Antiphonale missarum sextuplex

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L'Antiphonale missarum sextuplex (Antiphonale Missarum Sextuplex, selon l'auteur[ams 1]) est une publication de six manuscrits du chant grégorien, sortie en 1935 par Dom René-Jean Hesbert auprès de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes. Il s'agit des chants de livre les plus anciens de ce chant, sans notation grégorienne.

Motif de publication

Inspiré de la publication de l'Antiphonaire du Mont-Blandin par Jacob van Pamele en 1571, l'auteur souhaitait sortir une œuvre plus scientifique et critique. Dom Hesbert avait consulté également les œuvres de Giuseppe Maria Tomasi et des Mauristes[ams 2]. En respectant la tradition scientifique de Solesmes, depuis la Paléographie musicale, l'œuvre se caractérise de l'analyse toujours scientifique et de la fidélité absolue aux manuscrits.

Lors de la publication, l'œuvre était dédiée à Dom Paul-Grégoire Cagin de Solesmes[ams 3]. Dom Taillefer, Dom Eugène Cardine et Dom Marcel Blazy[1] avaient soutenu sa rédaction[ams 4].

Six manuscrits

Cela est un livre composé de six manuscrits, un cantatorium et cinq graduels, les plus anciens du chant grégorien. En raison de leur ancienneté, tous les manuscrits manquent de notation, c'est-à-dire de neume, car celle-ci n'apparut que dans la deuxième moitié du VIIIe siècle, selon les documents restants.

Ceux qui concernent sont[ams 4] :

  1. M : Graduel de Monza (deuxième tiers du IXe siècle) ; Trésor de la cathèdrale de Monza ;
  2. R : Antiphonaire de Rheinau, manuscrit Rh. 30 (vers 800) ; Zentralbibliotek de Zurich ;
  3. B : Antiphonaire du Mont-Blandin, manuscrit 10127 - 10144 (vers 800) ;
  4. C : Antiphonaire de Compiègne, manuscrit latin 17436 (deuxième moitié du IXe siècle) ; Bibliothèque nationale de France ;
  5. K : Antiphonaire de Corbie, manuscrit latin 12050 (après 853) ; Bibliothèque nationale de France ;
  6. S : Antiphonaire de Senlis, manuscrit 111 (quatrième quart du IXe siècle) ; Bibliothèque Sainte-Geneviève

En dépit des dénominations de l'auteur, ils sont des graduels d'après la définition stricte de nos jours[ii 1],[gt 1].

Les premières pages se consacrent aux commentaires détaillés de ces manuscrits et quelques photos aussi s'y trouvent[ams 5]. L'auteur y ajoutait des renseignements concernant les fragments de Lucques :

  1. M : p. ix - xi
  2. R : p. xii - xiv
  3. B : p. xv - xviii
  4. C : p. xix - xx
  5. K : p. xxi - xxii
  6. S : p. xxiii - xxiv
  7. Les fragments du manuscrit 490 de la Bibliothèque capitulaire de Lucques, p. xv - xvi

Avant les tableaux de synopse, l'auteur donnait encore ses commentaires en détail sur ces manuscrits, d'une part selon le calendrier liturgique (p. xxxv - lxxxiii), d'autre part d'après le sanctoral (p. lxxxiii - cxviii).

Les dernières pages sont réservées aux tables afin de faciliter l'usage :

  1. Table général (alphabétique) : p. 225 - 230
  2. Table par genre : p. 231 - 254
  3. Table des saints : p. 254 - 255
  4. Table des matières (index) : p. 256

Sources supplémentaires

Afin de vérifier l'authenticité des textes, Dom Hesbert avait consulté également plusieurs documents liturgiques[ams 6] :

  1. Sacramentaire gélasien
    1. Vaticanus Regimensis 316
    2. Sacramentaire de Gellone
    3. Sacramentaire d'Angoulême
    4. Sacramentaire de Saint-Gall
    5. Sacramentaire de Rheinau
  2. Sacramentaire grégorien
    1. Sacramentaire de Padoue
    2. Sacramentaire d'Hadrien (édition de Henry Austin Wilson, à la base des manuscrit Cambrai 164, Vaticanus Regimensis 337 et Ottobonianus 313)
  3. Lectionnaire
    1. Comes de Wurzbourg
    2. Comes de Murbach
    3. Comes emendatus d'Alcuin

Valeur

Alors que la création du chant grégorien se continua durant tout le Moyen Âge, par exemple les hymnes de saint Thomas d'Aquin († 1274), la composition du répertoire grégorien avait été close à la fin du VIIIe siècle environ[ds 1],[jf 1]. Si bien que le texte de celui-ci, issu du document original selon le rite romain « vieux-fond », était effectivement fixé dans ces manuscrits. C'est pourquoi ces documents sont importants, notamment afin de vérifier l'authenticité[cd 1].

