Bataille du golfe de Leyte

Bataille du golfe de Leyte
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Carte des affrontements

Informations générales
Date 23 octobre au
Lieu Au large des Philippines
Issue Victoire décisive américaine
Belligérants
Drapeau : Japon Empire du Japon Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau de l'Australie Australie
Commandants
Amiral Ozawa
(Force du Nord)
Amiral Kurita
(Force Centrale)
Amiral Nishimura
(Force du Sud)
Amiral Nimitz (CINCUS/CINCPOA)
Amiral Halsey (IIIe flotte)
Amiral Thomas C. Kinkaid (VIIe flotte)
Forces en présence
42 800 marins
4 porte-avions
7 cuirassés
13 croiseurs lourds
6 croiseurs légers
19 destroyers
17 sous-marins
1500 avions.
143 668 marins
16 porte-avions
18 porte-avions d'escorte
12 cuirassés
23 croiseurs
105 destroyers
22 sous-marins
1620 avions.
Pertes
10 000 morts
4 porte-avions
3 cuirassés
10 croiseurs
11 destroyers
5 sous-marins
1000 avions.
3 000 morts
1 porte-avions léger
2 porte-avions d'escorte
3 destroyers
1 sous-marin
200 avions.

Seconde Guerre mondiale

Batailles

Campagne des Philippines

Leyte · Golfe de Leyte · Mindoro · Luçon · Raid de Cabanatuan · Bataan (1945) · Manille (1945) · Visayas · Palawan · Mindanao · Jolo · Davao

Coordonnées 10° 22′ 14″ nord, 125° 21′ 20″ est

La bataille du golfe de Leyte est l'une des opérations majeures de la guerre du Pacifique. Elle a eu lieu au début de la reconquête des Philippines, lors du débarquement des troupes américaines du général Douglas MacArthur sur l'île de Leyte, au centre de l'archipel philippin. Cette opération est considérée comme « la plus grande bataille navale de l'histoire »[1],[2],[3].

Du 23 octobre au , des combats acharnés sur une surface vaste comme le tiers de l'Europe virent la fin de la flotte japonaise comme force offensive capable d'influer sur le cours de la guerre.

Le Corps Spécial d'Attaque japonais, plus connu sous le nom de kamikaze y fut engagé pour la première fois le 25 octobre, mais dès le 21 une attaque-suicide a frappé le croiseur lourd australien HMAS Australia  en lui infligeant de lourds dégâts[Note 1].

Les forces en présence - Contexte général et préparatifs

La stratégie américaine au cours de la guerre du Pacifique s'est caractérisée par une rivalité, en termes de priorité stratégique et d'attribution de moyens, entre le général MacArthur, Commandant-en-Chef de Forces Armées des États-Unis en Extrême-Orient, soutenu par le général Marshall, chef d'État-Major de l'Armée, et l'amiral Nimitz, Commandant-en-Chef de la Flotte du Pacifique, sous l'autorité de l'amiral King, Chef des Opérations Navales. Les zones d'opérations étaient différentes, mais connexes, la Zone du Pacifique Sud-Ouest, pour MacArthur, les Zones de l'Ocean Pacifique pour Nimitz, et les offensives américaines dans les deux zones se sont développées parallèlement, en 1943, de part et d'autre de la mer des Salomons (Campagne des îles Salomon et Opération Cartwheel). Mais l'amiral King a eu l'accord de la réunion des Chefs d'État-Major pour engager une offensive en direction du Japon dans le Pacifique central. De novembre 1943 à août 1944, cela a abouti à la conquête des îles Mariannes qui a fourni les bases d'où les B-29 Superfortresses sont allés bombarder l'archipel japonais[4], alors que le général MacArthur avait continué à progresser vers l'ouest sur la côte nord de la Nouvelle-Guinée.

Le choix américain d'attaquer les Philippines

L'amiral Nimitz, en conférence à Hawaii, en septembre 1944, devant (de gauche à droite) le général MacArthur, le Président Roosevelt et l'amiral Leahy

Les discussions d'état-major ont été ardues pour arrêter l'objectif suivant. L'U.S. Navy proposait d'aller attaquer Formose, pour mettre en place un blocus du Japon, le général MacArtur tenait essentiellement à débarquer aux Philippines pour tenir sa promesse de 1942 « I shall return » (en français : « Je reviendrai »).

