Avicenne

Avicenne
Avicenna-miniatur.jpg

Ibn Sina (Avicenne) - miniature persane.

Naissance
Décès
(environ 57 ans)
Hamadan, Émirat kakouyide (actuel Drapeau de l'Iran Iran)
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
Illumination, Angélologie
Œuvres principales
Canon de la médecine
Livre de la guérison [des âmes]
Traité de philosophie illuminative (perdu).
Influencé par
A influencé
Avicenne statue à Vienne,Pavillon des érudits

Avicenne, ou Ibn Sīnā[1] (en persan : ابن سینا), né le à Afshéna, près de Boukhara, dans la province de Grand Khorasan (actuellement en Ouzbékistan) et mort en à Hamadan (en Iran)[2],[3], est un philosophe, écrivain, médecin et scientifique médiéval persan de religion musulmane. Il s'intéressa à de nombreuses sciences, notamment l'astronomie, l'alchimie, la chimie et la psychologie.

Ses disciples l'appelaient « Cheikh el-Raïs », prince des savants, le plus grand des médecins, le Maître par excellence, le troisième Maître (après Aristote et Al-Fârâbî). Plusieurs théologiens musulmans de son époque comme Al-Ghazâlî, Ibn Taymiyya, Ibn Al-Qayim et Al-Dhahabi l'ont traité d'irreligieux[4].

Contexte historique

Aux VIIe et VIIIe siècles, premiers siècles de l'hégire pour le monde musulman, tandis que les Syriens et Mésopotamiens chrétiens de langue syriaque et grecque traduisent en arabe certains textes philosophiques et scientifiques[5] issus du monde gréco-romain, une compétition commence entre la culture arabe et la culture persane, le "grand Iran" étant à cette époque sous la domination arabe.

De 750 à 850, période des califes Abbassides, la science arabo-musulmane atteint ses sommets. Les souverains payaient parfois leur poids en or tout livre récemment traduit, et c'est ainsi que, dès le IXe siècle, une majeure partie des écrits de la Grèce était disponible en langue arabe. Le philosophe al-Farabi (mort en 950), « le second maître » (en référence au premier maître, Aristote), tient une place prépondérante dans cette dynamique.

Les textes et traditions des dogmes islamiques se fixèrent à cette époque :

En Occident latin, c'est le Moyen Âge, période ainsi dénommée entre la chute de l'Empire romain (476, invasion des Hérules) et la Renaissance marquée par la chute de Constantinople en 1453 et la découverte des Amériques en 1492.

Biographie

Avicenne (Ibn Sina)

Naissance et formation

Avicenne, de son nom complet Abu 'Ali al-Husayn Ibn Abd Allah Ibn Sina, est né le 7 août 980 à Khormeytan (ou Afshéna, le pays du soleil), petit village situé près de Boukhara, (Transoxiane, l'actuel Ouzbékistan)[6].

Son père, 'Abdallah, musulman chiite ismaélien originaire de Balkh au nord de l'Afghanistan actuel, était collecteur d'impôts du village, pour le souverain samanide Nuh ibn Mansurs ; sa mère, Setareh ou Sitara, d'origine Tadjik, vivait à Afshéna[7],[8].

Durant sa petite enfance, il étudie l'arithmétique chez un marchand herboriste, expert en calcul indien. Ayant une bonne mémoire, le jeune garçon finit par surpasser son maître en calcul et en mathématiques. Sous la conduite du maitre Abu Abdallah Ennatili, il s'initie au Coran, aux auteurs arabes et à la philosophie en commencant par l'Isagogè de Porphyre (petit traité pédagogique de vulgarisation de la philosophie d'Aristote)[6].

À l'âge de dix ans, il maitrise ainsi le Coran, l'arithmétique, la géométrie d'Euclide, et des bases de la philosophie comme la logique. Il se lance tout seul dans des études difficiles comme l'Almageste de Ptolémée[6].

À l'âge de 14 ans, son précepteur Ennatili le quitte pour aller dans une autre ville. Un ami médecin lui apporte les traductions des œuvres d'Hippocrate, qu'il lit d'un trait, nuit et jour. Il raconte dans son autobiographie : « quand le sommeil me gagnait, que je sentais mes forces faiblir, je prenais un breuvage épicé pour me soutenir, et je recommençais mes lectures »[9].

Sa mémoire étant phénoménale, il lit aussi toutes les traductions de Galien. À l'âge de 16 ans, il est brillamment reçu médecin à l'école de Djundaysabur où professaient des médecins de toutes confessions : juifs, chrétiens, mazdéens et musulmans. À 17 ans, il donne des cours à l'hôpital de Boukhara qui sont suivis par des médecins étrangers[9].

Avicenne se serait plus tard converti au chiisme duodécimain[10].

Il est appelé auprès du prince Nuh ibn Mansûr (976-997) qui souffrait de violentes coliques. Avicenne diagnostique une intoxication par le plomb des peintures décorant la vaisselle du prince, et réussit à le guérir. Il est alors autorisé à consulter la riche bibliothèque royale des Samanides[9].

En un an et demi, il acquiert la connaissance de tous les auteurs anciens disponibles. Il bute cependant sur la Métaphysique d'Aristote[11] qu'il ne comprend pas, mais il surmonte cette difficulté en découvrant les commentaires d'Al Farabi. Dans son autobiographie, il déclare avoir intégré tous les savoirs de son temps à l'âge de 18 ans, grâce à sa mémoire, mais que son esprit n'était pas assez mûr[9].

D'une cour princière à l'autre

Vers 1001, un incendie détruit la bibliothèque des Samanides. Les ennemis d'Avicenne l'accusent d'en être l'auteur. Le nouveau prince Abdul Malik lui interdit l'entrée de l'hôpital de Boukhara. En disgrâce, risquant la prison, Avicenne s'enfuit vers le Khârezm, principauté indépendante (de 994 à 1231) qui se situait principalement sur le territoire actuel de l'Ouzbekistan, mais aussi sur les bords de la mer Caspienne du Turkmenistan.

Le prince du Khârezm aimait les sciences et s'entourait de nombreux savants. Avicenne y demeura 9 ans, c'est là qu'il commence à rédiger ses premiers livres, à l'âge de 21 ans[12].

La situation politique et militaire de la région (de l'Asie centrale au Moyen-Orient) est instable. À cette époque, les dynasties d'origine turque et celles d'origine perses sont en conflit permanent, faisant chuter les capitales. Avicenne doit fuir à nouveau, car il ne souhaite pas servir sous les Turcs, ennemis des Persans[12].

En 1010, il s'installe à Gorgan, c'est là qu'il entreprend son œuvre majeure, le Qanûn (ou Canon) de médecine. Il passe ensuite dans la ville de Ray (Rhagès, proche de l’actuel Téhéran) dont il guérit le prince atteint de mélancolie[12].

