Blanche de Bourgogne (v. 1296-1326)

Blanche de Bourgogne
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Le pape Jean XXII annule le mariage de Charles IV et de Blanche de Bourgogne.

Titre

Reine de France et reine de Navarre


(4 mois et 16 jours)

Prédécesseur Jeanne de Bourgogne
Successeur Marie de Luxembourg
Biographie
Dynastie Maison d'Ivrée
Naissance v. 1296
Décès (à 30 ans)
Abbaye de Maubuisson (France)
Père Othon IV de Bourgogne
Mère Mahaut d'Artois
Conjoint Charles IV le Bel
Enfants Philippe de France
Jeanne de France

Description de cette image, également commentée ci-après

Blanche de Bourgogne (v. 1296 – 29 avril 1326) est reine de France et de Navarre pendant quelque temps en 1322 par son mariage avec Charles IV le Bel.

Fille du comte Othon IV de Bourgogne et de la comtesse Mahaut d'Artois, son mariage avec Charles s'achève par une annulation : en effet, huit ans avant l'avènement de son époux, Blanche est arrêtée et convaincue d'adultère. Elle est emprisonnée jusqu'à ce qu'elle devienne reine lorsque son époux Charles monte sur le trône. Son mariage est dissous peu après et Blanche est autorisée à se retirer en un couvent où elle meurt en 1326.

Biographie

Jeunesse

Blanche est la plus jeune fille d'Othon IV de Bourgogne et de Mahaut d'Artois. Son père meurt en 1303, laissant le comté de Bourgogne au jeune frère de Blanche Robert[1]. La sœur aînée de Blanche, Jeanne, est censée épouser Louis Ier de Navarre, fils aîné du roi de France Philippe IV le Bel, mais Philippe change d'avis et c'est finalement Marguerite de Bourgogne qui convole avec le roi de Navarre. Toutefois, le roi de France fait épouser Jeanne de Bourgogne à son fils cadet Philippe de Poitiers en 1307[2],[3].

Ravie de cette union, la comtesse d'Artois entame des négociations pour le mariage de sa fille cadette Blanche avec Charles de la Marche, dernier fils de Philippe le Bel, auquel elle propose une dot considérable de 20 000 marcs d'argent. Le 23 septembre 1307, un contrat de mariage est conclu entre Blanche et Charles[3]. Le mariage a lieu le 2 février 1308 à Corbeil, résidence de la comtesse d'Artois, au cours d'une cérémonie réalisée en précipitation[4]. Le mariage du comte et de la comtesse de la Marche a été décrit par les chroniqueurs comme un mariage banal, ni défectueux comme celui du roi et de la reine de Navarre, ni harmonieux comme celui du comte et de la comtesse de Poitiers[3].

Accusations d'adultère

De gauche à droite : Charles de la Marche, Philippe de Poitiers, Isabelle de France, Philippe IV le Bel, Louis Ier de Navarre, et Charles de Valois (frère de Philippe IV).
Article détaillé : Affaire de la tour de Nesle.

Entre mai et juillet 1313, Isabelle de France — fille de Philippe le Bel — et son époux le roi d'Angleterre Édouard II rendent visite au roi de France. Isabelle fait don à ses belles-sœurs de porte-monnaies. Au cours d'une nouvelle visite en France en avril 1314, un banquet est tenu en l'honneur d'Isabelle au cours duquel la reine d'Angleterre remarque que deux chevaliers normands, Philippe et Gauthier d'Aunay, possèdent chacun un des porte-monnaies offerts à ses belles-sœurs. Elle informe alors son père le roi Philippe IV de cette situation[5].