MacArthur l'emporte sur Nimitz

L'attaque de Formose demandait un nombre de divisions qui excédait les capacités alliées du moment, mais l'attaque des Philippines était hors de portée d'une aviation basée à terre. MacArthur obtint que l'affaire fût portée devant le Président Roosevelt. La décision a été d'attaquer les Philippines[5] , aux ordres du général MacArthur, mais la couverture aérienne de l'opération était confiée à la Flotte du Pacifique, et en particulier aux forces navales du Pacifique central, c'est-à-dire la IIIe Flotte, commandée après la fin août par l'amiral Halsey, et qui restait sous l'autorité de l'amiral Nimitz.

L'aviation embarquée sur les porte-avions rapides de la IIIe Flotte a alors entrepris de bombarder les aérodromes qui pouvaient être utilisés par l'aviation japonaise, à Luçon, dans les Visayas, à Okinawa ou à Formose[6]. Les forces amphibies de la IIIe Flotte sont allées dans les Palaos[Note 2]attaquer, le 15 septembre, Peleliu et Angaur, et le 21, Ulithi dans les Carolines occidentales où l'amiral Nimitz a très vite fait transférer la base avancée de soutien de la Flotte qui se trouvait à Eniwetok. Les forces de MacArthur, quant à elles, ont débarqué à Morotai, dans les Moluques. La suite des opérations était de débarquer à Yap, à la fin septembre, à Mindanao en novembre et dans la zone de Leyte-Surigao, en décembre[7]..

Le coup d'accélérateur de l'amiral Halsey

Le 13 septembre, convaincu, à partir de renseignements d'aviateurs abattus au dessus des lignes ennemies, mais récupérés par des partisans philippins, de la faiblesse des réactions japonaises, l'amiral Halsey, fidèle à son comportement habituel, fonceur et changeant, a proposé d'avancer le débarquement sur Leyte au 20 octobre. Soumise au Comité des Chefs d'État-Major, au cours de la seconde Conférence inter-alliée de Québec, cette proposition a été adoptée et les plans américains ont été modifiés en conséquence : les troupes devant débarquer à Yap ont rallié les troupes de MacArthur[8].

Il est alors apparu nécessaire de renforcer la VIIe Flotte que commandait le vice-amiral Kinkaid (“la Marine de MacArthur”), en ce qui concernait les forces amphibies et la couverture rapprochée. Le IIIe Corps Amphibie du vice-amiral Wilkinson, les cuirassés anciens et les croiseurs du Groupe d'Appui Feu et de Bombardement du contre-amiral Oldendorf et les porte-avions d'escorte du Groupe d'Appui Aérien du contre-amiral Thomas L. Sprague  ont été transférés à la VIIe Flotte, ne laissant à la IIIe Flotte que la Task Force de Porte-avions rapides (TF 38), avec ses huit porte-avions d'escadre (sept de la classe Essex et l'USS Enterprise), huit porte-avions légers, six cuirassés modernes, quinze croiseurs, leurs destroyers d'escorte et leur train d'escadre. Cette organisation avait un inconvénient : compte tenu de la structure du commandement, elle plaçait les forces navales d'une même opération au cœur du Pacifique, le débarquement aux Philippines (Opération King Two), dans deux lignes hiérarchiques dont la commandement supérieur commun se situait à Washington, à la réunion des Chefs d'État-Major. Circonstance aggravante, les ordres écrits étaient vagues: « Les mesures nécessaires à une coordination détaillée entre les forces opérationnelles du Pacifique Occidental (la IIIe Flotte) et les forces du Pacifique Sud-ouest (la VIIe Flotte) seront arrangées par leurs commandants respectifs ». L'amiral Halsey avait demandé à l'amiral Nimitz si sa mission prioritaire était d'assurer la sécurité du débarquement ou la destruction de la flotte de bataille ennemie, et la réponse avait été ambigüe[9].

Mais tout ceci n'interférait pas avec les bombardements préparatoires de l'aviation embarquée de la IIIe Flotte sur Luçon et Formose, qui ont donné lieu, au cours de la première quinzaine d'octobre à des combats aériens violents, pendant desquels 800 appareils japonais ont été détruits, pour une centaine d'appareils abattus et 64 aviateurs américains tués.

Le Plan Sho-Go (Victoire)

Dans le même temps, le haut commandement naval japonais, qui avait été remanié après la perte des îles Mariannes[Note 3], devait achever la mise au point du Plan Sho-Go, c'est-à-dire la riposte contre la prochaine attaque américaine, selon qu'elle viserait, les Philippines, Formose, les îles Ryūkyū dont la plus grande est Okinawa, ou Kyushu.

