Alliance marxiste révolutionnaire

L'Alliance marxiste révolutionnaire (AMR) est un mouvement trotskiste de tendance pabliste, proche des idées libertaires, actif de 1969 à 1974 et ayant pour revue L'Internationale. Elle se distingue des autres tendances trotskistes par son leitmotiv d’autogestion[1].

Créée en 1969 par des militants pablistes qui se sont dissociés, en 1965, de la Quatrième Internationale, la première Alliance marxiste révolutionnaire se dissout en 1974 pour rejoindre le Parti socialiste unifié (PSU, tendance B). L'expérience est de courte durée, puisque trois ans plus tard ses militants partent fonder les Comités communistes pour l'autogestion (CCA) avec d'ex-militants de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR).

Après l'élection présidentielle de 1981, la « tendance I » quittant les CCA reprend le nom d'AMR. De l'ancienne AMR, Gilbert Marquis participe à la deuxième AMR tandis que Michel Fiant demeure aux CCA. Certains membres — Patrice Bardet, Gilbert Marquis, Michel Fiant, etc. — participent ensuite à la fondation de l'Alternative rouge et verte (AREV) puis des Alternatifs.

Origines du mouvement

En 1965, des militants trotskistes regroupés autour de Michel Raptis dit « Pablo » au sein de la Quatrième Internationale, rompent, sur le plan organisationnel, avec la direction de celle-ci et se constituent en « tendance marxiste révolutionnaire de la Quatrième Internationale », ou TMR-IV. En France, cette scission ne concerne que quelques dizaines de militants pablistes, dont les plus connus sont Michel Fiant et Gilbert Marquis. Ce n'est qu'en 1969 que les militants de la TMR-IV, renforcés par des étudiants et des lycéens radicalisés à la suite des événements de Mai 68, fondent l'« Alliance marxiste révolutionnaire », ou AMR, la première du nom. Parmi les nouveaux venus, Maurice Najman, animateur des Comités d'action lycéen en 1968[2]. La composition sociale de cette première AMR correspond à la physionomie générale des groupuscules d'extrême gauche de l'époque[3].

L'AMR se dote d'une revue, L'Internationale, et s'implante en province, notamment à Lyon. Si ses effectifs se sont accrus, le nombre total de ses militants reste toutefois compris entre 200 et 300 personnes[3].

Le , l'AMR participe avec d'autres groupes comme la Ligue communiste et le PCMLF-Humanité rouge contre la tenue d’un meeting raciste du groupe d'extrême droite Ordre nouveau à la Maison de la Mutualité. Les affrontements qui suivent avec la police aboutissent à la dissolution de la Ligue communiste et d’Ordre nouveau[4].

Orientations

Défense de l'autogestion

Prônant l'autogestion, l'AMR se distingue des autres formations trotskistes par une approche plus libertaire du militantisme. Pour la réaliser, elle « compte [...] sur l'action spontanée des travailleurs, s'emparant des entreprises lors d'un processus révolutionnaire et les faisant fonctionner eux-mêmes comme cela s'est produit plusieurs fois dans l'histoire »[5].

Ouverture aux idées écologistes

Avec le PSU et la sensibilité maoïste spontanéiste (Vive la révolution et la Gauche prolétarienne), l'AMR, dans la décennie qui suit Mai 68, est une des organisations de l'extrême gauche française qui s'ouvrent précocement aux idées écologistes[6]. Dès mars 1971, sa revue, L'Internationale, publie un article de fond sur la pollution[7], puis, en avril 1972, affirme que « la lutte contre la pollution n'est pas une diversion capitaliste »[8],[6].

Participation aux « nouveaux mouvements sociaux »

Elle participe, dès leur apparition, aux nouveaux mouvements sociaux : le Mouvement de libération des femmes (MLF), à qui elle offrira sa tribune[9], et le Cercle Elisabeth Dimitriev, créé en mai 1971[10] (où milite Danielle Riva, très impliquée dans la campagne pour le « Manifeste des 343 » pour la contraception et l'avortement), le Secours rouge, le Mouvement des soldats, etc.

