Anne d'Autriche (1601-1666)

Anne d’Autriche
Portrait d’Anne d'Autriche, par Rubens en 1625, Musée du Louvre.
Portrait d’Anne d'Autriche, par Rubens en 1625, Musée du Louvre.
Titre
Régente du Royaume de France

(8 ans, 3 mois et 30 jours)
Monarque Louis XIV
Reine de France et reine consort de Navarre

(27 ans, 5 mois et 23 jours)
Monarque Louis XIII
Prédécesseur Marie de Médicis
Successeur Marie-Thérèse d'Autriche
Biographie
Dynastie Maison de Habsbourg
Nom de naissance Ana María Mauricia de Austria y Austria[1]
Date de naissance
Lieu de naissance Valladolid (Espagne)
Date de décès (à 64 ans)
Lieu de décès Paris (France)
Sépulture Nécropole de Saint-Denis
Père Philippe III d’Espagne
Mère Marguerite d'Autriche-Styrie
Conjoint Louis XIII de France
Enfants Louis XIV Red crown.png
Philippe de France
Résidence Palais-Royal
Palais du Louvre
Palais des Tuileries
Château Neuf de Saint-Germain-en-Laye

Signature de Anne d’Autriche

Anne d'Autriche (1601-1666)
Reines de France

Anne d'Autriche (en espagnol Ana María Mauricia de Austria y Austria)[1][2], infante d’Espagne, infante du Portugal, archiduchesse d’Autriche, princesse de Bourgogne et princesse des Pays-Bas, née le 22 septembre 1601 à Valladolid en Espagne et morte le 20 janvier 1666 à Paris d’un cancer du sein, est reine de France et reine consort de Navarre de 1615 à 1643 en tant qu’épouse de Louis XIII, puis régente de ces deux royaumes pendant la minorité de son fils (de 1643 à 1651). Fille du roi Philippe III (1578-1621), roi d’Espagne (1598-1621) et de l’archiduchesse Marguerite d'Autriche-Styrie (1584-1611), Anne d'Autriche est la mère de Louis XIV, le « roi Soleil », et de Philippe, duc d’Orléans.

Enfance

Anne est l’aînée du couple royal espagnol. Contrairement à l’usage du temps qui prônait une séparation des enfants de leurs parents, Anne mène une vie calme et ordonnée, entourée de l’affection de sa famille[3]. Elle grandit au palais royal de l’Alcázar à Madrid où ses parents, très pieux, lui donnent une forte éducation religieuse. La jeune Anne visite des couvents et passe des journées entières penchée sur des reliques. Elle s’attache à ses frères et sœurs et plus particulièrement à Philippe (futur Philippe IV d’Espagne) et à Marie-Anne. Mais la famille royale espagnole subit un drame en 1611 : la reine Marguerite meurt subitement à l’âge de 27 ans en mettant au monde son huitième enfant. Malgré son chagrin, la jeune infante s’occupe de ses frères et sœurs, qui l’appellent « Maman. » Elle peut tout de même se reposer sur l’attention que lui porte le roi, son père[4].

Un mariage politique

L'échange des princesses à la frontière pyrénéenne, Anne d'Autriche (à droite) épouse le roi de France, tandis que Élisabeth de France (à gauche) épouse le roi d'Espagne, par Pierre Paul Rubens, en 1622, musée du Louvre

La Cour espagnole prend l'initiative de proposer le double mariage franco-espagnol[5]. Henri IV, considérant les Habsbourg comme les ennemis héréditaires du royaume de France, tergiverse et songe plutôt à marier son héritier à Nicole de Lorraine, héritière des duchés de Lorraine et de Bar, ce qui donnerait naturellement pour frontières à la France le massif vosgien (sans parler de la riche production de sel). Mais à sa mort, sa veuve, Marie de Médicis, soutenue par le parti dévot, assume un retournement de politique, faisant de l'alliance espagnole un gage de paix entre les deux grandes puissances catholiques. De son côté Philippe III espère que la présence de sa fille à la Cour de France peut constituer un atout pour soutenir les intérêts de l'Espagne et donne à sa fille des instructions secrètes[6].