Toute la Flotte Impériale contre les forces amphibies américaines

L'idée de manœuvre était d'engager la totalité des bâtiments encore opérationnels de la Flotte Impériale contre les forces d'invasion américaines. Mais il ne s'agissait plus de livrer une “bataille décisive” entre les flottes de ligne, et c'était déjà une évolution considérable, mais de s'efforcer de détruire les forces amphibies sur les plages de débarquement. L'expérience de deux ans de guerre navale dans le Pacifique avait montré que, du côté américain, les cuirassés, fussent-ils modernes, n'étaient plus les “capital ships”, et ceci avait abouti à maintenir les cuirassés japonais les plus puissants le plus souvent au mouillage à Truk, en attente de ce combat improbable. Pour autant, ce changement dans la doctrine d'emploi des cuirassés et des grands croiseurs ne faisait pas l'unanimité chez les officiers de marine japonais qui considéraient qu'attaquer « des navires de transport auxiliaires et des cargos vides » n'était pas digne d'une flotte de guerre, comme ils pensaient que l'attaque des sous-marins contre les navires de commerce n'était pas conforme à la tradition militaire japonaise[10].

Au printemps de 1944, l'organisation de la Flotte Combinée avec ses trois Flottes, la première composée de cuirassés directement aux ordres du Commandant-en-Chef, la seconde rassemblant les croiseurs de bataille modernisés en cuirassés rapides et les croiseurs lourds, en une sorte d'“aile marchante”, la troisième rassemblant les porte-avions, a cédé la place à une Flotte Mobile, dont les composantes réunissant porte-avions , cuirassés et croiseurs lourds ressemblaient aux Task Forces américaines. Initialement ce schéma est maintenu : la différence entre la Force de Frappe, nouvelle désignation de l'ensemble des forces navales et la Flotte Mobile, telle qu'elle a participé à la bataille de la mer des Philippines, est que le nombre des porte-avions est réduit à quatre, par suite des pertes subies, notamment les deux grands porte-avions Taiho et Shokaku et le Hiyō[11], et le nombre de cuirassés augmenté par l'incorporation dans les forces engagées de quatre cuirassés anciens, les Fusō et Yamashiro et les deux cuirassés transformés en hybrides de porte-avions, Ise et Hyūga, constitués pour la forme en 4e Division de Porte-avions[12].

Les attaques américaines sur les Palaos et Morotai laissaient peu de doutes sur le fait que les Philippines seraient la prochaine cible. Or l'amiral Toyoda, Commandant-en-Chef de la Flotte Combinée était convaincu que la perte des Philippines signifierait la fin de la guerre navale. Les navires basés au Japon seraient coupés de l'approvisionnement en pétrole, ceux basés dans les territoires occupés du Sud-Est asiatique (Malaisie ou Insulinde) n'auraient plus d'approvisionnement en munitions, ni accès à des capacités de réparations. Pour lui, « Sauver la Flotte au prix de la perte des Philippines n'aurait aucun sens. »[13].

L'extrême faiblesse de l'aviation embarquée japonaise

Le Haut commandement naval japonais avait une claire conscience des pertes de l'aviation embarquée, au cours de la bataille de la mer des Philippines où le plus grave n'avait pas été la destruction de trois porte-avions mais le fait que la Flotte Mobile, partie au combat avec 430 avions était rentrée au Japon avec à peine 35[14]. Cette situation catastrophique va avoir plusieurs conséquences.

D'abord, il fallut accepter de disperser la Flotte, car si les porte-avions devaient être basés au Japon, en Mer Intérieure pour être réparés et reconstituer leurs groupes aériens, la pénurie de pétrole qui résultait des attaques des sous-marins américains contre les liaisons maritimes avec les zones pétrolifères de Borneo, a conduit à maintenir les cuirassés et les croiseurs lourds basés au plus près de ces sources de carburant, au mouillage des îles Lingga, à proximité de Singapour[15]. In, Mais, dans un esprit de rassemblement des forces, la 5e Flotte du vice-amiral Shima, qui devait opérer avec le vice-amiral Ozawa, a quitté sa base d'Ōminato, à l'extrême nord d'Honshū, pour rallier Kure.

