Alphonse Karr

Alphonse Karr
Alphonse Karr Nadar.jpg
Alphonse Karr photographié par Nadar.
Fonction
Président
Ligue française contre la vivisection
à partir de
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Cimetière Alphonse-Karr ()
Pseudonyme
Pierre Rosenkranz
Nationalité
Formation
Activités
Autres informations
Chaire
Distinction

Jean Baptiste Alphonse Karr, né à Paris le [1] et mort à Saint-Raphaël le , est un romancier et journaliste français.

Biographie

Alphonse est le fils du pianiste compositeur munichois Henri Karr[2]. Il étudie à Paris au collège Bourbon[3] et, dès l’âge de vingt ans, y enseigne quelque temps, en tant que professeur suppléant[4]. Il abandonne l’enseignement pour s’adonner à la poésie, et n’écrit qu’en vers[4]. Il espère alors gagner sa vie grâce à ses poèmes, et envoie une pièce en vers au journal Le Figaro, lequel lui répond que ses vers ne seront pas publiés, et lui conseille d’écrire en prose[4]. Alphonse Karr décide de travailler ses textes en prose, pour pouvoir avoir un revenu. Il réécrit Sous les tilleuls en prose[4], et se fait publier. C’est ainsi qu’en , à l’âge de 24 ans, il débute dans la littérature avec son roman le plus célèbre, Sous les tilleuls, paru en deux volumes[4], qui lui valut son entrée au Figaro.

Il se marie « fort jeune[4] », sa femme obtient sa demande de séparation par le tribunal[3]. Ils ont une fille, Thérèse[5],[3], née dans le milieu des années 1830[3]. Thérèse Karr écrira des courts récits, des romans, et fera des traductions[5] depuis l’allemand[3]. Elle écrira aussi sous divers pseudonymes, comme celui de Pierre Rosenkranz[5].

En , il participe à La Chronique de Paris, fondée par Honoré de Balzac, dont la parution ne durera que six mois, mais qui fut un joyeux intermède[6]. Ami de Victor Hugo, il est un auteur dans la veine romantique. Son roman Histoire de Romain d’Étretat fait connaître Étretat, où il se rendait souvent. Par ses écrits et son réseau d’amis (des artistes, des romanciers...), il contribue aussi à la réputation de Trouville et d'Honfleur[2]. On peut même le considérer comme l’« inventeur » d’une autre station balnéaire normande, celle de Sainte-Adresse près du Havre, dont il est le conseiller municipal de à et dont il fait le lieu de plusieurs romans[2].

Parallèlement à ses articles au Figaro, il écrit également dans les revues Entr’acte, la Revue de Paris et Le Corsaire[4], puis il signe des feuilletons dans La Presse et Le Siècle[4]. Il devient ensuite rédacteur en chef au Figaro[4], de 1836 à 1838[7].

De à , il publie une revue satirique : Les Guêpes, dont il est l’unique rédacteur, dans lequel il vitupère contre la plupart des célébrités de son époque. C’est le second succès phénoménal de sa carrière littéraire[2]. En , il relate, dans le Siècle, le drame au cours duquel Léopoldine Hugo et son mari Charles Vacquerie ont trouvé la mort dans un naufrage sur la Seine , à Villequier. C’est par cet article que Victor Hugo, alors en voyage dans les Pyrénées, apprend la mort de sa fille et de son gendre.

Caricature d’Alphonse Karr par Touchatout dans le Trombinoscope.
Caricature d’Alphonse Karr par Hippolyte Mailly pour le Hanneton du .

Il participe également au journal L’Événement[8], quotidien créé par Victor Hugo en , et qui parut jusqu’en .

En , ayant fait allusion, au cours d’une visite au salon littéraire de Louise Colet, aux amours de la maîtresse de maison avec Victor Cousin, celle-ci furieuse lui donne dans le dos un coup de couteau de cuisine. Blessé sans gravité, il ne porte pas plainte mais exposa le couteau sur le mur de sa chambre du no 46 rue Vivienne avec cette inscription : « Donné par Louise Colet… dans le dos[9] ».

