Becquerel (rivière)

Becquerel ou Chaude Rivière
Illustration
Louis XIV au siège de Lille. Les méandres du Becquerel sont visibles à gauche du clocher dans le lointain
Caractéristiques
Longueur km
Cours
Confluence canal de la rue de Paris (recouvert)
· Localisation Lille
Se jette dans canal de la rue de Paris, dérivation de la Deûle (avant le comblement de ces canaux)
Géographie
Pays traversés Drapeau de la France France
Départements traversés Nord
Régions traversées Hauts-de-France
Principales localités Lille

La petite rivière, Becquerel ou Chaude Rivière, qui prenait sa source à Fives était le seul affluent de la Deûle à Lille. Ce cours d’eau, recouvert en 1894, pénétrait dans la ville sous la porte de Tournai et se jetait dans le canal de la rue de Paris, un des nombreux petits canaux alimentés par la Deûle qui parcouraient la ville jusqu’à la fin du XIXe siècle.

La source de la Chaude Rivière a alimenté la ville en eau potable dès 1285.

Étymologie

Son nom est d’origine germanique, Beke signifiant ruisseau en vieux flamand (Bach en allemand)[1].

Le Becquerel gelait très rarement d’où sa dénomination de Chaude rivière. Ce nom vient de la présence de plusieurs « sources artificielles » (forées jusqu'à « 13 à 15 m environ ») qui alimentaient une rivière (un canal) qui ne gelait jamais près de ces sources ; il y avait selon Féron (en 1806) 12 à 15 de ces sources, dont plusieurs se sont taries « plusieurs années » avant 1806. Ces tarissements ont été attribués aux effets de l'assèchement des marais qui étaient autrefois alimentés par la Marque non loin de Fives, ce qui a aussi eu pour conséquence de supprimer l'inondation hivernale des carrières de Lezennes dans lesquelles on a alors pu travailler au sec toute l'année (alors qu'il fallait antérieurement attendre avril-mai).

Pour arriver à la nappe qui alimentait la « rivière chaude », il fallait traverser « 10 mètres de marne, un mètre ou deux de chaux carbonatée, un lit de cailloux mêlé de marne, suivi dune couche de marne plus pure, et au-dessous une pierre dure, de couleur grisâtre, veinée et polie dans sa cassure, que les ouvriers nomment la môle ou le toit. Cette pierre, qui n'a à Fives qu'environ 16 cm d'épaisseur, en a plus de 52 cm dans les fortifications de Lille. Cette table, pose sur du sable qui est soutenu par un lit d'argile, sur lequel les eaux circulent. Quoi que ces sources sont très profondes, elles donnent, habituellement, une grande quantité d'eau, elles ont tari il y a cinquante ans (vers 1750) ; une seconde fois, il y a trois ans (1803) , le canal s'est trouvé à sec.[2]. ».Toujours selon Féron (en 1806), « La température de l'eau de la Cbaude-Rivière est toujours au-dessus de la glace ; elle ne gèle que lorsqu'elle approche de la ville, à peu-près à 500 toises de son origine. Elle est limpide et légère ; elle ne contient pas 4 décigrammes de substances étrangères par litre. Huit décigrammes du résidu de d'évaporation ont fourni 5 grammes de carbonate de chaux, 1 de muriate de soude, 0,750 de muriate de chaux, 0,345 de sulfate de chaux, 0,260 de muriate de magnésie, 0, 250 de silice, 0, 120 de nitrate de potasse et des quantités inappréciables de fer et magnésie. Cette eau peut être employée, avec avantage, à tous les usages de l'économie domestique ; exposée et battue à l'air, une portion d'acide carbonique se dégage et laisse précipiter une partie du carbonate de chaux qu'elle tient en dissolution, ce qui la rend encore plus légère ; l'ébullition opère promptement cet effet: elle dissout fort bien le savon; aussi blanchisseurs y employent-ils avec succès ; ils disent qu'elle économise le bleu. On peut en faire une utile application aux Arts. » La légende explicative d'un tableaux du musée de Lille, de Louis Joseph Watteau, intitulé « Tableau du Bombardement de Lille en 1792 » [3]évoque (en légende no 24) l'« inondation de la lunette de Fives formée par la Chaude-Rivière », montrant que ce secteur pouvait être inondé pour des besoins de défense, comme d'autres parties de Lille ou de sa périphérie.