Ensuite, à titre conservatoire, les cuirassés et les croiseurs lourds ont vu leur artillerie anti-aérienne renforcée par l'installation de tourelles doubles de canons de 127 mm type 89[16] lorsque c'était possible , et par de nombreux tubes de 25 mm anti-aériens type 96[17], jusqu'à en porter 50 à 60 sur les croiseurs lourds[18] et une centaine, sur les cuirassés voire 120 sur le Yamato[19].

À la fin août, le haut commandement japonais estimait que la prochaine attaque américaine devrait avoir lieu au plus tôt en novembre et le vice-amiral Ozawa espèrait réussir à former suffisamment d'aviateurs navals pour reconstituer les groupes aériens des porte-avions dans ce délai. Mais la formation rapide des pilotes n'était pas un point fort de la Marine impériale[20]. Le vice-amiral Ozawa, qui avait le commandement du Corps Principal de la Force de Frappe, où sont réunis tous les porte-avions, a dû indiquer début octobre à l'amiral Toyoda, Commandant-en-Chef de la Flotte Combinée, l'impossibilité pour les groupes aéiens de ses porte-avions d'être prêts à temps pour assurer la couverture aérienne des sept cuirassés et onze croiseurs lourds de la Force d'Attaque de Diversion n°1 du vice-amiral Kurita, et il a proposé en conséquence de faire opérer les deux forces de façon autonome, ce qui a été accepté par le Commandant-en-Chef. Le vice-amiral Ozawa a alors reçu l'ordre de transférer à terre, à Formose ou aux Philippines, plus de la moitié de ses pilotes qui, sans avoir encore la capacité d'opérer sur porte-avions, avaient déjà celle d'opérer depuis des bases terrestres, et c'est ainsi que le Corps Principal des porte-avions japonais s'est vu assigner le rôle de leurre pour entrainer à sa poursuite les porte-avions rapides américains et permettre aux navires du vice-amiral Kurita d'atteindre plus facilement les plages de débarquement[21]. Cette primauté délibérée des navires “porte-canons” par rapport aux navires porte-avions est la caractéristique fondamentale de Plan Sho-Gô, ce qui a largement échappé aux amiraux Halsey et Nimitz[22].

Derniers ajustements

La couverture aérienne des forces à la mer devait donc être assumée par l'aviation basée à terre. Mais si celle-ci avait une certaine habitude de l'attaque des navires adverses, surtout lorsqu'il s'agissait d'aviation navale, elle n'avait pas d'expérience de la protection des navires par des patrouilles d'avions de chasse. Par suite d'un souci exagéré du secret, ou parce que les choses se sont accélérées (les forces d'invasion américaines ont quitté Manus le 12 octobre), le maréchal Terauchi, qui avait autorité sur les forces aériennes qui devaient assurer la couverture des opérations navales, et avait son QG à Saigon, n'a eu aucun contact avec l'amiral Toyoda, à Tokyo. Le général Yamashita, commandant des forces de l'Armée japonaise aux Philippines, dont le QG était à Manille, n'a été informé des opérations navales prévues dans les eaux de l'archipel philippin que dans les grandes lignes et seulement, cinq jours avant le début de ces opérations[23].

En ce qui concerne l'organisation des forces navales, dès lors que les porte-avions devaient opérer séparément des cuirassés et des croiseurs, la 5e Flotte du vice-amiral Shima qui avait appareillé de Kure et se trouvait dans les Pescadores a reçu l'ordre d'opérer avec le vice-amiral Kurita, pour attaquer les forces américaines dans le golfe de Leyte par le sud, tandis que les cuirassés hybrides de porte-avions restaient attachés au Corps Principal du vice-amiral Ozawa, mais tout ceci s'est fait dans la précipitation, puisque le chef d'état-major de ce dernier a dû appeler l'état-major de la Flotte Combinée pour régler, en urgence, au téléphone, les conditions d'intervention des porte-avions après qu'ils ont été dépouillés de la majeure partie de leurs groupes aériens.

Ayant été prévenu de l'approche des forces américaines par une « indiscrétion » provenant de Moscou (cette information semble avoir été communiquée par Viatcheslav Molotov, le ministre soviétique des Affaires Étrangères à l'ambassadeur du Japon[24]), le Commandement de la Flotte Combinée, en fait le vice-amiral Ryunosuke Kusaka, Chef d'État-Major; donna le 17 octobre au vice-amiral Kurita l'ordre d'appareiller [25],pour appliquer le plan Shō-1. En quelques jours, soixante-quatre bâtiments ont pris la mer.

