Alexis Kohler

Alexis Kohler
Illustration.
Alexis Kohler en 2017.
Fonctions
Secrétaire général
de la présidence de la République française
En fonction depuis le
(1 an, 6 mois et 11 jours)
Président Emmanuel Macron
Prédécesseur Jean-Pierre Jouyet
Biographie
Nom de naissance Arnaud Alexis Michel Kohler
Date de naissance (46 ans)
Lieu de naissance Strasbourg (Bas-Rhin)
Nationalité Française
Diplômé de IEP de Paris
ESSEC
ENA

Alexis Kohler, né le à Strasbourg, est un haut fonctionnaire français.

Ancien directeur de cabinet de Pierre Moscovici puis d'Emmanuel Macron au ministère des Finances, il est secrétaire général de l'Élysée depuis le .

Biographie

Famille

Son père, Charles Kohler, natif de Colmar, choisit de devenir haut fonctionnaire au Conseil de l'Europe plutôt que de s'occuper du restaurant familial Kohler-Rehm, situé à Strasbourg[1]. Sa mère, Sola Hakim, est issue d’une famille de « sabras », nés en Palestine avant 1948. Victor et Rafael Hakim, respectivement père et grand-père de Sola, sont nés à Akko (Saint-Jean-d’Acre). Victor Hakim a pour sœur Régine Diamant, qui a elle-même pour fille Rafaela, mariée avec Gianluigi Aponte. Après la création de l’État d’Israël en 1948, Sola Hakim vient faire ses études en Europe, y rencontre Charles Kohler et l’épouse[2]. Ainsi, Sola Kohler et Rafaela Aponte sont cousines germaines[3]. Sa mère embrasse la carrière d'avocate[4].

Le , Alexis Kohler épouse Sylvie Schirm, alsacienne elle aussi. Elle est auteur, a travaillé pour France Culture et pour Hermès aux États-unis. Actuellement, elle codirige une entreprise de coaching professionnel. Elle a formé certains députés LREM à l'expression en public[5]. Le couple a trois enfants[6].

Formation

Alexis Kohler est diplômé[7] de l'Institut d'études politiques de Paris (promotion 1993, section Service Public)[8] et de l'ESSEC (promotion 1995, programme Grande Ecole)[9].

Il est ancien élève de l'ENA (promotion Averroès (1998-2000), comme Fleur Pellerin, Audrey Azoulay ou Julien Bargeton)[10].

À la sortie de l’ENA, il intègre le corps des administrateurs civils du ministère des Finances, « ce qui le classe, dans la hiérarchie, juste après les grands corps »[11].

À Sciences Po, il milite au club Opinions, de tendance rocardienne, où il côtoie Édouard Philippe[2],[6].

Premiers postes de haut fonctionnaire

Il commence son parcours comme administrateur civil à la direction générale du Trésor, à Bercy. Il est ensuite détaché dans divers organismes, notamment au Fonds monétaire international, puis à l'Agence des participations de l'État[12] dont il est sous-directeur de 2010 à 2012 — il succède à Rémy Rioux comme responsable de la direction des transports et de l’audiovisuel[2],[13]. À ce dernier poste, Martine Orange indique dans Mediapart qu'« il s’est pendant longtemps occupé des secteurs de l’aéronautique et de la défense avant de se tourner vers le secteur des transports à partir de 2010. À ce titre, il siège comme représentant de l’État aux conseils de Renault, de la RATP, d’Aéroports de Paris, du port du Havre. Mais il est aussi nommé au conseil de STX France, dans lequel l’État est actionnaire à hauteur de 33,4 % »[3].

En 2009, il refuse la proposition que lui fait Emmanuel Moulin de lui succéder comme directeur de cabinet adjoint de la ministre Christine Lagarde ; il déclinera également une proposition de François Fillon : L'Express indique qu'« il se sent de gauche »[2].

Au ministère de l'Économie sous la présidence de François Hollande

Lors de la campagne présidentielle de 2012, il rédige une note pour François Hollande sur la future Banque publique d'investissement[2].

À la suite de l'élection de François Hollande, il devient directeur adjoint[4] du cabinet de Pierre Moscovici, ministre de l'Économie et des Finances. Il est recruté à ce poste par Rémy Rioux, directeur de cabinet[2].

C'est alors qu'il occupe cette fonction que Christian Eckert est l'auteur de l'amendement qui instaure la taxe sur les dividendes, qui est maintenue en dépit de doutes sur sa légalité dès 2015[14]. Le dispositif est retoqué par la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) puis totalement invalidé début octobre par le Conseil constitutionnel[14]. En octobre 2017, alors qu'il apparaît que ce qui est désigné comme un « fiasco fiscal » coûtera près de 10 milliards d’euros au contribuable français et risque de faire déraper le déficit public, le gouvernement Édouard Philippe fustige l'amateurisme des responsables politiques qui ont mis cette taxe en place visant en particulier Michel Sapin, ainsi que Christian Eckert[15],[16]. Répondant aux critiques du gouvernement, Christian Eckert nie tout amateurisme juridique et pointe du doigt les responsabilités partagées avec Emmanuel Macron, alors secrétaire adjoint de l'Élysée chargé des questions budgétaires, fiscales et économiques, et d'Alexis Kohler, alors directeur adjoint du ministre de l'Économie chargé de la fiscalité des entreprises[17].

Alors qu'Arnaud Montebourg a empêché sa nomination à la tête de l'Agence des participations de l'État (APE), et que Laurence Boone lui est préférée pour remplacer Emmanuel Macron comme secrétaire général adjoint de la présidence de la République[18], il devient le directeur de cabinet de ce dernier à Bercy en août 2014[7],[19].

Directeur financier de MSC et campagne d'Emmanuel Macron

Lorsqu'Emmanuel Macron démissionne en août 2016 pour fonder En marche, Alexis Kohler est engagé en tant que directeur financier de la compagnie Mediterranean Shipping Company (MSC), numéro 2 mondial du fret maritime[20].

Il avait déjà demandé à rejoindre MSC après le départ de Pierre Moscovici du ministère de l'Économie en avril 2014, mais s'était vu opposer un avis défavorable de la commission de déontologie de la fonction publique[3]. Celle-ci arguait alors qu'Alexis Kohler était intervenu en 2010 auprès de STX France en donnant son avis sur un contrat conclu avec MSC, alors qu'il travaillait pour l'Agence des participations de l'État, un établissement public[21],[13]. Libération indique que Pierre Moscovici avait été « averti de ses liens familiaux » et avait « [pris] soin de l’écarter de tout dossier relatif à MSC », mais que la commission de déontologie n'en avait pas été informée[22]. L'Express indique qu'après ce refus, comme directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, « Kohler décide de ne pas traiter des sujets concernant STX, puisqu'il a été en pourparlers avec MSC et qu'il ne perd pas de vue une future embauche »[2].

En août 2016, la commission de déontologie rend cette fois un avis favorable à sa nouvelle demande, Emmanuel Macron se portant garant qu’Alexis Kohler n’avait jamais traité du dossier MSC lorsqu’il était son directeur de cabinet et directeur de cabinet adjoint de Pierre Moscovici[3]. Selon Libération, la commission de déontologie donne cette fois son autorisation car « ses liens avec MSC noués aux temps de l’APE remont[ent] désormais à plus de trois ans »[22]. Selon les informations de Martine Orange pour Mediapart, la commission de déontologie « n’a posé qu’un nombre très restreint d’interdictions : elle aurait limité les interdictions de contact d’Alexis Kohler aux seuls anciens membres du cabinet d’Emmanuel Macron et encore sur les sujets concernant STX »[23].

À la demande de son employeur, il s'installe à Grenoble, puis à Genève, mais continue de travailler à distance pour Emmanuel Macron, « par mails et boucles WhatsApp ». Quand débute la campagne présidentielle, il est une personnalité centrale au quartier général d'En marche ![12],[24]. Mediapart indique qu'il « n’a eu qu’un CDD d’un mois avec En marche ! pendant toute la présidentielle »[25]. De nombreux observateurs affirment qu'il exerce alors un emploi fictif chez MSC[3],[25]. Fin mars 2017, il participe à une réunion à Bercy en tant que représentant de MSC au sujet du rachat de STX France, MSC étant opposé à une reprise par le groupe public italien Fincantieri[23]. Martine Orange s'étonne de l'absence d'application du devoir de réserve, d'autant plus en tant que proche d'Emmanuel Macron qui figure alors parmi les favoris de l'élection présidentielle : « En se présentant devant ses anciens collègues et amis, Alexis Kohler ne peut pas ignorer que sa voix a plus de poids que celui d’un simple représentant d’un transporteur maritime »[23]. Libération souligne de son côté que « la Commission de déontologie avait pourtant assorti son feu vert d’une « réserve », usuelle pour les anciens membres de cabinets ministériels : interdiction pendant trois ans de rencontrer leurs ex-collègues à titre professionnel. Or, dans celui de Sirugue [alors ministre] figurent deux anciens du cabinet Macron, le même directeur adjoint ayant été reconduit. Bercy dit avoir alors sondé la Commission de déontologie, laquelle rétorque que le respect de ses «réserves» relève de Bercy… »[22]

Après sa nomination comme secrétaire général de l'Élysée, il annonce qu'il se déportera pour toutes les questions qui pourraient concerner MSC ; Martine Orange indique que « pourtant, selon [ses] informations, il semble que le secrétaire général de l’Élysée, même s’il est resté en coulisses, ait gardé un œil très vigilant sur le dossier »[3]. Alexis Kohler assure qu'il « ne traite plus du sujet : c'est Anne de Bayser, secrétaire générale adjointe, qui s'en charge »[2]. Martine Orange relève notamment que la position de MSC sur le dossier STX, défendue à Bercy par Alexis Kohler en mars 2017, est celle du nouveau gouvernement[23].

