Albert Frère

Albert Frère
Titre de noblesse
Baron
depuis
Biographie
Naissance
Décès
(à 92 ans)
Nom de naissance
Albert Pol Oscar Ghislain Frère
Nationalité
Domicile
Activité
Enfants
Gérald Frère
Charles-Albert Frère ()
Ségolène ()
Autres informations
Distinctions
Liste détaillée

Le baron Albert Frère, né le à Fontaine-l'Évêque (Belgique) et mort à Gerpinnes[1] le , est un homme d'affaires et milliardaire belge. Il était considéré comme la personne la plus riche de Belgique[2],[3],[4].

Biographie

Albert Frère est présenté comme le fils d'un marchand de clous (notamment dans sa région d'origine), ceci ayant été confirmé par son biographe José-Alain Fralon en 1997[5]. Très tôt, il doit aider sa mère, veuve à 40 ans avec trois enfants en bas âge, dans la gestion des Établissements Frère-Bourgeois, fabricant de clous, chaines et articles de ferronnerie. Conquérir un mythe national - Pétrofina - pour cet homme né dans un petit village wallon, sans diplôme, toujours rejeté par l'establishment malgré sa richesse, a été un but ultime.

Parcours d'investisseur

Dès la fin des années 1940, Albert Frère construit les bases de sa fortune sur le commerce de l'acier, puis sur la sidérurgie et particulièrement sur sa Société carolorégienne de laminage, CARLAM. Albert Frère vend notamment de l'acier dans les pays communistes après la guerre de Corée, profitant des prix élevés et de la pénurie, selon son biographe José-Alain Fralon[6]. Ceci fait rapidement de lui un membre éminent du patronat de Belgique[7]. Il fait, dès l'âge de 30 ans, l'acquisition d'entreprises actives dans la sidérurgie wallonne, en particulier dans la région de Charleroi[8].

En 1975, Albert Frère est le roi du bassin sidérurgique de Charleroi, mais la conjoncture se retourne : effondrement des prix, hausse brutale du coût des matières premières, des salaires, de l'énergie. La crise de la sidérurgie débute, l'État belge intervient et les deux bassins de Liège et Charleroi sont quasiment nationalisés (notamment Cockerill). En 1979, l'État injecte 1,5 milliard de francs belges pour sauver la sidérurgie de Charleroi et débourse 735 millions pour ne prendre qu'une participation minoritaire de 49 % dans le capital de Frère-Bourgeois commerciale, la société de négoce qui empoche toutes les commissions sur les ventes d'acier, que les prix soient hauts ou bas. En 1982, Albert Frère décide de quitter le navire de la sidérurgie, du moins la production, mais pas sa vache à lait, la commercialisation exclusive de l'acier wallon. Alors que la sidérurgie perd des milliards, Albert Frère continue à faire des bénéfices en touchant ses commissions. L'État veut nationaliser la commercialisation, Albert Frère la lui cède pour 1,125 milliard de francs belges [9].

Après l’acier, il réinvestit alors le capital libéré en s'intéressant à la banque, l’assurance, l’énergie et les médias. Il crée en 1981, avec l'aide du financier canadien Paul Desmarais, la holding suisse Pargesa, profitant des nationalisations du Gouvernement socialiste de Pierre Mauroy en France [10].

En 1982, Albert Frère débourse 2,6 milliards de francs belges pour acquérir 35 % du capital du Groupe Bruxelles Lambert (GBL). Cette entrée dans le milieu feutré de l'establishment bruxellois est une nouvelle revanche pour Albert Frère, le commerçant self-made man carolo méprisé par les élites bruxelloises qui régnaient sur les charbonnages du pays noir. Il va prendre progressivement le contrôle de GBL grâce au soutien de différents alliés, dont Paul Desmarais qui deviendra son plus fidèle partenaire en affaires. Via GBL, il hérite de participations qui vont s'avérer déterminantes dans la suite de son aventure : Tractebel, BBL, CLT et la plus belle d'entre toutes à ses yeux, Petrofina.

Le roi du CAC 40

À la fin des années 90, Albert Frère se retire progressivement du paysage économique belge. En 1996, il troque ses 25 % dans Tractebel pour prendre une participation de 2,9 % dans Suez. Deux ans plus tard, il vend Petrofina à Total en échange de 6,8 % du capital du groupe pétrolier français. Total rachète ensuite Elf Aquitaine et devient la quatrième pétrolier au monde.

C'est dans le secteur des médias qu'Albert Frère réalise l'un de ses coups les plus fumants. Le rachat de GBL en 1982 lui a permis d'acquérir une participation dans la CLT (Compagnie luxembourgeoise de télédiffusion), maison-mère de RTL. En , Frère noue une alliance avec la CLT et UFA, le pôle audiovisuel du géant allemand de l'édition Bertelsmann. Quatre ans plus tard, la CLT-UFA s'allie à son tour au pôle télévisé du groupe anglais Pearson pour donner naissance à RTL Group, le premier groupe audiovisuel d'Europe. GBL en détient 30 %, qu'Albert Frère échange en 2001 contre 25,1 % dans Bertelsmann. Le , il revend sa participation à la famille Mohn, actionnaire familial de Bertelsmann pour 4,5 milliards d'euros, enregistrant au passage une plus-value de 2,4 milliards d'euros [11].

En 2002, la CNP d'Albert Frère et la holding Ackermans & van Haaren s'entendent pour acquérir chacun 50 % des actions de la société GIB (Groupe GIB)[12]. Entre 1986 et l'été 2004, il a pris, via sa société CNP, le contrôle des éditions Dupuis, ensuite revendues au groupe Média participations.

GBL est en 2005 détenteur de participations dans la compagnie pétrolière Total (à hauteur de 4 %, via ses participations premières dans Petrofina), dans le groupe financier et industriel Suez (à hauteur de 7,2 % ; 8,3 % en 2006), dans le groupe de matériaux Imerys (à hauteur de 30,7 %) et dans le cimentier Lafarge (21,1 %), dans lequel sa participation monte sensiblement depuis la fin de 2005. Fin 2005, il rachète le groupe de restauration Flo à Jean-Paul Bucher, mais cède Quick en 2007.

Dernières années

Une nouvelle ère s'ouvre dans l'histoire d'Albert Frère, plutôt que de posséder des positions de contrôle dans de grandes entreprises belges, il détient de petites participations dans des groupes de taille européenne, voire mondiale. Cela lui permet de profiter de la tendance à la globalisation de l'économie, mais c'est au prix d'une perte d'influence[11].

La presse annonce le 27 janvier 2016 le rachat de Looping Group, groupe de loisirs et de vacances à ancrage régional, par la société d'investissement belge Ergon Capital Partners qui appartient au Groupe Bruxelles Lambert[14],[15]. Il gère onze parcs de loisirs répartis dans cinq pays européens. Ils sont de type parc d'attractions, aquarium public, parc miniature ou parc aquatique[16].

Investissements culturels

Très influent dans le milieu de la finance parisienne, Frère, qui se partage entre Paris et Gerpinnes, cultive aussi un goût éclectique pour les œuvres d’art et les grands crus (voir le Château Cheval Blanc)[17].

Il meurt à 92 ans à Gerpinnes le 3 décembre 2018 des suites d'un cancer du poumon.

Famille

Albert Frère a été marié deux fois : de son union avec Nelly Depoplimont, il a eu Gérald (lui-même père de Cédric). De son 2e mariage, avec Christine Hennuy, il a eu Ségolène (7 juin 1977), femme d'Ian Gallienne, administratrice de GBL, et créatrice de la marque de vêtements pour enfants CdeC en partenariat avec Cordélia de Castellane, et Charles-Albert, décédé en 1999 dans un accident de voiture, à l'âge de 19 ans, en mémoire de qui a été créée la fondation caritative portant son nom[18].

Actionnariat (avril 2009)

Actionnariat du Groupe Frère en 2009.
Le Groupe Dassault détient 1,38 % de la CNP (source comptes annuels publiés à la Banque Nationale de Belgique).

Participations (mai 2009)

Participations d'Albert Frère.