Déroulement

Préliminaires

Partie principalement de Manus en mer de Bismarck, le 12 octobre; la VIIe Flotte s'est présentée le 17 devant le golfe de Leyte, les bombardements préparatoires des cuirassés anciens et des croiseurs du TG 77.2 du contre-amiral Oldendorf et les porte-avions “à tout faire” du TG 77.4 du contre-amiral Thomas Sprague ont commencé le 18 et le 19, Tacloban, au fond du golfe de Leyte a été bombardée. Le premières troupes américaines ont débarqué sur l'île de Dinagat, au nord-est du détroit de Surigao. Pendant ce temps, l'aviation embarquée de la IIIe Flotte continuait le bombardement des aérodromes des forces aériennes basées à terre.

Le débarquement américain sur l'île de Leyte

Le 20 octobre, le débarquement a commencé

La bataille de la mer de Sibuyan

Le Musashi attaqué par la TF38 le 24 octobre.
Le Princeton brûle après avoir été touché par les bombardiers japonais le 24 octobre.

Le plan japonais va faire long feu. En effet, le 23 vers minuit, alors qu'elle dépasse l’île de Palawan, la force centrale du vice-amiral Kurita est repérée par deux sous-marins américains en embuscade, le Dace et le Darter, qui signalent son approche. Malgré l'interception du message des submersibles, l'escadre japonaise tarde à prendre des mesures de lutte anti sous-marine, en raison de la présence de récifs coralliens dont la localisation est peu précisée sur les cartes. Le 23 octobre à l'aube, les deux sous-marins torpillent et coulent l’Atago et le Maya et avarient gravement le Takao qui est obligé de se replier vers Singapour, remorqué par les navires ayant secouru les rescapés de lModèle:’Atago et du Maya : les destroyers Asashimo et Naganami. Le prix à payer pour les États-Unis est faible : seul le Darter, à la poursuite du Takao qu'il comptait bien achever, s'échoue à 17 nœuds sur un récif, et doit être abandonné le lendemain. Alerté, le Dace réussit à recueillir son équipage juste avant l'arrivée des japonais qui ne trouvent qu'une épave sabordée.

Le vice amiral Kurita, qui était à bord de l’Atago, est recueilli à bord du destroyer Kishinami. Le commandement de l'escadre est alors assuré par le vice-amiral Ugaki à bord du cuirassé Yamato. Dans l'après-midi, Kurita transfère sa marque sur le Yamatole et reprend le commandement de la Force Centrale. Mais les Américains sont en alerte, la principale force d'attaque a été repérée et est suivie à la trace par des sous-marins, alors que les porte-avions du vice-amiral Ozawa ne le sont pas. Aussi, au petit jour, alors qu'il s'engage dans l'étroite mer de Sibuyan, il subit l'attaque massive de l'aviation embarquée de la Task Force 38, qui doit assurer la couverture éloignée du débarquement sur Leyte. À 10 h 30, 260 appareils du TG 38.2 attaquent et enregistrent des coups au but sur les cuirassés Yamato, Musashi, Nagato et sur le croisur lourdMyōkō qui est contraint d rentrer à Singapour, d'où il ne reprendra plus la mer. À 15 h 20, deux nouvelles vagues se succèdent alors sur le Musashi qui encaisse 19 torpilles et 17 bombes avant de couler, entrainant avec lui un peu plus de mille hommes d'équipage[26]. Le vice amiral Kurita fait demi-tour, vers ses bases, en attendant le résultat des attaques de l'aviation japonaise basée à terre, indique-t-il, à son supérieur, l'amiral Toyoda à Tokyo, qui lui enjoint de remettre le cap sur le détroit de San-Bernardino : même bien entamée, sa flotte conserve une grande capacité de frappe.

Pendant ce temps, un raid de l'aviation navale basée à terre (1re Flotte Aérienne du contre-amiral Ōnishi[27]), s'en prend au TG 38.3, avec 80 ST aIR fLEETbombardiers. Si beaucoup furent interceptés et abattus, l'un d'eux réussit à incendier le porte-avions léger Princeton, qui finit par exploser à 15h30 en endommageant le croiseur Birmingham et d'autres navires venus lui prêter secours et tuant 280 marins. Il coule à 17h50. Malgré cette perte, Halsey pense que Kurita est en fuite, et donc que la partie est jouée pour la partie centrale de la bataille. Il presse alors toute sa flotte à la poursuite d'Ozawa, signalé enfin au nord à 16h40, par un bombardier en reconnaissance.