Plusieurs responsables de l'AMR ont exercé des responsabilités dans l'association Information pour les droits du soldat, qui militait pour la création de syndicats dans l'armée[11].

Tolérance vis-à-vis de la contre-culture

Si les groupes trotskistes considèrent avec mépris la contre-culture des années 1970, l'Alliance marxiste révolutionnaire, pour sa part, tolère celle-ci mais sans véritablement y participer, un peu « comme on sourit avec indulgence aux frasques d'un adolescent »[12].

Fusion avec le Parti socialiste unifié

Gilbert Marquis, après une décision collective de l'AMR, entame des négociations fin 1973 avec le PSU pour négocier leur fusion, laquelle se concrétise en 1974, à la suite du départ des rocardiens après l'élection présidentielle de 1974[13]. L'AMR appuie, au printemps 1974, la candidature — non concrétisée — de Charles Piaget, syndicaliste de la CFDT actif à l'usine de Lip où une expérience d'autogestion a été mise en place, mais Michel Rocard arrive à imposer, au sein du PSU, le soutien à la candidature de François Mitterrand[14]. Les 250 membres de l'AMR entrent alors au PSU[15], seuls Pierre Avot (qui s'était fait une spécialité dans les faux-papiers lors de l'aide au FLN pendant la guerre d'Algérie), Simone Minguet et Michel Raptis dit Pablo n'y vont pas, restant aux manettes de la Tendance marxiste-révolutionnaire internationale (TMRI, la « Quatrième Internationale » pabliste)[13].

Malgré leur faible nombre, ils obtiennent des postes de responsabilité : Maurice Najman (cofondateur des Comités d'action lycéens pendant Mai 68), Didier Schalschat, Gilbert Marquis et Michel Fiant prennent le contrôle de plusieurs régions[13] ; Patrice Bardet siège au bureau national[16].

Création des Comités communistes pour l'autogestion

Trois ans plus tard, en 1977, l'AMR se sépare du PSU pour créer avec des militants de la LCR les Comités communistes pour l'autogestion (CCA).

Après l'élection présidentielle de 1981, la « tendance I » quittant les CCA reprend le nom d'AMR. De l'ancienne AMR, Gilbert Marquis participe à la deuxième AMR tandis que Michel Fiant demeure aux CCA. Certains membres — Patrice Bardet, qui siégeait au bureau politique de la Quatrième Internationale, Gilbert Marquis, Michel Fiant, etc. — participent ensuite à la fondation de l'Alternative rouge et verte (AREV) puis des Alternatifs.

Formation de la Fédération pour une gauche alternative

En mars 1984, l'AMR participe, avec des communistes critiques et des militants autogestionnaires, à la formation de la Fédération pour une gauche alternative (FGA), organisation régie selon des principes fédéralistes et se proposant de promouvoir l'autogestion comme moteur du changement social. Celle-ci soutient la candidature du dissident communiste Pierre Juquin lors de l'élection présidentielle de 1988[17]. Le score électoral plus que modeste du candidat (2,1% des exprimés) entraîne le retour à des tendances centrifuges parmi les militants de la FGA[3].

Alors que les militants précités rejoignent l'AREV dans les années 1980, Alain Mamou-Mani fonde Génération écologie avec Brice Lalonde dans les années 1990[18], et Lucie Maiques et Maurice Ronai créent au PS la section Temps réel, qui n'est pas liée à un découpage géographique, étant fondée sur Internet[19].

Publications

L'Alliance marxiste révolutionnaire avait pour organe le périodique d'abord mensuel puis hebdomadaire, L'Internationale, dont le directeur de publication était P. Schmidt et le siège social le 21, quai Saint-Michel, Paris Ve[9]. Le premier numéro parut en mai 1970 et le dernier numéro (le numéro 71/72) parut en février 1975[20].

