Bête de l'Apocalypse

Dessin des bêtes de la mer et de la terre, tiré de l’Augsburger Wunderzeichenbuch , XVIe.

La Bête de l'Apocalypse est une figure de l'eschatologie chrétienne qui apparaît dans le chapitre 13 de l'Apocalypse de Jean, en écho à la Vision des quatre bêtes du Livre de Daniel.

Cette figure est en fait utilisée par deux fois par l'auteur de l'Apocalypse, qui écrit sous le règne de l'empereur Domitien, pour décrire deux bêtes différentes affidées à Satan — l'une issue de la mer, l'autre issue de la terre pour seconder la première — dont une des interprétations traditionnelles, notamment chez les protestants, serait qu'elle symbolise l'oppression du pouvoir romain idolâtre et les moyens qu'il déploie à cette fin.

Cette figure a néanmoins fait, et continue à faire, l'objet de multiples autres interprétations au cours l'histoire.

Dans le christianisme

L'auteur de l'Apocalypse de Jean décrit, au chapitre 13, successivement deux bêtes : l'une est issue de la mer, à laquelle Satan, partiellement vaincu par l'archange Michel, a délégué son pouvoir ; l'autre est issue de la terre afin de seconder la première[1]. Ce couple de bêtes fait écho au tandem marin-terrestre Leviathan-Béhémot[1] présent dans la littérature judaïque plus ancienne[2].

La bête émergée des eaux reprend de manière synthétique les quatre bêtes de la vision de Daniel[3]. Elle possède sept têtes et dix cornes, représente un système politique dont le pouvoir, conféré par Satan, s'étend sur tous les hommes qui y adhèrent en recevant la marque de la bête. Cette marque est le « Nombre de la Bête », généralement associé au nombre 666 ou 616, suivant textes. Cette bête, dont le trait essentiel est la violence et souvent interprétée (en tout cas, dans une optique prétériste) comme étant le symbole historique de l'Empire romain idolâtre[4], est secondée par une seconde bête venue de la terre, chargée d'entretenir le culte de la première, symbolisant peut-être les clergés chargé des cultes impériaux ou incarnant les faux-prophètes[1].

Apocalypse de Jean : chapitre 13

La description des deux bêtes selon la vision de Jean, auteur de l'Apocalypse reclus selon la tradition dans l'île de Patmos sous le règne de l'empereur romain Domitien, figure dans le chapitre 13 du texte.

La bête de la mer

La bête de la mer se voit confier le sceptre par le Dragon.
Tenture de l'Apocalypse, XIVe, château d'Angers.

« 1. Et il se tint sur le sable de la mer. Puis je vis monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphème.
2. La bête que je vis était semblable à un léopard; ses pieds étaient comme ceux d'un ours, et sa gueule comme une gueule de lion. Le dragon lui donna sa puissance, et son trône, et une grande autorité.
3. Et je vis l'une de ses têtes comme blessée à mort; mais sa blessure mortelle fut guérie. Et toute la terre était dans l'admiration derrière la bête.
4. Et ils adorèrent le dragon, parce qu'il avait donné l'autorité à la bête; ils adorèrent la bête, en disant: Qui est semblable à la bête, et qui peut combattre contre elle ?
5. Et il lui fut donné une bouche qui proférait des paroles arrogantes et des blasphèmes; et il lui fut donné le pouvoir d'agir pendant quarante-deux mois.
6. Et elle ouvrit sa bouche pour proférer des blasphèmes contre Dieu, pour blasphémer son nom, et son tabernacle, et ceux qui habitent dans le ciel.
7. Et il lui fut donné de faire la guerre aux saints, et de les vaincre. Et il lui fut donné autorité sur toute tribu, tout peuple, toute langue, et toute nation.
8. Et tous les habitants de la terre l'adoreront, ceux dont le nom n'a pas été écrit dès la fondation du monde dans le livre de vie de l'agneau qui a été immolé.
9. Si quelqu'un a des oreilles, qu'il entende ! »

— Apocalypse 13,1–9

La bête de la terre

La bête de la terre appose la « marque de la bête ».
Tenture de l'Apocalypse, XIVe, château d'Angers.

« 11.Puis je vis monter de la terre une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles d’un agneau, et qui parlait comme un dragon.
12. Elle exerçait toute l’autorité de la première bête en sa présence, et elle faisait que la terre et ses habitants adoraient la première bête, dont la blessure mortelle avait été guérie.
13. Elle opérait de grands prodiges, même jusqu’à faire descendre du feu du ciel sur la terre, à la vue des hommes.
14. Et elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu’il lui était donné d’opérer en présence de la bête, disant aux habitants de la terre de faire une image à la bête qui avait la blessure de l’épée et qui vivait.
15. Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, afin que l’image de la bête parlât, et qu’elle fît que tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête fussent tués.
16. Et elle fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front,
17. et que personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom. »

— Apocalypse 13,11–17

Interprétations exégétiques et historiques

Bête portant une tiare papale provenant de la traduction de Luther du Nouveau Testament en 1522.

Les exégètes voient généralement dans cette Bête le symbole de tout pouvoir qui s'oppose à Dieu et à ses commandements à travers le monde, à travers les siècles. Par exemple, jusqu'au IVe siècle, le pouvoir de l’Empire romain, encore païen, qui a plus ou moins violemment persécuté l'Église jusqu'en 313, notamment depuis le règne de Néron jusqu'au règne de Dioclétien, a été identifié à la Bête de l'Apocalypse durant cette période spécifique de l'histoire de l'Église.

Au XXe siècle, le totalitarisme nazi, d'une part, et le totalitarisme soviétique, d'autre part, ont pu être perçus comme de nouveaux « visages » de la Bête. D'autres pouvoirs ou puissances, tant religieux que profanes, dans le monde, tant dans le passé que dans l'actualité contemporaine et dans les temps à l'avenir, dès lors qu'ils s'opposent à Dieu et à l'Église, peuvent entrer dans la grille de « lecture » interprétant leur action comme étant celle de la figure de la Bête, ou celle de l'une ou de l'autre déclinaisons (puisque l'Apocalypse parle bien de deux bêtes distinctes) de celle-ci.

Notes et références

  1. a, b et c Cristian Badilita, Métamorphoses de l'antichrist chez les Pères de l'Église, Beauchesne, (ISBN 9782701014548, lire en ligne), p. 84-85
  2. Dans la littérature vétérotestamentaire et intertestamentaire ; cf. par exemple Jb 40-41, Esd 6. 49-52
  3. Cristian Badilita, Métamorphoses de l'antichrist chez les Pères de l'Église, Beauchesne, (ISBN 9782701014548, lire en ligne), p. 79
  4. Daniel Marguerat, Introduction au Nouveau Testament : son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, (ISBN 9782830912890, lire en ligne), p. 415

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes