Antonio Gramsci

Antonio Gramsci
Portrait d'Antonio Gramsci, vers 30 ans, au début des années 1920.
Portrait d'Antonio Gramsci, vers 30 ans, au début des années 1920.
Fonctions
Secrétaire du Parti communiste d'Italie
Prédécesseur Amadeo Bordiga
Successeur Palmiro Togliatti
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Ales, Sardaigne, Italie
Date de décès (à 46 ans)
Lieu de décès Rome, Latium, Italie
Nationalité Italienne
Parti politique Parti socialiste italien
Parti communiste d'Italie
Profession Homme politique, journaliste, écrivain, philosophe, pédagogue

Antonio Gramsci Écouter, né Antonio Francesco Sebastiano Gramsci (Ales, Sardaigne, le - Rome, le ) est un philosophe, écrivain et théoricien politique italien d'origine albanaise[1],[2]. Membre fondateur du Parti communiste italien, dont il fut un temps à la tête, il est emprisonné par le régime mussolinien[3] de 1927 à sa mort. En tant qu'intellectuel marxiste, il a notamment développé une théorie de l'hégémonie culturelle. Ses travaux, menés principalement pendant ses onze années d'emprisonnement, portent aussi sur l'histoire d'Italie, le nationalisme, les partis politiques, la littérature (notamment l'œuvre de Machiavel), l'époque de la Renaissance et de la Réforme, ou encore le matérialisme historique.

Biographie

La Sardaigne (1891-1911)

Fils de Francesco Gramsci (1860-1937) et de Giuseppina Marcias (1861-1932), Antonio est le quatrième de leurs sept enfants.

La famille du côté du père de Gramsci est d’origine albanaise, son grand-père est né à Plataci, une commune Arbëresh de Calabre. Le grand-père d’Antonio, colonel de gendarmerie sous les Bourbons, était devenu carabinier après l’unité italienne et avait été maintenu dans son grade. Il avait épousé la fille d’un avocat napolitain connu et s’était installé à Gaète. Après sa mort, le dernier de ses cinq enfants, Francesco, abandonne ses études de droit et devient contrôleur du bureau de l’état-civil de Ghilarza, un gros bourg de Sardaigne dans la région d’Oristano.

Il y épouse – contre l’avis de sa propre famille – Giuseppina Marcias, fille d’un employé des impôts.

En 1898, Francesco est arrêté pour détournement de fonds et faux en écriture. La thèse, devenue classique[4], selon laquelle il aurait subi les représailles de l’homme fort de la Sardaigne d’alors, Francesco Cocco Ortu, pour avoir soutenu l’adversaire de celui-ci lors des élections de 1897, n’est plus guère défendue aujourd’hui. Il semble bien que le père d’Antonio n’ait pas toujours été sans reproche dans son activité professionnelle[5]. Toujours est-il qu’il est condamné en 1900 à 5 ans de prison.

Giuseppina doit élever seule ses sept enfants (l'aîné, Gennaro, a 14 ans lorsque son père est arrêté, Antonio a 7 ans). Elle prend des locataires en pension, fait des travaux de couture à domicile avec l’aide de ses filles aînées. Antonio, à la fin de sa scolarité élémentaire, à 12 ans, doit quitter l’école pour travailler. Il fera le grouillot à l’office du cadastre pendant quelques mois.

La maladie dont il souffrira toute sa vie se déclare pendant sa troisième année. Antonio est atteint du mal de Pott, une tuberculose osseuse qui ne sera diagnostiquée que très tard, en 1933, alors qu’il est en prison[6]. C’est à cette maladie qu’il devra son dos déformé, sa petite taille et sa mauvaise santé.

Lorsque son père, sorti de prison au début de 1904, aura été réhabilité et aura retrouvé un emploi au bureau du cadastre, Antonio pourra reprendre ses études au collège du bourg voisin de Santu Lussurgiu. En 1908, il obtient la licenza ginnasiale qui lui permet d’entrer au lycée Dettori de Cagliari. Il partage le logement de son frère aîné Gennaro, employé dans une usine de glace. Antonio commence à lire la presse et, notamment, les articles de Gaetano Salvemini et de Benedetto Croce.

Son frère Gennaro, qui avait fait son service militaire à Turin, était rentré en Sardaigne militant socialiste. Antonio devient ainsi lecteur de L’Avanti!, le quotidien du Parti socialiste italien. En deuxième année de lycée, il a pour professeur Raffa Garzia, radical et anticlérical, directeur de L’Unione Sarda, qui s’intéresse à lui et lui confie, pour l’été 1910, une carte de journaliste. Gramsci publie son tout premier article en juillet de cette année-là.

Ses bons résultats au baccalauréat (la maturità) l’autorisent à passer le concours permettant d’obtenir une bourse Carlo Alberto, réservée aux lycéens méritants de Sardaigne et destinée à leur permettre de poursuivre leurs études à l’université de Turin.