Pour Karr, opposant à la monarchie constitutionnelle, l’abdication du roi Louis-Philippe puis l’instauration de la IIe République en est une bonne nouvelle. Il échoue de peu à être député de la Seine-Inférieure. Il fonde Le Journal pour soutenir le général Louis Eugène Cavaignac mais le périodique ne dure que trois mois[2]. Le coup d’État de 1851 par Napoléon Bonaparte, le futur Napoléon III, l’oblige à se retirer sur la côte d'Azur, alors située dans le royaume de Piémont-Sardaigne. Il s’installe précisément à Nice, où, tout en continuant à écrire, il loue une propriété agricole dans le quartier Saint-Étienne. Il développe une activité de floriculture ( à )[10] et il ouvre avec succès, au 8 place du jardin Public, un magasin de vente de bouquets de fleurs, de fruits et légumes, destiné à une clientèle d’hivernants[11]. Son intérêt et sa connaissance des jardins expliquent qu’une poire, la Poire Alphonse Karr, et un bambou, le Bambusa multiplex Alphonse Karr et un dahlia ont été nommés en son souvenir. Toujours ironisant, il a publié un traité intitulé Comment insulter les plantes en latin.

Sa fille Jeanne[12] naît en . Elle se marie avec le peintre, photographe et architecte Léon Bouyer[12]. Ils auront trois enfants, Suzanne l’aînée (nom d’épouse Gauvin), Alphonse né en , puis Violette, née en . Violette Bouyer-Karr publiera plusieurs romans et nouvelles[13],, et sera membre puis secrétaire de la Société des Gens de Lettres.

Il quitte Nice en [15], exproprié par la construction de la gare SNCF de Nice-Ville[15], et il s’installe à Saint-Raphaël[15]. Son dernier succès littéraire, l’Esprit d’Alphonse Karr, est une simple compilation de ses bons mots[2].

En , il assiste la famille Bayon dans l’affaire Guillaume Bayon, à Saulce-sur-Rhône, une affaire criminelle jugée par la Cour d’assises de la Drôme, le . En , il publie une lettre ouverte (JO de la Commune de Paris, 6 mars) très réticente à Thiers et proposant des mesures républicaines très radicales (suppression de l’armée, mise en loterie des biens de la couronne, etc.)

En , la Ligue populaire contre la vivisection se créait, le président d’honneur était Victor Hugo et le président en exercice l’écrivain Alphonse Karr. Comme la SPA, créée en , cette société allait veiller à la stricte application de la loi Grammont. Cette loi, qui avait été votée le par l’Assemblée nationale, punissait d’une amende de un à quinze francs, mais aussi de un à cinq jours de prison « les personnes ayant exercé publiquement et abusivement des mauvais traitements envers les animaux domestiques », une précision était apportée : la peine de prison sera toujours appliquée en cas de récidive[16].

Alphonse Karr, qui aimait jouer aux dominos, était membre du club des dominotiers, fondé vers par le sculpteur Dantan jeune.

Il avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur, en [17].

Malade depuis plusieurs jours d’une fluxion de poitrine[12], il meurt à l’âge de 81 ans, dans sa villa de Saint-Raphaël, appelée « Maison Close »[15], aux côtés de sa fille Jeanne, son gendre Léon, et ses petits-enfants[12]. Il est enterré au cimetière tout proche, auquel la commune donnera son nom[12],[18], sous une tombe en forme de tronc d’arbre[19]. Viendront reposer auprès de lui sa fille Jeanne (1852-1929), son gendre Léon Bouyer (1844-1916) et un de leurs enfants, son petit-fils Auguste (1874-1920)[19]. Peu après son décès, ses amis lancent une souscription pour édifier un monument à sa mémoire. Ils en confient la réalisation au sculpteur niçois Louis Maubert. Ce monument inauguré en 1906 a disparu, le buste en bronze représentant Alphonse Karr ayant été fondu lors de la Seconde Guerre mondiale pour la récupération du métal. Le modèle du buste est conservé au Musée d'art et d'histoire de Draguignan[20].

Sa petite-fille, l’écrivain Violette Bouyer-Karr (1875-1975), née à la « Maison Close »[13], « se vit dans l’obligation de gérer le domaine légué par ses parents ». En , un essai lui est consacré L’humble Violette, femme forte, écrit par Françoise Grosjean.

Sa nouvelle Les Willis a été à la base de l’opéra Le Villi de Giacomo Puccini ().

Style

Selon Patrice Delbourg, Karr, « avec Capus, avec Feydeau, avec Aurélien Scholl, symbolise l’esprit et l’humour du boulevard. [...] Une sorte de prince de l’esprit, d'Aristophane du trottoir[21]. » C’était un spécialiste des bons mots, tantôt moralistes, tantôt acerbes, parfois misogynes.

