Alfred Pose

Alfred Pose
Nom de naissance Jean Jules Alfred
Naissance
Laà-Mondrans ( Pyrénées-Atlantiques )
Décès (à 70 ans)
Paris
Nationalité Française
Activité principale
Universitaire, banquier, maire de Saint-Jean de Luz, membre de l'Académie des sciences morales et politiques ( 1953 )
Distinctions
Officier de la Légion d'honneur[1]
Conjoint
Thérèse Lasserre

Alfred Pose né à Laà-Mondrans le et mort à Paris le , est un universitaire et un banquier français du XXe siècle.

Biographie

Professeur d'économie politique

Petit-fils de berger, fils d'un instituteur d'un petit village béarnais, Alfred Pose suit des études secondaires à Pau, puis gagne Paris. Diplômé d'HEC en 1919, il s'intéresse aux sciences économiques et au droit, obtenant un doctorat de droit dans ces deux disciplines (1922-24) tout en travaillant; il est notamment le secrétaire du député Auguste Champetier de Ribes, député dès 1924 des Basses-Pyrénées — le département où naquit Pose. Agrégé de droit, il est chargé de cours en 1925 puis professeur à la Faculté de droit de Caen de 1926 à 1929.

Il épouse en Thérèse Lasserre, fille de l'universitaire Pierre Lasserre[2].

Banquier

Il bifurque en 1929 vers le privé. Sur les conseils de Charles Rist, il entre à la Société générale alsacienne de banque (SOGENAL) comme chef du service des études, se fait remarquer par son directeur général René Debrix et devient directeur de la succursale de Cologne puis adjoint au président[3]. En 1932, il accepte de devenir le directeur général d'une nouvelle banque née sur les ruines de la Banque nationale de crédit, la Banque nationale pour le commerce et l'industrie (BNCI). Il en fait une banque moderne et la fait prospérer en rachetant des banques régionales fragilisées par la crise des années 1930, telle la banque Renauld de Nancy en 1936. Il entre au conseil d'administration de la BNCI en 1936[4].

Sous l'Occupation, il cherche à maintenir la position de sa banque et construit un réseau bancaire international, à partir de la BNCI-Afrique (1940) et du Crédit foncier de Madagascar et de la Réunion (1943). Il est de 1940 à un acteur important de la collaboration économique avec les autorités allemandes : il a participé aux déjeuners de la table ronde, qui réunissaient régulièrement, au Ritz, personnalités françaises et allemandes à partir de , a entretenu des relations amicales avec le responsable allemand de l’Office de surveillance des banques et sa banque a financé des commandes allemandes, dans l'aéronautique notamment. L’ambassade allemande le présentait en 1941 comme l’un des plus « favorables à l’Allemagne dans les grandes banques françaises »[5].

Il poursuit dans le même temps ses réflexions sur la monnaie, publiant en 1942 une somme, La monnaie et ses institutions.

Redevenu directeur général de la BNCI à la Libération, alors qu'elle est nationalisée (loi du 2 décembre 1945) et présidée par Ludovic Tron, il quitte ses fonctions en 1950, mais demeure administrateur[6] jusqu'en 1962 et président de deux de ses filiales, la BNCI-Afrique[7] et la BNCI-Océan indien. Il est également administrateur d'autres entreprises dans les années 1950 : de compagnies africaines, au Maroc notamment (Crédit marocain[8]), et de sociétés établies en France métropolitaine : De Dietrich, depuis 1950[9], Quilmès[10], Grands travaux de l’Est (la BNCI en est un actionnaire important), Cartonneries de La Rochelle, Centrale des usines à papier et papeterie J-B Weibel réunies (CENPA)[11], Anciens Ets A. Combes et fils, etc.[12].

Il est au début des années 1950 l’un des 7 vice-présidents du comité français de la chambre de commerce internationale.

Action et réflexion politiques

Installé en Afrique du Nord depuis , il se rallie aux nouvelles autorités après le débarquement des Alliés de (Opération Torch). Il devient le secrétaire général aux finances de l'amiral François Darlan. Devenu monarchiste de raison[13], il participe aux complots visant à démettre Darlan de son pouvoir et à le remplacer par le « comte de Paris », Henri d'Orléans (1908-1999), complots qui aboutissent à l'assassinat de Darlan. Il demeure durant quelques semaines commissaire à l'économie du général Henri Giraud (militaire), qui remplace un temps Darlan. Giraud intervient pour lui éviter d'être inculpé par le juge chargé de l'enquête sur la mort de Darlan, mais le démet de ses fonctions en [14].