Turin (1911-1922)

L’étudiant

Les difficultés matérielles

Titulaire d’une bourse de la fondation Carlo Alberto [7], Gramsci s’inscrit à la faculté des Lettres de Turin. Ses premiers mois dans la grande ville du nord sont très difficiles. Sa bourse de 70 lires par mois, à quoi s’ajoutent les petites sommes que lui envoie irrégulièrement son père, suffit à peine à lui assurer le vivre et le couvert ; il supporte mal le froid de l’hiver turinois et sa santé se dégrade. Enfin, il est terriblement isolé.

Ces difficultés le poursuivront pendant la majeure partie de sa vie d’étudiant ; malade ou trop affaibli, il est souvent dans l’incapacité de se présenter aux examens, ce qui l’empêchera de passer le diplôme de fin d’étude (la laurea).

Les rencontres

Gramsci est cependant un étudiant qui sort du lot ; sa curiosité est vaste et il suit de nombreux cours dans d’autres disciplines que celles où il est inscrit, en droit, en économie, en philosophie. Son intérêt premier va à la linguistique : il entretiendra une relation intellectuelle forte et profonde avec son maître Matteo Bartoli, lequel regrettera toujours que Gramsci ait choisi une vie de militant plutôt que celle du brillant linguiste qu’il aurait pu être.

Il nouera des liens d’amitié avec une autre figure de la vie intellectuelle turinoise de l’époque, Umberto Cosmo, professeur de littérature italienne, qui, par son enseignement au lycée D’Azeglio comme à l’université, a marqué toute une génération d’étudiants. Cosmo viendra souvent en aide à Gramsci et c’est par son intermédiaire qu’il fera certaines de ses rencontres les plus importantes, telles que celle de Piero Sraffa.

le militant

Les débuts

Avant de s’installer à Turin, Gramsci est proche des mouvements sardes autonomistes. C’est la rencontre, grâce à Angelo Tasca, des cercles de jeunes socialistes, qui l’amène à changer d’orientation. A Turin, ville de l’industrie automobile, il se convainc que le conflit social ne se joue pas entre, d’un côté, les paysans Sardes et, de l’autre, le monde industriel du nord, ouvriers et patrons confondus, mais entre le patronat et les prolétaires, dans un mouvement qui peut être libérateur également pour la paysannerie pauvre du sud de l’Italie.

C’est alors qu’il se lie à ceux qui seront longtemps ses compagnons les plus proches : outre Tasca, Palmiro Togliatti et Umberto Terracini. Il commence, en 1913, à écrire dans la presse socialiste.

Il publie son tout premier véritable article politique dans Il Grido del Popolo, la revue hebdomadaire socialiste de Turin, le 31 octobre 1914, dans le cadre du débat ouvert par la prise de position de Mussolini, rédacteur en chef de L’Avanti !, le quotidien du parti socialiste, en faveur de l’intervention de l’Italie dans la guerre aux côtés de la France. L’éditorial de Mussolini va à l’encontre de la position officielle du PSI, qui réclame la « neutralité absolue » de l’Italie, aussi est-il critiqué par Tasca sur les pages du Grido del popolo. C’est à Tasca que Gramsci lui-même répond, défendant prudemment Mussolini et, surtout, l’idée qu’il faut substituer à la « neutralité absolue » prônée par la direction du PSI, une « neutralité active et opérante ». Il s’agit là du premier accroc entre Tasca et Gramsci, lequel traînera longtemps comme un péché originel une réputation d’ « interventionniste ».

Le journaliste

L’Italie entre en guerre en mai 1915. Gramsci, à cause de sa santé fragile, n’est pas mobilisé, contrairement à ses compagnons les plus proches. A partir de l’automne 1915 il devient rédacteur au Grido del popolo et à l’édition turinoise de L’Avanti !. Dans sa rubrique « Sotto la Mole », il se fait le chroniqueur de l’actualité de l’Italie en guerre, depuis Turin et selon le point de vue des classes sociales dominées. Il mêle avec verve l’irrévérence à l’égard de tout ce qui est institutionnel, les aperçus rapides et décalés par rapport à la propagande de guerre officielle et omniprésente, et l’analyse politique serrée, toujours située dans le cadre d’une philosophie de l’histoire qui doit encore beaucoup à Benedetto Croce et Giovanni Gentile. Il couvre également l’activité culturelle, notamment le théâtre et se montre particulièrement ouvert au théâtre d’avant-garde de Pirandello.

Il crée en 1917 un cercle d’éducation culturelle (Il club di vità morale), qui rassemble une poignée de jeunes ouvriers et s’essaie au rôle de rédacteur en chef en publiant un numéro spécial du Grido del Popolo destiné à « éduquer et former les jeunes socialistes » : « la città futura ». Enfin, il vit aux premières loges l'insurrection ouvrière de Turin d'août 1917, qui échoue faute d'organisation.

