Armorial général de France

Une page de l'Armorial général de France par d'Hozier
Copie de brevet d'armoiries délivré par d'Hozier

L'Armorial général de France est un recensement héraldique voulu par le roi Louis XIV en 1696, afin d'intégrer le port des armoiries dans le droit civil français d'Ancien Régime, et afin de produire une recette fiscale significative, à une époque où le Trésor royal était largement impécunieux en raison de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, commencée en 1689.

Histoire

Cet armorial général fut dressé de 1696 à 1700, en vertu de l'édit royal de novembre 1696, sous la supervision de Charles René d'Hozier (1640-1732), juge d'armes de France et généalogiste du roi.

Il contient 125 807 blasons peints[1], de nobles, bourgeois, clercs, villes, corporations, et communautés[2]. Les armoiries n'ont en effet jamais été réservées à la noblesse ni n'ont jamais été une preuve de noblesse[2].
Philippe du Puy de Clinchamps, dans son ouvrage intitulé La noblesse, écrit à ce sujet : « Quant au brevet d'armoiries, délivré très officiellement par la grande maitrise des armes du Royaume, notamment lors de l'enregistrement de 1696, nous avons déjà dit ce qu'il convient d'en penser : il prouve uniquement que celui qui reçut ce brevet avait payé 20 livres, simple impôt sur la vanité, qu'il ait été noble ou d'excellente roture, et rien de plus »[3].

Il y eut de nombreuses attributions d'armoiries d'office par l'effet du zèle des commis de Charles René d'Hozier à faire rentrer les recettes fiscales[4].

Taxation

L'enquête sur le port des armoiries est due à la volonté de dresser et de tenir un registre public de tous les blasons afin d'en constater la propriété et de la rendre exclusive. Une taxation de l'enregistrement des armoiries, dont le port était jusque-là libre pour tous, fut instituée pour financer l'opération et remplir les caisses de l'Etat : elle s'ajouta aux autres expédients trouvés à cette fin par l'administration des Finances royales. Ce nouvel impôt rencontra beaucoup d'opposition et plusieurs arrêts du Conseil durent intervenir pour en assurer l'exécution.

Champ d'application

Personne, pas même les membres de la famille royale, n'était exempté de devoir faire vérifier ses armoiries puis de les faire enregistrer. En plus des membres du clergé et de la noblesse, le droit de porter des armes et l'obligation de les enregistrer concernait « les bourgeois de nos villes franches et autres qui jouissent, à cause de leurs charges, états et emplois, de quelques exemptions, privilèges et droits publics, jouiront aussi du droit d'avoir et de porter des armes, à la charge de les présenter dans le temps ci-dssus aux bureaux des maîtrises particulières, autrement, ledit temps passé, nous les en avons déclarés déchus ». « Et pour ne pas priver de cette marque d'honneur nos autres sujets » qui n'en possèdent pas, mais « qui possèdent des fiefs et terres nobles », « les personnes de lettres », et toutes les « autres personnes qui par la noblesse de leur profession et de leur art ou par leur mérite professionnel tiennent un rang d'honneur et de distinction dans nos États, ou dans leurs corps et compagnie », « et généralement tous ceux qui se sont signalés à notre service dans nos armées, négociations et autres emplois remarquables », il charge les officiers de la grande maitrise d'en « accorder à ceux qui le demanderont eu égard à leurs états, qualités et professions ».

L'édit royal de Louis XIV de novembre 1696 porta création d'une « maitrise générale des armoiries » chargée d'envoyer des commis dans les généralités du royaume, et de faire parvenir aux bénéficiaires du droit d'armoiries un récépissé sous la forme d'un feuillet imprimé portant le blason peint, avec sa description ou blasonnement, ainsi que le nom du titulaire (individu ou institution). Cette maitrise fut cependant supprimée par un nouvel édit d'août 1700.

Charles René d'Hozier fut nommé garde de l'Armorial par un arrêt du Conseil du roi du et il délivra des brevets à raison d'1 livre 10 sous pièce. Ces brevets valaient lettres d'armoiries « sans cependant que les brevets ou lettres puissent en aucun cas tirer à conséquence pour preuves de noblesse. » Chaque armoirie enregistrée était taxée 20 livres. Elles étaient héréditaires à condition de les faire recevoir dans l'année du décès du chef de famille. Défense fut faite, après le délai de deux mois, de porter des armoiries non enregistrées, à peine de 300 livres d'amende, dont un tiers pour le dénonciateur.

