André Broc

André Broc
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André Broc est un fonctionnaire et juriste français, né en 1909 et mort en 1997. Il est connu par des travaux de recherches récents montrant son implication dans la définition juridique de la « qualité de Juif » et par son rôle dans la mise en place de certains outils policiers essentiels à la persécution des juifs par le régime de Vichy.

Biographie

André Broc, né à Arras, en 1909, est élève de Sciences Po Paris en 1933.

Pendant la seconde Guerre mondiale, André Broc travaille au sein de la sous-direction des Affaires juives de la Préfecture de police de Paris. André Broc est un ami très proche de Georges Montandon. Le , André Broc soutient une thèse de droit : La qualification juive[1], à l'Université de droit de Paris. Son jury de thèse était composé de trois professeurs de droit réputés : deux professeurs de droit administratif, Achille Mestre (directeur de thèse)[2] et Pierre Lampue qui était spécialiste également de droit colonial ainsi qu'un professeur de droit international public, Georges Scelle. La thèse de Broc a eu la meilleure mention et a été publiée par les Presses universitaires de France sous le premier titre : La qualification juive, et une deuxième fois en 1943 sous le titre : La qualité de juif. Une notion juridique nouvelle[3].

Pour Danièle Lochak, cette thèse, prétendument basée sur une démarche scientifique et des références historiques et sociologiques, se révèle surtout un outil pragmatique de présomption d'identification raciale[4]. Axel Metzker, avocat et docteur en droit, évoque quant à lui en 2005[5] le rôle d'André Broc dans la persécution des juifs de France pendant la Seconde Guerre mondiale, tant sur le plan de la doctrine que sur le plan de la pratique au sein de la Préfecture de police : il montre le fonctionnement interne de la Préfecture de police sous Vichy, et notamment la mise au point du fichier juif surnommé Fichier Tulard, auquel André Broc et André Tulard travaillaient ensemble. Selon Axel Metzker « André Broc n'était pas seulement un fonctionnaire de la préfecture de police comme l'avaient déjà écrit Marrus et Paxton, mais au sein de la sous-direction des Affaires juives, il avait la haute main sur la qualification juive »[6],[1] et était le spécialiste de la définition du « juif » en 1942. A la libération, André Broc est nommé aux Archives de la Préfecture de police, aux côtés d'Hélène Tulard, l'épouse d'André Tulard, son ancien directeur.

À la Libération, devant la commission d'épuration, Broc nie qu'il y ait de l'antisémitisme dans sa thèse et prétend avoir rendu des services [7]. Il reste à la Préfecture de police comme responsable des archives[8], sous la direction de Maurice Papon, devenu Préfet de Police. André Broc devient syndicaliste au sein de la Préfecture[réf. nécessaire].

Lorsque André Broc est décoré de la Légion d'honneur en 1958 en présence du général Charles de Gaulle, alors chef du gouvernement, Eugène Saint Bastien, un élu communiste proteste avec virulence au cours d'une audience du Conseil de Paris, un exemplaire du livre d'André Broc sur la « qualité de Juif » à la main[9].

Notes et références

  1. a et b Serge Klarsfeld, Le premier statut des juifs, Paris, 4 octobre 2010.
  2. Philippe Fabre, Le Conseil d'État et Vichy : Le contentieux de l'antisémitisme, Publications de la Sorbonne, 2001, Paris, p. 274, note no 511.
  3. Laurent Joly, Vichy dans la «solution finale», éd. Grasset & Fasquelle, 2006, Paris, note no 77.
  4. Danièle Lochak, « La doctrine sous Vichy ou les mésaventures du positivisme », in Les usages sociaux du droit, CURAPP-PUF, 1989, p. 252.
  5. Axel Metzker, La doctrine juridique de professeurs de droit face à la qualification juive issue du statut des juifs et de la thèse d'André Broc : de la théorie juridique à la pratique criminelle antisémite sous le régime de Vichy, thèse de droit, Université Paris 12, 2005.
  6. Michael Marrus et Robert O. Paxton, Vichy et les juifs, Paris, Librairie générale française, coll. « Le livre de poche », (1re éd. Calmann-Lévy 1981) (ISBN 9782253052470).
  7. Laurent Joly, Vichy dans la « Solution finale » : histoire du commissariat général aux questions juives (1941-1944), Paris, Grasset, (ISBN 2246638410 et 978-2-2466-3841-4).
  8. Thomas Wieder, Enquête chez les soutiers de la persécution, 2 juin 2011
  9. Laurent Joly, L'antisémitisme de bureau : enquête au cœur de la préfecture de police de Paris et du commissariat général aux questions juives, 1940-1944, Paris, Bernard Grasset, coll. « Essais Français », , 448 p. (ISBN 978-2-2467-3691-2, lire en ligne).