En 1014, il est appelé à Hamadan, auprès de l'émir bouyide Chams ad-Dawla, et le guérit de ses douleurs inexpliquées. Le prince le choisit alors comme vizir (premier ministre). Avicenne s'impose alors un travail harassant : le jour, il se consacre à la chose publique, la nuit à la science. Il achève son Canon médical et rédige de nombreux ouvrages, avec l'aide du fidèle al-Juzjani, son secrétaire et biographe[12].

En 1021, après la mort du prince Chams ad-Dawla, son fils Sama' ad-Dawla accède au pouvoir. Avicenne n'a plus de protecteur, victime d'intrigues politiques, il passe quatre mois en prison, au cours desquels il continue de rédiger des livres[13].

En 1023, il parvient à s'enfuir du pays pour se rendre à Ispahan, auprès de l'émir kakouyide Ala ad-Dawla Muhammed. C'est là qu'il écrit, durant 14 ans, la dernière partie de son œuvre (astronomie, sciences et linguistique). Il n'hésitait pas à reprendre la route, répondant aux appels des princes de Perse, de Mésopotamie et du Turkestan. Sa réputation et sa popularité sont immenses, car il exerce la médecine aussi bien dans les cours princières, qu'auprès des pauvres les plus démunis[13].

Mausolée d'Avicenne à Hamadan

Dernière étape

En participant à une expédition menée par l'émir 'Ala ad-Dawla dans le Kermanshah, Avicenne tombe malade et meurt à Hamadan au mois d'août 1037 (premier vendredi du mois de Ramadan 428 de l’hégire) à l’âge de cinquante-sept ans. Sa maladie est discutée, il s'agissait d'une crise intestinale grave, dont il souffrait depuis longtemps : cancer du colon, dysenterie amibienne, empoisonnement criminel[13]...

Il fut enterré près d'Hamadan. Son tombeau est resté un lieu de pélerinage jusqu'au XXIe siècle. Jusqu'en 1950, il n'était signalé que par une simple « lanterne des morts » en granit. En 1952, un mausolée monumental a été inauguré sur sa tombe à Hamadan. Il s'agit d'une colonnade de granit en 12 piliers, symbolisant les douze sciences du savoir d'Avicenne, couronnés par une toiture conique[13].

À cette occasion, des photographies de son crâne furent prises, et un anthropologue et sculpteur soviétique a ainsi réalisé un « portrait » d'Avicenne[7]. Cette statue en marbre blanc se trouve près du mausolée[14].

Avicenne est revendiqué par de nombreux pays, car il est né dans un pays qui s'est appelé le Turkestan, de père Ouzbek et de mère Tadjik, et qu'il a beaucoup voyagé et séjourné dans des pays musulmans. Le reconnaissent comme leur : l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, l'Azerbaïdjan, l'Afghanistan, l'Iran, la Turquie... De nombreux pays arabes éloignés, au motif d'un séjour supposé, lui prêtent une vénération particulière[7].

Son œuvre

Qanûn (Avicenne)

D'une ampleur variable selon les sources (276 titres pour G. C. Anawati, 242 pour Yahya Mahdavi), l'œuvre d'Avicenne est nombreuse et variée. Avicenne a écrit principalement en arabe classique, mais parfois aussi dans la langue vernaculaire, le persan.

Il est l'auteur de monuments, d'ouvrages plus modestes, mais aussi de textes courts. Son œuvre couvre toute l'étendue du savoir de son époque :

Le dessein personnel du philosophe trouve son achèvement dans la philosophie orientale (hikmat mashriqiya), qui prit la forme de la compilation de vingt-huit mille questions. Cette œuvre disparut lors du pillage d’Ispahan (1034), et il n'en subsiste que quelques fragments.

Pendant plusieurs siècles, jusqu'au XVIIe siècle, son Qanûn constitue le fondement de l'enseignement tant en Europe, où il détrône Galien, qu'en Asie.

On lui doit l'usage de la casse, de la rhubarbe, du tamarin, du myrobalanetc.

Influences d'Avicenne

Avicenne, fin lettré, fut le traducteur des œuvres d’Hippocrate et de Galien et porta un soin particulier à l'étude d'Aristote. Il s'inscrit dans un mouvement général qui voit les philosophes de culture islamique découvrir la culture grecque auprès de l'Empire Byzantin, comme en partie l'Europe Occidentale où beaucoup de manuscrits grecs et romains étaient surtout connus par les copistes des monastères.

Avicenne était proche du chiisme ismaélien, le courant auquel appartenaient son père et son frère ; ainsi son autobiographie rapporte-t-elle leurs efforts pour entraîner son adhésion à la dawat ismaélienne. Toutefois, Avicenne appartenait au chiisme duodécimain.

Son appartenance ou non à l'ismaélisme est donc controversée, et reste un débat actuel, portant sur l'influence de cette branche de l'islam. L'ismaélisme comprend d'importantes personnalités, telles que Abu Yaqoub Sejestani (Xe siècle), Abu Hatim al Razi (mort en 933), Hamid Kermani (vers 1017), ou Nasir e Khosraw (entre 1072 et 1077) dont le travail a fortement influencé la pensée dans l'Islam. Ainsi, la théorie des Dix Intelligences (voir plus bas), amorcée chez al-Farabi, apparaît chez Hamid Kermani avant qu'Avicenne ne se l'approprie.

La médecine d'Avicenne

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Le Canon de la médecine

Page de garde d'une édition du Kitab Al Qanûn fi Al-Tibb du début du XVe siècle.
Article détaillé : Qanûn (Avicenne).

Le Kitab Al Qanûn fi Al-Tibb (« livre des lois médicales »), composé de 5 livres, vers 1020, est l'œuvre médicale majeure d'Avicenne[15].

Son Canon rencontra un grand succès, qui éclipsa les travaux antérieurs de Rhazès (850 - 926), d'Haly-Abbas (930 - 994) et d'Abu Al-Qasim (936 - 1013) et même ceux d'Ibn-Al-Nafis (1210 - 1288) qui lui sont postérieurs. Les européens du XIIe au XVIIe siècle ramenèrent de l'Orient le Canon de la Médecine, qui influença la pratique et l'enseignement de la médecine occidentale.

L'ouvrage fut traduit en latin par Gérard de Crémone entre 1150 et 1187, et imprimé en hébreu à Milan en 1473, puis à Venise en 1527 et à Rome en 1593. Son influence dure jusqu'à sa contestation à la Renaissance : Léonard de Vinci en rejette l'anatomie et Paracelse le brûle. C'est le développement de la science européenne qui provoquera son obsolescence, par exemple la description de la circulation sanguine par William Harvey en 1628. Néanmoins cet ouvrage marqua longuement l'étude de la médecine, et même en 1909, un cours de la médecine d'Avicenne fut donné à Bruxelles. Sous Louis XIV, le chirurgien Antoine Lambert le cite comme l'un des plus grands médecins de l'Histoire et le surnomme « prince des Arabes »[16].