Résultat

Pour la seule Auvergne, le Trésor royal encaissa 55 020 livres.

Il fut alors rédigé une collection de volumes regroupant les résultats de l'enquête. Toutefois, de nombreux individus, institutions, ou communautés, ayant fait défaut de déclaration d'armoiries par refus de payer la taxe imposée, se virent attribuer par la maitrise générale des armoiries qui ne furent probablement jamais portées.

Les volumes de l'Armorial général furent confiés à la garde personnelle du juge d'armes de France, Charles René d'Hozier, par un arrêt du Conseil du roi du , ce que confirma l'édit de 1700. Ces volumes, dont la composition est détaillée ci-dessous, forme une collection actuellement conservée à la Bibliothèque nationale de France, site Richelieu, département des manuscrits occidentaux, collection : "Cabinet des Titres". Publiés partiellement par des érudits ou héraldistes depuis le XIXe siècle, ces volumes sont maintenant numérisés et consultables sur le site web Gallica.

Le nombre d'entrées par volume manuscrit oscille entre 638 (vol. 3 : Béarn) et 6117 (vol. 14 : Languedoc, première partie). Le résultat du Béarn s'explique par la petite taille de son ressort (équivalant à un département français d'aujourd'hui). Toutefois, la généralité de Paris, avec ses quatre volumes (Paris : 23, 24, 25 et Versailles : 35) totalise un total de 18049 blasons. Viennent ensuite la Normandie avec 15890 dessins (vol. 19, 20, 21, en trois généralités) et le Languedoc (12217 blasons, 2 vol.).

Composition de l'Armorial général

Comme le précise l'édition de 1903, placée sous la direction de M. de La Roche-Lambert-Mions, l'Armorial Général « ... se compose de 34 registres in-folio de texte et de 35 volumes contenant les armoiries coloriées. »[5]

Registres de texte

Les registres de texte contiennent le blasonnement des armoiries des personnes, villes, communautés et corporations, chacun référencé sous un numéro d'enregistrement. La Roche-Lambert-Mions a fait paraitre l'ensemble des registres sous forme de fascicules publiés mensuellement dans lesquels le foliotage d'origine est indiqué. Dans une lettre à ses souscripteurs, il précise que « L'ARMORIAL GÉNÉRAL DE FRANCE comportant 32 Volumes manuscrits (au lieu de 34) de Ch. d'Hozier, est publié en 49 volumes. Chacun de ces Volumes est publié par fascicules mensuels » [5].

Ces recueils de 1903 ont été numérisés par la Bibliothèque Nationale de France et sont consultables en ligne sur le site Gallica. Ils sont regroupés en 4 tomes dont voici la composition.

Tome 1 Tome 2 Tome 3 Tome 4
  • Paris
  • Versailles
  • Isle-de-France
  • La Rochelle
  • Guyenne
  • Montpellier-Montauban
  • Toulouse-Montauban
  • Béarn
  • Orléanais
  • Touraine
  • Bourges
  • Poitiers
  • Auvergne
  • Limousin
  • Bourbonnais
  • Lyonnais
  • Alsace
  • Lorraine
  • Bourgogne 1
  • Bourgogne 2
  • Champagne
  • Dauphiné
  • Provence 1
  • Provence 2
  • Bretagne 1
  • Bretagne 2
  • Flandres
  • Picardie
  • Normandie-Alençon
  • Normandie-Caen
  • Normandie-Rouen
  • Soissonnais

À noter que les exemplaires numérisés par la BNF comportent de nombreuses pages blanches et que plusieurs fascicules sont absents. Un Tome 5 contient quelques chroniques héraldiques et notices historiques.

L'édition de 1903 ne comportant pas d'index, il convient, pour repérer un nom, d'utiliser l'Indicateur du grand armorial de France publié par Louis Paris en 1865-1866 :

  • Tome 1
  • Tome 2

À noter que cet indicateur donne pour chaque nom le titre du volume et le numéro de folio du volume manuscrit et non la page de l'édition de 1903. Toutefois, l'édition de 1903 respectant l'ordre des volumes manuscrits, il n'est pas très difficile de se repérer.