Jeanne, Blanche et Marguerite sont accusées de conduites inappropriées, notamment parce qu'elles auraient bu, dîné et eu des relations sexuelles avec les deux chevaliers dans la tour de Nesle[5]. Les aveux sous la torture des frères d'Aunay[6] permettent de déterminer que Marguerite est la maîtresse de Philippe d'Aunay depuis 1311, tandis que Blanche est celle de Gauthier depuis 1312[7]. Les interrogatoires des deux chevaliers prouvent que la princesse Jeanne quant à elle n'a pas commis d'adultère et a seulement eu connaissance de ceux de Blanche et Marguerite. Les accusations sont probablement véridiques mais plusieurs chroniqueurs ont cru que le coadjuteur du royaume Enguerrand de Marigny aurait faussement incriminé les princesses[5].

Procès et emprisonnement

Les ruines de Château-Gaillard.

Blanche et Marguerite sont jugées devant le Parlement de Paris et déclarées coupables d'adultère. Elles sont tondues et condamnées à la réclusion à vie dans la forteresse de Château-Gaillard, tandis que leurs amants sont condamnés à mort et impitoyablement exécutés[5]. Ce scandale jette un doute sur la légitimité des descendants de Louis de Navarre et Charles de la Marche. Ainsi, Blanche a donné naissance le 5 janvier 1314 à un fils, nommé Philippe. La paternité du jeune garçon n'est pas remise en cause car sa naissance a lieu avant l'éclatement de l'affaire et que l'annulation du mariage de Blanche et Charles de la Marche n'est pas chose pressée pour Philippe IV, contrairement à celui de Louis de Navarre et Marguerite. Quoi qu'il en soit, le comte de la Marche reconnaît ce garçon comme son fils. Cependant, Blanche accouche à Château-Gaillard en 1315 d'une fille, prénommée Jeanne. Des doutes sur sa paternité s'élèvent cette fois. Les disciples du chroniqueur Guillaume de Nangis ont suggéré que la princesse Blanche a été engrossée pendant sa captivité soit par son époux, soit — ce qui est plus probable — par son geôlier :

« a serviente quodam eius custodiæ deputato dicebatur…a proprio [comite] diceretur[1],[8]. »

Toutefois, la princesse Jeanne est acceptée par la famille royale comme membre des leurs[N 1]. Malgré sa disgrâce, Blanche reste en contact avec sa mère qui lui envoie des présents.

Le roi Philippe IV, profondément choqué par le scandale qui met à mal la future descendance de ses fils, meurt dès le 29 novembre 1314. Marguerite de Bourgogne devient reine de France mais son époux Louis X refuse de la faire libérer. En avril 1315, Marguerite meurt, sans doute à cause de l'hiver rigoureux, même si les chroniqueurs ont affirmé que son époux l'a faite étrangler. Le règne de Louis X ne dure guère puisqu'il meurt en juin 1316. Après une période mouvementée de régence et de querelles de succession, Philippe de Poitiers et son épouse Jeanne sont couronnés le 9 janvier 1317 à Reims. Il a été longtemps suggéré que les conditions de détention de Blanche ont été assouplies une fois que sa sœur est devenue reine de France mais cette conclusion hâtive provient d'un seul document mal interprété. Même si cette affirmation est fausse, la reine Jeanne s'est arrangée pour que sa sœur puisse devenir nonne et ainsi plus facilement se repentir de ses actes[9].

Procédures intentées par le roi de France, Charles IV le Bel, devant les commissaires apostoliques pour faire annuler son mariage avec Blanche de Bourgogne. Paris, 4 février - 31 mars 1322. Archives nationales de France.