Fiancée à l'âge de dix ans, Anne épouse par procuration le 18 octobre 1615 à Burgos, Louis XIII, roi de France et de Navarre; Lors de cette cérémonie, Louis XIII est représenté par le duc de Lerme. Le même jour, à Bordeaux, Élisabeth, sœur de Louis XIII, épouse par procuration l'infant Philippe, représenté par le duc de Guise. Les princesses ont ensuite été "échangées" sur l'île des Faisans, située sur la Bidassoa, près d'Hendaye. Le véritable mariage en France d'Anne d'Autriche et Louis XIII est célébré à Bordeaux le 21 novembre suivant[7].

Bien que les jeunes mariés n'aient que quatorze ans, Marie de Médicis, alors régente, ne veut pas qu'on puisse remettre en question cette union et s'ingénie à ce que ce mariage soit immédiatement consommé, pour des raisons politiques. Cependant, du fait de l'inexpérience des mariés la nuit de noces semble s'être assez mal passée[8].

Le jeune roi, ayant vécu cette nuit comme une véritable humiliation, en garde longtemps rancune contre sa mère, et ne s'approche plus de son épouse pendant les quatre années suivantes[9].

L'épouse espagnole

Anne d'Autriche peinte par Rubens en 1622, Musée du Prado

Installée dans les appartements du Louvre avec sa suite, Anne d'Autriche, délaissée reçoit cependant tous les égards dus à son rang. D'une part, Marie de Médicis continue à porter avec hauteur le titre de reine de France, sans la moindre déférence à l'égard de sa belle-fille[10]. D'autre part, Louis XIII continue de se désintéresser d'elle, bien qu'elle soit considérée comme une belle femme. Le roi, de nature complexe, est timide, ce qui l'empêche de s'accorder avec elle. Entourée par une petite cour peuplée d'une centaine de dames espagnoles, elle continue à vivre à la mode espagnole et son français est encore très hésitant. Anne éprouve ainsi des difficultés à communiquer avec sa nouvelle famille. Enfin, Anne d'Autriche partage avec son époux une timidité et une inexpérience qui n'arrangent pas la situation.

L'assassinat de Concini et le coup d'État de Louis XIII contre sa mère en 1617 font évoluer cette situation. Conscient du problème diplomatique et dynastique que cause l'indifférence du roi à l'égard de la reine, le duc de Luynes, nouveau favori, tente d'y remédier. Tout d'abord, il fait chasser la cour espagnole d'Anne d'Autriche et remplacer les dames d'atours espagnoles par des françaises. La comtesse de Torre, surintendante de la Maison de la Reine, est remplacée par Marie de Rohan, la propre femme du duc de Luynes (la future duchesse de Chevreuse). On trouve également dans son entourage la princesse de Conti, Madame du Vernet (une sœur de Luynes et Gabrielle-Angélique de Verneuil, la fille d'Henri IV et d'Henriette d'Entragues). Le duc organise des rendez-vous intimes entre Anne et le roi. Sous l'influence de Mme de Luynes, la reine commence à s'habiller et à se comporter comme une française. On lui fait porter des décolletés. Elle ne portait jusque-là que des robes espagnoles ne laissant voir aucune partie du corps. On considérait d'ailleurs Anne comme trop rigide et trop prude. Au printemps 1619, Luynes finit par forcer le roi à coucher avec la reine[11]. À partir de ce moment, les relations entre Anne et Louis XIII ne cessent de s'améliorer et Louis reste longuement à son chevet lors de sa grave maladie en janvier 1620. Toutefois, Anne n'est pas admise au Conseil, alors que la reine-mère y siège, la privant de tout rôle politique, contrariant les volontés de son père.

La mésentente

Sous l'influence de la duchesse de Chevreuse

Anne d'Autriche en costume de sacre (portrait des années 1620)

La lune de miel dure peu. La mésentente s'installe à nouveau entre les souverains. Tout d'abord, Anne fait plusieurs fausses couches, mécontentant le roi. Le 14 mars 1622, alors qu'elle joue avec ses dames d'atours dans les galeries du Louvre mal éclairées, Anne bute contre une estrade et fait une fausse couche. Louis XIII est furieux contre elle, mais plus encore contre Mme de Luynes impardonnable à ses yeux d'avoir entraîné la reine enceinte dans une telle imprudence[12]. À partir de cette époque, le roi supporte de plus en plus mal l'influence déplorable que Mme de Luynes exerce sur son épouse. L'antipathie de la duchesse pour le roi est réciproque et lourde de conséquences pour le couple royal. La situation se détériore d'autant plus que le duc de Luynes, responsable de l'entente conjugale, est mort l'année précédente et que le roi est accaparé par la guerre contre les protestants.