Volumes d'armoiries

Ces 35 volumes concernent 25 des anciennes provinces de France, l'enquête ayant été formée le plus souvent dans le cadre des généralités (ressort des intendants des Finances), regroupant administrativement plusieurs provinces. C'est pourquoi l'intitulé des volumes désigne tant des provinces du royaume que des généralités.

Tous ces volumes sont désormais accessibles sur Gallica : Armorial général de France.

Pour repérer un nom il faut utiliser la Table des blasons coloriés de l’Armorial général de France, ouvrage manuscrit en deux volumes conservé à la Bibliothèque nationale de France, qui n'est pas encore numérisé. Un accès payant à un index existe sur le site privé France armorial. Cependant, la table des matières proposée sur chacun des volumes numérisés par la bibliothèque nationale recense chaque entrée et blason et permet donc d'accéder directement au blason recherché.

Publications partielles

L'Armorial général a donné lieu à de nombreuses publications partielles, thématiques ou géographiques. En voici quelques-unes accessibles sur Gallica :

Par région ou département

  • Artois, Picardie et Picardie (suite)
  • Aude
  • Bourgogne
  • Champagne, généralité de Châlons-sur-Marne
  • Flandres, Hainaut, Cambrésis
  • Limoges, généralité de Limoges, Marche et Angoumois
  • Ville de Marseille
  • Perche
  • Poitou, tome 1
  • Poitou, tome 2
  • Provence, généralité d'Aix, sénéchaussée de Sisteron
  • Généralité de Rouen tome 1 et tome 2

Par thème

  • Abbayes, monastères, chapitres et prieurés du diocèse de Blois
  • Capitouls de Toulouse
  • Corporations religieuses et civiles d'Anjou
  • Communautés des professions médicales
  • Noblesse de Languedoc : généralité de Montpellier
  • Noblesse de Languedoc : généralité de Toulouse
  • Villes, monastères, communautés de la province d'Auvergne

Études sur l'armorial général

  • L’Armorial général de 1696 : une source méconnue de l’histoire sociale et institutionnelle de la France d’Ancien Régime : actes / de la Table ronde organisée par la Société française d’héraldique et de sigillographie, Paris, 23 novembre 1996. Paris : S.F.H.S., 1998. In-4°, 84 p., ill. (Constitue le t. 67-68 de la Revue française d’héraldique et de sigillographie) :
    • Michel Pastoureau. Présentation, p. 7-9.
    • Jean-Luc Chassel. De l’Armorial général aux marchands de merlettes, p. 11-20.
    • Pierre-Jean Ciaudo. L’histoire de la capacité héraldique ou l’inadéquation du logos et de la praxis, p. 21-38.
    • Yvan Loskoutoff. Entre la gloire et la bassesse : les armes parlantes dans l’Armorial général de Louis XIV, p. 39-62, ill.
    • Marie-Josèphe Gut. Les armoiries des communautés laïques de la généralité de Châlons en Champagne, p. 63-65.
    • Pierre-Jean Ciaudo. L’application de l’Edit dans la sénéchaussée de Grasse et une partie de l’ancien comté de Nice, p. 67-78.
    • Jean-Claude Loutsh. L’Armorial général de 1696 et le duché de Luxembourg, p. 79-80.
    • Christiane Van Den Bergen-Pantens. L’héraldique dans les albums de Croy et l’Armorial général, p. 81-84.

Notes et références

  1. Source : Euraldic
  2. a et b Deux exemples parmi d'autres dans l'ouvrage de Gustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, tome 10, page 270 : [1] et tome 14, page 304 : [2]
  3. Philippe du Puy de Clinchamps, La noblesse, collection Que sais-je ?, PUF, 1959, page 106
  4. Un exemple dans l'ouvrage de Gustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, tome 19, page 70 : [3]
  5. a et b Charles René d'Hozier, Armorial Général de France - Recueil Officiel - sous la direction de M. de La Roche-Lambert-Mions,

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

  • Présentation de l'Armorial général sur le site de la B.n.F
  • Index de l'Armorial général de 1696 (accès payant)