Par ailleurs, l'auteur ne publia pas ce document, jusqu'à ce que soient complétement analysés les six manuscrits si précieux. Avec une immense prudence, ce musicologue avait sélectionné enfin la forme de synopse, afin de satisfaire ceux dont a besoin la particularité des matériaux :

« Ayant attentivement comparé ces divers témoins, Dom Hesbert a constaté que chacun d'eux possède en propre des traits archaïques, que l'on peut considérer comme primitifs, et aussi des retouches, des omissions, des remaniements d'origine non romaine. Ils semblent donc se rattacher à l'ancêtre commun par autant de traditions différentes, toutes fort accidentées et obscures. ......... Au lieu d'une édition « critique » irréalisable, il nous donne une sextuple édition « diplomatique. » Les six manuscrits sont reproduits, en colonnes parallèles[2]. »

Qualité de l'édition

Dans son compte rendu au-dessus et publié en 1936, Michel Andrieu appréciait ces travaux[2] :

« Elle a été réalisée de façon parfaite, au prix de beaucoup d'application et de patience. Les moindres détails paléographiques sont soigneusement notés. ......... cette belle édition de l'Antiphonale Missarum sera désormais et définitivement classique. »

Publications

  • publication originale :
1935 : Vromant, Bruxelles[3]
  • réimpression :
1967 : Herder, Rome, 256 p [lire en ligne]
  1. p.  225
  2. p.  vii
  3. p.  v
  4. a et b p.  viii
  5. p.  ix - xxiv
  6. p.  xxxi - xxxii

Postérité

Le jour où Dom Hesbert sortit cette œuvre, les manuscrits sans neume n'étaient pas proprement appréciés.

Graduale Triplex (1979). L'origine du texte du chant est effectivement précisée, avec les abréviations MRBCKS.

C'était dans la deuxième moitié du XXe siècle que l'on redécouvrit la valeur de ce document, à la suite de l'établissement de la sémiologie grégorienne. La restauration correcte du chant grégorien a désormais besoin de l'œuvre de Dom Hesbert, afin que le texte du chant soit exactement rétabli. Car, dans le chant grégorien, c'est le texte, principal, qui contrôle la mélodie, secondaire.

De plus, pour la publication de manière critique, on peut préciser l'authenticité du texte en profitant de l'Antiphonale Missarum Sextuplex.

Par ailleurs, les chercheurs découvrirent encore la qualité du graduel de Monza, manuscrit attribué vers 820. Comme le cantatorium de Monza ne compose que des chants pour les solistes, cette découverte était précieuse. Avec l'abréviation M' pour celui-ci, on emploie dorénavant les MM'RBCKS[ii 1].

Voir aussi

Liens externes

  • Compte rendu de Michel Andrieu (1936) dans la Revue des Sciences Religieuses, volume 16, 4, p. 545 - 547 : Antiphonale Missarum Sextuplex [lire en ligne]

Références bibliographiques

  • Luigi Agustoni et Johannes Berchmans Göschl, Introduction à l'interprétation du chant grégorien, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2001 (ISBN 978-2-85274-203-1) 288 p.
  1. a et b p.  68
  • Daniel Saulnier, Le chant grégorien, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2003 (ISBN 978-2-85274-243-7) 131 p.
  1. p.  115
  • Marie-Emmanuel Pierre, Abbaye Saint-Michel de Kergonan, Plouharmel 2005 (ISBN 978-2-9525681-0-4) 343 p.
  1. p.  138 : « Les premiers recueils manuscrits des chants de la messe, que nous possédons, remontent à la fin du VIIIe siècle. Cependant les plus aniens ne contiennent que le texte et parfois même seulement les incipit. Dom Hesbert a édité sous forme de synopse ces anciens mauscrits dans l'Antiphonale missarum sextuplex. Ainsi une pièce de chant est dite « authentique », c'est-à-dire qu'elle fait partie du « vieux-fond » grégorien, lorsque son texte figure dans les meilleurs manuscrits du Sextuplex
  • Jean Favier, Charlemagne, Tallandier Texto, Paris 2013 (ISBN 979-10-210-0081-0) 769 p.
  1. p.  420 - 421 : « Dès l'arrivée du précieux manuscrit, Alcuin s'est mis au travail. Empruntant au nouveau Sacramentaire gélasien et aux usages des églises franques pour compléter les rites romains du Sacramentaire Hadrien, corrigeant en outre les fautes de grammaire, il y travaillera presque vingt ans et mènera la réforme à son terme. L'ouvrage est déjà assez avancé pour qu'en 794 au concile de Francfort — celui où l'on prend précisément position sur les images — le roi puisse faire admettre deux usages romains : le baiser de paix est, dans les messes solennelles, étendu à tous le peuple, et la lecture des listes de saints spécialement invoqués — les diptyques — est reportée après l'Offertoire.
    La réforme sera complétée, pour d'autres raisons, par la généralisation en 809 de la formule Filioque dans le Credo, généralisation qui ne devra rien, bien au contraire, à l'usage romain.
    Le sacramentaire ne suffit pas. Entreprise dès le temps de Pépin, une collection des règles liturgiques — les ordines applicables à toutes sortes de cérémonies, sacramentelles ou non, est achevée vers 780. Elle procure aux églises franques un cérémonial où se mêlent habilement les rites romains et ce que l'on a cru devoir conserver des rites gallicans. En 800, plusieurs emprunts à l'ordo romain sont adoptés et imposés : on fêtera à la manière romaine les quatre fêtes de la Vierge que sont la Nativité le 8 septembre, la Purification le 2 février, l'Annonciation et la Conception du Christ le 25 mars, l'Assomption le 15 août. On fera de même pour les grandes célébrations de l'entrée en carême qu'est le mercredi des Cendres et de la marche vers Pâques que sont les offices de la Semaine sainte. Parfois, on additionne. En 813, au concile de Mayence, l'empereur impose l'usage romain de la procession des Litanies majeures de la Saint-Marc (25 avril), celle qui, on y reviendra, a été en 799 l'occasion de l'attentat contre Léon III. Mais il en profite pour entériner le maintien des grandes processions champêtres des litanies mineures gallicanes. »
  • Graduale Triplex, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 1979 (ISBN 2-85274-044-3) 918 p.
  1. p.  4

Notes et références