Bethléem

Bethléem
(ar) بيت لحم
Un quartier de Bethléem.
Un quartier de Bethléem.
Administration
Pays Drapeau de la Palestine Palestine
Maire Vera Baboun
Démographie
Population 25 266 hab. (2007)
Population de l'agglomération 200 000 hab. (2015)
Géographie
Coordonnées 31° 42′ 11″ nord, 35° 11′ 46″ est
Localisation

Géolocalisation sur la carte : Palestine (administrative)

Palestine (administrative)
City locator 14.svg
Bethléem
Liens
Site web www.bethlehem-city.org
Vue de Bethléem de nos jours.

Bethléem (en arabe بيت لحم Bayt laḥm, en hébreu בֵּית לֶחֶם Bet lehem) est une ville située en Cisjordanie, une région de la Palestine, à environ 10 km au sud de Jérusalem. Cette ville compte 30 000 habitants[1], principalement des Palestiniens musulmans. Elle abrite aussi une petite communauté de chrétiens palestiniens, une des plus anciennes communautés chrétiennes au monde. L'agglomération de Bethléem s'étend aux villes de Beit Jala et Beit Sahour.

La ville est un important centre religieux. La tradition juive, qui l'appelle aussi Éphrata, en fait le lieu de naissance et de couronnement du roi d'Israël David. Elle est considérée par les chrétiens comme le lieu de naissance de Jésus de Nazareth. C'est un lieu de pèlerinage qui génère une activité économique importante à la période de Noël. La ville est également le siège d'un lieu saint du judaïsme, le tombeau de Rachel, situé à l'entrée de la ville.

Depuis 1995, aux termes des accords d'Oslo, la ville est théoriquement sous administration de l'Autorité palestinienne, bien qu'une partie importante de l'agglomération (85 %) soit en réalité administrée par Israël.

Étymologie

L'origine du nom « Bethléem » dérive de l'hébreu bayit « maison », dénotant un site cultuel, et du nom de divinités agricoles mésopotamiennes Lahmu  et Lahamu  qui apparaissent dans l'Enuma Elish[2]. Mais selon la tradition populaire[3] largement répandue, le nom vient de l'hébreu בית לחם béth leḥem « maison du pain ». Le nom arabe بيت لحم bayt laḥm n'est pas la traduction de son homonyme hébreu : si bayt correspond à l'hébreu béth et désigne la « maison », laḥm a lui le sens de « viande » au contraire de l'hébreu leḥem, « pain ».

Religion

Dans la Genèse, Bethléem est le lieu où meurt Rachel et où naît Benjamin[4], second fils de Rachel et benjamin de Jacob. La formule « Bethléem sur le chemin d'Ephrata » revient plusieurs fois dans les textes bibliques.

Dans les Livres de Samuel, le Roi David est le fils de Jessé de Bethléem, c'est pourquoi le prophète Michée en fait la patrie du futur Messie : « Et toi, Bethléem, Ephrata, bien que tu sois petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit dominer en Israël, et duquel les origines ont été d'ancienneté, dès les jours d'éternité »[5].

L'étoile de la Nativité dans la basilique.

Dans le Nouveau Testament, selon Matthieu et Luc, Bethléem en Judée est le lieu de naissance de Jésus ; ses parents s'y rendent pour s'y faire recenser, Joseph, descendant de David, en étant originaire[6].

Au XIe siècle, Bernard de Clairvaux prolonge l'étymologie hébraïque Bethléem (maison du pain) dans une utilisation chrétienne : Jésus (né à Bethléem) devient le Pain vivant descendu du Ciel[7].

Plusieurs lieux saints se trouvent à Bethléem : le tombeau de Rachel, la Basilique de la Nativité, la grotte du Lait.

Histoire

Lieu de naissance de Jésus

L'église catholique du « Champ des Bergers », dans la ville voisine de Beit Sahour.