La bataille du détroit de Surigao

Carte de la bataille dans le détroit de Surigao.

Plus au sud, Nishimura, suivi à une quarantaine de kilomètres par Shima, fonce vers le détroit de Surigao et au-delà vers l'île de Samar. Il n'a subi que quelques dommages causés par des raids de bombardiers lors de la journée du 24, et il s'engage à 02 h 00 dans la passe étroite avec sa force quasiment intacte.

Mais en face de lui, le contre-amiral Jesse Oldendorf a disposé trente-neuf vedettes lance-torpilles et vingt-six destroyers pour attaquer sur les deux flancs de la colonne japonaise et il ferme le débouché du détroit avec deux lignes de file, une avec huit grands croiseurs et l'autre avec six cuirassés anciens, dont cinq sont rescapés de Pearl Harbor. Même si ceux-ci n'avaient principalement que des obus explosifs, car ils étaient déployés pour le bombardement de soutien aux troupes au sol, ils vont bombarder l'escadre japonaise d'un feu d'autant plus intense que leur conduite de tir radar est performante.

L'attaque des vedettes rapides retarde la progression japonaise, permettant aux destroyers de se préparer. Très rapidement, à 03 h 00, l'attaque des destroyers parvient à placer six torpilles, sur quarante sept lancées, sur le Fusō et les destroyers japonais Asagumo, Yamagumo et Mishishio. Seul le Fusō ne coule pas, mais il est coupé en deux. À 03 h 51, l'artillerie des croiseurs entre en jeu, puis deux minutes plus tard celle des cuirassés : grâce aux radars la bataille est unilatérale et les Japonais sont dans l'incapacité de répondre dans l'obscurité. Le Yamashiro et le Mogami sont criblés d'obus de 406 et de 356 mm, le Shigure, ingouvernable, stoppe net après son demi-tour, le Yamashiro sombre à 04 h 19.

À 04 h 25, Shima s'engage lui aussi dans le détroit, mais apercevant bientôt les épaves de la flotte de Nishimura, en particulier les deux parties du Fusō, et averti par le Shigure, il comprend le danger et ordonne le repli. Seulement, lors du demi-tour, le Nachi heurte le Mogami, provoquant une voie d'eau qui inonde sa salle des gouvernails, ce qui le condamne ; il sera achevé par un avion le lendemain. L'avant du Fusō sera fini par le croiseur Louisville et l'arrière coulera du côté de l’île Kanihaan. Des sept navires de Nishimura, seul le Shigure survivra. Le Yamashiro est devenu ainsi le dernier cuirassé coulé par un de ses congénères.

Ce fut la dernière bataille navale où l'une des forces en présence (ici les Américains) fut capable de « barrer le T » de l'autre belligérant, permettant aux navires américains de porter toute leur puissance de feu sur les navires japonais.

La bataille du cap Engaño

Le 24 au soir, enfin Halsey et ses porte-avions sont ferrés par le piège japonais. Voyant l'opportunité de détruire les derniers porte-avions japonais et pensant Kurita en pleine retraite, à 20h, Halsey envoie un message à Nimitz : « Me porte au nord avec trois groupes ». Pour Halsey, qui avait envoyé le TG38.1 se ravitailler à Ulithi, le message était clair: il employait toutes ses forces. Pour Kinkaid et les autres amiraux de la 7e flotte, il l'était beaucoup moins. Dans la nuit, il crée une TF34 composée de cuirassés et de croiseurs, mais pour anéantir les forces d'Ozawa au nord, non pour couvrir le nord des plages de débarquement.

Ozawa, de son côté, trompé par ses interceptions des communications ennemies, croyait lui aussi que Kurita se repliait. Sachant qu'il n'avait aucune chance contre la IIIe flotte et l'attaque lui semblant compromise, il décida de virer au nord pour prendre le large, sa mission de sacrifice n'ayant plus d'objet. Mais à 20h00, un ordre du chef de la flotte combinée, l'amiral Toyoda, d'attaquer avec toutes les forces disponibles le décide à lancer un raid au petit matin (le 25 octobre).

Le porte-avion Zuiho durant la bataille.