Apport d'Avicenne

Il replace l'ensemble des connaissances médicales de son temps dans une vaste synthèse philosophique et logique, combinant la logique d'Aristote avec le néoplatonisme. Il élève ainsi la dignité de la médecine comme discipline intellectuelle (d'où son caractère universitaire dès les premières universités de l'Occident médiéval). La médecine s'intègre dans une philosophie naturelle compatible avec le monothéisme, ses textes médicaux sont bientôt traduits en hébreu et en latin.

De ce point de vue, Avicenne peut être perçu de deux manières. Soit on lui reproche cette fusion de la médecine et de la philosophie[17], ainsi que son goût pour les synthèses abstraites[18] ; soit on lui accorde d'avoir distingué la médecine au sein même de cette fusion : « Certes le discours du philosophe est plus vrai, car il est prouvé avec subtilité, mais le discours du médecin est plus manifeste à première vue » (Canon, I, 1, 5, 1) [19].

D'où deux voies pour un même but, que la scolastique médicale appellera la via philosophorum et la via medicorum, la première faisant appel à la raison et à la logique (jugement de la pensée spéculative), la seconde faisant appel à la raison et à l'expérience (jugement par l'expérience sensorielle acquise)[20].

Avicenne se démarque en combinant la foi avec le raisonnement philosophique. Il accepte de l'Islam ce qui lui parait logique et cohérent, et il pense la médecine comme une science rationnelle, rejetant les références magiques et ésotériques, alchimiques (transmutation des métaux) et astrologiques (jugement de Dieu par les astres). Il emprunte à Hippocrate, Galien, Dioscoride et tous les auteurs arabes avant lui, notamment Rhazès (Al-Razi) et Haly Abbas (Al-Majuzi) qu'il précise et développe avec son expérience personnelle[21].

Anatomie et physiologie

La loi coranique interdisant la dissection des cadavres, l'anatomie d'Avicenne reste une anatomie livresque. Elle se base principalement sur celle de Galien, mais aussi sur des textes indiens et hébreux. Si la transmission du Talmud aux auteurs arabes au VIIIe et IXe siècles est attestée, celle de l'influence de sources chinoises est douteuse[22].

Ainsi son décompte des os humains est celui du Talmud (plus précisément dans un des traités de la Mishna sur les puretés)[22], et son anatomie de l'œil suit celle de Galien dans ses moindres détails[23]. À ce travail de synthèse érudite, il ajoute une anatomie spéculative par « raison logique ». À partir de fonctions supposées ou apparentes, il en déduit des structures anatomiques, sans dissection, ni démonstration de visu. Par exemple, il donne le pénis comme constitué de trois conduits séparés : pour l'urine, pour les sécrétions lubrifiantes, et pour le sperme[24].

Lorsque l'anatomie de Galien est en contradiction avec celle d'Aristote, Avicenne cherche à les concilier avec une préférence pour Aristote. Ainsi, il attribue trois ventricules au cœur[25], selon l'opinion d'Aristote, et malgré les observations anatomiques de Galien[24].

En physiologie, il combine la théorie des humeurs de Galien avec la théorie des âmes d'Aristote. Le corps humain fonctionne selon un équilibre de quatre humeurs, quatre qualités et quatre tempéraments. Avicenne distingue des « forces naturelles » : procréation et génération, nutrition (attraction par assimilation et croissance, expulsion et excrétion), etc... L'air joue un rôle de régulateur par la respiration. C'est la conception d'Aristote de la respiration comme un refroidissement du sang échauffé dans le cœur[26].

Le cœur est doté d'une force pulsatile, qui distribue chaleur et esprit vital dans l'ensemble du corps. C'est à partir d'un commentaire du Canon d'Avicenne, sur les rapports circulatoires cœur-poumon, qu'Ibn Nafis (1211-1288) avancera l'idée de petite circulation[27].

Clinique et pathologie

Avicenne s'attache beaucoup à la description des symptômes, décrivant toutes les maladies répertoriées à l'époque, y compris celles relevant de la psychiatrie.

Son examen clinique (observations par les cinq sens) insiste plus particulièrement sur l'examen des pouls (il en distingue près de 60 variétés, regroupées en 10 genres) et l'examen des urines « basées sur la couleur, l'aspect, le dépôt, le volume, l'odeur et la mousse ». Il est l'une des principales sources de ce qui sera l'uroscopie médiévale[18],[28].

Le malade est considéré dans sa globalité (mode de vie et environnements). Il distingue la valeur de ce qui se répète dans les mêmes conditions, éliminant ce qui relève de cause accidentelle ou fortuite (hasard ou coïncidence en termes modernes). Il approche ainsi la notion de loi, en subordonnant la médecine à la physique ou science naturelle, il fait ainsi du médecin un « physicien », usage qui persiste encore dans l'anglais physician pour médecin[18],[29].

Il renouvelle les descriptions de l'apoplexie cérébrale et du diabète[18], de l'hydropisie[30] ; Il attribue la formation des calculs de vessie à un excès de matière dans l'urine[31].

Il décrit aussi la rage des chiens, loups, renards et chacals qu'il attribue à un excès de bile noire par consommation de chair en putréfaction ou d'eau polluée[32]. Il fait de l'excès de bile noire ou atrabile la cause principale de très nombreuses maladies[28].

il distingue des variétés de méningites et d'ictères[33]. Mais il s'agit le plus souvent d'un travail de classification systématique selon une pathologie humorale (Galien) ou de « qualités » (Aristote)[34], de tels critères théoriques ne reposent sur aucune réalité pathologique au sens biomédical moderne[28].

Toutefois son sens critique et son expérience personnelle lui permettent d'être plus précis que ses devanciers. Il distingue la pleurésie, la médiastinite et l'abcès sous-phrénique (abcès situé sous le diaphragme)[21]. Son diagnostic différentiel entre rougeole et variole est plus explicite que celui de Rhazès[35].

Avicenne participe à la distinction entre elephantiasis graecorum (lèpre) et elephantiasis arabum (éléphantiasis au sens moderne) [36]. Sa description d'une lèpre débutante (perte du tiers externe des sourcils, voix rauque, zones anesthésiques cutanées, perte de jeu des muscles faciaux) sera utilisée comme procédure de diagnostic précoce plus sûr en Occident médiéval[37].

Il décrit une maladie qu'il appelle « maladie de Médine » particulière à cette région. Il s'agit de la dracunculose, maladie due à un ver parasite appelé depuis dracunculus medinensis[38].

Thérapeutique et diététique

Il traite la douleur en utilisant des médicaments analgésiques, mais aussi par tout autre moyen (massage, compresses chaudes, musique agréable, marche, sommeil...)[35].

Il est le premier à préconiser des traitements par vessies de glaces et lavements rectaux.

Hygiène et environnement

ll émet l'hypothèse selon laquelle l'eau et l'atmosphère contiendraient de minuscules organismes vecteurs de certaines maladies infectieuses.