L'AMR publia aussi dans les années 1970 un bulletin étudiant intitulé La Commune, et le bulletin lycéen Jeune Garde.

Notes et références

  1. Alix Ducamp, Les travailleurs des services pour l'extrême gauche française des années 1970 : des cols blancs à la prolétarisation, in Le Mouvement Social, 2005/2 (no 211), p. 99-113 (version en ligne).
  2. Michel Taubmann, « Le troskysme sort de l'ombre », lours.org, (consulté le 2 février 2018)
  3. a, b et c Serand Patrick, Bref aperçu de l'histoire du courant "pabliste". Ses suites et ses périphéries en France (1965-1996), 9 mars 2007.
  4. Daniel Poncet, « Deuxièmpe gauche, réformisme et lutte de classe », Editions prolétariennes, (consulté le 2 février 2018)
  5. Georges Lasserre, professeur honoraire à l'Université de Paris I, L'autogestion, ses doctrines en France, ses problèmes économiques, in Revue des études coopératives, 1975, p. 1-22, p. 7.
  6. a et b Philippe Buton, agrégé d'histoire, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Reims, L'extrême gauche française et l'écologie. Une rencontre difficile (1968-1978), in Vingtième Siècle, revue d'histoire, 2012/1 (no 113), p. 191-203 (version en ligne).
  7. L'environnement, un vrai problème mais pas de réelle solution capitaliste, L'Internationale, No 9, mars 1971.
  8. Rapport Manshott : la lutte contre la pollution n'est pas une diversion capitaliste, L'Internationale, 20, 19 avril 1972.
  9. a et b Presse d'extrême gauche et alentours des années soixante aux années quatre-vingt, Librairie du Sandre, catalogue No 2, 2015, 185 p., p. 86.
  10. (en) Gill Allwood & Khursheed Wadia, Gender and Class in Britain and France, in Journal of European Area Studies, vol. 9, 2001, issue 2, p. 163-189 : « the Cercle Elisabeth Dimitriev [...] was formed in May 1971 by women from the Trotskyist Alliance marxiste révolutionnaire ».
  11. Bernard Ravenel, « Quand la gauche se réinventait: Le PSU, histoire d'un parti visionnaire, 1960-1989 », La découverte, (consulté le 2 février 2018)
  12. Alexandre Eyries, compte rendu de « L'extrême gauche léniniste face à la contre-culture », p. 170-182 de Christophe Bourseiller, Olivier Penot-Lacassagne (dir.), Contre-Cultures !, Paris, CNRS Ed., 2013, 320 p., revue Questions de communication, 2013/2 (No 24).
  13. a, b et c Christophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, p. 512 sq.
  14. Michel Noblecourt, « Drôles de jeux pour une union », lemonde.fr, 18juillet 2006 (consulté le 2 février 2018).
  15. Frank Georgi, Autogestion, la dernière utopie, Publications de la Sorbonne, 2003, 612 pages, p. 262 : « Les militants de l'AMR [...] décident d'intégrer le PSU lors du IIIe Congrès de l'AMR (1975). »
  16. Patrice Bardet est mort, Indymedia, Marseille, novembre 2007 (messages de Gilbert Marquis, Alain Krivine, etc.).
  17. Aude Godillot, La campagne électorale de Pierre Juquin pour l'élection présidentielle de 1988, mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine, U.F.R. de sciences humaines, Université de Bourgogne, année 2000-2001, 242 p., p. 22.
  18. Agence France-Presse, « La nouvelle vie de Jean-Louis Borloo », (consulté le 1er février 2018).
  19. Christophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, p. 518-519.
  20. L'Internationale, Catalogue général de la BnF.

Bibliographie

Liens externes

  • 17 questions sur l'autogestion, extrait de L'Internationale, hebdomadaire communiste pour l'autogestion publié par l'AMR