Son raid de 75 appareils est anéanti par la chasse et l'artillerie anti-aérienne de Halsey; il place alors tous ses avions restant en défense autour de ses porte-avions, mais sa trentaine de chasseurs ne peut rien contre la suprématie américaine. Dès la première vague, à h 42, toute résistance est annihilée, les porte-avions Chitose, Zuihō et Zuikaku sont gravement endommagés et le destroyer Akizuki sombre. Ozawa sait qu'il ne peut qu'essayer de tenir Halsey en haleine le plus longtemps possible en filant cap au nord. Ses forces subiront quatre autres vagues. La deuxième, à 9h45, met hors de combat le Chiyoda et touche à mort le croiseur Tama. Ozawa transfère alors son pavillon sur l'Ōyodo, abandonnant ses porte-avions. La troisième vague achève alors le Zuihō et le Zuikaku. L'amiral Halsey, à bord du New Jersey, suivi des autres cuirassés, veut achever les porte-avions japonais endommagés au canon et n'est plus qu'à 42 mille marins de la flotte japonaise, mais, à la suite d'une nouvelle erreur d'interprétation des ordres de l'amiral Nimitz, il croit recevoir l'ordre de voler au secours du vice-amiral Kinkaid et abandonne la chasse, pour courir sans délai après les cuirassés du vice-amiral Kurista. Les éclopés de la flotte du vice-amiral Ozawa échappent donc à une destruction imminente.

Alors que l'amiral Halsey se hâte vers le sud, dans l'après midi, le reste des forces de la TF 38, aux ordres du vice-amiral Mitscher, envoie par le fond les derniers porte-avions japonais à flot. Une dernière attaque contre les deux cuirassés Ise et Hyūga, sans grands résultats, ne les empêchent pas de s'échapper vers le Japon.

La bataille au large de Samar

Manœuvres durant la bataille.
Le Yamato et les croiseurs pendant l'attaque.
Le Yamato touché par une bombe le 24 octobre 1944 pendant l'attaque.

Le départ de toutes les forces d'Halsey avait laissé les forces de débarquement et de couverture dans une situation difficile, leur flanc nord, la passe de San Bernadino, non couvert et toutes leur forces de combat concentrées dans le sud de Leyte, alors que les péniches de débarquement touchent les plages.

L'amiral japonais Kurita, que les Américains croyaient en retraite après ses fortes pertes du 24 octobre, profite de l'occasion: il franchit le détroit à 3 heures du matin et s'infiltre jusqu'à l'île de Samar avec les restes encore puissants de la force centrale japonaise.

À 06 h 45, à la tête de quatre cuirassés (Yamato, Nagato, Haruna et Kongō), de six croiseurs lourds (Haguro, Kumano, Suzuya,Chōkai, Tone,et Chikuma) et de ses destroyers, il tombe par surprise sur l'unité TU 77.4.3 de porte-avions d'escorte de l'amiral Clifton Sprague. Avec ses six porte-avions trop lents et ses quelques destroyers, celui-ci ne peut que tenter d'échapper à l'anéantissement. Il fait mettre cap à l'est aux porte-avions, comptant sur la mauvaise visibilité pour gêner le feu japonais et envoie ses destroyers au sacrifice dans une charge suicidaire.

La détermination des Américains est cependant payante: les bâtiments japonais sont obligés de se dérouter pour éviter les torpilles et les avions ont ainsi le temps de décoller. Le prix est lourd: les destroyers Samuel B. Roberts, Hoel et Johnston sont coulés et tous les autres gravement endommagés, mais Kurita, qui pensait tenir les porte-avions d'escorte américains sous ses canons lourds, a perdu trop de temps et seul le Gambier Bay, à l'arrière de la formation américaine, est coulé.

Sprague fuit maintenant au sud et tous ses avions attaquent avec toutes les armes disponibles, y compris des charges de profondeur. Trois des croiseurs japonais sont alors mis hors de combat. Kurita, découragé et indécis, décide alors à 09 h 20, alors que la TU 77.4.2 apparaît sur le champ de bataille, de faire demi-tour à travers la passe de San Bernardino, où trois de ses cuirassés seront gravement endommagés par l'aviation. De sa puissante flotte de combat, il ne ramène au Japon que le cuirassé géant Yamato réellement opérationnel et quatre grands navires hors de combat.