Il publie dans Il Grido del popolo du 5 janvier 1918 le deuxième article politique qui va le faire connaître, au titre provocateur : « La Révolution contre le Capital ». Il y fait l’éloge de la révolution qui vient de s’accomplir en Russie. Le schéma dogmatique en cours au sein de la IIe Internationale voulait que la révolution socialiste ait lieu dans les pays capitalistes les plus développés et non dans un pays encore en partie féodal comme la Russie. Mais « les faits ont dépassé les idéologies. Ils ont fait éclater les schémas critiques à l’intérieur desquels l’histoire de la Russie aurait du se dérouler selon les canons du matérialisme historique »[8]. Pour Gramsci, les bolcheviques ont su construire une volonté collective et lui donner la seule forme politique qui puisse véritablement résoudre les problèmes sociaux que la guerre a transformé en autant de catastrophes : le socialisme. Contre la théorie devenue dogme, ils ont inventé l’histoire.

L’Ordine nuovo

Au lendemain de la guerre, le groupe composé de Gramsci, Tasca, Togliatti et Terracini se reconstitue pour donner naissance à une nouvelle revue, L'Ordine nuovo, « revue de culture socialiste », qui vise à fournir aux ouvriers une éducation politique et culturelle et à les rendre aptes à construire leur propre culture. La revue va prôner, sous l’égide intellectuelle de Gramsci, une ligne politique nouvelle, fondée sur le rôle des « conseils d’usine ». Dans un article intitulé « Démocratie ouvrière » paru en juin 1919, et qu’il qualifiera lui-même, plus tard, de « coup d’État rédactionnel » mené contre Tasca [9], Gramsci développe l’idée selon laquelle les « Commissions internes » en vigueur dans les grandes entreprises italiennes, structures élues par le seul personnel syndiqué, devaient être transformées en Conseils d’usine, élus par tous les ouvriers, y compris les non-syndiqués, et aptes à prendre en charge, au-delà de la classique défense syndicale des intérêts des salariés, la production elle-même, et à devenir par là les structures de base du futur État socialiste.

Le rôle des conseils d’usine sera expérimenté en grandeur réelle lors des mouvements d’occupation d’usines de l’année 1920 et plus particulièrement pendant les grandes grèves de septembre, lesquelles se solderont par une défaite des ouvriers turinois, faute de soutien de la part de la direction du PSI et des syndicats, et de l’élargissement du mouvement au pays tout entier.

La priorité, pour le courant « ordinoviste » de Gramsci, comme pour toute la gauche du PSI, rassemblée derrière le leader napolitain Amedeo Bordiga, est alors de rompre avec le courant réformiste qui dirige le parti et de créer un parti communiste mis en ordre de combat et qui satisfera aux conditions émises au cours de l’été 1920 par l’Internationale communiste. Déjà au printemps 1920, Gramsci, convaincu qu’une incapacité des organisations ouvrières à prendre le pouvoir politique se traduirait par une réaction terrible de la part du patronat, avait rédigé, pour la section de Turin du PSI, un texte en ce sens qui avait été remarqué et salué par Lénine.

Gramsci participe, avec Tasca, Togliatti et Terracini, à la fondation du Parti communiste d’Italie lors du Congrès de Livourne en janvier 1921 et soutient l’action de Bordiga, sans cependant s’y reconnaître pleinement, notamment en ce qui concerne le rôle des structures telles que les conseils d’usine.

En mai 1922, après avoir vécu 11 ans à Turin, Gramsci, nommé délégué du PCD’I à l’Internationale communiste, part pour Moscou.

Moscou et l’Internationale communiste (1922-1924)

Lorsqu’il arrive à Moscou en mai 1922, Gramsci est épuisé et en proie à des crises nerveuses qui inquiètent son entourage. Il est envoyé dans une maison de repos de la banlieue de Moscou où il rencontre Eugenia Schucht. Celle-ci est la fille d’Apollon Schucht, un officier engagé dans la lutte contre le tsarisme aux côtés des narodniki dans les années 1880, condamné à résidence en Sibérie et qui s’est exilé ensuite, avec sa famille, en Suisse, puis en France et enfin en Italie. Apollon Schucht a milité avec Alexandre Oulianov, le frère aîné de Lénine. Ce dernier est le parrain de l’une des filles Schucht [10]

Trois filles d'Apollon Schucht ont joué un rôle déterminant dans la vie de Gramsci : Eugenia, Giulia et Tatiana. Elles ont fait leurs études en Suisse et en Italie et parlent parfaitement l’italien. Eugenia a été, avant de tomber malade, une collaboratrice de la femme de Lénine, Nadejda Kroupskaia. Entre elle et Antonio se noue une relation qui va au-delà de la simple amitié, mais, en septembre 1922, elle présente à Gramsci sa sœur Giulia et c’est avec cette dernière que le militant sarde va fonder une famille. Giulia est née en 1896 en Suisse, elle a poursuivi ses études musicales au conservatoire de Rome et, lorsque Gramsci la rencontre, elle enseigne la musique à Ivanovo.