Le roi écarte pour un temps Marie de Rohan en lui retirant les fonctions de surintendante auprès de la reine. Mais son remariage avec le duc de Chevreuse, un membre de la puissante Maison de Lorraine, la rend intouchable. Anne continue de fréquenter la duchesse ou à correspondre avec elle lorsqu'elle en est réduite à l'exil. La duchesse qui n'aime pas le roi exerce une influence pernicieuse sur Anne[13].

L'affaire Buckingham

En 1625, une alliance matrimoniale est conclue entre la France et l'Angleterre. Le 11 mai Henriette, sœur de Louis XIII, épouse par procuration le nouveau roi d'Angleterre Charles Ier. Le duc de Buckingham, favori du feu roi, est chargé d'escorter la princesse. Selon l'usage, la Cour de France accompagne Henriette jusqu'à la frontière. Anne d'Autriche est du voyage ainsi que la reine-mère (Louis XIII est resté à Paris). C'est au cours de ce voyage que Buckingham fait une cour pressante à Anne. À l'étape d'Amiens le 14 juin 1625, l'amie de la reine la duchesse de Chevreuse s'arrange pour isoler dans le jardin de l'archevêché Anne et Buckingham du reste de la Cour. Selon les Mémoires de Pierre de la Porte, valet de chambre de la reine, le duc se montre entreprenant, Anne pousse un cri. Selon les Historiettes de Tallemant des Réaux, le duc « culbuta la reine et lui écorcha les cuisses ». La suite royale accourt alors que Buckingham s'éclipse. Finalement le 22 juin 1625, le duc de Buckingham embarque à Boulogne avec la jeune épouse du roi Charles[14].

L'incident d'Amiens fait le tour des Cours européennes et touche fatalement l'amour-propre de Louis XIII, alors que les relations conjugales du couple sont déjà tendues. Buckingham se voit interdire le sol français. Plus tard, La Rochefoucauld invente dans ses mémoires cette histoire de ferrets offerts au duc[15], laquelle sera reprise par Alexandre Dumas dans Les Trois Mousquetaires.

L'adversaire de Richelieu

Des époux profondément brouillés

La mésentente perdure entre les souverains. En effet, l'absence d'héritier direct après seize ans de mariage constitue la première de raisons de mésentente et fragilise la dynastie, car la reine-mère Marie de Médicis ou le frère du roi Gaston de France, héritier présomptif, échafaudent des intrigues à l'intérieur ou à l'extérieur du royaume. De plus, la présence, au plus près du roi, de son ministre Richelieu, acteur de la lutte contre la Maison d'Autriche, constitue une autre raison. Or si celle-ci n'a pas d'influence politique (elle ne participe pas au Grand Conseil), elle n'en reste pas moins proche de sa famille espagnole et ressent une hostilité vis-à-vis du ministre qu'elle partage avec le parti dévot et les Grands du royaume.

Toujours sous l'influence de la duchesse de Chevreuse, la reine se laisse entraîner dans l'opposition, défiant la politique absolutiste du cardinal de Richelieu, nouveau premier ministre du roi à partir de 1624. La duchesse de Chevreuse la compromet dans plusieurs complots contre celui-ci. Plusieurs rumeurs de trahison visent la reine, mais sans réel élément à charge, notamment concernant sa participation aux conspirations de Chalais, puis de Cinq-Mars.

La Reine entre deux feux

Anne d'Autriche montant à cheval, par Jean de Saint-Igny, Versailles

En 1635, la France déclare la guerre à l'Espagne, plaçant Anne d'Autriche dans une position encore plus délicate. En effet, la correspondance secrète qu'elle entretient avec le roi d'Espagne Philippe IV, son frère, va au-delà des nécessités de la simple affection fraternelle. Deux ans plus tard, en août 1637, Anne est suspectée. Sur l'ordre de Louis XIII, une enquête policière est menée sur les activités de la Reine. On perquisitionne l'abbaye du Val-de-Grâce où Anne a l'habitude de se réfugier. Comble de l'humiliation, Louis XIII l'oblige à signer des aveux concernant cette correspondance, et son courrier est désormais ouvert[16]. Son entourage est épuré (la trop remuante duchesse de Chevreuse doit s'enfuir en Espagne) et ses sorties surveillées.