Le Becquerel à Fives

Cette petite rivière prenait sa source d’un étang près de l'ancien prieuré de Fives, le Platsch de Fives alimenté par réservoir naturel dans les couches calcaires de Lezennes[1].

Les multiples ruisseaux au départ du Platsch parcouraient des prairies dans une zone marécageuse sillonnée de petits sentiers comportant des dos d’ânes, les dondaines en patois ce qui pourrait être l'étymologie des Dondaines, terrain vague après son assèchement, longtemps occupé par un bidonville, actuellement parc des Dondaines.

Ce terrain marécageux faisait partie des zones inondables pouvant protéger la ville en cas de siège.

C’est actuellement le secteur Euralille I Chaude Rivière qui comprend plusieurs immeubles en construction.

Les bras se regroupaient un seul cours d’eau près des remparts de Lille.

Les chanoines de la collégiale Saint-Pierre ont attribué en 1104 aux bénédictins de Saint-Nicaise de Reims un bâtiment près du Platsch[4].

En 1285, l’échevinage de Lille achète au Sire de Marbaix et du Breucq l’étang du Platsch pour alimenter la ville en eau potable. Les eaux captées sont amenées en ville par des conduites en plomb les buisses pénétrant en ville à proximité de l'actuelle gare de Lille-Flandres conduisant à 8 fontaines réparties dans différents quartiers.

- la Fontaine au Change située à l'emplacement de l'actuelle Vieille Bourse

- la Fontaine de l'Abbiette qui aurait été située à l'angle des rue Faidherbe et du Priez

- la Fontaine de la Sotteresque au coin de la rue des Arts et du marché aux Entes disparu lors du percement de la rue Faidherbe.

- la Fontaine des poissonniers à l'entrée de la rue Grande-Chaussée.

- la Fontaine de la Brasserie des frères mineurs à l'emplacement de l'ancien lycée Faidherbe.

- la Fontaine des morts derrière l'ancienne église Saint-Etienne à l'angle de la rue Lepelletier et de la rue du Curé Saint-Etienne.

- la Fontaine des frères mineurs au niveau de la rue des jardins.

- la Fontaine des Sueurs à l'extrémité de la rue de la Clef[1].

La place et la rue des Buisses près de la gare conservent le souvenir de cette précoce adduction d'eau. La longueur totale du réseau de conduites était de l’ordre de 1 800 mètres[4].

Lors du siège de Lille, Louis XIV s’est installé dans une ferme à proximité et s’est régalé de canards chassés dans les étangs des Dondaines [5].

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Les canaux du Haut-Becquerel et du Bas-Becquerel dans la ville

Le Becquerel entrait à Lille sous la lunette de la porte de Fives puis passait sous cette porte (autre ancienne dénomination de la porte de Tournai) à l'emplacement de l'actuelle Cité administrative et prenait à l’intérieur de la ville le nom de canal du Haut-Becquerel.

Ce canal de 460 mètres passait sous la rue de Tournai (rue de l’Abbiette avant 1789), longeait, entre les rues de Tournai et de Fives (actuellement rue Gustave-Delory), l'arrière des habitations et les jardins de l'hôtel de Santes (disparu), demeure du gouverneur, traversait la rue du Bourdeau (actuellement rue Charles Saint-Venant) et arrivait à une vanne rue du Vieux Marché aux Moutons (emplacement de l’actuelle rue du Molinel) [6].

