Autoritarisme

Le terme autoritarisme peut désigner aussi bien un comportement que le mode de fonctionnement d'une structure politique. L'autoritarisme consiste dans les deux cas en une prééminence, une hypertrophie de l'autorité érigée en valeur suprême. Si certains chercheurs et professeurs en science politique définissent l'autoritarisme comme un des trois grands types de systèmes politiques avec la démocratie et le totalitarisme, beaucoup d'autres considèrent cette classification comme trop formelle et ne correspondant pas à la réalité[1]. Un régime politique autoritaire est un régime politique qui par divers moyens (propagande, encadrement de la population, répression) cherche la soumission et l'obéissance de la société.

Personnalité autoritaire

Une personnalité autoritaire se caractérise par une dérive de l'autorité vers une tentative de domination d'autres personnes. La psychologie s'intéresse généralement à cette question sous l'angle de la soumission à l'autorité mise en perspective par l'expérience de Milgram ou de la domination (Theodor Adorno).

Concept politique

Pour Juan Linz, qui a été l'un des premiers à théoriser le sujet, les régimes autoritaires sont « des systèmes politiques au pluralisme limité, politiquement non responsables, sans idéologie élaborée et directrice, mais pourvus de mentalités spécifiques, sans mobilisation politique extensive ou intensive, excepté à certaines étapes de leur développement, et dans lesquels un leader ou, occasionnellement, un petit groupe exerce le pouvoir à l’intérieur de limites formellement mal définies mais en fait plutôt prévisibles »[2]. Il convient de retenir 4 composantes principales d'un régime autoritaire[3],[2],[4],[5],[6] :

  • un pluralisme limité
  • la présence non pas d'une idéologie mais d'une « mentalité », plus lâche et moins élaborée
  • une apathie et une dépolitisation des populations, qui favorise l'absence de mobilisations collectives
  • un pouvoir aux mains de peu de personnes, dont les frontières (notamment entre pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire) sont floues.

D'autres aspects peuvent être présents comme :

  • l'absence de contrôle des pouvoirs
  • l'absence de légitimité, du principe de souveraineté nationale : le peuple n'a pas le droit de vote, ou le système électif rend les votes sans objet.
  • la restriction des libertés individuelles

Lorsque qu'une seule personne est à la tête d'un régime autoritaire, on parle d'autocratie.

Exemples de régimes autoritaires

Rapport aux autres systèmes et régimes politiques

Rapport à la démocratie et au parlementarisme

Les régimes autoritaires ne présentent que rarement des caractéristiques démocratiques. Ils s'opposent profondément au parlementarisme et prospèrent généralement sur la perte de crédibilité de ce système politique. Ni la population dans son ensemble ni une de ses composantes ne peut destituer le pouvoir en place, le critiquer ou exiger de lui une décision favorable à l'ensemble du peuple.

En conséquence, les citoyens (ou sujets) de ces régimes disposent généralement de moins de droits que ceux des régimes démocratiques.

Rapport au totalitarisme

D'après Juan José Linz[5], les régimes non démocratiques (ou autoritaires) ne sont rattachables ni aux régimes démocratiques, ni aux régimes totalitaires. La comparaison avec un régime totalitaire est facile, néanmoins il existe des nuances entre ces deux types de régimes. L'autoritarisme est plus général. Un régime dictatorial se veut autoritaire mais ce dernier peut ne pas être une dictature au sens propre. Tout comme il peut ne pas être totalitaire.

Cela se voit souvent, par exemple, lorsqu'une ethnie minoritaire prend pouvoir dans un pays et qu'elle exerce des lois que doivent suivre la majorité n'étant pas au pouvoir. Ainsi ces lois devront encadrer toutes les sphères d'activités de manière à soumettre la population.

Ainsi, le totalitarisme se veut autoritaire sur l'ensemble de la population alors que la dictature se veut autoritaire de manière à « unifier le chef, l'État et le peuple », sous le bon vouloir du chef d'État, suivant ses caprices.

Notons que la principale différence entre un régime totalitaire et un régime autoritaire c'est que dans ce dernier on ne trouve aucune trace de la volonté des gouvernants d'obliger les citoyens à adhérer à une idéologie.

Paul C. Sondrol, professeur à l'université du Colorado à Colorado Springs a recherché les caractéristiques des dictateurs totalitaires et des dictateurs autoritaires. Le tableau ci-dessous resume ses conclusions[22] :

Totalitarisme Autoritarisme
Charisme Haut Bas
Conception de rôle Chef comme fonction Chef comme individuel
Pouvoir Public Privé
Corruption Bas Haut
Idéologie officielle Oui Non
Pluralisme limité Non Oui
Culte de la personnalité Oui Pas directement comme dans le régime totalitaire
Légitimité Oui Non

Rapport à la théocratie et à la religion

Les régimes autoritaires s'appuient parfois sur la religion pour justifier leur légitimité. On peut généralement considérer les théocraties, même autoproclamées « démocratiques » (Iran ou Florence de Savonarole), comme des exemples d'autoritarisme puisque l'autorité religieuse, au sommet de la hiérarchie politique, ne peut être contestée.