Il publie en 1948 un essai, Philosophie du pouvoir. Depuis la « faillite du régime parlementaire » et les « sombres journées de 1940 », il se dit à la recherche d’un système capable de « dégager l’élite qu’exige une action gouvernementale vraiment efficace ». Il cite abondamment les idées d'Ernest Renan, qui « « tient le peuple pour radicalement incapable de choisir ». Pose considère alors que c’est l’élite qui doit gouverner le pays — « seules les élites peuvent régénérer la démocratie défaillante, à condition de reconquérir le pouvoir dont le régime parlementaire les a privés » — et que la démocratie « en donnant la toute puissance au nombre créée la tyrannie de la foule, écrase la qualité, l’élimine ». Sans pour autant la rejeter complètement, à condition qu’elle « se donne un pouvoir capable de jouer pleinement son rôle ». Il souhaite donc « un mélange d’aristocratie et de démocratie », et l’institution d’un « collège vénérable qui s’imposera au respect de tous tant par la qualité que la dignité de ses membres et qui en face du chef du gouvernement représentera les intérêts de la nation ». Une sorte de Chambre des pairs en quelque sorte, mais adaptée au XXe siècle et à la démocratie : à ce collège « « incombera la tâche d’imposer au gouvernement et à l’assemblée populaire le respect de la liberté des individus ». Pose ne cache ses sympathies pour la monarchie constitutionnelle, écrivant par exemple: « Heureux donc les peuples qui (…) ont su maintenir dans leurs institutions ce symbole vivant de l’Unité nationale qu’est le représentant de la dynastie autour de laquelle s’est créée la nation ! ».

Dans les années 1950, il contribue au financement du Rassemblement du peuple français du général de Gaulle, en étant membre de l'UPANG (Union privée pour l’aide à l’action nationale du général de Gaulle), une association discrète fondée fin 1949 et chargée de collecter des fonds auprès des élites[15]. Il préconise une réforme de la constitution dans des articles de la Revue des deux mondes, fief de la droite académique[16]. D'ailleurs, Pose est alors l'un des associés de la SARL possédant cette revue[17].

Il se porte candidat sans succès en 1951 à l'Académie des sciences morales et politiques, pour succéder à Henry Truchy[18], donne une communication en 1953 sur l'Europe en quête de dollars[19], et est finalement élu le suivant dans la section d’économie politique, statistique et finances, au fauteuil de Louis Marlio[20]. Son élection est fêtée le 11 mai 1954 lors d'un dîner du Comité France-Amérique, présidé par François Albert-Buisson, chancelier de l'Institut et ancien président de la BNCI, et son épée d'académicien lui est remise le 2 juillet 1954, par Ludovic Tron, président de la BNCI et ancien secrétaire aux finances du gouvernement d'Alger, en présence d'Albert-Buisson et de Guillaume de Tarde, anciens présidents de la BNCI[21].

Il préside de sa fondation en 1954 à la fin de l'année 1958 le Centre d'études politiques et civiques, un club de réflexion patronal lié aux élites de droite, qui réfléchit à une modification de la constitution. Il y collabore avec René Gillouin, comme lui à la recherche d'une aristarchie[22].

De 1953 à 1961, il est maire de Saint-Jean-de-Luz et président du comité d'expansion économique, formé par le département des Basses-Pyrénées dont il est originaire.

Publications

  • Classification des dépenses publiques, thèse pour le doctorat, Faculté de droit de Paris, 1922.
  • Les commissaires de surveillance dans les sociétés anonymes, thèse pour le doctorat, Faculté de droit de Paris, 1924, 155 p.
  • De la théorie monétaire à la théorie économique, Sirey, 1929, 184 p.
  • La monnaie et ses institutions, histoire, théorie et techniques, 2 vol., PUF, 1942, 946 p.
  • Philosophie du pouvoir, PUF, 1948, 308 p.
  • Avec Jacques Lacour-Gayet, Charles Rist, Edmond Giscard d'Estaing, Jacques Rueff, Monnaie d'hier et de demain, Spid, 1952[23]
  • Les idées politiques d'André Tardieu, dans Louis Aubert, Ivan Martin, Michel Missoffe, François Piétri, A. Pose, André Tardieu, Plon, 1957.