Il reconnait le caractère contagieux de la tuberculose[21]. Il pressent le rôle des rats dans la propagation de la peste.

Mais avant tout, Avicenne s'intéresse aux moyens de conserver la santé. Il recommande la pratique régulière du sport ou l'hydrothérapie en médecine préventive et curative. Il insiste sur l'importance des relations humaines dans la conservation d'une bonne santé mentale et somatique.

La médecine d'Avicenne pourrait être résumée par la phrase d'introduction de Urdjuza Fi-Tib' (Poème de Médecine) : « la médecine est l'art de conserver la santé et éventuellement, de guérir la maladie survenue dans le corps ».

Doctrine philosophique

Détail d'une enluminure du Canon medicinae d’Avicenne (Bibliothèque municipale de Besançon - ms. 0457 - f. 051).

Sa doctrine philosophique, en particulier sa métaphysique, se base sur celle d'Aristote et sur les travaux d'al-Farabi. Ses autres œuvres sont marquées par la recherche d'une philosophie orientale et d'une mystique personnelle.

Métaphysique

Dieu

L'essence, pour Avicenne, est non-contingente. Pour qu'une essence soit actualisée dans une instance (une existence), il faut que cette existence soit rendue nécessaire par l'essence elle-même. Cette relation de cause à effet, toujours parce que l'essence n'est pas contingente, est inhérente à l'essence elle-même. Ainsi il doit exister une essence nécessaire en elle-même pour que l'existence puisse être possible : l'Être nécessaire, ou encore Dieu.

La Première Intelligence et la Création

L'Être nécessaire crée la Première Intelligence par émanation. Cette définition altère profondément la conception de création: il ne s'agit plus d'une divinité créant par caprice, mais d'une pensée divine qui se pense elle-même ; le passage de ce premier être à l'existant est une nécessité et non plus une volonté. Le monde émane alors de Dieu par surabondance de Son Intelligence, suivant ce que les néoplatoniciens ont nommé émanation : une causalité immatérielle. Avicenne s'inspire des travaux d'al-Farabi, mais à cette différence que c'est l'Être nécessaire qui est à l'origine de tout (voir plus bas les Dix intelligences). Cette perspective serait donc plus compatible avec le Coran.

"Chaque Intelligence, à l'exception de la dernière de la série, engendre en premier lieu l'Intelligence qui lui est immédiatement inférieure à travers l'acte par lequel elle connaît le Premier Être, puis l'âme de sa sphère à travers l'acte par lequel elle se connaît comme nécessaire en vertu du Premier Être, et en troisième lieu le corps de cette sphère à travers l'acte par lequel elle se connaît comme possible en elle-même."[39]

La Deuxième Intelligence

La création de la pluralité va procéder de cette Première Intelligence.

  • La Première Intelligence, en contemplant le principe qui la fait exister nécessairement (c'est-à-dire Dieu), donne lieu à la Deuxième Intelligence.
  • La Première Intelligence, en se contemplant comme émanation de ce principe, donne lieu à la Première Âme, qui anime la sphère des sphères (celle qui contient toutes les autres).
  • La Première Intelligence, en contemplant sa nature d'essence rendue possible par elle-même, c'est-à-dire la possibilité de son existence, crée la matière qui emplit la sphère des sphères, c'est la sphère des fixes.

Cette triple contemplation instaure les premiers degrés de l'être. Elle se répète, donnant naissance à la double hiérarchie :

  • hiérarchie supérieure, qu'Avicenne désigne comme les Chérubins (Kerubim) ;
  • hiérarchie inférieure, qu'Avicenne désigne comme les Anges de la magnificence : ces âmes animent les cieux, mais sont dépourvues de sens (sens de perception du sensible) ; elles se situent entre pur intelligible et sensible, et elles se caractérisent par leur imagination, qui leur permet de désirer l'intelligence dont elles procèdent. Le mouvement éternel qu'elle impriment aux cieux résulte de leur recherche toujours inassouvie de cette intelligence qu'elles désirent atteindre. Elles sont à l'origine des visions des prophètes, par exemple. "Il y a donc, dit Avicenne, pour chaque sphère céleste une âme motrice qui intellige le bien et qui, à cause de son corps, est douée d'imagination, c'est-à-dire des représentations des particuliers et une volonté des particuliers."[40] Le point de départ, ici, était la cosmologie d'Aristote : Dieu est une substance immobile, un premier moteur unique, immobile, qui meut en tant qu'objet de désir et d'intellection du premier ciel, qui est la substance de la circonférence la plus extérieure de l’Univers, à savoir la sphère des étoiles fixes[41].

Cette hiérarchie correspond aux Dix Sphères englobantes (Sphère des Sphères, Sphère des Fixes, sept Sphères planétaires, Sphère sublunaire).

La Dixième Intelligence et l'intellect agent

La Dixième Intelligence[42], issue de l'Intelligence du 9° ciel (la Lune), mais sans fonction astronomique, revêt une importance singulière: aussi appelée Intellect agent ou l'Ange, et associée à Gabriel dans le Coran, elle se situe si loin du Principe que son émanation éclate en une multitude de fragments. En effet, de la contemplation de l'Ange par lui-même, en tant qu'émanation de la neuvième Intelligence, n'émane pas une âme céleste, mais les âmes humaines. Alors que les Anges de la Magnificence sont dépourvus de sens, les âmes humaines ont une imagination sensuelle, sensible, qui leur confère le pouvoir de mouvoir les corps matériels.

Pour Avicenne, l'intellect humain n'est pas forgé pour l'abstraction des formes et des idées. L'homme est pourtant intelligent en puissance, mais seule l'illumination par l'Ange leur confère le pouvoir de passer de la connaissance en puissance à la connaissance en acte. Toutefois, la force avec laquelle l'Ange illumine l'intellect humain varie :

  • les prophètes, inondés de l'influx au point qu'il irradie non plus seulement l'intellect rationnel mais aussi l'imagination, réémettent à destination des autres hommes cette surabondance ;
  • d'autres reçoivent tant d'influx, quoique moins que les prophètes, qu'ils écrivent, enseignent, légifèrent, participant aussi à la redistribution vers les autres ;
  • d'autres encore en reçoivent assez pour leur perfection personnelle ;
  • et d'autres, enfin, si peu qu'ils ne passent jamais à l'acte.

Selon cette conception, l'humanité partage un et un seul intellect agent, c'est-à-dire une conscience collective. Le stade ultime de la vie humaine, donc, est l'union avec l'émanation angélique. Ainsi, cette âme immortelle confère, à tous ceux qui ont fait de la perception de l'influx angélique une habitude, la capacité de surexistence, c'est-à-dire l'immortalité.

Pour les néo-platoniciens, dont Avicenne fait partie, l'immortalité de l'âme est une conséquence de sa nature, et pas une finalité.