L’Internationale communiste (IC) cherche à provoquer une fusion entre le petit Parti communiste d’Italie (PCD'I) et le Parti socialiste italien (PSI), dirigé alors par les terzini, ou les « maximalistes », c’est-à-dire les militants socialistes, majoritaires au Congrès de Livourne, qui ont adhéré à l’Internationale communiste, mais ont refusé de quitter le vieux PSI pour rejoindre le PCD’I. Bordiga et la direction du PCD’I, Gramsci compris, sont farouchement opposés au projet de fusion, qui risque, à leurs yeux, de dénaturer le parti né de la rupture de Livourne. Seule la « droite » du parti, dirigée par Tasca, y est favorable. L’IC insiste et met tout son poids dans la balance. Bordiga est prêt à aller jusqu’à la rupture avec elle. Gramsci, cependant, est conscient des limites de l’action du leader napolitain, dont le sectarisme coupe le parti des masses. Il rencontre Lénine en octobre 1922 et, à partir du printemps 1923, rassuré par l’échec, à la suite du refus du PSI, de la tentative de fusion, il entre peu à peu en opposition à Bordiga. L’arrestation de celui-ci en février 1923, ainsi que de l’essentiel de la direction du PCD’I, va le pousser au premier plan. Il propose, appuyé par l’IC, la création d’un journal, conçu comme un grand quotidien de masse et dont le nom sera L’Unità. En décembre 1923, Gramsci, chargé d’organiser un centre d’information pour l’IC[11], quitte Moscou pour Vienne. Il y travaille principalement à la réorganisation du PCD’I dans le sens du large rassemblement des forces ouvrières voulu par l’IC. Lorsqu’il quitte Moscou, Giulia est enceinte et ne peut l’accompagner à Vienne.

Aux élections de mai 1924, Gramsci est l’un des 19 élus des listes communistes. Protégé par son immunité parlementaire, il peut rentrer en Italie. En août, peu après son retour et son installation à Rome, son premier fils, Delio, naît à Moscou.

Rome, le dirigeant (1924-1926)

Le leadership de Bordiga, en rupture avec l’IC, sur le PCD'I est confirmé peu après le retour de Gramsci au cours d’une importante réunion clandestine des cadres du parti.

Quelques semaines après avoir fait son entrée au Parlement, Gramsci est confronté à la crise que déclenche l’assassinat par les fascistes du député socialiste Matteotti. La stratégie de « l’Aventin », consistant pour les élus de gauche à refuser de siéger, sera un échec et débouchera sur la consolidation définitive du fascisme par l’adoption des « lois fascistissimes » en 1925 et 1926. Gramsci dénoncera dans L’Unità la passivité et la pusillanimité des parlementaires socialistes.

A partir de l’automne 1924, Gramsci multiplie les déplacements dans toute la Péninsule italienne pour rencontrer les militants et les écarter de la ligne bordiguiste. Un déplacement en Sardaigne lui donne l’occasion de revoir les siens à Ghilarza pour la dernière fois.

De cette réflexion et de ces discussions avec les militants naîtront les Thèses de Lyon, rédigées par Gramsci et Togliatti et largement approuvées au IIIe congrès du PCD’I organisé à Lyon en janvier 1926. Bordiga, déjà isolé au sein de l’IC, est désormais en minorité également dans le parti italien, dont Gramsci devient le leader incontesté.

Les Thèses de Lyon constituent un essai de « traduction de l’expérience soviétique en Italie »[12]. Gramsci y dessine les contours d’une « Bolchevisation » du PCD’I conforme aux résolutions de l’IC, mais en lui conférant des traits tout à fait spécifiques à la société italienne. Il insiste en particulier sur l’alliance ouvriers-paysans, laquelle, en Italie, met en jeu, au-delà de sa dimension sociale, ce que l’on appelle, depuis l’unité de 1861, la « question méridionale ».

En mars 1925, Gramsci participe, à Moscou, au Ve congrès de l’exécutif élargi de l’IC et voit pour la première fois son fils Delio, âgé de quelques mois. Quelques semaines auparavant, il a fait la connaissance de sa belle sœur Tatiana Schucht, restée en Italie après le retour de la famille en Russie entre 1915 et 1917. Giulia et Delio, accompagnés d’Eugenia, puis du beau-père de Gramsci, Apollon, s'installent à Rome, à partir d’octobre 1925. Giulia, de nouveau enceinte, rentre à Moscou au début de l’été 1926, bientôt suivie par le reste de la famille. Gramsci ne les reverra plus. Il ne connaîtra jamais son second fils, Giuliano, né en août.