Au-delà de cette vanne, le canal prenait la dénomination de canal du Bas-Becquerel. Ce canal d’une longueur de 390 mètres dans la continuité du précédent traversait en souterrain la rue Saint-Genois, la rue de Paris (au no 65 en 2017), recevait le canal de la Riviérette, passait sous la rue du Sec Arembault et se jetait dans le canal de la rue de Paris (à l’emplacement des actuels magasins de la FNAC)[6].

Des fouilles archéologiques effectuées en 2002-2003 permettent de dater la canalisation du Bas-Becquerel au début du XIIe siècle (vers 1120) [7].

Ces canaux non navigables recevant les ordures malgré les interdictions étaient très insalubres et dégageaient des odeurs pestilentielles. Leur débit étant très faible, ils étaient fréquemment envasés [6].

La longueur du Becquerel de sa source au canal de la rue de Paris était d’environ 2 km dont 850 mètres dans la ville de Lille.

Ces deux canaux furent recouverts en 1894[6].

Le canal des Soeurs-Noires et le canal des Vieux-Hommes

Un canal fut creusé au XVIe siècle pour évacuer les crues du Becquerel dans la Basse-Deûle[1].

Ce canal qui passait au nord des fortifications de Lille à sa création fut intégré pour sa partie aval au réseau des canaux intérieurs lors de l'agrandissement de la ville en 1617 soit successivement, le fossé des fortifications créées à cette date jusqu'à une soixantaine de mètres au nord de la porte de Roubaix, emplacement situé actuellement à l'angle de la rue Militaire et du boulevard Carnot, puis Canal des Vieux Hommes dans une direction est-ouest derrière les jardins de la Maison des Vieux Hommes, en souterrain sous la rue des Canonniers sous la cour de l'Hôtel d'Hailly d'Aigremont et la rue des jardins, enfin canal des Soeurs-Noires qui coulait une direction sud-nord entre la rue des jardins et la rue des Arts passait à l'arrière de l'ancien lycée Faidherbe, longeait l'Hôtel d'Avelin et se déversait dans la Basse-Deûle à l'emplacement de l'actuelle place Louise-de-Bettignies[6].

Ces canaux qui furent recouverts en 1864 devaient leur nom à la proximité, pour le premier d'un l'établissement destiné à un hospice réservé à des bourgeois âgés de plus de 55 ans, pour le second à celle d'une communauté religieuse.

Références

  1. a b c et d Jean Caniot, Les rivières de Lille, (ISBN 2 9524783 0 9), p. 316
  2. Dissertation sur la chaude Rivière , par M. Féron, Membre résidant. Séance publique de la société d'amateurs des sciences et arts de la ville de Lille, 1er cahier, séance du 30 juin 1806
  3. Lille était alors assiégée par l'armée autrichienne, ce que Watteau présente dans un tableau référencé no 101 du catalogue de 1830, selon Catalogue des tableaux du Musée de Lille: avec des notices sur la vie et les ouvrages des principaux peintres (Livre numérique Google), Lille (France). Musée des beaux-arts L. Jacqu, 1830 - 32 pages
  4. a et b Jean Caniot, Les rivières de Lille, (ISBN 2 9524783 0 9), p. 188 à 190
  5. « Quand Louis XIV prenait ses quartiers d'été à Fives », La Voix du Nord,‎ (lire en ligne)
  6. a b c d et e Jean Caniot, Les canaux de Lille (deuxième partie), (ISBN 2 9524783 2 5), p. 313 329, 331 à 336, 347 à 350,
  7. Laurent Deschodt Muriel Boulen Christine Cercy Nicolas Dessaux, « Nouvelles données archéologiques sur la Deûle lilloise : d’une crise érosive du IIe s. ap. J.-C. à l’urbanisation du lit mineur », Revue du Nord,‎ 2006/5 n° 268, p. 28 (lire en ligne)