Fonctions et mandats sociaux

Albert Frère est ou a été :

Fortune

En 2007, la fortune d'Albert Frère était estimée à 3,1 milliards d'euros. Frère est alors le seul Belge présent dans la liste des personnalités les plus riches du monde, établie par le magazine Forbes. En 2018 Forbes le classe 281e personne la plus riche du monde avec une fortune évaluée à 6,2 milliards d'euros (5,8 milliards d'euros à la date de son décès)[20].

Distinctions

Décorations

Titre nobiliaire

Albert Frère est anobli par le roi Albert II de Belgique au rang de baron en 1994. Sa devise est Amat victoria curam (« La victoire aime qu’on s’occupe d’elle »), tirée du chant d'hyménée de Catulle (62, 16) :

Non facilis nobis, aequales, palma parata est ;
Aspicite, innuptae secum ut meditata requirunt.
...
Nos alio mentes, alio divisimus aures ;
Iure igitur vincemur ; amat victoria curam.

(Traduction : La palme de la victoire qui s'offre à nous, compagnons, ne s'obtiendra pas facilement ; regardez bien combien ces filles vierges se fixent en leurs pensées (........) Quant à nous, nous tournons nos esprits d'un côté et nos oreilles de l'autre, c'est donc à juste titre que nous sommes vaincus : car la victoire aime qu'on s'occupe d'elle).

Notes et références

  1. Avis nécrologiques parus dans le journal La Libre Belgique du 6 décembre 2018, page 52.
  2. « L’homme d’affaires belge Albert Frère est mort », sur lemonde.fr, 3 décembre 2018.
  3. https://www.lepoint.fr/economie/belgique-l-homme-d-affaires-albert-frere-est-mort-03-12-2018-2276069_28.php
  4. https://www.yahoo.com/news/belgiums-richest-businessman-albert-frere-dies-104521387.html
  5. « "Albert Frère", José-Alain Fralon », sur Librairie Arthème Fayard (consulté le 3 décembre 2018).
  6. Les Barons de la Bourse - Albert Frère, ZoneBourse.
  7. Kurgan-Van Hentenryk, G. (1998). Le patronat en Belgique (1880-1960) ; Histoire, économie et société, 189-211.
  8. Belgique-Albert Frère quitte ses holdings GBL et Pargesa, Challenges, 2 février 2015.
  9. Delvaux et J-F.M 2018, p. 4.
  10. Biographie ABC Bourse, ABC Bourse.
  11. a et b Delvaux et J-F.M 2018, p. 5.
  12. Frère aura sa part du gâteau GIB Le Soir 27/09/2002.
  13. (nl) « Attractiepark Hellendoorn krijgt Belgische eigenaar », sur nu.nl, (consulté le 30 janvier 2016).
  14. Anthony Bondain, « Le groupe de parcs de loisirs Looping racheté par Ergon », sur boursier.com, (consulté le 30 janvier 2016).
  15. « Albert Frère se lance dans les parcs d'attractions », sur L'Écho, (consulté le 30 janvier 2016).
  16. Jacques Dupont, « Saint-émilion », sur Le Point, .
  17. (nl) « Fondation Charles-Albert Frère: de vertrouwelingen van Albert Frère », (consulté le 3 décembre 2018).
  18. (en) « #281 Albert Frere », sur forbes.com, (consulté le 3 décembre 2018).
  19. Nomination par arrêté royal, publication du 9 mars 2005.

Voir aussi

Bibliographie

  • René De Preter, Les 200 familles les plus riches : L'argent et le pouvoir dans le monde des holdings et des millionnaires, Anvers, EPO, .
  • Francis Groff, Albert Frère, le pouvoir et la discrétion, éd. Labor, coll. « La Noria », .
  • Nazanine Ravai, La République des vanités, éd. Grasset, .
  • José-Alain Fralon, Albert Frère, le fils du marchand de clous, éd. Lefrancq (2e édition légèrement modifiée), .
  • Ginette Kurgan-van Hentenryk et Erik Buyst, 100 grands patrons du XXe siècle en Belgique, Bruxelles, Alain Renier éditeur, , p. 102-105 et 250.

Article de presse

  • B. Delvaux et J.-F. M., « Albert Frère voulait surtout faire des affaires », Le Soir,‎ , p. 4-5

Article connexe

Liens externes

  • Notices d'autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France (données) • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • WorldCat
  • Compagnie nationale à portefeuille
  • Pargesa