Philosophie orientale

Cette deuxième partie de la philosophie avicennienne est peu connue. L'ouvrage disparut au cours du pillage d'Ispahan, en 1034, en même temps que le Livre de l’arbitrage équitable (Kitab al-Insaf), et Avicenne n'eut pas le temps ou la force de le réécrire. De cet ouvrage monumental (28 000 questions) de sagesse orientale (al-hikmat al-mashriqiyya) ne subsistent que quelques fragments[43]. Henry Corbin pense que ces œuvres sont le point de départ du projet de sagesse illuminative (hikmat al-ishrâq) que Sohrawardi mène plus tard à terme.

Les orientalistes occidentaux ont longtemps débattu de la signification même du terme mashriqiya :

  • un différend sur la vocalisation (mushriqiya au lieu de mashriqiya) amène certains orientalistes à parler d'une philosophie illuminative ;
  • la localisation des « orientaux » a donné lieu à d'intenses spéculations, mais aucune hypothèse n'a jamais vraiment convaincu.

La tradition, en théosophie et mystique islamiques, considère mashriq (l'Orient) comme monde de la lumière, celui des Intelligences et donc des Anges, par opposition à maghrib (l’Occident) qui représente le monde sublunaire, monde de ténèbres où déclinent les âmes. Cette conception est déjà explicite chez Avicenne (voir le récit symbolique Hayy ibn Yaqzan), et le sera d'autant plus chez ses commentateurs et critiques, comme Sohrawardi.

Avicenne est l'auteur de quatre textes sur la philosophie orientale : le Récit de Hayy ibn Yaqzan, le Récit de l’oiseau, le Récit de Salâmân et Absâl.

  • Récit de Hayy ibn Yaqzan : Hayy ibn Yaqzan est un enfant isolé sur une île. Il découvre de lui-même l'univers qui l'entoure. Ce récit forme une initiation à l'Orient, aux formes archangéliques de lumière, par opposition à l'occident et à l'extrême-occident (lieu de la Matière pure). Hayy ibn Yaqzan personnalise Avicenne dans sa relation avec l'Ange.
  • Récit de l’oiseau : ce récit répond au Récit de Hayy ibn Yaqzan. Il entreprend ce voyage jusqu’à l'Extrême-Orient, cette quête de l'absolu pour parvenir à la « Cité du Roi ». L'âme s’est éveillée à elle-même. En l'extase d’une ascension mentale, elle franchit les vallées et les chaînes de la montagne cosmique en compagnie de l'Ange.
  • Récit de Salâmân et Absâl : Ce récit décrit le drame des deux héros de la partie finale du Kitab al-Isharat wa-l-tanbihat (Livre des directives et des remarques). Ces deux personnages typisent les deux intellects — contemplatif (ou spéculatif) et pratique — dualité qui se retrouve dans les couples Phôs Lumière et Adam terrestre, Prométhée et Épiméthée, en un mot l’homme célestiel et l'homme de chair. Ainsi, la structure de l'âme se divise selon la même structure qui ordonne les couples d’Archanges-Kerubim et d’Anges-Âmes (cf. supra).

Influence d'Avicenne

L'influence d'Avicenne est double :

  1. le courant de l'Avicennisme latin qui s'oppose à d'autres courants de la scolastique médiévale (voir averroïsme) ;
  2. le courant de l'Avicennisme iranien, représenté notamment par Nasir Tusi.

Avicenne et Averroès

Pour Avicenne « l'intellect humain n'a ni le rôle ni le pouvoir d'abstraire l'intelligible du sensible. Toute connaissance et toute réminiscence sont une émanation et une illumination provenant de l'Ange » (Henry Corbin). L'humain est intelligent en puissance, mais sans l'intervention angélique, cette nature reste inexploitée.

Pour sa part, Averroès va dégager l'aristotélisme des ajouts platoniciens qui s'étaient greffés sur lui : point d'émanatisme chez lui.

Alchimie et astrologie

Les réflexions d'Avicenne sur l'alchimie (il ne croyait pas à la possibilité de la transmutation des métaux) eurent une influence considérable, tant sur les alchimistes que sur leurs opposants[44], grâce au De congelatione et conglutinatione lapidum (De la congélation et de la conglutination de la pierre, en arabe Kitâb al-ma'âdin wa-l-âtâr al-'uluwiyya). Il s'agit d'une traduction-résumé d'une partie du Kitâb al-Shifâ d'Avicenne, traitant « de la formation des pierres, de l'origine des montagnes, de la classification des minéraux (pierres, liquéfiables, soufres, sels) et de l'origine des métaux ». Ce traité a été ajouté vers 1200 par Alfred de Sareshel au livre IV des Météorologiques d'Aristote, de sorte qu'il a pu passer pour aristotélicien. Avicenne nie la possibilité d'une transmutation chimique des métaux : « Quant à ce que prétendent les alchimistes, il faut savoir qu’il n’est pas en leur pouvoir de transformer véritablement les espèces les unes en les autres (sciant artifices alchemiae species metallorum transmutari non posse) ; mais il est en leur pouvoir de faire de belles imitations, jusqu’à teindre le rouge en un blanc qui le rende tout à fait semblable à l’argent ou en un jaune qui le rende tout à fait semblable à l’or[45]. » Autrement dit, les alchimistes ne peuvent convertir les complexions, changer les espèces : ils n'agissent que sur les qualités accidentelles et ne réalisent que des imitations. Pour Avicenne, les métaux « résultent de l'union du mercure avec une terre sulfureuse » : c'est la théorie du mercure/soufre. D'autre part, un Pseudo-Avicenne (XIIe siècle) a écrit le De anima in arte alchemiae.

Avicenne écrivit une réfutation de l'astrologie, discipline qui ne lui semblait pas scientifique, à l'instar de l'alchimie.

Bibliographie

Éditions anciennes

Les œuvres d'Avicenne ont été publiées en arabe, à Rome, en 1593, in-folio. On a traduit en latin et publié ses Canons ou Préceptes de médecine, Venise, 1483, 1564 et 1683 ses Œuvres philosophiques, Venise, 1495, sa Métaphysique ou philosophie première, Venise, 1495. Pierre Vattier avait traduit tous ses ouvrages en français ; il n'en a paru que la Logique, Paris, 1658, in-8.

