Alphonse Baudin

Jean-Baptiste Baudin
Statue de Jean-Baptiste Baudin, Nantua.jpg
Fonction
Député
Biographie
Naissance
Décès
(à 40 ans)
Paris
Sépulture
Nationalité
Lieu de travail
Activité

Jean-Baptiste Alphonse Victor Baudin, dit Alphonse Baudin, né le à Nantua (Ain)[1],[2], et mort à Paris le , est un médecin français et député à l’Assemblée de 1849, célèbre pour avoir été tué sur une barricade alors qu'il s'opposait au coup d'État du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte.

Biographie

Carrière

Alphonse Baudin étudie la médecine à Lyon, puis à Paris[2]. Il sert comme médecin militaire en Algérie, où il rencontre Eugène Cavaignac[2].

Les événements de 1851

Ernest Pichio, Alphonse Baudin (1811-1851) sur la barricade du faubourg Saint-Antoine, le 3 décembre 1851, Paris, musée Carnavalet.

Baudin est initié à la franc-maçonnerie, le , à la loge du Temple des Amis de l'honneur français, qui fut suspendue en 1846[3].

Élu député le [4], il siège avec les représentants de la Montagne[2] et fait partie du comité de résistance organisé par les républicains afin d’essayer de soulever les ouvriers du faubourg Saint-Antoine contre le coup d'État du 2 décembre 1851 du prince Louis-Napoléon Bonaparte (futur empereur Napoléon III)[2].

Lors du mouvement insurrectionnel provoqué par ce coup d'État, une barricade avait été dressée le par les ouvriers de la rue Sainte-Marguerite, auxquels s’étaient joints plusieurs députés, parmi lesquels Pierre Malardier, député de la Nièvre, et Baudin, représentant de l’Ain à l’Assemblée législative de 1849.

Alors que Victor Schœlcher, accompagné de plusieurs députés, sans armes, s’en allait au-devant d’une compagnie du 19e de ligne qui venait de la place de la Bastille dans l’intention de parlementer avec les soldats, des ouvriers se moquèrent de ces représentants du peuple en disant :

« Croyez-vous que nous allons nous faire tuer pour vous conserver vos vingt-cinq francs par jour ! »

Baudin, un drapeau à la main, monté sur la barricade les regarda fixement et leur dit :

« Vous allez voir comment on meurt pour vingt-cinq francs ![5] »

C’est à ce moment-là qu’une balle, partie on ne sait pourquoi de la barricade, blessa un soldat du 19e de ligne. Ses camarades répliquèrent aussitôt furieusement, et Baudin tomba, mortellement blessé.

Postérité

Une souscription publique fut alors lancée par le journal Le Réveil pour élever un monument à ce martyr de la liberté. Cette initiative valut à Charles Delescluze, propriétaire du journal, un procès au cours duquel s’illustra Léon Gambetta, alors jeune avocat, qui prononça une diatribe contre l’Empire. Baudin devint ainsi un symbole républicain face au despotisme[Note 1].

Le monument parisien, comprenant un bronze en pieds d'Eugène-Jean Boverie, fut finalement érigé en 1900 derrière la place de la Bastille sur l’avenue Ledru-Rollin, près de l’endroit où il fut tué ; il est démonté en 1942 pour être fondu, dans le cadre d’une loi du gouvernement de Vichy sur la récupération des métaux non ferreux à destination le l'armement[6]. La mairie de Paris a refusé de le rétablir. En 1978, la ville a cependant donné le nom de rue Alphonse-Baudin à une voie nouvelle du 11e arrondissement.

En 1888, sa ville natale de Nantua inaugure un monument à sa mémoire, réalisé par le sculpteur Paul-Adolphe Lebègue (1833-1908). Envoyée à la fonte sous le régime de Vichy, la statue en bronze est remplacée par une nouvelle statue en pierre[7].

Plaque commémorative sise au no 151 de la rue du Faubourg-Saint-Antoine à Paris
À gauche, no 151 de la rue avec la plaque posée au niveau du 2e étage ;
à droite, le détail de la plaque.

Autres

  • Baudin est aussi l’auteur du texte d’une chanson patriotique, L’Astre français, chantée au banquet de Nantua, sur l’air de La sentinelle, le .
  • Le , oubliée du peuple français, la fameuse harangue de Baudin est citée par Michel-Georges Micberth, dans son allocution « Tribune libre », qui fait scandale, en raison du titre et du contenu très violents du discours, titré : « Prout, caca, boudin ou l'état socialo-communiste ». Le directeur de FR3 avait tenu, avant diffusion, à présenter ses excuses aux téléspectateurs[8].
  • Le groupe de rock français Paris Violence a cité dans sa chanson Raison d'État la mort du député Baudin :

Vous verrez bien tout à l'heure / Comment on peut mourir

Pour vingt-cinq francs par jour / S'écriait le député Baudin

Juste avant que vienne son tour

Souviens-toi, Parisien

Souviens-toi jusqu'à la fin

Souviens-toi, Parisien

De la mort du député Baudin

Sépulture

Aimé Millet, Gisant d'Alphonse Baudin (1872), Paris, cimetière de Montmartre, (27e division).

Baudin est enterré secrètement à Paris au cimetière de Montmartre, (27e division), où sa tombe[9] devient un lieu de rendez-vous des républicains[2]. Le tombeau réalisé par le sculpteur Aimé Millet, inauguré en 1872, est orné d'un gisant représentant le député tout juste frappé d’une balle dans le front.

Transfert au Panthéon

Son tombeau est devenu un cénotaphe, depuis le , date du transfert de ses restes au Panthéon de Paris, pour les cérémonies du centenaire de la Révolution française[10]. Il repose dans le même caveau que La Tour d'Auvergne, officier des armées de la Révolution française.

Notes et références

Notes

  1. Ce qui explique le transfert de ses restes au Panthéon, en 1889.

Références

  1. 28 octobre 1801 selon le site de l’Assemblée nationale, notice individuelle, consultée le 21 août 2009.
  2. a, b, c, d, e et f Dictionnaire des parlementaires français, disponible en ligne, consulté le 21 août 2009
  3. Daniel Ligou, Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 3e éd., 1991, p. 115.
  4. Notice individuelle, consultée le 21 août 2009.
  5. Le mot, maintes fois rapporté, n'est cependant attesté par aucun témoin. Il figure dans le récit historique du journaliste Eugène Ténot, Paris en décembre 1851 rédigé en 1868.
  6. « L'histoire d'Alphonse Baudin et ses multiples symboliques », Mediapart.
  7. « Monument à Alphonse Baudin – Nantua », notice sur e-monumen.net.
  8. Production, Jean-Claude Courdy ; réalisation Philippe Marouani. Archives INA.
  9. « Baudin, Jean-Baptiste Alphonse (1811-1851) », sur Cimetières de France et d'ailleurs (consulté le 18 mai 2015).
  10. 3 décembre 1851. « "Vous allez voir comment on meurt pour 25 francs", jette le député Baudin avant de mourir », Le Point, 3 décembre 2012.

Voir aussi

Bibliographie

  • Alain Garrigou, Mourir pour des idées. La vie posthume d’Alphonse Baudin, Paris, Les Belles Lettres (L’histoire de profil), 2010. 310 p. (ISBN 978-2-251-90004-9)
  • « Alphonse Baudin », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, [détail de l’édition]

Liens externes