En mai 2018, Martine Orange révèle dans Mediapart son lien de parenté avec Rafaela Aponte, cofondatrice de MSC, et met en cause « un conflit d’intérêts majeur » compte tenu des responsabilités qu'il a exercées jusqu'alors sans que ce lien soit connu ni signalé selon elle[3]. À l'appui des procès-verbaux du conseil de surveillance du Grand port maritime du Havre (GPMH), Martine Orange et Laurent Mauduit assurent notamment que « lorsqu’il siégeait comme administrateur au conseil de surveillance du port du Havre, Alexis Kohler n’a jamais informé les autres membres du conseil de ses liens familiaux avec MSC » et « ne s’est jamais déporté quand MSC était concerné », contrairement à ce qu'affirme alors le palais de l'Élysée[13].

Anticor, association de lutte anticorruption, dépose plainte contre Alexis Kohler le pour « prise illégale d’intérêts », « trafic d’influence » et « corruption passive » pour sa présence passée au conseil d'administration de STX France, dont MSC est le client principal, sans faire état de ses liens familiaux avec l’armateur[26],[27], ainsi que pour la rencontre de mars 2017[22]. Le Parquet national financier indique avoir ouvert une enquête avant même cette plainte ; le palais de l’Élysée annonce qu’il rejette « des soupçons totalement infondés »[28].

Une nouvelle plainte est déposée par Anticor le 8 août 2018, pour « prise illégale d’intérêt » : celle-ci se fonde sur des votes d’Alexis Kohler pour des contrats en faveur d’une filiale française de MSC concernant l'exploitation d'un terminal du Grand port maritime du Havre (GPMH), alors qu’il siégeait en 2010-2012 au conseil de surveillance de cet établissement public (EPIC), en tant que représentant de l’Agence des Participations de l’Etat (APE), aux côtés du maire du Havre, l’actuel Premier ministre Edouard Philippe[26].

Secrétaire général de l'Élysée

Il est nommé secrétaire général de l'Élysée le [19],[29],[30],[31],[32]. Il est proche d'Édouard Philippe, qu'Emmanuel Macron connaît peu lorsqu'il le nomme Premier ministre[33].

D'après Le Monde, « le président de la République, son secrétaire général et son conseiller spécial (Ismaël Emelien) concentrent tous les pouvoirs. À trois, ils dirigent la France. »[34]

Il supervise notamment les nominations des directeurs d'administration centrale les plus cruciales ; d'après Libération, « Alexis Kohler a la main haute et forte sur les nominations à Bercy. »[35]

Il est auditionné le 26 juillet 2018 par la commission des lois du Sénat dans le cadre de la mission d'information relative à l'affaire Benalla[36]. Emmanuel Macron lui confie la mission de mettre en oeuvre une « réorganisation d’ampleur » des services de l’Élysée à partir de la rentrée 2018[37].