Rapport à l'anarchisme

Autoritarisme et anarchisme s'opposent sur leur présupposé fondamental, le premier érigeant l'autorité en valeur suprême et le second rejetant toute autorité[23]. Les anarchistes ont donc généralement tendance à utiliser le terme d'autoritarisme à l'égard de leurs adversaires dans un sens infamant.

Possibilité de transition démocratique

Les régimes autoritaires ont souvent été associés à un état particulier de la société ou, plus exactement, aux sociétés fermées. Cette analyse a amené à croire que l'ouverture au marché et aux échanges économiques, en apportant avec elles les idées et l'image du mode de vie des sociétés démocratiques permettrait une transition démocratique « douce ».

Néanmoins, l'exemple de la Chine et de sa non-démocratisation, malgré les pressions diplomatiques et son adoption de l'économie de marché, semble aujourd'hui remettre profondément en question ce point de vue[24]. Ainsi, de plus en plus de responsables politiques et d'universitaires considèrent cette transition comme un mythe bien que la question reste très débattue.

Notes et références

  1. Le totalitarisme en question par Stéfanie Prezioso, Jean-François Fayet, Gianni Haver ; 50 fiches pour comprendre la science politique par Frédéric Lambert, Sandrine Lefranc
  2. a et b « Lectures », Pôle Sud, no 26,‎ , p. 91–107 (ISSN 1262-1676, lire en ligne)
  3. (en) Richard Shorten, Modernism and Totalitarianism: Rethinking the Intellectual Sources of Nazism and Stalinism, 1945 to the Present (Palgrave Macmillan, 2012), p. 256 (note 67).
  4. (en) Gretchen Casper, Fragile Democracies: The Legacies of Authoritarian Rule, pp. 40–50 (citing Linz 1964).
  5. a et b Juan Linz, Totalitarian and Authoritarian Regimes, Rienner, 2000
  6. a et b Philippe Droz-Vincent, « Quel avenir pour l'autoritarisme dans le monde arabe ?, Abstract », Revue française de science politique, vol. 54, no 6,‎ , p. 945–979 (ISSN 0035-2950, DOI 10.3917/rfsp.546.0945, lire en ligne)
  7. VOA Afrique, « Des miliciens proches du pouvoir tuent et torturent impunément au Burundi », VOA,‎ (lire en ligne)
  8. Deutsche Welle (www.dw.com), « Le discours de Pierre Nkurunziza inquiète | Afrique | DW.COM | 10.01.2017 », sur DW.COM (consulté le 19 janvier 2017)
  9. « Burundi: vers un quatrième mandat pour Pierre Nkurunziza? - RFI », RFI Afrique,‎ (lire en ligne)
  10. Fodé-Moussa Keita, « Zimbabwe : les causes de l’autoritarisme - Revue Relations », Relations n°729,‎ (lire en ligne)
  11. Claske Dijkema, Stratégies de légitimation et autoritarisme au Zimbabwe, (lire en ligne)
  12. « En Arabie Saoudite, l'ascension fulgurante de Mohammed ben Salmane », Libération.fr,‎ (lire en ligne)
  13. a, b et c Michel Camau, L’autoritarisme dans le monde arabe : Autour de Michel Camau et Luis Martinez, CEDEJ - Égypte/Soudan, coll. « Dossiers du Cedej », (ISBN 9782905838780, lire en ligne), p. 9–51
  14. Vincent Geisser, Michel Camau, Le syndrome autoritaire. Politique en Tunisie de Bourguiba à Ben Ali, Paris, Presses de Sciences Po, , 430 p. (ISBN 978-2-7246-0879-3, lire en ligne)
  15. Hakim Ben Hammouda, Néo-Patrimonialisme et autoritarisme au cœur des régimes politiques Arabes, (lire en ligne), p. 27
  16. Hakikat Nare, « Erdogan, président tout-puissant », Le Figaro, lundi 11 août 2014, page 7.
  17. « Poutine, l'impasse autoritaire (introduction du dossier) », alternatives-économiques.fr, janvier 2004.
  18. «  La démocratie à la Russe : autoritarisme », franceculture.fr, 16 avril 2007.
  19. Marie Mendras (professeur à la London School of Economics and Political Science et à Sciences-Po Paris), « Le système Poutine », revue-projet.com.
  20. « Biographie de Vladimir Poutine », lci.tf1.fr.
  21. http://www.institut-gouvernance.org/fr/analyse/fiche-analyse-171.html
  22. DOI:10.1017/S0022216X00015868
  23. Sébastien Faure, Encyclopédie anarchiste, Paris, La Librairie Internationale
  24. Le Mythe de la transition démocratique par Mathieu Timmerman

Articles connexes