Notes et références

  1. Base Léonore de la Légion d'honneur
  2. Le Figaro, 24 novembre 1926, "Mariages", Comœdia, 11 novembre 1930, "Les obsèques de M. Pierre Lasserre"
  3. "Alfred Pose à la tête de la BNCI" sur le site histoire.bnpparibas
  4. Marianne, 15 avril 1936
  5. Catherine Hodeir, op. cit., p. 117, Philippe Burrin, La France à l’heure allemande 1940-1944, Seuil, 1995, p. 34, 263, 277-278 : Un examen des comptes début 1943 conclut que la BNCI, de toutes les banques, est « vraisemblablement celle qui a apporté l'aide la plus considérable aux rapports franco-allemands » ( p. 278 ).
  6. Composition du conseil d'administration en exécution de l'article 9 de la loi du 2 décembre 1945: Bulletin officiel du Haut-commissariat de France en Indochine, 15 mai 1952
  7. BNCI. Filiales et banques affiliées. Bilans annuels 1953
  8. Dont le directeur général a été son beau-frère, Marc Lasserre : Crédit marocain sur le site entreprises-coloniales.fr
  9. Michel Hau, La Maison De Dietrich de 1684 à nos jours, Oberlin, 1998, p. 269
  10. Le Monde, 14 septembre 1950
  11. Société centrale des usines à papier (CENPA) sur le site /www.entreprises-coloniales.fr
  12. Who's who, 1954, 1969, Henry Coston, Le secret des dieux, Lectures françaises, sécembre 1965, p. 175
  13. Alfred Pose, après s’être « senti proche » du républicain catholique Champetier de Ribes dans sa jeunesse, « en est arrivé à être monarchiste, beaucoup plus par philosophie politique que par sentiment »: Alain Decaux, Morts pour Vichy, Perrin, coll. Tempus, 2013, p. 50 ; il s’appuie sur le témoignage de l’épouse de Pose en 1979. Selon un cadre de la BNCI-Afrique, également aide de camp et garde du corps du « comte de Paris », c’est à la suite de la défaite de 1940 que Pose serait devenu monarchiste : témoignage de Pierre de Bérard, dans Royaliste, 24 janvier au 6 février 1980, no 308, p. 6 ( bimensuel de l’Action royaliste de Bertrand Renouvin ).
  14. L'Echo d'Alger, 22 janvier 1943, "Au Haut-Commissariat en Afrique", Alain Decaux, Morts pour Vichy, Perrin, coll. Tempus, 2013 (Pose est présenté comme l'un des principaux responsables du complot), Pierre Ordioni, La fracture: de Londres 1941 à Sétif 1945, NEL, 1995, p. 99-100, Albert-Jean Voituriez, L'assassinat de l'amiral Darlan : 24 décembre 1942 : le témoignage du juge d'instruction, L'Esprit du temps, 1992 ( ce juge militaire chargé de l'instruction le présente aussi comme l'un des principaux protagonistes de l'affaire, comme un « synarque », c'est-à-dire un membre du complot de la mythique Synarchie, et un « comploteur né » ), Bénédicte Vergez-Chaignon, Les secrets de Vichy, Perrin, 2015
  15. Hubert Bonin, « Le financement du PRF ( 1947-1955 ) », p. 44 : version longue sur le site de l’auteur, www.hubertbonin.com
  16. La Revue des deux mondes, juillet 1951, "Gouverner la France" (Il y exprime le souhait de « voir se rallier la France au système américain » pour mettre fin à « l’incertitude de nos gouvernants éphémères devant les tâches urgentes qui les sollicitent, leur propension à reculer toute décision pour se soustraire à la responsabilité du choix, et l’obligation qui leur est faite de chercher dans l’équivoque une précaire survie"), janvier et février 1953, "Un gouvernement stable"
  17. Depuis la fin des années 1940 ou le début des années 1950: cf. Henry Coston, Dictionnaire de la vie politique, 1967, p. 927
  18. Le Monde, 6 juin 1951
  19. Le Monde, 15 avril 1953
  20. Le Monde, 18 novembre 1953, "Election de M. Alfred Pose"
  21. Election d'Alfred Pose à l'Académie des sciences morales et politiques, Impr. Draeger, 1954
  22. Il s'en éloigne dès 1957, semble-t-il pour des raisons de santé. Son successeur, Georges Laederich, écrit à « (ses) amis du CEPEC de Bordeaux » que la présidence vient de lui être confiée car Pose a dû « prendre la décision de restreindre ses activités en raison de son état de santé » (Le Courrier du CEPEC, n° 17, ). Louis Salleron, un des principaux animateurs du CEPEC, écrit en 1968 : "« Le président fondateur est Alfred Pose, qu’une cruelle maladie éloigne depuis de longs mois du CEPEC, mais qui lui apporta l’appui très actif de son autorité et de ses travaux personnels pendant les premières années » ( Carrefour, 31 janvier 1968 ). Pierre Ledoux, dans son Journal imprévu d’un banquier, Odile Jacob, 2001, évoque Pose succombant « après bien des années à une terrible maladie qui lui avait enlevé toutes ses facultés ».
  23. Conférences donnée en mars 1952 pour un lobby libéral, le Comité d’action et d’expansion économique de Lacour-Gayet

Voir aussi

Liens externes

  • Notices d'autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France (données) • Système universitaire de documentation • Bibliothèque universitaire de Pologne
  • L'Entreprise, no 115, 29 octobre 1957, "Trois passions d'Alfred Pose. L'Université, la BNCI, le Pays basque"
  • Éléments biographiques sur le site de l'Académie des sciences morales et politiques
  • Alfred Pose à la tête de la BNCI - Biographie d'Alfred Pose sur le site histoire.bnpparibas

Bibliographie

  • Collectif, Dictionnaire historique des patrons français, Flammarion, 2010, p. 562-563
  • Catherine Hodeir, Stratégies d’empire : le grand patronat colonial face à la décolonisation, Belin, 2003