En octobre 1926, peu avant son arrestation, il rédige son essai sur la « question méridionale », Alcuni temi della quistione meridionale, qui reprend en les approfondissant certaines des idées émises dans les Thèses de Lyon et dans diverses interventions. Le texte de Gramsci deviendra un classique ; s’y trouvent en germe des notions ensuite élaborées dans les Cahiers de prison, telles que celles de « bloc historique » ou « d’intellectuels organiques ».

C’est également à la veille de son arrestation que se produit la rupture de Gramsci avec Togliatti. La bataille extrêmement violente qui se déroule au sommet du Parti communiste russe depuis la mort de Lénine, entre Staline et Boukharine d’un côté, Trotsky, Zinoviev et Kamenev de l’autre, inquiète les militants italiens et le bureau politique décide d’envoyer au Comité Central du Parti communiste russe une lettre, rédigée par Gramsci, appelant les dirigeants soviétiques à ne pas décourager et désespérer le prolétariat des autres pays. Togliatti, représentant du PCD’I à l’exécutif de l’IC, décide de ne pas transmettre la lettre. Il s’en explique au bureau politique et dans une lettre adressée à Gramsci, lequel dans sa réponse mettra en cause le « bureaucratisme » de Togliatti. L’arrestation de Gramsci empêchera que la discussion entre les deux dirigeants puisse se développer, mais Gramsci ne renouera jamais personnellement avec Togliatti, malgré les tentatives de celui-ci.

Le 8 novembre, 1926, Gramsci, est arrêté, comme les autres députés socialistes et communistes, en dépit de son immunité parlementaire.

En prison

Il est arrêté par les fascistes le et condamné pour conspiration. À cette occasion, le procureur fasciste déclare : « Nous devons empêcher ce cerveau de fonctionner pendant vingt ans »[réf. nécessaire].

En captivité pendant onze années, il écrit ses Carnets de prison. Malade, il meurt quelques jours après être sorti de prison, dans la nuit du 26 au 27 avril 1937; il est inhumé au cimetière de Rome réservé aux personnes non-catholiques.

À Turin, il participe à un groupe antifasciste animé par Francesco Rèpaci, où sont notamment présents aussi, Leonidas Rèpaci, Piero Gobetti, et bien d'autres intellectuels turinois.

En 1947, il reçoit a titre posthume le prix Viareggio, décerné par son ami Leonida Rèpaci, président du jury, alors qu'il ne peut être normalement attribué qu'à une personne vivante.

Vingt ans plus tard, en 1957, le poète Pier Paolo Pasolini lui rend hommage en publiant à Milan, chez les éditions Garzanti : Les Cendres de Gramsci (Le Ceneri di Gramsci). Pasolini écrit (N.d.A.) : « Gramsci est enterré dans une petite tombe du cimetière des Anglais[13], entre la porte Saint-Paul et le Testaccio, non loin de la tombe de Shelley. Sur le cippe, on ne lit qu'une inscription : Cinera Gramsci, suivie des dates[14]. »

Pensée

Gramsci a écrit plus de 30 cahiers durant son emprisonnement. Ces écrits, connus sous le titre de Cahiers de prison (Quaderni del carcere), contiennent ses réflexions sur l'histoire italienne, ainsi que des idées en théorie marxiste, théorie critique et théorie éducative, telles que :

Hégémonie culturelle

Article détaillé : Hégémonie culturelle.

Épicycle de la pensée marxiste qui pallie l'absence de la révolution prévue par Marx et le renforcement des institutions capitalistes : la bourgeoisie domine par la force mais aussi par le consentement, notamment par son hégémonie culturelle qui fait que le prolétariat adopte les intérêts de la bourgeoisie. L'Église catholique illustre par exemple cette hégémonie. La domination est du consentement cuirassé de coercition. Ainsi elle n'est pas pure violence ou pure domination culturelle mais bien l'articulation des deux niveaux.

Intellectuels et éducation

Gramsci s'est intéressé de près au rôle des intellectuels dans la société. Il disait notamment que tous les Hommes sont des intellectuels, mais que tous n'ont pas la fonction sociale d'intellectuels[16]. Il avançait l'idée que les intellectuels modernes ne se contentaient pas de produire du discours, mais étaient impliqués dans l'organisation des pratiques sociales. Ils produiraient le sens commun, c'est-à-dire ce qui va de soi. Ainsi les intellectuels engagés aux côtés de la classe ouvrière joueraient un rôle majeur en produisant des évidences qui détruiraient le sens commun produit, selon lui, par la bourgeoisie.

Il établissait de plus une distinction entre une « intelligentsia traditionnelle » qui se pense (à tort) comme une classe distincte de la société, et les groupes d'intellectuels que chaque classe génère « organiquement ». Ces intellectuels organiques ne décrivent pas simplement la vie sociale en fonction de règles scientifiques, mais expriment plutôt les expériences et les sentiments que les masses ne pourraient pas exprimer par elles-mêmes. L'intellectuel organique comprendrait par la théorie mais sentirait aussi par l'expérience la vie du peuple.