Hommages

À Saint-Maur-des-Fossés.
  • Une rue de Paris porte son nom.
  • Une rue d'Étretat porte son nom.
  • Une sente de Sainte-Adresse porte son nom.
  • Une rue de Châlons-en-Champagne porte son nom.
  • Une avenue de Saint-Maur-des-Fossés porte son nom.
  • Une rue de Saint-Raphaël (centre-ville), ainsi que le cimetière où il est enterré[12],[18].
  • Une avenue près de Boulouris (Estérel Plage) ont été nommées en son honneur.
  • Une rue de Nice a été renommée en son honneur.
  • Un collège de Mondoubleau, dans le Perche vendômois du Loir-et-Cher, porte son nom. Sa femme était originaire de ce village. Un collège de Saint-Raphaël porte également son nom.
  • Son vieil ami Gabriel-Vital Dubray (1813-1892) est mort alors qu’il modelait un buste destiné à orner sa tombe.
  • Un buste est installé à Saint-Raphaël (sculptrice : Alice Fagny Sapet) et un autre dans la mairie d’Étretat (sculpteur : Cipriani)

Notes et références

  1. Archives de Paris en ligne, fichier alphabétique de l’état civil reconstitué, V3E/N 1241, vue 9/51.
  2. a, b, c, d, e et f Benoît Noël, « Alphonse Karr (1808-1890) : la Pénélope Normande et les Vergissmeinnicht », Le Pays d’Auge,‎ mars-avril 2007, p. 2-13.
  3. a, b, c, d et e Charles Lefeuve, Histoire du Lycée Bonaparte Collège Bourbon, 1852.
  4. a, b, c, d, e, f, g, h et i Louis Adrien Huart et Charles Philipon, Galerie de la presse, de la littérature et des beaux-arts, volume 1, Chez Aubert, 1839.
  5. a, b et c Antoine Edmond Poinsot , Dictionnaire des pseudonymes, éd. Slatkine, 1887.
  6. André Maurois, Prométhée ou la vie de Balzac, Hachette, 1965, p. 308-309
  7. Fiche BnF du journal Le Figaro.
  8. Sandrine Fillipetti, Victor Hugo, Gallimard, 2011.
  9. Bernard Vassor, l’Attentat de la rue Bréda, Louise Colet et Alphonse Karr
  10. Alphonse Karr, Promenade hors de mon jardin, Lévy, 1856, p. 154.
  11. Marie-Thérèse Dufour-Lion, Nice-Historique, 1962, p. 115-116
  12. a, b, c, d, e et f Article du journal Le Figaro, du , consultable sur Gallica.bnf.fr.
  13. a et b [PDF] (ca) Revue Feminal n°27, du 27 juin 1909.
  14. a, b, c et d Article sur Alphonse Karr, site de la commune de Saint-Raphaël.
  15. Frédéric Vitoux, Dictionnaire amoureux des chats, Paris, Plon/Fayard, , 548 p. (ISBN 978-2-259-20686-0, lire en ligne).
  16. « Dossier dans l’ordre de la Légion d’honneur de Jean Alphonse Karr », base Léonore, ministère français de la Culture
  17. a et b Fiche du cimetière Alphonse-Karr, sur le site dossiersinventaire.regionpaca.fr.
  18. a et b Sépulture d’Alphonse Karr, sur le site tombes-sepultures.com.
  19. André Alauzen et Laurent Noet, Dictionnaire des peintres et sculpteurs de Provence-Alpes-Côte d'Azur, Marseille, Jeanne Laffitte, (1re éd. 1986), 473 p. (ISBN 9782862764412, OCLC 920790818, notice BnF no FRBNF40961988), p. 313
  20. Émission radiophonique Les Papous dans la tête du , France Culture.

Annexes

Bibliographie

Gravure pour La Pénélope normande.
Par ordre chronologique
  • Eugène de Mirecourt, Alphonse Karr, Paris, G. Havard, , 96 p. (lire en ligne).
  • A.-J. Lorentz, Épître à mon vieux camarade Alphonse Karr. La République, J. Claye, 1873.
  • Derek P. Scales, Alphonse Karr : sa vie et son œuvre, 1808-1890, Minard, 1959.
  • Charles-Armand Klein, Alphonse Karr, Prince de l’Esprit, Le Cherche Midi, Paris, 1994.
  • Benoît Noël, « Alphonse Karr (1808-1890) : la Pénélope Normande et les Vergissmeinnicht », Le Pays d’Auge,‎ mars-avril 2007, p. 2-13.
  • Claude Duneton, « Mon ami Alphonse Karr », dans Balade dans le Var, Paris, Éditions Alexandrines, coll. « Sur les pas des écrivains », .