Une naissance tardive

Malgré ce climat de méfiance, la reine est enceinte peu après[17]. Plusieurs mémorialistes attribuent ce rapprochement inespéré des deux époux à un orage providentiel qui, empêchant Louis XIII de rejoindre Saint-Maur, l'aurait forcé à passer la nuit chez la reine, au Louvre, mais la chronologie dément cette rumeur, puisqu'elle indique que le couple royal séjournait à Saint-Germain lors de la semaine du 23 au 30 novembre 1637 (semaine présumée de la conception de Louis XIV)[18].

D'autres attribuent cette naissance aux nombreux pèlerinages que la souveraine effectua à l'église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle dont elle avait elle-même posé la première pierre en avril 1628, sur l'emplacement d'une ancienne chapelle de l'Annonciation détruite par la Ligue en 1591.

Après deux (ou quatre) fausses couches, Louis Dieudonné naît le 5 septembre 1638, à Saint-Germain-en-Laye. Cependant, cette naissance, suivie de celle de son frère Philippe, ne suffit pas à rétablir la confiance entre les deux époux.

La Régence

La régente Anne d'Autriche et ses deux fils par Champaigne

Les débuts

Jeton dont l’avers est à l’effigie d’Anne d’Autriche et le revers à celle de Louis XIV, années 1643-1646.

Richelieu meurt le 4 décembre 1642, suivi par Louis XIII le 14 mai 1643. Selon la tradition, Anne d'Autriche est nommée régente du royaume (le 18 mai 1643). Pourtant, Louis XIII, qui n'avait aucune confiance en la reine et en son frère, a préalablement organisé auprès d'elle un Conseil de régence comprenant outre Monsieur Gaston de France et Henri de Condé en tant que premier prince de sang, assistés des ministres de Richelieu, Mazarin, Le Bouthiller, Chavigny et le chancelier Séguier. Les décisions doivent être prises à la pluralité des votes. Cinq jours après la mort de son mari, et avec l'aide du chancelier, Anne convoque le parlement de Paris en lit de justice et fait casser le testament de Louis XIII, qui limitait ses prérogatives. Les membres du Parlement en profitent pour stigmatiser l'absolutisme du règne précédent, augurant des révoltes futures de l'Institution.

La régente quitte alors les appartements incommodes du Louvre et s'installe au Palais-Cardinal, légué par Richelieu à Louis XIII, pour profiter du jardin où peuvent jouer le jeune Louis XIV et son frère. Le Palais-Cardinal devient le Palais-Royal.

À la stupéfaction générale, elle nomme le cardinal Mazarin, déjà présent dans le Conseil de régence, comme son principal ministre. On la soupçonne d'ailleurs d'avoir ultérieurement contracté un mariage secret avec lui, sans qu'aucun élément probant ne soit jamais apporté[19]. Anne écarte Le Bouthillier et son fils Chavigny, mais garde Séguier. La faveur de Mazarin et la poursuite de la guerre contre l'Espagne engendrent des déceptions parmi les Grands du royaume. Anne marque aussi une distance vis-à-vis de ses amies (la duchesse de Chevreuse, Marie de Hautefort) rentrées d'exil.

Une première cabale menée par le duc de Beaufort est matée par Mazarin. Beaufort est envoyé en prison et ses comparses sont réduits à l'exil.

Article détaillé : Cabale des Importants.

Inexpérimentée, la Régente a l'intelligence de s'appuyer sur les avis de son ministre et de le soutenir. Prenant conscience qu'elle se doit de laisser à son fils un royaume fort, elle adhère à la politique d'abaissement de la Maison d'Autriche que Mazarin poursuit sur les traces de Richelieu. Mazarin prend également en charge l'éducation politique et militaire du jeune roi, Anne se réservant l'éducation religieuse et morale.

Les révoltes

Anne d'Autriche en habits de veuve, par Charles de Steuben, Versailles
Article détaillé : Fronde (histoire).