  • (ar)Le Canon d'Avicenne, 1447-1448, Neskhi persan, daté de 851 de l'hégire. Exemplaire de luxe. - 538 feuillets. - 27 × 17 centimètres, manuscrit disponible sur Gallica
  • (la) Flores Avicenne ([Reprod.]), s.n., 1508, monographie imprimée - microfilm disponible sur Gallica

Œuvres traduites en français

  • De l'âme (Kitâb al-nafs, 6e traité de la Physique du Livre de la guérison Kitâb al-Shifâ), trad. Iân Bakôs, Psychologie d'Ibn Sînâ (Avicenne) d'après son œuvre Ash-Shifâ, Prague, 1956, 2 t, t. I : texte, t. II : traduction.
  • Autobiographie (avec la continuation par al-Jûzajânî), trad. 'Abdurrhmân Badawi, Histoire de la philosophie en Islam, Vrin, 1972, t. 2, p. 595-599.
  • Canon de la médecine. Al-Qânûn fi'l-Tibb (vers 1020) : pas de trad. fr. Trad. latine : Liber Canonis, Venise, 1515, 1520-1522, 1555. Traduction anglaise par Oskar Cameron Grüner : The Canon of Medicine of Avicenna (1930), livre I, AMS Press, New York, 1973, 612 p. Voir P. Mazliak, Avicenne et Averroès. Médecine et Biologie dans la civilisation de l'Islam, Vuibert/Adapt, 2004, 250 p. Qanûn (Avicenne)* Commentaire sur le livre lamba de la 'Métaphysique' d'Aristote, trad. Mereyem Sebti et Marc Geoffroy, Vrin, 2014, 120 p.
  • Commentaire sur la 'Théologie d'Aristote' (Tafsîr Kitâb Utûlûgiâ), trad. G. Vajda, "Les notes sur la 'Théologie d'Aristote' ", Revue thomiste, vol. 51, 1951, p. 346-406.
  • Divisions des sciences intellectuelles, trad. G. C. Anawati, "Les divisions des sciences intellectuelles d'Avicenne", Mélanges de l'Institut dominicain d'études orientales, t. 13, Le Caire, 1977.
  • Épître sur la disparition des formes intelligibles vaines après la mort (Épître sur l'âme. Risâla fî l-nafs), édi. et trad. Jean R. Michot, Bulletin de philosophie médiévale, Brepols, t. 29 (1987), p. p. 152-170.
  • Épître des états de l'âme (al-nufûs), trad. de la section I (La définition de l'âme) par Jean R. Michot, apud Langages et philosophie. Hommage à Jean Jolivet, Vrin, 1997, p. p. 239-256.
  • Gloses sur le 'Traité de l'âme' d'Aristote (Al-ta'lîqât 'alâ hawashî), trad. G. Vajda, "Les notes sur la 'Théologie d'Aristote' ", Revue thomiste, vol. 51, 1951, p. 75-116.
  • Livre de la délivrance. Kitâb al-Najâh (vers 1030), trad. partielle in J.-C. Bardout et O. Boulnois, Sur la science divine, PUF, 2002, p. 62-82.
    • partie métaphysique : trad. latine Mgr. Nematallah Carame, Metaphysica compendium, Rome, 1926.
    • partie logique : trad. par P. Vattier : La logique du Fils de Sina, communément appelé Avicenne, 1658.
    • partie psychologique : trad. an. par F. Rahman, Avicenna's Psychology, Oxford, 1952.
  • Le Livre de la guérison. Kitâb al-Shifâ (1020-1027). Quatre parties : Logique (al-mantiq), physique (al-tabî iyyât), mathématiques (al-riyâdiyyât), métaphysique (al-ilâhiyyât).
    • I La logique du Shifâ (al-mantiq) : trad. partielle en anglais du 4e traité de logique (le syllogisme) N. Shehaby, The propositional logic of Avicenna, Boston, 1973 ; trad. en anglais du 9e traité de logique (la poétique) I. M. Dahiyat, Avicenna's Commentary on the Poetics of Aristotle, Leyde, 1974.
    • II Les mathématiques du Shifâ (al-riyâdiyyât) : trad. du 4e traité de mathématiques (la musique) R. d'Erlanger, in La musique arabe, 1935, vol. II, p. 103-245.
    • III La physique du Shifâ (al-samâ al-tabî'î) : texte, trad. latine et trad. an. du traité niant la transmutation alchimique De la congélation et de la conglutination de la pierre (De congelatione et conglutinatione lapidum, being sections of the Kitâb al-Shifâ E. J. Holmyard et D. C. Mandeville, 1927. De l'âme (Kitâb al-nafs, 6e traité de la Physique du Livre de la guérison Kitâb al-Shifâ), trad. Iân Bakôs, Psychologie d'Ibn Sînâ (Avicenne) d'après son œuvre Ash-Shifâ, Prague, 1956, 2 t, t. I : texte, t. II : traduction.
    • IV La métaphysique du Shifâ (al-ilâhiyyât) : trad. de l'arabe Georges C. Anawati, t. I : La métaphysique du Shifâ'. Livres I à V, t. II : La métaphysique du Shifâ'. Livres VI à X, Vrin, 1978-1985, 2 t.
  • Le livre de la guidance (Kitâb al-Hidâya, 1021). Trad. de la 6e et dernière section : J. R. Michot, "L'eschatologie dans le 'Livre de la guidance' d'Avicenne", Bulletin de philosophie médiévale, vol. XXX, 1988, p. 138-152.
  • Le Livre de la science. Dânesh-Nâmeh (1021-1037), trad. du persan Mohammad Achena et Henri Massé, t. I : Logique, métaphysique, t. II : Physique, Arithmétique, Géométrie, Astronomie, Musique, Les Belles Lettres, 1986, 540 p.
  • Livre des directives et remarques. Kitâb al-Ishârât wa-l-tanbîhât, trad. Anne-Marie Goichon, Vrin, 1951.
  • Livre des définitions, trad. Anne-Marie Goichon, Vrin, 1963.
  • Notes d'Avicenne sur la Théologie d'Aristote, Georges Vajda, Revue Thomiste, 51, 1951, p. 346-406.
  • Poème de la médecine (Urguza fi't tibb), trad. Henri Jahier et al., Les Belles Lettres, 1956, 209 p. (condensé en 1326 vers du Canon de la médecine)
  • Le récit de Hayy ibn Yaqzân (1021), texte arabe, version persane, trad. fr. Henry Corbin, in Avicenne et le récit visionnaire, t. I : Le Récit de Hayy ibn Yaqzân, Adrien Maisonneuve, 1952, VIII-62-88 p. rééd. Verdier 1999 466 p. Ou trad. A.-M. Goichon, Le Récit de Hayy ibn Yaqzân, Desclée de Brouwer, 1959, 255 p.
  • Réfutation de l'astrologie, édi. et trad. Yahya Michot, Beyrouth, éditions Albouraq, 2006, XLV-86-269 p.
  • traités mystiques :
    • Traité sur le destin (Risâlet al-Qadr), trad. M. A. F. Mehren, Traités mystiques d'Avicenne, Leyde, éd. Brill, 1889-1899, p. 1-12. [2]
    • Traité sur l'amour (Risâla fî al-'ishq), trad. an. E. L. Fackenheim, « A treatise on love by Ibn Sînâ », Mediaeval Studies, VII, 1945, p. 208-228.

