Inégalités hommes-femmes face à la pandémie de Covid-19

(Redirigé depuis Aspects genrés de la maladie à coronavirus 2019)

Les aspects genrés de la maladie à coronavirus 2019 sont les différences de conséquences de la maladie à coronavirus 2019 (infection par le virus SARS-CoV-2) sur les hommes et les femmes. L'impact de la maladie et les taux de mortalité observés lors de la pandémie de Covid-19 sont différents selon le genre. La mortalité est plus élevée chez les hommes selon les études menées en Chine et en Italie[1],[2],[3]. Cependant un pourcentage plus élevé des personnes travaillant dans le domaine de la santé, en particulier les infirmières, sont des femmes, et elles ont donc plus de probabilité d'être exposées au virus[4]. Les fermetures d'écoles, les fermetures et les accès réduits aux soins de santé en raison de la pandémie peuvent affecter différemment les genres et éventuellement augmenter les disparités entre les genres[5].

Différences de mortalité entre les genres

Les hommes meurent plus souvent que les femmes après avoir été infectés par le virus SARS-CoV-2[6],[3],[1],[7]. Le risque le plus élevé concerne les hommes dans la cinquantaine, l'écart entre hommes et femmes s'annulant en arrivant vers 90 ans. En Chine, le taux de mortalité était de 2,8 % pour les hommes et de 1,7 % pour les femmes. Les raisons exactes de cette différence ne sont pas connues, mais des facteurs génétiques et comportementaux pourraient être à l'origine de cette différence[8]. Des différences immunologiques fondées sur le sexe, une prévalence moindre du tabagisme chez les femmes, et le fait que les hommes développent des conditions de comorbidité telles que l'hypertension à un plus jeune âge que les femmes, pourraient contribuer à une mortalité plus élevée chez les hommes. En avril 2020, les hommes représentaient 57 % des personnes infectées et 72 % des décès[9]. Les données ne sont pas connues pour les États-Unis, le le gouvernement américain ne surveillant pas les données liées au genre[10]. La recherche a montré que les maladies virales comme Ebola, le sida, la grippe et le SRAS affectent différemment les hommes et les femmes[10].

Impact sur la santé

Pendant les urgences de santé publique, les femmes courent un risque accru de malnutrition[11].

Les femmes en tant que pourvoyeuses de soins

L'examen des épidémies passées montre que les femmes sont plus susceptibles de soigner les personnes malades dans leur famille, ce qui les rend plus vulnérables aux infections[6],[12],[13]. La majorité du personnel de soin dans le domaine de la santé, en particulier les infirmières, sont des femmes. Elles sont en première ligne pour lutter contre la maladie, ce qui les rend plus vulnérables à l'exposition. 90 % du personnel de soin dans la province chinoise du Hubei (épicentre de l'épidémie) sont des femmes tandis que ce chiffre s'élève à 78 % aux États-Unis[13].

Santé reproductive

Lors d'une épidémie, les ressources de santé sont détournées pour lutter contre la maladie, ce qui se traduit par une baisse de la priorité de la santé reproductive des femmes[14]. Les changements physiologiques de la grossesse exposent les femmes à un risque accru à certaines infections, bien que les données manquent en ce qui concerne la Covid-19 pendant la grossesse. Les femmes ont un risque plus élevé de développer une maladie grave lorsqu'elles sont atteintes du virus de la grippe. Il est donc important de protéger les femmes enceintes contre l'infection par le SARS-CoV-2[15]. Les infirmières auraient un accès diminué aux tampons et serviettes hygiéniques en faisant des heures supplémentaires sans équipement de protection individuelle adéquat pendant la pandémie de coronavirus 2019-2020 en Chine continentale[16].

En Italie la crise sanitaire provoque une fragilisation de l'accès à certains services médicaux dont le droit à l'IVG[17].

Essais cliniques

Les femmes sont sous-représentées dans les essais cliniques pour les vaccins et les médicaments, de sorte que les différences entre les genres dans la réponse à la maladie pourraient être ignorées dans les études scientifiques[10].