Œuvres

  • Sous les tilleuls, (lire en ligne).
  • Dieu et Diable, (lire en ligne).
  • Une heure trop tard, 1833.
  • Fa Dièze, 1834.
  • Vendredi soir, 1835.
  • Histoire de Romain d’Étretat, 1836.
  • Le chemin le plus court, 1836.
  • Les Paysans illustres, Plutarque des campagnes, 1838.
  • Histoire de Napoléon, 1838.
  • Einerley, 1838.
  • Geneviève, 1838.
  • Clothilde, 1839.
  • Hortense, 1841.
  • Pour ne pas être treize, 1841.
  • Midi à quatorze heures, 1842.
  • Am Rauchen, 1842.
  • Feu Bressier, 1844.
  • Un voyage autour de mon jardin, 1845.
  • La famille Alain, (lire en ligne).
  • Sous les orangers, 1848.
  • Le livre des cent vérités, 1848.
  • Clovis Gosselin, 1851.
  • Raoul Desloges, 1851.
  • Les Fées de la mer, 1851.
  • Contes et nouvelles, 1852.
  • Agathe et Cécile, 1853.
  • Devant les tisons, 1853.
  • Lettres écrites de mon jardin, 1853.
  • Les Soirées de Sainte-Adresse, 1853.
  • Les Femmes, 1853.
  • Histoire d’un pion, suivie de l’Emploi du temps, de Deux dialogues sur le courage et de l’Esprit des lois, ou les Voleurs volés, 1854.
  • Histoires normandes, 1855.
  • Dictionnaire du pêcheur. Traité complet de la pêche en eau douce et en eau salée, 1855.
  • Promenade hors de mon jardin, 1856.
  • Encore les femmes, 1858.
  • Une Poignée de vérités. Mélanges philosophiques, (lire en ligne).
  • Roses noires et roses bleues, 1859.
  • Au bord de la mer, 1860.
  • La Pénelope normande, pièce en 5 actes et en prose, Paris, Vaudeville, 13 janvier 1860.
  • En fumant, 1861.
  • De loin et de près, 1862.
  • Sur la plage, 1862.
  • Les Dents du dragon, 1869.
  • Les Gaietés romaines, 1870.
  • La Maison close, 1870.
  • La Queue d’or, 1871.
  • La Promenade des Anglais, 1874.
  • Plus ça change et plus c’est la même chose, 1875.
  • Le Crédo du jardinier, 1875.
  • On demande un tyran, 1877.
  • Livre de bord, 1879-80.
  • Bourdonnements, 1880.
  • Grains de bon sens, 1880.
  • Les Cailloux blancs du Petit Poucet, 1881.
  • À l’encre verte. Miettes d’Histoire contemporaine, 1881.
  • Sous les pommiers, 1882.
  • Les points sur les i, 1882.
  • À bas les masques, 1883.
  • Dans la lune, 1883.
  • La Soupe au caillou, histoires contemporaines, 1884.
  • Roses et chardons, ou la Politique au jardin, 1886.
  • Le pot aux roses, 1887.
  • La Maison de l’ogre, 1890.
  • Hélène, 1890.
  • Au soleil, 1890.
  • Le Siècle des microbes, 1891.

Œuvres en ligne

  • Œuvres de Alphonse Karr sur le projet Gutenberg
  • et sur gallica.bnf.fr
  • Dictionnaire français illustré de Larive et Fleury
  • La Grande Encyclopédie, inventaire raisonné des sciences, des lettres, et des arts
  • Feu Bressier
  • Nouvelles en ligne sur la bibliothèque électronique de Lisieux :
    • Le Bal au cinquième étage, 1833.
    • Les Willis, 1856.
    • Un diamant, 1856.
    • Bouret et Gaussin, 1856.
    • Histoire d’un voisin, 1856.
    • Berthe et Rodolphe, 1856.
  • Alphonse de Lamartine (1790-1869) : Lettre à Alphonse Karr, jardinier, 1857.

Liens externes