Face à la révolte du Parlement, Anne d'Autriche est tentée d'employer la force, mais Mazarin lui conseille la modération. En janvier 1649, la reine-mère et son fils quittent Paris pour Saint-Germain et laissent Condé investir la capitale. L'apaisement obtenu par le traité de Saint-Germain est fragile et n'évite pas la révolte des princes, puis l'alliance des deux Frondes déclenchant une guerre civile perdurant jusqu'en 1652.

Durant ce long conflit, Anne d'Autriche accompagne son fils dans une vie itinérante, laissée aux hasards des campagnes. Elle s'appuie sur Mazarin qu'elle soutient, y compris pendant les deux exils volontaires de ce dernier, et ceci malgré les humiliations et les pamphlets perfides qui l'atteignent personnellement.

Le 5 septembre 1651, Louis XIV atteint la majorité fixée à treize ans. Deux jours plus tard devant le Parlement, Anne d'Autriche transmet officiellement les pouvoirs régaliens à son fils qui lui répond :

« Madame, je vous remercie du soin qu'il vous a plu de prendre de mon éducation et de l'administration de mon royaume. Je vous prie de continuer à me donner vos bons avis, et je désire qu'après moi vous soyez le chef de mon Conseil »

Anne continue à siéger auprès du roi jusqu'à la mort de Mazarin en 1661.

Fin de vie

Dernier portrait d'Anne d'Autriche, par Nanteuil
D'après Pierre Mignard, Portrait d'Anne d'Autriche, vers 1660, Musée Charles Friry, Remiremont.

En 1661, après le décès de Mazarin, elle s'affirme comme le principal soutien de la Compagnie du Saint-Sacrement, et se retire régulièrement dans l'abbaye du Val-de-Grâce, bien que toujours tenue en vénération par son fils. D'ailleurs l'originalité de cette famille royale à cette époque réside dans l'adoration (excessive, pour des princes de cette époque) qu'ils se portent entre eux, renforcée par l'épreuve de la Fronde. En effet, Louis a conservé son trône grâce à sa mère et Mazarin, et il en est parfaitement conscient. Il leur voue donc une dévotion éternelle et un profond respect. De plus, Anne, contrairement à sa belle-mère envers Louis XIII, n'accapare pas le pouvoir. Lorsque son fils devient un homme, elle lui laisse l'entière responsabilité des affaires, avec l'aide de Mazarin. Elle n'avait plus le goût de la politique, et Louis XIV la remercie pour avoir su se retirer au bon moment.

Pourtant, elle continue à se préoccuper des mœurs de son fils aîné, et de la rapidité avec laquelle il délaisse son épouse. Il s'ensuit de grandes querelles entre Anne et Louis. Parfois, de moins en moins consultée, elle souffre également d'être peu écoutée par le roi. Cet éloignement est plus du fait d'un « fossé des générations », que d'un manque d'affection. Louis XIV dans la force de sa jeunesse, en dehors des affaires, ne pense qu'aux fêtes et aux plaisirs de toutes sortes, charnels, danse, théâtre... Tandis qu'Anne sentant sa fin arriver devient très pieuse. Elle aime aussi s'amuser, écouter la musique, apprécie la comédie (quand celle-ci n'entre pas en conflit avec la religion) et protège les arts. Malgré les brouilles, les liens entre Anne et ses deux fils sont toujours solides.

Anne, qui a toujours joui d'une bonne santé, est atteinte d'un cancer du sein à 64 ans et s'éteint le 20 janvier 1666. Le roi, qui attendait dans l'antichambre pendant l'agonie de sa mère, s'évanouit en l'apprenant.

Alors qu'un conseiller tente de réconforter Louis XIV en lui disant « Ce fut une grande Reine ! », Louis répond solennellement : « Non monsieur, plus qu'une grande Reine, elle fut un grand Roi »[20].

Les contemporains expriment également leur admiration, comme Mlle de Scudéry, auteur des vers suivants :

Elle sut mépriser les caprices du sort,
Regarder sans horreur les horreurs de la mort,
Affermir un grand trône et le quitter sans peine ;
Et pour tout dire enfin, vivre et mourir en reine[21].