Forces et bilan de cet affrontement

Sprague (TU 77.4.3. dite « Taffy 3 » à la radio) : 6 porte-avions d'escorte (Fanshaw Bay, St Lo, White Plains, Kalinin Bay, Kitkun Bay, et Gambier Bay), 3 destroyers, 4 destroyers d'escorte, 97 chasseurs, 72 avions torpilleurs.

Première section de la force centrale japonaise : 2 cuirassés, 2 croiseurs lourds, 1 croiseur léger, 7 destroyers.

Seconde section de la force centrale japonaise : 2 cuirassés, 4 croiseurs lourds, 1 croiseur léger, 4 destroyers.

Total : 4 cuirassés, 6 croiseurs lourds, 2 croiseurs légers, 11 destroyers

Pertes de l'US Navy :

Pertes de la Marine impériale japonaise :

Bilan global

Cérémonie pour le 60e anniversaire de la bataille à Tacloban, Philippines, le 20 octobre 2004.

Au total, le Japon vit disparaître 45 % du tonnage engagé, soit 305 710 t, lors de cette gigantesque bataille :

1 porte-avions d'escadre, 3 porte-avions légers, 3 cuirassés, 10 croiseurs, 11 destroyers, 5 sous-marins et 1 pétrolier furent coulés, plus de 1 000 avions détruits, les pertes humaines dépassèrent les 10 000 morts pour la seule marine. 2 cuirassés, 4 croiseurs lourds, 3 destroyers furent endommagés et ne purent reprendre le combat.

L'US Navy vit elle 3 % de son tonnage coulé soit 37 300 t :

1 porte-avions léger, 2 porte-avions d'escorte, 3 destroyers, 1 sous-marin perdu, 1 vedette lance-torpilles, 200 avions abattus et 3 000 morts furent le prix de cette bataille.

Mais ce ne fut pas une victoire ou une défaite totale. Les erreurs des deux commandements firent que, malgré la supériorité navale alliée, une partie de la flotte japonaise réussit à rentrer à bon port. Malgré la supériorité locale lors de l'engagement du détroit de Surigao, la flotte japonaise ne réussit pas à détruire cette modeste task-force, ni la flotte de débarquement qu'elle protégeait, ni à bombarder les troupes à terre.

Notes et références

Notes
  1. D'autres historiens font remonter la première attaque de ce style à mai 1944 ; Voir : http://www.j-aircraft.com/research/rdunn/hms_aust/first_kam.htm.
  2. Précédemment, la Marine américaine avait délaissé les Palaos pour attaquer les Mariannes. Mais dès lors que l'objectif retenu était d'attaquer les Philippines, cette ancienne dépendance de l'empire espagnol des Philippines retrouvait de l'intérêt pour une progression depuis la Nouvelle-Guinée vers les Philippines.
  3. L'amiral Shimada, ministre de la Marine, qui exerçait conjointement les fonctions de Chef d'État-Major Général de la Marine, depuis février 1944, a été écarté du Gouvernement et remplacé dans les fonctions de C.E-M.G par l'amiral Oikawa. Le vice-amiral Itō demeurait Vice-Chef d'État-Major Général, l'amiral Toyoda, Commandant-en-Chef de la Flotte Combinée et le vice-amiral Ryūnosuke Kusaka, son chef d'état-major.
Références

Bibliographie

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  • Jean-Jacques Antier, La bataille des Philippines : Leyte, 1944, Paris, Presses de la Cité, coll. « Troupes de Choc », (ISBN 2258016266, OCLC 14099017).
  • Georges Blond, Le survivant du Pacifique : l'odyssee de l' "Enterprise", Paris, Fayard, coll. « Le livre de poche », , 435 p. (ISBN 2253013161, OCLC 795951969).
  • Andrieu D'Albas, Marine impériale : Les flottes du mikado dans la IIe guerre mondiale, Paris, Amiot Dumont, , 244 p. (ASIN B0000DOW25).
  • Philippe Faverjon, La Seconde Guerre mondiale : au cœur des batailles, Paris, Acropole, , 240 p. (ISBN 9782735703524, OCLC 731328204).
  • James A. Field, Jr (trad. René Jouan), La bataille de Leyte : Destruction de la flotte japonaise dans le Pacifique, 21-26 octobre 1944, Paris, Payot, (ASIN B00183X1ZE).
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  • Hedley Paul Willmott, La guerre du Pacifique : 1941-1945, Éditions Autrement, coll. « Atlas des Guerres », , 224 p. (ISBN 9782746700420 et 2746700425).

Voir aussi

Articles connexes

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