Bertrand du Mans

Bertrand du Mans
Bertrand du Mans
Le Mans - Abbaye de la Couture 01.jpg

Tombeau de saint Bertrand dans la crypte de l'église Notre-Dame de la Couture

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Étape de canonisation

Bertrand (Bertrannus ou Berthram) du Mans, né vers 540, mort en 623, évêque du Mans à partir de 586 (sancti Bertichramni cenomanensis episcopi)[1].

D'origine gallo-romaine et aquitaine par sa mère, Bertegunde, franque et neustrienne par son père[2], ce riche aristocrate appartient à une famille très liée à l'Église mérovingienne. Il est le neveu de l'évêque de Bordeaux, Bertrand, le frère de celui d'Évreux, Ermenulf, le demi-frère de celui de Rennes, Chaimoald, et est parent de nombreux autres évêques (Auxerre, Orléans, Bourges)[3] .

Bertrand séjourne à la cour de Clotaire Ier, puis de Caribert, avant d'entamer, à la mort de ce dernier (567), une carrière ecclésiastique à Tours. Il est ordonné prêtre à Paris, peut-être par l'évêque Saint-Germain († 576). Ayant brigué sans succès la dignité d'évêque de Bordeaux à la mort de son oncle maternel, il serait alors devenu archidiacre de Paris, avant d'être élu évêque du Mans en 586, grâce au soutien du roi Gontran. Il va alors s'employer à restaurer le temporel de son Église que son prédécesseur, Badegisil (581-586), avait dépouillée. Il est par deux fois contraint à l'exil par les partisans de Brunehaut (592-596 et 600-605) en raison de sa fidélité à Clotaire II pendant la guerre civile. Mais, cette fidélité est largement récompensée par d'importantes donations foncières, comme la villa de Bonnelles (Yvelines) ou celle de Pomponne (Seine-et-Marne)[4].

Il fait partie des 75 prélats, métropolitains et évêques, qui siègent au Concile de Paris (614) et cherchent à restaurer une Église mérovingienne très affaiblie par l'interminable faide royale (v. 570-613)[5]. Particulièrement généreux à l'égard de son église, la cathédrale Sainte-Marie, il a aussi fondé et richement doté la basilique Saints-Pierre-et-Paul, devenue l'abbaye Saint-Pierre de la Couture, à proximité du Mans ainsi qu'un hospice, Saint-Martin de Pontlieue.

Son testament, rédigé en mars 616 et transcrit par les Actes des évêques du Mans, est une source majeure sur la puissance foncière de l'aristocratie franque. Il donne la liste de plus de 75 villae ou portions de villae que Bertrand possédait et qu'il a partagées entre l'Église, en particulier celle du Mans, ses neveux et petits-neveux ainsi que des membres de l'entourage royal[6]. L'ensemble des biens fonciers couvrait 300 000 hectares, dispersés dans toute la Gaule occidentale[7]. En plus des nombreux domaines hérités, souvent difficilement récupérés comme la villa de Plassac (Gironde), ou acquis grâce à la faveur royale, la structure de ses propriétés illustre une politique d'achat et d'échange caractéristique des stratégies patrimoniales des aristocrates mérovingiens[8].

Il meurt en 623 au terme d'une longue carrière au service à la fois du roi, de l'Église et de sa famille. Sa renommée (fama) lui a valu d'être rapidement porté sur les autels et l'Église catholique l'honore le jour de son décès, le 30 juin.



Références

  1. Jacques-Paul Migne, Patrologiae cursus completus, sive Biblioteca universalis, integra ... (1863), t. 80, p. 367
  2. Régine Le Jan, Famille et pouvoir dans le monde franc (VIIe-Xe siècle). Essai d'anthropologie sociale, Paris : Publications de la Sorbonne, 2003, p. 382.
  3. Jean-Pierre Devroey, Économie rurale et société dans le monde franc (VIe-IXe siècle), Paris : Belin, 2003, p. 264.
  4. Geneviève Bührer-Thierry et Charles Mériaux, 481-888 La France d'avant la France, coll. "Histoire de France", Paris : Belin, 2012, p. 78-80
  5. Jean Gaudemet, Brigitte Basdevant, Les canons des conciles mérovingiens (VIe-VIIe siècles), coll. « Sources chrétiennes », Paris : éd. du CERF, 1989, p. 508-525.
  6. Margarete Weidemann, Das Testament des Bischofs Berthramm von Le Mans vom 27. März 616. Untersuchungen zur Besitz und Geschichte einer fränkischen Familie im 6. und 7. Jahrhundert, Mayence, 1986.
  7. Henri Leclercq, "L'Épiscopat de Saint Bertrand," in Dictionnaire d'Archéologie Chrétienne et de Liturgie, X-2,Paris : 1932, col. 1490-1522
  8. Sandrine Linger, "Acquisition et transmission de propriétés d'après le testament de Bertrand du Mans (27 mars 616)", dans Aux sources de la gestion publique, tome II : L'invasio des villae ou la villa comme enjeu de pouvoir, E. Magnou-Nortier (dir.), Lille : Presses universitaires de Lille, 1995, p. 171-194