Concernant la localité qui a vu naître Jésus, les historiens[8] hésitent entre le berceau familial de Nazareth, où il passera toute sa jeunesse, le village de Capharnaüm[a] qui apparaît dans les évangiles comme le centre de sa mission, voire la bourgade de Chorazeïn, à laquelle Jésus semble particulièrement attaché[9]. Les récits de Luc et Matthieu situant chacun la naissance de Jésus à Bethléem en Judée[b] font pencher les exégètes pour une rédaction plutôt théologique que factuelle[10], Bethléem étant la ville du roi David de la lignée duquel le Messie attendu par les juifs doit descendre, selon la prophétie de Michée[c].

Si les évangiles attribués à Luc et à Matthieu rapportent que Bethléem est le lieu de naissance de Jésus, ceux de Marc et de Jean commençant avec la vie publique de Jean le Baptiste, puis de Jésus, ne disent rien de son enfance. D'après Jérôme de Stridon (Epistola, 58, 3), qui vécut à Bethléem à la fin du IVe siècle, la grotte de la Nativité du Christ aurait été vénérée déjà du temps d'Hadrien, qui pour empêcher cette vénération y fit édifier un temple consacré à Adonis ; l'Empereur aurait procédé de même à Jérusalem avec le Temple et le Saint-Sépulcre. Si elles sont avérées dans le cas du Saint-Sépulcre, les affirmations de l'apologète chrétien ne sont pas corroborées par les découvertes archéologiques à Bethléem où aucune trace d'habitat contemporain de Jésus n'a été mise au jour jusqu'à présent[11]. Par ailleurs, un autre endroit de culte de la Nativité/Épiphanie du Christ, avant la basilique constantinienne, semble avoir existé[d], cela en dépit des allusions des apologètes Justin de Naplouse et Origène.

Entre 1992 et 2003, l'archéologue israélien Aviram Oshri a conduit des fouilles de sauvetage dans le village homonyme de Bethléem en Galilée, à six kilomètres à l'ouest de Nazareth. Il y a mis au jour les vestiges d'une occupation juive d'époque hérodienne (Ier siècles av. et ap. J.-C.) et, au VIe siècle, ceux d'une basilique chrétienne, associée à un monastère et une hôtellerie. De ces indices, il a conclu à l'existence d'un pèlerinage chrétien et émis l'hypothèse que le village galiléen de Bethléem serait le véritable berceau de Jésus[12].

Basilique de la Nativité

Article détaillé : Basilique de la Nativité.

Après les exécutions de Crispus et de l'impératrice Fausta par son fils Constantin Ier, Hélène, visita le lieu saint et son fils y fit construire la basilique de la Nativité. Jérôme se retira dans une grotte voisine et y traduisit la Bible hébraïque en latin, dans une version connue sous le nom de Vulgate.

La Basilique de la Nativité fut restaurée par Justinien et fut le seul sanctuaire épargné par les Perses lorsqu'ils envahirent la Palestine. Elle fut encore restaurée par les Croisés, au XIIe siècle. Aux XIIe et XIIIe siècles, sa protection fut confiée à l'ordre du Temple.

Histoire contemporaine

Le mur à l'entrée de Bethléem.

La ville est aujourd'hui partiellement entourée par la Barrière de séparation israélienne sous la forme d'un mur de 8 mètres de haut construit par les autorités israéliennes.

Bethléem a reçu en 2000 la visite du Pape Jean-Paul II[e] pour commémorer le bimillénaire de la naissance du Christ et fut accueilli par la population chrétienne locale. À l'image de cette visite, les papes suivants se rendront aussi à Bethléem. Benoît XVI visite la ville durant le mois de mai 2009[13] et cinq ans plus tard, en mai 2014, le pape François se rend aussi dans la ville[14].

Administration

Depuis 1995, aux termes des accords d'Oslo, la ville de 35 000 habitants est théoriquement sous administration de l'Autorité palestinienne. Pratiquement, à la suite des Accords d'Oslo, Bethléem a été divisée, à l'instar de toute la Cisjordanie, en 3 zones administratives : la zone A est gérée par les Palestiniens, qu'il s'agisse de l'administration ou de la sécurité. Dans la zone B, les Palestiniens sont chargés de l'administration, tandis que la sécurité est assurée par les Israéliens. La zone C est entièrement aux mains des Israëliens. La définition des zones est telle qu'au total, les Israéliens ont le contrôle exclusif de 82 % de la ville[15], 85 % du gouvernorat de Bethléem (650 km2, 200 000 habitants) se trouvant en zone C[16].