La nécessité de créer une culture propre aux travailleurs est à mettre en relation avec l'appel de Gramsci pour un type d'éducation qui permette l'émergence d'intellectuels qui partagent les passions des masses de travailleurs. Les partisans de l'éducation adulte et populaire considèrent à cet égard Gramsci comme une référence.

Société politique et société civile

Plaque commémorative à Moscou.

La théorie de l'hégémonie de Gramsci est inséparable de sa conception de l'État capitaliste, dont il dit qu'il dirige par la force et le consentement. L'État ne doit pas être compris comme le seul gouvernement, Gramsci distingue deux grandes parties : la « société politique », lieu des institutions politiques et du contrôle constitutionnel-légal (la police, l'armée, la justice) ; la « société civile », lieu des institutions culturelles (l'université, les intellectuels) qui diffusent l'idéologie explicite ou implicite de l'État, dont le but est d'obtenir l'adhésion sur des valeurs admises par la majorité. La première est régie par la force, la seconde par le consentement. Gramsci précise cependant que cette distinction est avant tout conceptuelle et que les deux sphères se recoupent souvent.

Gramsci affirme que, sous le capitalisme moderne, la bourgeoisie peut maintenir son contrôle économique en laissant la société politique accorder un certain nombre de revendications aux syndicats et aux partis politiques de masse. Ce faisant, la bourgeoisie s'engage dans une « révolution passive » par des concessions sur ses intérêts économiques immédiats, concessions qui s'avèrent en fait des modifications des formes de son hégémonie. Gramsci considère des mouvements comme le fascisme, le réformisme, le taylorisme et le fordisme, comme des exemples de ce processus.

Pour Gramsci, le parti révolutionnaire est la force capable de faire émerger des intellectuels organiques pour les travailleurs, outil qui permettra de contester l'hégémonie de la classe dominante sur la société civile. La nature complexe de la société civile moderne signifie que défaire l'hégémonie bourgeoise et conduire au socialisme est impossible sans une « guerre de position ». Pour Gramsci, l'avènement du socialisme ne passe prioritairement ni par le putsch, ni par l'affrontement direct, mais par ce combat culturel contre les intellectuels de la classe dirigeante. Cette guerre de position serait rendue nécessaire par l'armature idéologique de l'État bourgeois moderne (éducation, presse, Églises, culture populaire). Car si dans les régimes dictatoriaux c'est principalement la société politique qui fait l'oppression, il pense que dans les sociétés occidentales la société civile est une composante importante de la domination qui doit en conséquence être l'objet du combat.

Bien qu'il soit difficile de tracer une ligne claire entre « société politique » et « société civile », Gramsci met en garde contre le culte de l'État qui découle de l'identification des deux, telle qu'elle serait faite, selon lui, par les jacobins et les fascistes.

Pasolini devant la tombe de Gramsci.

Historicisme

Comme le jeune Marx, Gramsci était un fervent partisan de l'historicisme. Dans cette perspective, toute la signification découle de la relation entre l'activité humaine pratique (ou « praxis ») et les processus socio-historiques objectifs dont elle fait partie. Les idées, leur fonction et leur origine, ne peuvent être comprises en dehors du contexte socio-historique. Les concepts par lesquels nous organisons notre connaissance du monde ne dérivent pas en effet en premier lieu de notre rapport aux choses, mais plutôt des relations sociales entre les utilisateurs de ces concepts. Par conséquent, il n'y a pas de « nature humaine » inaltérable, mais seulement des variations historiques. De surcroît, la science ne « reflète » pas une réalité indépendante de l'homme, elle n’est vraie que dans la mesure où elle exprime le processus en cours dans une situation historique donnée. La majorité des marxistes tenait par exemple pour acquis que la vérité est la vérité quels que soient le lieu et le moment de sa connaissance, et que le savoir scientifique (marxisme inclus) est accumulé historiquement et n'appartient donc pas à la sphère, considérée illusoire, de la superstructure.

Pour Gramsci, cependant, le marxisme n'est « vrai » que dans un sens social pragmatique, au sens où en articulant la conscience de classe du prolétariat il exprime la « vérité » de son temps mieux qu'aucune autre théorie. Cette position anti-scientifique et anti-positiviste a été attribuée à l'influence de Benedetto Croce, sans doute l'intellectuel italien le plus respecté de son temps. Il faut toutefois rappeler que Gramsci insistait sur son « historicisme absolu » en rupture avec la teneur idéaliste et hégélienne de la pensée de Croce et avec sa propension à maintenir une synthèse métaphysique dans la « destinée historique ». Bien que Gramsci s'en soit défendu, sa conception historiciste de la vérité a pu être taxée de relativisme[réf. nécessaire].