Annulation de mariage et décès

À la mort de Philippe V le 3 janvier 1322, son frère Charles monte sur le trône sous le nom de Charles IV, faisant de Blanche la nouvelle reine de France et de Navarre. Charles IV est sacré dès le 21 février mais il refuse que son épouse soit libérée ou présente à ses côtés[10]. Charles engage une procédure d'annulation de son mariage auprès du pape Jean XXII. Blanche accepte l'engagement de la procédure, surtout après la mort de son seul fils Philippe le 24 mars 1322, ce qui lui fait perdre définitivement l'espoir que sa descendance puisse ceindre un jour la couronne de France. L'adultère n'étant pas un motif d'annulation, Charles IV avance comme excuse auprès de Jean XXII que sa marraine n'est autre que sa belle-mère la comtesse Mahaut d'Artois, ce qui rend cette union interdite par le droit canon. Le pape casse le mariage le 19 mai 1322, donnant ainsi la permission aux deux époux de pouvoir se remarier[11]. Afin d'obtenir l'accord de la comtesse d'Artois pour la dissolution du mariage, Charles IV a dû lui restituer l'immense dot de Blanche, qui s'élevait à 20 000 marcs.

Bien que Charles IV épouse dès le 21 septembre 1322 Marie de Luxembourg, Blanche ne peut espérer se remarier à la suite de son inconduite. Elle est d'abord envoyée à Gavray en Normandie avant de terminer sa vie dans l'abbaye de Maubuisson, près de Pontoise, où elle meurt le 29 avril 1326. Sa mort prématurée résulte sans doute des huit années d'incarcération qu'elle a dues subir.

Descendance

De son union avec le roi de France et de Navarre Charles IV, Blanche de Bourgogne a deux enfants :

  • Philippe (5 janvier 1314 – 24 mars 1322) ;
  • Jeanne (1315 – 17 mai 1321).

Dans la fiction

Antoinette Dupin fait de Blanche de Bourgogne l'héroïne de son roman éponyme, publié en 1852[12].

Dans la pièce de théâtre Mon Royaume est sur la terre de Jean-François Noël, mise en scène par Raymond Rouleau au théâtre Hébertot en décembre 1941, le roi Philippe le Bel se prépare à s'attaquer à l'ordre du Temple, alors que sa belle-fille Blanche, jouée par Françoise Lugagne, voit son idylle avec le beau Templier Gauthier d'Aulnay menacée par la jalousie d'Isabelle, reine d'Angleterre, aussi amoureuse de Gauthier[13],[14].

Personnage secondaire des premiers romans de la saga Les Rois maudits de Maurice Druon, Blanche de Bourgogne a été incarnée à l'écran par Catherine Hubeau dans l'adaptation télévisée de 1972 et par Anne Malraux dans celle de 2005.

Notes et références

Notes

  1. Le Père Anselme note qu'« un rouleau de la Chambre des comptes à Paris » confirme la mort de Jeanne « le jour de la Pentecôte 17 May 1321 » et qu'elle a été inhumée en l'abbaye de Maubuisson. Un document daté du 6 juillet 1324 enregistre un paiement fait auprès de « Domicella Maria de montibus quondam nutrix defunctæ Joannnæ filiæ regis » par « idem rex eidem…dum erat comes Marchæ ». Père Anselme : Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, vol. I, p. 96.

Références

  1. a et b Eglal Doss-Quinby, Roberta L. Krueger et E. Jane Burns, Cultural Performances in Medieval France: Essays in Honor of Nancy Freeman Regalado, DS Brewer, (ISBN 1843841126).
  2. John Wagner, Encyclopedia of the Hundred Years War, Greenwood Press, .
  3. a b et c Ian P. Wei, Medieval Futures: Attitudes to the Future in the Middle Ages, Boydell & Brewer, (ISBN 0851157793).
  4. Jiri Louda et Michael MacLagan, Les Dynasties d'Europe, Bordas, 1995 (ISBN 2-04-027115-5), tableau 65.
  5. a b c et d Alison Weir, Isabella: She-Wolf of France, Queen of England, Vintage Books, (ISBN 0099578395).
  6. Jacqueline Broad et Karen Green, Virtue, Liberty, and Toleration: Political Ideas of European Women, 1400-1800, Springer, (ISBN 9048174708).
  7. Jim Bradbury, The Capetians: The History of a Dynasty, Continuum International Publishing Group, (ISBN 0826435149).
  8. Recueil des Historiens des Gaules et de la France, vol. XX : Continuatio Chronici Guillelmi de Nangiaco, pp. 609 & 613.
  9. Elizabeth A. R. Brown, The Monarchy of Capetian France and Royal Ceremonial, Variorum, (ISBN 0860782794).
  10. Marty Williams et Anne Echols, An Annotated Index of Medieval Women, M. Wiener Pub, (ISBN 0910129274).
  11. Katherine Allen Smith et Scott Wells, Negotiating Community and Difference in Medieval Europe: Gender, Power, Patronage, and the Authority of Religion in Latin Christendom, Brill, (ISBN 9004171258).
  12. Antoinette Dupin, Blanche de Bourgogne, Paris, L. de Potter, 1852, 2 vol. Disponible en ligne : vol. 1 - vol. 2.
  13. Mon Royaume est sur la terre sur data.bnf.fr.
  14. [Recueil. Mon royaume est sur la terre, pièce de Jean-François Noël], Paris, 1941 [lire en ligne].