Peu avant de mourir, elle demande expressément à ne se faire retirer que le cœur, qui est porté à la chapelle Sainte-Anne (nommée la « chapelle des cœurs » renfermant les cœurs embaumés de 45 rois et reines de France) de l'église Notre-Dame du Val-de-Grâce. En 1793, lors de la profanation de cette chapelle, l'architecte Louis-François Petit-Radel s'empare de l'urne reliquaire en vermeil contenant notamment le cœur d'Anne d'Autriche, le vend ou l'échange contre des tableaux à des peintres qui recherchaient la substance issue de l'embaumement ou « mummie » – très rare et hors de prix – alors réputée, une fois mêlée à de l'huile, pour donner un glacis incomparable aux tableaux[22].

Descendance

Après de nombreuses années de stérilité, Anne donne un héritier au royaume de France et a seulement deux enfants en vingt-deux ans de mariage :

Ascendance

Fiction

Statue d'Anne d'Autriche dans la série Reines de France et Femmes illustres du jardin du Luxembourg.
  • De nombreux opuscules, provenant le plus souvent des Hollandais, alors fortement hostiles à la France, affublent la reine d'une liste impressionnante d'amants. La principale source de ces marottes est un petit livre attribué à un certain Pierre Le Noble, assez rare, imprimé à Cologne en 1692, sous ce titre : Les amours d'Anne d'Autriche, épouse de Louis XIII, avec M. le C. D. R., le véritable père de Louis XIV, roi de France; où l'on voit au long comment on s'y prit pour donner un héritier à la couronne, les ressorts qu'on fit jouer pour cela, et enfin le dénouement de cette comédie. Aucun historien sérieux ne donne crédit à ces accusations fantaisistes. Cette hypothèse a d'ailleurs été réduite à néant depuis la confrontation génétique entre l'ADN de la tête d'Henri IV et le sang de Louis XVI recueilli dans une gourde, qui a montré une filiation directe par les pères, donc une absence de filiation adultérine entre ces deux souverains français[24].
  • On lui a prêté une intrigue amoureuse avec George Villiers de Buckingham, intrigue qui constitue une partie de la trame des Trois Mousquetaires, roman-feuilleton (1844) d'Alexandre Dumas. Mais là encore, rien ne fut jamais prouvé, en dehors des visibles assiduités de Buckingham à son égard, et la grande piété de la reine plaide plutôt pour une relation amicale ou un amour platonique. Son génie politique en tant que régente est traité dans le film de Roger Planchon, Louis, enfant roi (1992).
  • Dans le film de Randall Wallace, L'Homme au Masque de fer (The Man in the Iron Mask) réalisé en 1998, le réalisateur prête à Anne d'Autriche une relation plus qu'intime avec le mousquetaire d'Artagnan sans aucune référence historique.
  • Dans le téléfilm La Reine et le Cardinal, diffusé en février 2009 sur France 2, Marc Rivière en fait avec insistance la maîtresse du cardinal Mazarin. Anne est interprétée par Alessandra Martines
  • Alexandra Dowling prend le rôle dans la série télévisée britannique The Musketeers, adapté pour la BBC par Adrian Hodges  (2014-2015). Elle connait une relation intime avec Aramis, intrigue secondaire de la saison 2 et principale de la saison 3.