Critique de l'économisme

Dans un article écrit avant son emprisonnement et intitulé « La Révolution contre le Capital », Gramsci affirmait que la Révolution russe en Russie invalidait l'idée que la révolution socialiste ne pouvait se faire avant le développement total des forces capitalistes de production. Cela renvoyait à cette conception par Gramsci du marxisme comme une philosophie non-déterministe. Gramsci insistait sur le fait qu'affirmer la primauté causale des relations de production était mal comprendre le marxisme. Les changements économiques et culturels sont les expressions d'un processus historique de base, et il est difficile de dire quel élément a la primauté sur l'autre. La croyance fataliste, fort répandue dans les premiers mouvements socialistes, en un triomphe inévitable en raison des « lois historiques » était, du point de vue de Gramsci, le produit des conditions historiques d'une classe oppressée réduite à une action défensive. Cette croyance devait être abandonnée une fois que les travailleurs étaient capables de prendre l'initiative.

La « philosophie de la praxis » ne peut pas considérer que des « lois historiques » soient comme les agents ou le moteur du changement social. L'histoire est dépendante de la praxis humaine et implique donc la volonté humaine. Cependant, la volonté ne peut pas aboutir dans n'importe quelle situation : quand la conscience des travailleurs aura atteint un niveau de développement nécessaire pour l'action, les circonstances historiques seront favorables. Il n'y a aucune inévitabilité historique dans la réalisation de tel ou tel processus.

Critique du matérialisme « vulgaire »

Parce qu'il croyait que l'histoire humaine et la praxis collective déterminent la pertinence de telle ou telle question philosophique, les vues de Gramsci vont à l'encontre du matérialisme métaphysique soutenu par Engels (que Gramsci ne mentionne pas explicitement néanmoins) ou Plekhanov. Pour Gramsci, le marxisme ne s'occupe pas d'une réalité existant par et pour elle-même indépendamment de l'humanité. Le concept d'un univers objectif extérieur à l'histoire et à la praxis humaine est selon lui analogue à la croyance en Dieu, et tombe dans la réfutation du matérialisme énoncée par Kant ; l'histoire naturelle n'a de sens qu'en relation à l'histoire humaine. Le matérialisme philosophique comme sens commun est le fruit d'un manque de pensée critique et ne peut pas, contrairement à ce que disait Lénine, s'opposer à la superstition religieuse. En dépit de cela, Gramsci se résignait à l'existence de cette forme plus grossière du marxisme : le statut du prolétariat comme classe dépendante signifiait que le marxisme, philosophie de la classe ouvrière, pouvait souvent s'exprimer sous la forme de la superstition populaire et du sens commun. Néanmoins, il est nécessaire de défier efficacement les idéologies de classes éduquées, et pour cela les marxistes doivent présenter leur philosophie sous une forme plus sophistiquée, et entreprendre une véritable confrontation avec les vues de leurs adversaires.

Guerre de mouvement guerre de position

Gramsci pense que l’État est bien plus qu'une simple bande d'hommes en armes au service de la bourgeoisie. Selon lui, l'État est devenu un terrain de luttes pour le progrès social. De plus l'État s'est fortifié il dispose d'un système éducatif qui apprend entre autres l'obéissance. Il dispose aussi d'une police et d'une armée nombreuse et équipée et formée au maniement des armes. La perspective d'une prise de l'État comme dans la guerre de position s'estompe. La révolution bolchevique de Lénine n'est donc plus possible. Il reste donc la possibilité d'ouvrir des fronts multiples dans la politique, dans le droit, dans la culture (idéologie) et de faire avancer la tranchée comme dans la guerre de mouvement[réf. nécessaire].

Critiques

Gramsci est très critiqué comme théoricien de l'entrisme[réf. nécessaire]. En attribuant aux bourgeois la volonté consciente de dominer les esprits des ouvriers, il justifie[réf. nécessaire] tous les moyens dont userait un parti prétendant défendre les intérêts de ceux-ci, malgré eux s'il le faut, comme la propagande ou l'entrisme.

Citations

On attribue à Gramsci la phrase : « Il faut allier le pessimisme de l'intelligence à l'optimisme de la volonté », la citation exacte est (traduit littéralement de l'italien) : « Je suis pessimiste avec l'intelligence, mais optimiste par la volonté » ; elle est extraite d'une lettre à son frère Carlo écrite en prison, le 19 décembre 1929 (Cahiers de prison, Gallimard, Paris, 1978-92). On parle souvent, à propos de cette citation, d'emprunt à Romain Rolland, sans citer de source ; on notera en revanche l'écho à l'aphorisme d'Alain : « Le pessimisme est d'humeur, l'optimisme est de volonté. », tiré de ses Propos sur le bonheur (1928), XCIII (Pléiade Pr1:537). Dans son article Discours aux anarchistes, publié dans l'Ordine Nuovo dans son numéro 3-10 avril 1920, il a cependant nettement rattaché l'usage de cette expression à Romain Rolland en écrivant : « La conception socialiste du processus révolutionnaire est caractérisée par deux traits fondamentaux que Romain Rolland a résumé dans son mot d'ordre : Pessimisme de l'intelligence, optimisme de la volonté ».