Disparité entre les genres dans les gouvernements gérant la crise

Il existe une disparité de représentation entre les genres dans les postes de management liés aux mesures prises pour lutter contre la pandémie de Covid-19[5]. Le groupe de travail de douze personnes sur le coronavirus de la Maison-Blanche est entièrement composé d'hommes[10] tandis 72 % des chefs de secrétariat aux soins de santé dans le monde sont des hommes[18],[5]. Selon ThinkGlobalHealth, « les questions d'égalité ne sont véritablement intégrées dans les réponses d'urgence que lorsque les femmes et les groupes marginalisés sont en mesure de participer à la prise de décision »[5].

Impact socio-économique

Les femmes constituent une part plus importante du travail informel et à temps partiel dans le monde. Pendant les périodes d'incertitude, comme lors d'une pandémie, les femmes courent un plus grand risque d'être au chômage et de ne pas pouvoir retourner au travail après la fin de la pandémie[13],[19]. L'expérience en quarantaine peut être différente pour les hommes et les femmes, compte tenu de la différence des besoins physiques, culturels, sécuritaires et sanitaires pour les deux genres[20].

Professions dans les secteurs féminisés à risque

Parmi les professions à risques dans des secteurs fortement féminisés qui sont les plus touchés par la pandémie on trouve les infirmières, mais aussi les caissières[21],[22],[23],[24] et le personnel d'aide à domicile et le secteur de la petite enfance.

Les syndicats aux États.Unis, notamment ceux représentants les hôtesses de l'air, les infirmières et les femmes dans le secteur tertiaire ont pointé sur les conséquences économiques de l'absence de congés maladies[25].

Violences de genre

Le confinement a des conséquences sur la violence domestique[26],[27], en exacerbant les tensions au sein des ménages. Les femmes et les filles sont susceptibles de connaître un risque plus élevé de violence entre partenaires intimes ainsi que d'autres formes de violence domestique[20],[28]. Au Kosovo, la violence sexiste a augmenté de 17 % pendant la pandémie[29]. Pendant les périodes de confinement, les femmes victimes de violence domestique ont un accès limité aux services de protection[11],[30]. Le 6 avril 2020, le secrétaire général de l'ONU António Guterres lance un appel à protéger les femmes confinées chez elles de la montée des violences[31],[32].

En Argentine, le gouvernement a pris des mesures pour éviter le meurtre de femmes confinées[33] après que 11 femmes ait été tuées par leur conjoint au cours des deux premières semaines de confinement dans le pays[34]. Au Liban, la hotline d'aide aux femmes victimes de violences conjugales note avoir reçu le double d'appel (1 745) au mois de mars 202 comparé à mars 2019[35] tandis qu'en Grande-Bretagne, les appels ont fait un bon de 25 % lors de la première semaine d'avril[36] et qu'au Monténégro, le nombre d'appels à la hotline SOS violence familiale a augmenté de 27 % en février et mars 2020[37]. En France, lors des premiers jours du confinement, le 3919 dédié aux femmes victimes de violences conjugales est d'abord fermé avant de n'être rouvert le 20 mars que sur certaines plages horaires au lieu du 24/7 habituel[38]. Au Mexique, les appels ont augmenté de 60 % et les demande de place en hébergements d'urgence de 30 %[39]. En Belgique la vulnérabilité des femmes précaires et des réfugiées est relevée par Fatima Ben Moulay, responsable à l’association Vie Féminine Charleroi[40].

Les femmes sont également plus facilement susceptibles d'être victimes de meurtre conjugal lié à la peur de la maladie comme peuvent le montrer le meurtre le 31 mars de Lorena Quaranta à Messine (Italie), une infirmière de 27 ans tuée par son compagnon qui l'a accusé de lui avoir transmis le coronavirus[41] ou celui de Cheryl Schirefer, 59 ans, à Lockport Township (Illinois), qui a eu des difficultés respiratoires quelques jours avant son meurtre par son époux qui les a cru tous les deux infectés[42].

Références

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  2. (en) Team, « The epidemiological characteristics of an outbreak of 2019 novel coronavirus diseases (COVID-19) in China », Chinese Journal of Epidemiology, vol. 41, no 02,‎ , p. 145–151 (ISSN 0254-6450, DOI 10.3760/cma.j.issn.0254-6450.2020.02.003, lire en ligne, consulté le 7 avril 2020)
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