Notes et références

  1. a et b Son nom espagnol complet est Ana Ana María Mauricia de Austria y Austria (maison de Habsbourg).
    Elle tient ses noms de son père Philippe III (de son nom de naissance, Felipe de Austria y Austria) et de sa mère Marguerite d’Autriche-Styrie (à sa naissance, Margarita de Austria-Estiria)
  2. L’utilisation de la forme francisée « Anne d’Autriche. »
    De la même manière, son nom complet serait en français Anne Marie Mauricia d’Autriche.
  3. Ruth Kleinman, Anne d'Autriche, Fayard 1993 (trad.) p.26
  4. Philippe Alexandre et Béatrix de l’Aulnoit, Pour mon fils, Pour mon Roi.
  5. François Tommy Perrens, Les mariages espagnols sous le règne de Henri IV et la régence de Maris de Médicis, 1869 p. 261-262
  6. Simone Bertière, Les deux régentes, série Les Reines de France, Éditions du Fallois, p.156.
  7. Aimé Bonnefin, La monarchie française : 987-1789, France-Empire, , p. 301
  8. Certains historiens doutent de cette version qui ne leur semble avoir été montée que pour éviter d'ultérieures contestations sur la légitimité du mariage de la part des opposants en France (Prince de Condé, chefs huguenots).
  9. Secrets d'histoire intitulée Anne d’Autriche, la mystérieuse mère du Roi Soleil, diffusée le 25 août 2010 sur France 2.
  10. Kleinman op.cit. p.74
  11. Kleinman op.cit. p.79-85.
  12. Kleinman op.cit. p.106
  13. Bertière op.cit. p.192
  14. Michel Duchein, Le duc de Buckingham, Fayard, , p. 167
  15. Bertière op.cit. p.202
  16. Bertière op. cit., pp. 291-296.
  17. Le doute sur la paternité de Louis XIII intervient des années plus tard suite aux rumeurs et libelles sans fondement, alimentant les histoires romancées de Guy Breton, par exemple. Voir ici. Les historiens modernes pensent que la profonde piété de la reine et la surveillance étroite dont elle fait alors l'objet n'accréditent pas cette thèse.
  18. Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, Perrin 1995, p.24
  19. Aucun document ne corrobore ce soupçon. En revanche les historiens se divisent sur la nature des relations entre le ministre et la reine : Claude Dulong croit à une relation charnelle, hypothèse que repoussent par exemple François Bluche ou Ruth Kleinmann. Philippe Delorme ajoute prudemment que l'on se trouve face à un océan d'incertitude.
  20. Claude Dulong, Anne d'Autriche, Hachette, 1980, rééd. 2000 (ISBN 2-262-01601-1).
  21. Bibliothèque poétique, vol. 2, Paris, Briasson, 1745, p. 483.
  22. André Castelot, L'Histoire insolite, Paris, Perrin, , 427 p. (ISBN 2-262-00248-7), p. 171
  23. (en) Charlier P, Olalde I, Solé N, Ramírez O, Babelon JP, Galland B, Calafell F, Lalueza-Fox C., « Genetic comparison of the head of Henri IV and the presumptive blood from Louis XVI (both Kings of France) », Forensic Sci Int., vol. 226, no 1-3,‎ , p. 38-40. (PMID 23283403, DOI 10.1016/j.forsciint.2012.11.018)

Annexes

Bibliographie

  • Jean de La Varende, Anne d'Autriche, Paris, Flammarion, coll. « Visage de l'Histoire », 1938.
  • Ruth Kleinman (trad. Ania Ciechanowska), Anne d'Autriche [« Ann of Austria, Queen of France »], Paris, Fayard, , 605 p. (ISBN 2-213-03030-8, présentation en ligne).
  • Philippe Delorme, Anne d'Autriche, Histoire des Reines de France, Ed. Pygmalion, 2000 (ISBN 2-85704-571-9).
  • Claude Dulong, Anne d'Autriche, mère de Louis XIV, Paris, Perrin, (1re éd. 1980, Hachette), 523 p. (ISBN 2-262-01601-1, présentation en ligne).
  • Antonia Fraser, Les Femmes dans la vie de Louis XIV, Flammarion, 2007.
  • (de) Oliver Mallick, « Spiritus intus agit » : Die Patronagepolitik der Anna von Österreich 1643-1666, De Gruyter, 2016 (ISBN 978-3-11-041518-6).
  • (de) Oliver Mallick, « Clients and Friends: The Ladies-in-waiting at the Court of Anne of Austria (1615-1666) », dans Nadine N. Akkerman et Birgit Houben (dir.) The Politics of Female Households. Ladies-in-Waiting across Early Modern Europe, Leiden, Brill, 2013, p. 231-264.
  • (de) Oliver Mallick, « Freundin oder Gönnerin ? Anna von Österreich im Spiegel ihrer Korrespondenz », dans Bertrand Haan et Christian Kühner (dir.), Freundschaft. Eine politisch-soziale Beziehung in Deutschland und Frankreich, 12.–19. Jahrhundert (8. Sommerkurs des Deutschen Historischen Instituts Paris in Zusammenarbeit mit der Universität Paris-Sorbonne, der Albert-Ludwigs-Universität Freiburg und der École des hautes études en sciences sociales, 3.–6. Juli 2011), Discussions, 8, Online sur perspectivia.net
  • Oliver Mallick, « Au service de la reine. Anne d'Autriche et sa maison (1616-1666) », Cour-de-france.fr, Online sur cour-de-france.fr

Articles connexes

Liens externes