appel mais l’affaire a été portée en cassation. Ces particuliers n’ont reçu aucune aide et ne pourront pas être compensés des torts causés.

Cette plainte pose des questions juridiques sur le statut d’un lien hypertexte.

Direction de l'entreprise

En 2018, les membres du Conseil d'Administration sont[65] :

  • Vincent Bolloré, président-directeur général
  • Cyrille Bolloré (fils de Vincent), directeur général délégué et vice-président administrateur délégué
  • Yannick Bolloré (fils de Vincent), vice-président
  • Cédric de Bailliencourt, vice-président
  • Gilles Alix, représentant Bolloré Participations et directeur général du Groupe Bolloré
  • Nicolas Alteirac, administrateur représentant les salariés
  • Elsa Berst, administrateur représentant les salariés
  • Chantal Bolloré (sœur de Vincent)
  • Marie Bolloré (fille de Vincent)
  • Sébastien Bolloré (fils de Vincent)
  • Valérie Coscas
  • Marie-Annick Darmaillac, représentant Financière V
  • Hubert Fabri
  • Janine Goalabré, représentant Omnium Bolloré
  • Dominique Hériard-Dubreuil
  • Céline Merle-Béral
  • Alexandre Picciotto
  • Olivier Roussel
  • Martine Studer
  • François Thomazeau

Communication

Activité de lobbying auprès des institutions de l'Union européenne

Bolloré - Blue solutions est inscrit depuis 2017 au registre de transparence des représentants d'intérêts auprès de la Commission européenne. Il déclare en 2017 pour cette activité des dépenses annuelles d'un montant de 200 000 euros[66].

Données financières

Données financières en millions d'euros
Années 2003 2004 2005 2011[67] 2012[68] 2015[69]
Chiffre d'affaires 4 517 4 620 5 980 8 491 10 200 10 824
Résultat d'exploitation 118 34 292 407 701
Résultat net part du groupe 123 00 640 669 564
Fonds propres 833 850 e000 11 285
Dettes financières 243 308 e000 4 281

Données boursières

En 2006

Données boursières au 1er janvier
Années 2004 2005 2006
Nombre d'actions cotées en millions 00 7,558 00
Capitalisation boursière en millions d'euros 00 3 000 00
Nombre de transactions quotidiennes 00 70 00

Actionnariat

Le groupe, coté en bourse, est contrôlé majoritairement par un holding, Financière de l'Odet, société détenue à plus 54,30 % par la Sofibol (société financière Bolloré), qui appartient à Vincent Bolloré[70].

Notes et références

  1. [1]
  2. « À Ergué, les papeteries Bolloré », sur letelegramme.fr,
  3. Eric Tréguier, « les 500 fortunes », CHALLENGES,‎ , p. 103
  4. Historial du Grand Terrier, « Nicolas Le Marié (1797-1870), maire et entrepreneur », sur grandterrier.net
  5. Historial du Grand Terrier, « Ergué-Gabéric : le berceau des papeteries Bolloré », sur grandterrier.net
  6. « Le nom de Bolloré reste attaché à la commune », sur ouest-france.fr, (consulté le 9 juillet 2018)
  7. a b c d e et f AFP, « Financier habile, Vincent Bolloré a bâti un empire très diversifié », sur dhnet.be, (consulté le 19 juillet 2014)
  8. http://www.bollorefilms.com/dielectrique/default.html
  9. Renaud Lecarel, « Rivaud, une saga financière (2). Bolloré, le tombeur de dynastie. En deux mois, l'industriel a ravi le contrôle du groupe à la famille de Ribes. », sur liberation.fr,
  10. « Rivaud, un jackpot décisif dans la constitution de l'empire », sur lesechos.fr, .
  11. CSA Groupe
  12. « Bolloré cède 22,5 % du capital d'Havas pour augmenter sa liquidité », sur lemonde.fr,
  13. (en) Mathieu Rosemain et Gwénaëlle Barzic, « Bollore makes first step to merge Vivendi and Havas with 2.4 billion euro deal », sur reuters.com,
  14. Alexandre Debouté et Jacques-Olivier Martin, « Vivendi lance le rachat d'Havas », sur lefigaro.fr,
  15. « Havas s'envole en Bourse après l'annonce du rapprochement avec Vivendi », sur latribune.fr,
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Bibliographie

  • Vincent tout puissant, Nicolas Vescovacci et Jean-Pierre Canet, JC Lattès, 2018, 400 p., (ISBN 978-2709-6567-19)
  • L'Empire. Comment Vincent Bolloré a mangé Canal+, Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, Seuil, 2016, 192 p., Broché: (ISBN 978-2021-3471-80) epub: (ISBN 978-2021-3471-97)
  • Vincent Bolloré. Le nouveau roi des médias européens, Fiorina Capozzi, GoWare, 2016, 92 p., Broché: (ISBN 978-8867-9749-79)
  • Vincent Bolloré. Enquête sur un capitaliste au-dessus de tout soupçon, Nathalie Raulin et Renaud Lecadre, Denöel, 2000, 336 p., (ISBN 978-2207-2494-68)

Voir aussi

Articles connexes

Sites officiels

  • Site du groupe Bolloré
  • Site de Bolloré Transport & Logistics
  • Site de Bolloré Logistics
  • Site de Bolloré telecom

Autres liens externes

  • Vincent Bolloré aux entretiens de Dauphine, en novembre 2005