Références

  1. « Alexis Kohler, un Strasbourgeois à l’Élysée », sur lalsace.fr, (consulté le 26 juillet 2018)
  2. a b c d e f g et h Corinne Lhaïk, « Alexis Kohler, le jumeau de l'ombre du président Macron », sur lexpress.fr, (consulté le 26 juillet 2018)
  3. a b c d e f et g Martine Orange, « Alexis Kohler, un mensonge d’État à l'Élysée », sur Mediapart, (consulté le 4 mai 2018).
  4. a et b « Alexis Kohler », sur Who'sWho
  5. « Qui est la femme d'Alexis Kohler, secrétaire général de l'Élysée et bras droit d'Emmanuel Macron, visé par une plainte ? », sur closermag.fr, (consulté le 26 juillet 2018)
  6. a et b Vincent Nouzille, « Les hommes du président », Le Figaro Magazine, semaine du 17 novembre 2017, pages 46-54.
  7. a et b « Alexis Kohler, nommé directeur de cabinet d'Emmanuel Macron », L'Obs,‎ (lire en ligne)
  8. Alumni Sciences Po, « l'Association des Sciences-Po - Fiche profil », sur www.sciences-po.asso.fr (consulté le 7 août 2018)
  9. (en) « Les ESSEC prennent le pouvoir », sur www.alumni.essec.edu (consulté le 7 août 2018)
  10. « Alexis Kohler, un Strasbourgeois au secrétariat général de l'Elysée si Macron est élu ? », Dernières Nouvelles d'Alsace,‎ (lire en ligne)
  11. Ghislaine Ottenheimer, « Qui est vraiment Alexis Kohler, le général en chef d’Emmanuel Macron ? », Challenges,‎ (lire en ligne)
  12. a et b « Qui est Alexis Kohler, le nouveau secrétaire général de l'Elysée ? », francetvinfo.fr, (consulté le 14 mai 2017)
  13. a b et c Laurent Mauduit et Martine Orange, « MSC: les preuves du mensonge d’Alexis Kohler, numéro 2 de l’Elysée » (consulté le 6 août 2018).
  14. a et b Quand l'annulation de la taxe sur les dividendes vire au règlement de comptes, challenges.fr, 24 octobre 2017
  15. TAXE SUR LES DIVIDENDES : QUI EST LE VRAI COUPABLE ?, capital.fr, 26 octobre 2017
  16. Taxe sur les dividendes: avant "l'affaire d'Etat", des années de bazar fiscal, lexpansion.lexpress.fr, 25 octobre 2017
  17. Taxe sur les dividendes: Le "scandale d'État" peut-il se retourner contre Macron?, huffingtonpost.fr, 24 octobre 2017
  18. « INFO OBS. Alexis Kohler, nommé directeur de cabinet d'Emmanuel Macron », sur nouvelobs.com, (consulté le 28 juillet 2018).
  19. a et b Paul Chaulet, « Qui est Alexis Kohler, pressenti comme secrétaire général de l'Elysée? », L'Express,‎ (lire en ligne)
  20. « En poste à Genève, il est pressenti pour rejoindre Macron à l’Elysée », Tribune de Genève,‎ (lire en ligne)
  21. « Affaire Kohler. Si vous n’avez rien suivi à la polémique sur le bras droit d’Emmanuel Macron », sur Ouest France,
  22. a b c et d Renaud Lecadre, « Alexis Kohler : huit ans de liens ambigus, deux plaintes », sur liberation.fr, (consulté le 9 septembre 2018).
  23. a b c et d Martine Orange, « Conflit d’intérêts: la réunion qui trahit le numéro 2 de l’Elysée », sur Mediapart, (consulté le 13 mai 2018).
  24. « Alexis Kohler Le bras droit discret », Libération,‎ (lire en ligne)
  25. a et b Antton Rouget, « Campagne de Macron: les riches heures du bénévole Alexis Kohler », mediapart.fr, (consulté le 25 mai 2018)
  26. a et b « Affaire Kohler : Anticor dépose une deuxième plainte pour « prise illégale d’intérêt » », sur lemonde.fr, (consulté le 9 août 2018)
  27. Yann Bouchez, Denis Cosnard, Philippe Jacqué et Cédric Pietralunga, « Alexis Kohler, le bras droit d’Emmanuel Macron, visé par une plainte d’Anticor », sur lemonde.fr, (consulté le 4 juin 2018).
  28. Caroline Piquet, « Le secrétaire général de l'Élysée visé par une enquête du parquet national financier », sur lefigaro.fr, (consulté le 4 juin 2018).
  29. Arrêté du portant nomination à la présidence de la République (NOR : PREX1714467A), dans Journal officiel de la République française, no 114 du , texte no 1 (extrait du Journal officiel électronique authentifié [PDF]).
  30. Nathalie Raulin, « Alexis Kohler Le bras droit discret », Libération,‎ (lire en ligne)
  31. Raphaël Legendre, « Kohler, Strzoda, Etienne, Emelien : premières nominations pour le président Macron », Le Parisien,‎ (lire en ligne)
  32. Cédric Pietralunga, « Emmanuel Macron cultive le secret sur ses premières décisions », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  33. Bastien Bonnefous, Solenn de Royer et Matthieu Goar, « Edouard Philippe-Emmanuel Macron, un couple inédit avide de recomposition », sur lemonde.fr, (consulté le 16 mai 2017).
  34. Solenn de Royer, « Emmanuel Macron, Alexis Kohler, Ismaël Emelien : ce trio qui dirige la France », sur lemonde.fr, (consulté le 7 août 2017).
  35. Laure Bretton, « Haute administration : Macron ajuste la pression », sur liberation.fr, (consulté le 24 décembre 2017).
  36. « Sénat - Auditions de la commission des lois. », sur sénat.fr, (consulté le 26 juillet 2018)
  37. Myriam Encoua et Aurélie Lebelle, « Ce qui va changer à l’Elysée après l’affaire Benalla », sur leparisien.fr, (consulté le 6 août 2018).

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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