En 2012, Vera Baboun est élue au conseil municipal de la ville et choisie comme maire. C'est la première femme à occuper ce poste[17],[18].

Jumelages

Bethléem est jumelée avec[19] :

Notes et références

Notes

  1. Dans cette hypothèse, la localité de Nazareth y aurait été substitué, à partir du pseudo-texte biblique Mt 2. 23. Source : (en) J. S. Kennard, « Was Capernaum the Home of Jesus ? », Journal of Biblical Literature, vol. 370,‎ , p. 131-141.
  2. D'après les évangiles selon Luc Lc 2. 4 et Matthieu Mt 2. 1-.
  3. Prophétie de Michée sur la naissance du Messie à Bethléem Mi 5. 2-4.
  4. Voir Kathisme et village de Betebre.
  5. Il fut accueilli selon le protocole par le Président palestinien Yasser Arafat

Références

  1. Chiffres de 2006 ; source : Projected Mid-Year Population for Bethlehem Governorate by Locality 2004- 2006, Palestinian Central Bureau of Satistics
  2. (en) David Noel Freedman et Allen C. Myers (dirs.), Eerdmans Dictionary of the Bible, Amsterdam University Press , , p. 172
  3. Daniel Marguerat, La Bible en récits : l'exégèse biblique à l'heure du lecteur, Labor et Fides, (ISBN 9782830911060), p. 54
  4. Gn 35. 16-18
  5. Mi 5. 1
  6. Cf. Mt 2. 1 et Lc 2. 4.
  7. In Éloge de la nouvelle milice, ch. VI.
  8. Michel Quesnel, « Jésus et le témoignage des évangiles », in Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, p. 201–202.
  9. (en) Raymond Edward Brown, The birth of the Messiah. A Commentary on the Infancy Narratives in the Gospels of Matthew and Luke, Anchor Bible, , p. 513
  10. Alain Houziaux, Corina Combet-Galland, Gérard Mordillat, Michel Quesnel, Jésus-Christ, de quoi est-on sûr ?, Éditions de l'Atelier, , p. 52
  11. Estelle Villeneuve, "Quand l'archéologie s'en mêle", in Le Monde de la Bible n°185, septembre/octobre 2008, p. 44-45 ; Michael Avi-Yonah, "Bethlehem", in New Encyclopedia of Archaeological Excavations in the Holy Land, vol. 1, Israel Exploration Society ed., Jerusalem, 1993
  12. (en) Aviram Oshri, Where was Jesus Born? , in Archeology, vol. 58 n° 6, novembre/décembre 2005 extrait en ligne.
  13. « Pèlerinage en Terre-Sainte (8-15 mai 2009) » [html], 2009 : Voyages apostoliques en dehors de l'Italie, sur vatican.va,‎ (consulté le 15 avril 2015)
  14. « A Bethléem le pape François évoque le « droit de deux Etats à exister et à jouir de la paix » », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  15. Interview de Mme Vera Baboun par Aurelio Molé - traduit de l'italien par C. Perfumo, Mensuel "Nouvelle Cité - La fraternité au quotidien", Novembre-Décembre 2016 p.38
  16. Ville de Paris-APUR Paris-Bethléem - Rapport de mission, juin 2015, p. 4.
  17. (en) Lauren E. Bohn (AP), « New female mayor gears Bethlehem up for Christmas », The Times of Israel,‎ (lire en ligne)
  18. (en) Daoud Kuttab, « Bethlehem Has New Female Mayor, Yet Same Old Problems », Al-Monitor,‎ (lire en ligne)
  19. « Atlas français de la coopération décentralisée et des autres actions extérieures », sur le site du ministère des Affaires étrangères (consulté le 21 décembre 2014).

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

  • (ar) (en) Site officiel de la ville de Bethléem
  • (fr) Site officiel du Sanctuaire de Bethléem (établi par la custodie de Terre Sainte)
  • (fr) Site du Ministère israélien des Affaires Étrangères