Antonio Gramsci a défini la crise par la célèbre citation : « La crise consiste justement dans le fait que l'ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés » (dans la traduction française des Cahiers de prison parue aux Éditions Gallimard sous la responsabilité de Robert Paris : Cahier 3, §34, p. 283). La seconde partie de la citation est souvent traduite par « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres »[17]. Une partie de la citation en italien est : in questo interregno si verificano i fenomeni morbosi più svariati.

Publications

  • Écrits politiques (3 tomes) textes présentés par Robert Paris, Gallimard, Paris, 1974.
  • Cahiers de prison (5 tomes), textes présentés par Robert Paris, Gallimard, Paris, 1983.

Bibliographie

  • Livio Boni : Gramsci et la psychanalyse (I) : Sur les traces d'une réception fragmentaire dans les Cahiers de prison, in Cliniques méditerranéennes, 2007/1 (no 75), Ed.: ERES, (ISBN 9782749207810)
  • Razmig Keucheyan, Antonio Gramsci : guerre de mouvement et guerre de position La fabrique, 2011.
  • Gramsci et la culture populaire, Commune (revue), numéro 3[18]
  • Jean-Marc Piotte, La pensée politique de Gramsci. Montréal: Éditions Parti Pris, 1970 (réédition LUX éditeur, 2010).
  • George Hoare, Nathan Sperber, Introduction à Antonio Gramsci, Paris, La Découverte « Repères », 2013, 128 pages.  (ISBN 9782707170101).
  • Omer Moussaly, Influence et critique du courant libertaire dans la pensée politique de Gramsci, thèse de doctorat en science politique, Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, 2013, [lire en ligne].

Filmographie

  • Fabien Trémeau : Antonio Gramsci, penseur et révolutionnaire. 1re partie : Les sources de l'espoir (52') ; 2e partie : Le refus de la défaite (52'). Avec la participation d'Alberto Burgio, Angelo d’Orsi, Fabio Frosini, Razmig Keucheyan, Guido Liguori, Domenico Losurdo et André Tosel. Editions Delga, 2014

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. Mario Brunetti, La piazza della Rivolta (lire en ligne), « II », p. 31.
  2. Le nom Gramsci vient du nom de la ville de Gramsh, au cœur de l'Albanie.
  3. Cahiers de prison d'Antonio Gramsci publiée par Razmig Keucheyan, sous le titre Guerre de mouvement et guerre de position ed La Fabrique (2012)
  4. Giuseppe Fiori, Vita di Antonio Gramsci, Roma, Laterza, 1995
  5. Angelo D'Orsi, Gramsci : una nuova biografia, Milan, Feltrinelli, 2017
  6. Le rapport médical du professeur Arcangeli a été publié dans Claudio Natoli, "Gramsci in carcere: le campagne per la liberazione, il Partito, l'Internazionale (1932-1933), Studi storici, 1995-2. Traduction française de Jean-Yves Frétigné dans Antonio Gramsci: vivre c'est résister, Paris, Armand Colin, 2017, p. 238
  7. Gramsci se classe à la 9e place, derrière un autre candidat venu de Sardaigne, Palmiro Togliatti
  8. Le rivoluzione contro il Capitale, https://www.marxists.org/italiano/gramsci/17/rivoluzionecontrocapitale.htm
  9. « Il programma dell’ Ordine nuovo », in Scritti politici II, https://www.liberliber.it/mediateca/libri/g/gramsci/scritti_politici_volume_2/pdf/scritt_p.pdf, p. 83
  10. Sur les liens des Schucht et des Oulianov, voir A. D’Orsi, Gramsci: una nuova biografia, pp. 141-144
  11. Jean-Yves Frétigné, Antonio Gramsci : vivre, c'est résister, Paris, Armand Colin, , 317 p. (ISBN 9782200601195), ch. 5
  12. (it) Paolo Spriano, Storia del Partito comunista italiano I : Da Bordiga a Gramsci, Turin, Einaudi, , 525 p. (ISBN 9788806188122), p. 497. Cité in Jean-Yves Frétigné, Antonio Gramsci : vivre, c'est résister, op. cité
  13. Le cimetière protestant de Rome.
  14. Pier Paolo Pasolini, Poésies 1953-1964, Éd. bilingue, trad. José Guidi, NRF, Gallimard, 1980 p. 43.
  15. Stuart Hall : (en)Critical dialogues in cultural studies, 1996[PDF]
  16. Antonio Gramsci, « Problèmes de civilisation et de culture », sur Marxists Internet Archive (consulté le 25 janvier 2013)
  17. traduction citée par Serge Venturini dans Éclats d'une poétique de l'inaccompli, p. 12.
  18. Gramsci et la culture populaire, La Revue Commune