Pseudo-Avicenne

  • (la) Artis chemicae principes, Avicenna atque Geber (Espagne, première moitié du XIIe siècle), Manucius, 2004, 810 p. Alchimie.
  • (la) De anima in arte alchemiae (Espagne, XIIe siècle), édité et traduit par Sébastien Moureau, Université catholique de Louvain, Thèse, 2010.
  • (la) De Intelligentiis (XIIe siècle) ou Liber de causis primis et secundis, édité par R. De Vaux, Notes et textes sur l'avicennisme latin, Vrin, 1934, p. 83-140. Recueil de sentences d'Avicenne, saint Augustin, etc.
  • Épître sur la connaissance de l'âme rationnelle et de ses états, trad. Jean Michot, Revue philosophique de Louvain, vol. 82, no 56 (1984). [3]

Approches romanesques d'Avicenne

Études sur Avicenne

  • D'Alverny Marie-Thérèse, « L'explicit du « De animalibus » d'Avicenne traduit par Michel Scot » In: Bibliothèque de l'école des chartes, 1957, tome 115. p. 32-42. DOI:10.3406/bec.1957.449559 Texte intégral
  • D'Alverny Marie-Thérèse, Avicenne en Occident, Paris: Vrtin, 2000.
  • Georges Chehata Anawati, Essai de Bibliographie avicennienne, Direction culturelle de la Ligue arabe, Dar Al-Maaref, Le Caire, 1950.
  • Souâd Ayada, Avicenne, Ellipses, 2002.
  • Bédoret H.: « Les premières versions tolédanes de philosophie.Œuvres d'Avicenne » Revue néo-scolastique de philosophie, 41e année, deuxième série, no 59, 1938. p. 374-400. DOI:10.3406/phlou.1938.3907 Texte intégral
  • (de)Birkenmajer Alexandre. « Avicennas Vorrede zum “Liber Sufficientiae” und Roger Bacon » Revue néo-scolastique de philosophie. 36e année, deuxième série, no 41, 1934. p. 308-320. DOI:10.3406/phlou.1934.2851 Texte intégral
  • Ernst Bloch (trad. Claude Maillard), Avicenne et la gauche aristotélicienne, Saint-Maurice, Premières Pierres, , 94 p. (ISBN 2913534082).
  • O. Chahine, Ontologie et Théologie chez Avicenne, Paris: Maisonneuve, 1962.
  • Henry Corbin :
    • Histoire de la philosophie islamique, Gallimard, rééd. 1986, t. I.
    • Avicenne et le récit visionnaire, Verdier, Islam spirituel, 1999.
    • En islam iranien, aspects spirituels et philosophiques, T. 1, 3 et 4, Gallimard, 1971.
    • avec Shayegan, Daryush, La topographie spirituelle de l’islam iranien, Éditions de la différence, 1990.
  • Maurice De Wulf, « L’augustinisme « avicennisant » », Revue néo-scolastique de philosophie, no 29,‎ , p. 11-39 (DOI 10.3406/phlou.1931.2603, lire en ligne)
  • Finianos, Ghassan, Les grandes divisions de l'être "Mawjud" selon Ibn Sina, Éditions Universitaires de Fribourg, 1976.
  • Forget J. « Un chapitre inédit de la philosophie d'Avicenne » Revue néo-scolastique 1er année, no 1, 1894. p. 19-38. DOI:10.3406/phlou.1894.1359 Texte intégral
  • Louis Gardet, La pensée religieuse d'Avicenne, Vrin, 1951.
  • Anne-Marie Goichon, La philosophie d'Avicenne et son influence en Europe médiévale, Maisonneuve, 2e éd. 1981.
  • Jazi, Radhi - Asli, Farouk O. « La Pharmacopée d'Avicenne » Revue d'histoire de la pharmacie 86e année, no 317, 1998. p. 8-28. DOI:10.3406/pharm.1998.4582 Texte intégral
  • (en) Y. T. Langermann (ed.), Avicenna and his Legacy. A Golden Age of Science and Philosophy, Brepols Publishers, 2010, (ISBN 978-2-503-52753-6)
  • Leibowitz J.-O. « Une pharmacie figurée dans le manuscrit hébreu d'Avicenne » Revue d'histoire de la pharmacie, 42e année, no 141, 1954. p. 289-292. DOI:10.3406/pharm.1954.8542 Texte intégral
  • Paul Mazliak, Avicenne et Averroès. Médecine et Biologie dans la civilisation de l'Islam, Vuibert/Adapt, 2004, 250 p. (ISBN 2711753263)
  • de Mély Fernand. « Un texte alchimique sur la formation des minéraux attribué à Aristote puis à Avicenne » Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 38e année, no 2, 1894. p. 120-121. DOI:10.3406/crai.1894.70392 Texte intégral
  • Michot Jean. « Avicenne et la destinée humaine. À propos de la résurrection des corps » Revue Philosophique de Louvain, Quatrième série, Tome 79, no 44, 1981. p. 453-483. DOI:10.3406/phlou.1981.6156 Texte intégral
  • Michot Jean. « L'épître sur la connaissance de l'âme rationnelle et de ses états » attribuée à Avicenne. Présentation et essai de traduction » Revue Philosophique de Louvain, Quatrième série, Tome 82, no 56, 1984. p. 479-499. DOI:10.3406/phlou.1984.6314 Texte intégral
  • Michot Jean. « Prophétie et divination selon Avicenne. Présentation, essai de traduction critique et index de l'“Épître de l'âme de la sphère” » Revue Philosophique de Louvain, Quatrième série, Tome 83, no 60, 1985. p. 507-535 Texte intégral
  • Sebti Meryem, "Avicenne. L'Âme humaine", PUF, collection philosophies, Paris 2000.
  • Van Riet Simone. « La traduction latine du « De Anima » d'Avicenne. Préliminaires à une édition critique » Revue Philosophique de Louvain, Troisième série, Tome 61, no 72, 1963. p. 583-626. DOI:10.3406/phlou.1963.5229 Texte intégral
  • Silberman Henri C. « Un électuaire d'Avicenne ou de la difficulté d'identifier les constituants de médicaments antiques » Revue d'histoire de la pharmacie, 82e année, no 301, 1994. p. 132-147. DOI:10.3406/pharm.1994.3835 Texte intégral
  • Verbeke Gérard. « Le « De anima » d'Avicenne. À propos d'une édition critique » Revue Philosophique de Louvain. Troisième série, Tome 66, no 92, 1968. p. 619-629. DOI:10.3406/phlou.1968.5459 intégral
  • B. Ben Yahia, « Avicenne médecin. Sa vie, son œuvre », Revue d’histoire des sciences et de leurs applications, no 4,‎ , p. 350-358 (DOI 10.3406/rhs.1952.2970, lire en ligne)
  • Naïma Lamdouar Bouazzaou (préf. Osstowar Kodratollah), Histoire de la médecine vue par un pédiatre : Des origines à nos jours, Rabat, Éditions nouvelles, (ISBN 998195540X et 9789981955400, OCLC 42708415), p. 106-114 [lire en ligne]