Bibliographie

Études portant sur Blanche de Bourgogne
  • Françoise Baron, « La gisante en pierre de Tournai de la cathédrale de Saint-Denis », Bulletin monumental, vol. 128, no 3,‎ , p. 211-228 (lire en ligne).
  • (en) Elizabeth A. R. Brown, « Blanche of Artois and Burgundy, Château-Gaillard, and the Baron de Joursanvault », dans Katherine Allen Smith et Scott Wells, éditeurs, Negotiating Community and Difference in Medieval Europe : Gender, Power, Patronage, and the Authority of Religion in Latin Christendom, Brill, (ISBN 9789004171251 et 9789047424567, DOI 10.1163/ej.9789004171251.i-300.45), p. 223-248.
  • Olivier Canteaut, « L'annulation du mariage de Charles IV et de Blanche de Bourgogne: une affaire d'État ? », dans Emmanuelle Santinelli (textes réunis par), Répudiation, séparation, divorce dans l'Occident médiéval, Valenciennes, Presses universitaires de Valenciennes, (ISBN 9782905725923 (édité erroné) et 9782905725929), p. 309-327.
  • J. Robert de Chevanne, « Charles IV le Bel et Blanche de Bourgogne », Bulletin philologique et historique jusqu'à 1715 du Comité des travaux historiques et scientifiques,‎ 1936-1937, p. 313-350 (lire en ligne).
  • (en) David d'Avray, « Charles IV of France and Blanche: the law of Godparenthood » et « Charles IV and Blanche: the annulment process », dans David d'Avray, Dissolving Royal Marriages : A Documentary History, 860–1600, Cambridge University Press, (ISBN 9781107062504, présentation en ligne), p. 116-182.
  • Élisabeth Lalou, « Le souvenir du service de la reine : l'hôtel de la reine Jeanne de Navarre, reine de France, en juin 1294 », dans Jacques Paviot et Jacques Verger, éditeurs scientifiques, Guerre, pouvoir et noblesse au Moyen Âge : Mélanges en l'honneur de Philippe Contamine, Paris, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, (ISBN 2840501791 (édité erroné), 9782840501794 et 2840501791), p. 411-426.
  • Jean-Yves Langlois, Armelle Bonis et Monique Wabont, « Une princesse maudite jusque dans sa sépulture? La tombe attribuée à Blanche de Bourgogne (†1326) dans le chapitre de l'abbaye Notre-Dame-la-Royale dite de Maubuisson (Saint-Ouen-l'Aumône, Val-d'Oise) », dans Armelle Alduc-Le Bagousse, éditrice, Inhumations de prestige ou prestige de l’inhumation? : Expressions du pouvoir dans l'au-delà (IVe siècle-XVe siècle), Caen, Publications du CRAHM, (ISBN 9782902685677, lire en ligne), p. 227-242.
Généralités
  • Jean Favier, Philippe le Bel, Paris, Fayard, , 596 p. (ISBN 2702817610).

Voir aussi