Notes et références

  1. Abū ‘Alī al-Ḥusayn ibn ‘Abd Allāh ibn Sīnā (en persan, ابوعلی سینا ('abū `alī sīnā), ابن سینا ('ibn sīnā) ou پور سینا (pūr sīnā)), connu sous le nom de Ibn Sīnā, et, sous forme latinisée, d’Avicenne.
  2. Benoït Patar, Dictionnaire des philosophes médiévaux, Québec, éd. Fides, 2006, p. 91
  3. Abdel Rahman Abdel Rahman Al-Naqib, « Avicenne (Ibn Sina) », Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée, vol. XXIII, no 1-2,‎ , p. 51-68 (lire en ligne).
  4. Jorge J.E. Gracia, T.B. Noone, A Companion to Philosophy in the Middle Ages, Blackwell, .
  5. Émilie Claude-Villey, Les textes astronomiques syriaques (VIe et VIIe siècles) : établissement d'un corpus et de critères de datation. Édition, traduction et lexique, thèse de doctorat (langues et littératures anciennes) sur la transmission de la connaissance grecque par l'intermédiaire des syriaques, université de Caen Basse-Normandie, 2012, 453 p. (OCLC 819200729) http://www.franceculture.fr/emission-foi-et-tradition-l’astronomie-syriaque-au-vie-et-viie-siecle-2012-11-11
  6. a, b et c Mazliak 2004, p. 12-15.
  7. a, b et c J.C Sournia, Médecins arabes anciens, Xe et XIe siècles, Conseil international de la langue française, (ISBN 2-85319-175-3), p. 197-198.
  8. (en) Avicenne, ʻAbd al-Wāḥid ibn Muḥammad Jūzajānī (trad. Gohlman WE), The Life of Ibn Sina: A Critical Edition and Annotated Translation, State University of New York Press, , 163 p. (OCLC 461861940, lire en ligne), p. 17
  9. a, b, c et d Mazliak 2004, p. 15-16.
  10. (en) Henry Corbin History of Islamic Philosophy (ISBN 978-0-7103-0416-2)
  11. Ben Yahia 1952, p. 352
  12. a, b, c et d Mazliak 2004, p. 17-20.
  13. a, b, c et d Mazliak 2004, p. 21
  14. (en) « Avicenna's statue - Himetop », sur himetop.wikidot.com (consulté le 24 janvier 2018)
  15. « Qantara - Ibn Sîna, Qânûn fî-l-tibb (Canon de la médecine) », sur www.qantara-med.org (consulté le 11 juillet 2016)
  16. Antoine Lambert, Les Commentaires, ou Les Œuvres chirurgicales, Marseille, Charles Brébion, , p. 298
  17. Gotthard Strohmaier, La médecine dans le monde byzantin et arabe, Seuil, (ISBN 2-02-022138-1), p. 148-149.
    dans Histoire de la pensée médicale en Occident, vol. 1, Antiquité et Moyen-Age, M.D. Grmek (dir.).
  18. a, b, c et d Sournia 1986, op. cit., p. 200-201.
  19. Danielle Jacquart, La scolastique médicale, Seuil, (ISBN 2-02-022138-1), p. 192.
    dans Histoire de la pensée médicale en Occident, vol. 1, Antiquité et Moyen-Age, M.D. Grmek (dir.).
  20. Jacquart 1995, op. cit., p. 194-195.
  21. a, b et c Mazliak 2004, p. 53-54.
  22. a et b Mazliak 2004, p. 54-58.
  23. Strohmaier 1995, op. cit., p. 144.
  24. a et b Strohmaier 1995, op. cit., p. 148.
  25. Ce terme de « troisième ventricule » désigne, selon Aristote, une perforation existant à travers la cloison séparant les deux moitiés du cœur. Cette perforation dite foramen ovale, n'existe en fait que chez le fœtus et se situe à la cloison séparant les deux oreillettes. Selon Galien, il ne s'agit pas exactement d'une perforation visible, mais d'une cloison perméable criblée de pores invisibles à l'œil nu. Avicenne combine les deux, en disant que la perforation d'Aristote se rétrécit graduellement en pores de Galien. Mazliak 2004, p. 65-66.
  26. Mazliak 2004, p. 60-64.
  27. Mazliak 2004, p. 67.
  28. a, b et c Mazliak 2004, p. 70-72.
  29. Jacquart 1995, op. cit., p. 183
  30. (en) Kenneth F. Kiple, The Cambridge World History of Human Disease, Cambridge University Press, (ISBN 0-521-33286-9), p. 692.
  31. Kiple 1993, op. cit., p. 1090.
  32. Kiple 1993, op. cit., p. 964.
  33. Sournia 1986, op. cit., p. 199.
  34. Grmek 1995, op. cit., p. 224.
  35. a et b Emilie Savage Smith, Médecine, Seuil, (ISBN 978-2-02-062028-4), p. 176-178.
    Dans Histoire des sciences arables, vol. 3, Technologie, alchimie et sciences de la vie, Roshdi Rashed (dir.).
  36. Kiple 1993, op. cit., p. 726-727.
  37. Kiple 1993, op. cit., p. 837.
  38. Kiple 1993, op. cit., p. 688.
  39. Michel-Pierre Lerner, Le monde des sphères, t. I, p. 329. Avicenne, Liber de philosophia prima, IX, 4, t. 2 p. 483, 487-488 ; La métaphysique du Shifa, trad. Anawati, 1985, p. 141, 144.
  40. Avicenne, La Métaphysique, 135, version latine : Liber de philosophia prima sive divina, IX, 3, 475, édi. par S. Van Riet, Louvain, Peeters, 1977-1983. Trad. : Michel-Pierre Lerner, Le monde des sphères, Les Belles Lettres, t. I, 2008, p. 345.
  41. Aristote, Du ciel, I, 9.
  42. Henry Corbin, Avicenne et le récit visionnaire, 1979, p. 72. Herbert E. Davidson, "Alfarabi and Avicenna on the Active Intellect", Viator. Medieval and Renaissance Studies, Brepols, vol. 3 (1972), p. p. 109-178.
  43. G. Anawati, "Études aviceniennes", Revue thomiste, t. 61 (1961), p. 109-135. Henri Corbin, Avicenne et le récit visionnaire, Verdier, 1999. Amélie Neuve-Église, "La théosophie orientale (al-hikmat al-mashriqiyya) d'Avicenne", La Revue de Téhéran, no 48, novembre 2009. [1]
  44. G. C. Anawati « Avicenne et l'alchimie » in Oriente e Occidente nel Medioevo, Accademia nazionale dei Lincei, Rome, 1971, p. 285-341.
  45. (la) Avicenne, De congelatione et conglutinatione lapidum, édité par E. J. Holmyard et D. C. Mandeville, texte arabe et traduction latine, Paris, Paul Geuthner, 1927, p. 54.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes