Al-Kindi

Abū Yūsuf Yaʿqūb ibn Isḥāq al-Kindī
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Al-Kindi
Naissance
Koufa (Irak)
Décès
Bagdad (Irak)
Domaines géométrie, philosophie, médecine, astronomie, physique, arithmétique, logique, musique, psychologie

Abū Yūsuf Yaʿqūb ibn Isḥāq al-Kindī (801 à Koufa-873 à Bagdad)[1], plus connu sous son nom latinisé de Alkindus ou Al-Kindi, est considéré comme l'un des plus grands philosophes hellénisants de langue arabe (faylasuf)[2], en étant surnommé « le philosophe des arabes ».

Esprit encyclopédique, il a cherché à synthétiser, organiser et évaluer l'ensemble des savoirs de son temps, en s'intéressant à des domaines très variés : philosophie, mathématiques, astronomie, physique, chimie, technologie, musique...

Biographie

Il est issu de la tribu sud arabique de Kindah et nait à Koufa, première capitale abbasside. Il fait ses études à Bassorah, dont son père était gouverneur, puis à Bagdad, nouvelle capitale abbasside depuis 762. Ces trois villes (Koufa, Bassorah et Bagdad) étaient les plus prestigieuses du monde musulman de l'époque pour leur rayonnement intellectuel[3].

il bénéficie du mécénat des trois califes mutazilites abbassides, dont Al-Ma’mūn qui fonde la Maison de la sagesse (Baït al-hikma) en 830, où un grand nombre de traducteurs traduisent en arabe tous les livres disponibles persans, indiens, syriaques et surtout grecs[3]. Avec ses collègues Al-Khwârizmî et les frères Banou Moussa, il était chargé de la traduction de manuscrits de savants grecs. Il semblerait qu'en raison de ses faibles connaissances en grec, il ait seulement amélioré les traductions faites par d'autres, et ajouté ses propres commentaires aux œuvres grecques.

Dans ce contexte, Al-Kindi devient le précurseur de l'aristotélisme arabe[4].

En 847, le nouveau calife Jafar al-Mutawakkil renonce au mutazilisme. Al-Kindi tombe alors en disgrâce en 848. Sa bibliothèque est confisquée, mais elle lui sera rendue quelque temps avant sa mort[3].

Philosophie

Al-Kindi reprend la philosophie aristotélicienne, tout en refusant de trop la couper du platonisme. Il reprend chez Aristote la distinction de deux niveaux de réalité : la réalité matérielle, mouvante et instable, sera source d'une connaissance pratique, inférieure. La raison se tournera utilement vers l'intemporel, l'immobile, l'immuable, source de la connaissance la plus pure ; ainsi celle des mathématiques.

Pour étudier la philosophie, il faut commencer par les mathématiques, dans l'ordre suivant : arithmétique, géométrie, astronomie, musique. Puis continuer par la logique, la physique et la métaphysique, puis la morale, et enfin toutes les autres sciences qui découlent des premières[5].

Dans son ouvrage Philosophie première, il définit la métaphysique comme « la connaissance de la Réalité Première, Cause de toute réalité »[6]. La métaphysique viserait la connaissance des raisons des choses, la connaissance physique étant simplement la connaissance des choses et correspondant à l'aristotélisme pur et simple. Cette « philosophie première » est une théologie (le Réel premier) dans le cadre d'une « islamisation » de l'héritage philosophique grec[7].

Al-Kindi reprend dans ce cadre une preuve par Aristote de l'existence de Dieu reposant sur la nécessaire finitude du temps : selon lui, il est impossible d'arriver au temps présent en franchissant une distance de temps infinie : il y aurait donc nécessairement un début. Cette prémisse oblige à postuler l'existence de quelque cause première, qui sera parfaitement et nécessairement une, à la différence de toute chose.[4]

Dans cette perspective, Dieu se définissait alors comme le Principe Premier de toute chose, l'Un vrai, considéré comme unique, nécessaire et non lui-même causé (immanence), voire infini. Selon Al-Kindi, le créateur est un absolument, ce faisant Dieu n'a pas d'attributs distincts de son essence : il n'a ni matière, ni forme, ni qualité, ni relation, ni genre, ni intellect... C'est l'unité pure créatrice, et en énumérant ce qu'il faut nier de Dieu, Al-Kindi utilise les concepts de la philosophie grecque[3].

Al-Kindi s'insère de plain-pied dans la tradition monothéiste, en se maintenant dans les limites de l'Islam : il défend la science prophétique comme révélation, excellente par rapport à la science humaine progressive qui, elle, nécessite du temps et des efforts[3],[4].

Cependant, il fait du Coran un agent intermédiaire, contingent et créé, puisque Dieu est sans attributs. Ce qui vaudra à Al-Kindi, quelques dizaines d'années plus tard, la colère de théologiens comme al-Achari [3] n'admettant pas l'idée d'une causalité seconde et indirecte. En effet selon l'acharisme et la tradition sunnite, le Coran est incréé (la parole de Dieu est Dieu).

Sciences

Première page du Manuscrit sur le déchiffrement des messages cryptographiques.

En 1883, dans une conférence donnée à la Sorbonne, L'Islamisme et la science, Ernest Renan, philologue et professeur au Collège de France, soutient que « parmi tous les philosophes et savants dits arabes, il n'y en a guère qu'un seul, Al-Kindi, qui soit d'origine arabe »[8].

Pour Al-Kindi, la lecture des Anciens et la connaissance livresque sont insuffisantes, il faut « suivre la voie des sciences », c'est-à-dire comprendre et évaluer, et pas seulement retenir la lettre. Les commentaires d'Al-Kindi gardent la terminologie antique mais donnent une valeur nouvelle aux anciens concepts, par leur identification et vérification[9].

Ainsi, selon Aristote, la chaleur terrestre est liée au mouvement des sphères célestes, mais comment expliquer alors la formation de la neige et de la grêle dans l'atmosphère ? Al Kindi assouplit la conception des qualités premières : seul le feu est chaud dans l'absolu, l'air n'est chaud que par rapport à l'eau, et l'eau n'est froide que par rapport à l'air. Le froid et le chaud ne sont plus des qualités métaphysiques absolues, mais évaluées dans l'observation des faits. En instaurant des degrés relatifs de qualités, Al-Kindi ouvre la voie à la quantification[9].

Mathématiques et sciences physiques

Al-Kindi écrit de nombreux ouvrages sur l'arithmétique, dont des manuscrits sur les nombres indiens, l'harmonie des nombres, la géométrie des lignes, les multiplications, la mesure des proportions et du temps, les algorithmes.

Il écrit aussi sur l'espace et le temps qu'il pense tous les deux finis[10]. Selon lui, comme pour les philosophes grecs, l'existence d'une grandeur infinie conduit à un paradoxe et n'est donc pas possible.

Dans le domaine de la géométrie, il participe à une tradition de recherches sur l'axiome des parallèles d'Euclide. Il donne un lemme sur l'existence concevable de deux lignes droites distinctes dans le plan, à la fois non parallèles et sans intersection, littéralement « qui se rapprochent sans se rencontrer quand elles s'éloignent »[11]. Ce type de recherches peut apparaitre comme une étape vers la géométrie non euclidienne[12].

En géométrie sphérique, il montre comment construire un point, étant donnés deux autres points avec leurs distances au premier, sur la même sphère. La construction se fait au compas, réalisant (en termes de géodésie moderne) une construction par intersection linéaire[13].

Deux de ses œuvres sont consacrées à l'optique géométrique mais, conformément à l'esprit de l'époque, sans séparer clairement la théorie de la lumière de celle de la vision. Il cherche à démontrer la propagation rectiligne des rayons lumineux, par l'étude géométrique de l'ombre projetée par un corps éclairé par le passage de la lumière à travers une fente[14].

Il s'intéresse aussi à l'étude des « miroirs ardents », au problème d'Anthémius de Tralles de la construction d'un système de miroirs permettant de réfléchir vers un même point les rayons solaires tombant en leur centre. Il traite aussi du problème des couleurs, notamment celle du ciel. Il soutient que l'azur n'est pas la couleur du ciel, mais un mélange d'obscurité et de lumière solaire réfléchie par des particules terrestres dans l'atmosphère[14].

En hydrostatique, il ramène la théorie des corps creux flottant (bateaux) à celle des corps flottants pleins (bateaux chargés)[15].

Il s'intéresse au problème mathématique de l'apparition du croissant de lune, en montrant que le moment de cette visibilité ne peut être qu'approché[16]. Il a traduit en arabe le commentaire de Théon d'Alexandrie sur l'Almageste de Ptolémée[17].

Autres

En chimie, il traite des huiles essentielles obtenues par distillations de végétaux, dans son Épitre de la chimie des parfums et des distillations, où l'on trouve 107 recettes de fabrications avec la description des instruments utilisés[18]. Dans son Épitre sur les épées, il traite de l'obtention de l'éclat de l'acier (acier de Damas)[19],[20]. En revanche, comme Avicenne, il s'oppose résolument à l'alchimie de transmutation des métaux considérée comme impossible, dans Le livre de la mise en garde contre les tromperies des chimistes[21].

En médecine, dans le domaine pharmaceutique, il tente d'établir des règles mathématiques pour déterminer l'effet final d'un remède composé, à partir de la quantité et des degrés de qualité[22] de chaque ingrédient[23].

Dans ses ouvrages sur la théorie musicale, il met en évidence comme Pythagore que les sons produisant des accords harmonieux ont chacun une hauteur précise. Le degré d'harmonie dépend de la fréquence des sons. Son traité décrit la touche du luth à manche court, accordé par quartes (théorie des sept doigtés). Le système préconisé par Al-Kindi est un système pythagoricien simple[24].

Il publie le premier ouvrage connu de cryptanalyse, (Manuscrit sur le déchiffrement des messages codés) retrouvé en 1987 dans les archives ottomanes d'İstanbul, cet ouvrage présente la technique d'analyse fréquentielle des lettres du texte chiffré. Ce faisant, Al-Kindi développe des calculs déjà pratiqués par le lexicographe Al-Khalil (analyse phonologique avec arrangements et combinaisons de lettres). L'analyse combinatoire réunit les linguistes et algébristes dans l'étude de la langue du Coran en s'appliquant aux domaines de la phonologie, de la lexicographie et de la cryptographie[25].

Œuvres

Il a écrit près de 250 à 290 ouvrages, généralement sous la forme de brefs traités, mais une trentaine seulement nous sont parvenus. Les principaux se répartissent dans les domaines suivants [5] géométrie (32 ouvrages), philosophie (22), médecine (22), astronomie (16), physique (12), arithmétique (11), logique (9), musique (7), psychologie (5).

Il traite aussi de théologie islamique, mais relativement peu[5].

Postérité

Gérard de Crémone (1114-1187) a traduit en latin plusieurs ouvrages d'Al Kindi, dont ceux de pharmacologie (De gradibus) et d'optique (De aspectibus).

Arnaud de Villeneuve (1240-1311) et Bernard de Gordon ont poursuivi les recherches d'Al Kindi dans le domaine pharmacologique.

Al Kindi est cité par des auteurs de la Renaissance, comme Marsile Ficin ou Cornelius Agrippa, lors des discussions universitaires sur l'alchimie, l'astrologie et la magie[26].

Bibliographie

Ouvrages traduits

  • Œuvres philosophiques et scientifiques d'Al-Kindi, tome 1 : L'Optique et la catoptrique d'al-Kindî; éd. Roshdi Rashed. Leyde, Brill, 1997. (ISBN 978-9004-09781-0).
  • Œuvres philosophiques et scientifiques d'Al-Kindi, tome 2 : Métaphysique et cosmologie; éd. Roshdi Rashed. Leyde, Brill, 1998. (ISBN 978-9004-11073-1).
  • Cinq épîtres, CNRS, 1976, 101 p. Épître des définitions, Propos succinct et bref sur l'âme, Traité sur la quiddité du sommeil et de la vision, De ce qu'il y a des substances incorporelles, De l'unicité de Dieu et de la finitude du corps du monde.
  • Épître sur le discours sur l'âme (Al-qawl fî al-nafs), trad. espagnole in Obras filosoficas, Madrid, 1968, p. 134-138. (Influence de la Théologie du Pseudo-Aristote).
  • Le moyen de chasser les tristesses et autres textes éthiques, trad. S. Mestiri et G. Dye, Fayard, 2004, 136 p.
  • De mutatione temporum (De la mutation des temps), éd. G. Bos, Ch. Burnett, London-New York, 2000 (textes arabe, hébreu, latin).
  • The Forty Chapters, éd. Charles Burnett, Cambridge : Cambridge University Press , 1993. (Sur l'astrologie).
  • Triade
    • De radiis stellarum (Des rayons stellaires) ou Stellatis ou Theorica artium magicarum. Édition (latine) par Marie-Thérèse d'Alverny et Françoise Hudry, De radiis, in : Archives d'histoire doctrinale et littéraire du Moyen Âge, 41 (1974), p. 139-260, texte p. 215-260. Trad., notes de Sylvain Matton, in La magie arabe traditionnelle, Paris, Retz, 1977, p. 70-128. Trad. D. Ottaviani, Al-Kindi. De radiis. Théorie des arts magiques, Allia, 2003.
    • De aspectibus (Des aspects), édi. par Björnbo et al., apud Drei Optische Werke, Leipzig, Teubner, 1912. Optique.
    • De gradibus medicinarum (Des doses pour les médicaments) ou Quia primos, trad. en latin apud Opuscula illustrium medicorum de dosibus, Lyon, 1584. Trad. Léon Gauthier, Antécédents gréco-arabes de la psycho-physique, Beyrouth, 1939, p. 44-91. Pharmacologie.

Études

  • Peter Adamson, Al-Kindi, Oxford, Oxford University Press, coll. "Great Medieval Thinkers", 2006.
  • A. Badawî, Histoire de la philosophie en terre d'Islam, Vrin, 1972, t. II, p. 385-477.
  • Gerritt Bos et Charles Burnett, Scientific weather forecasting in the middle ages: the writings of Al-Kindī : studies, editions, and translations, Kegan Paul, 2000.
  • Pinella Travaglia, Magic, Causality and Intentionality. The Doctrine of the Rays of al-Kindî, Florence, Sismel/Edizioni del Galluzzo, coll. "Micrologus", 1999, 176 p.

Notes et références

  1. (arabe : أبو يوسف يعقوب ابن إسحاق الكندي)
  2. « Al-Kindī fut, certes, le premier des grands philosophes hellénisants de langue arabe ou falāsifa, mais également un savant prodigieux doté d'une culture proprement encyclopédique. » Salah Ould Moulaye Ahmed, L'apport scientifique arabe à travers les grandes figures de l'époque classique, UNESCO, coll. « Histoire plurielle », , 274 p. (ISBN 92-3-203975-3, lire en ligne), p. 51.
  3. a, b, c, d, e et f Jean Jolivet, Kindi (Al-), t. 10, Encyclopedia Universalis, , p. 851-852.
  4. a, b et c Abdurraman Badawi, Philosophie et théologie de l'Islam à l'époque classique, Hachette, , p. 121-123.
    dans La philosophie médiévale, François Châtelet (dir.).
  5. a, b et c Jean Jolivet, Classification des sciences, Seuil, (ISBN 978-2-02-062028-4), p. 256-258.
    dans Histoire des sciences arabes, vol. 3, Technologie, alchimie et sciences de la vie, Roshdi Rashed (dir.).
  6. Thomas d'Aquin fera de même en des termes à peine différents au début de sa Somme théologique.
  7. Christian Jambet, Qu'est-ce que la philosophie islamique ?, Gallimard, coll. « folio essais » (no 547), (ISBN 978-2-07-033647-0), p. 255.
    Pour l'analyse détaillée de la philosophie première d'Al-Kindi, voir p. 255-263.
  8. Ernest Renan, L'Islamisme et la science: conférence faite à la Sorbonne, le 29 mars 1883, Calmann Lévy, (lire en ligne), p. 15
  9. a et b René Taton, La Science antique et médiévale, t. I : La science antique et médiévale, PUF, , partie III, chap. II (« La science arabe »), p. 454-456.
  10. Comparer à la notion d'aevum chez Thomas d'Aquin
  11. Le mathématicien Al-Biruni reprend un raisonnement d'Al-Kindi selon lequel « la propriété des quantités de pouvoir être divisées à l'infini est semblable à la situation de deux lignes droites se rapprochant sans se rencontrer quand elles s'éloignent ». Roshdi Rashed 1997, Histoire des sciences arabes, vol. 2, p. 139-140. Pour l'histoire de la théorie des parallèles en géométrie arabe, voir p. 135-142.
  12. Ahmed Djebbar, Une histoire de la science arabe, Seuil, (ISBN 2-02-039549-5), p. 217-218.
  13. Boris A. Rosenfeld, Géométrie, Seuil, (ISBN 978-2-02-062027-7), p. 153.
    dans Histoire des sciences arabes, vol. 2, Mathématiques et physique, Roshdi Rashed (dir.).
  14. a et b Roshdi Rashed, L'optique géométrique, Seuil, (ISBN 978-2-02-062027-7), p. 299-305.
    dans Histoire des sciences arabes, vol. 2, Mathématiques et physique, Roshdi Rashed (dir.).
  15. Djebbar 2001, p. 251-252.
  16. Djebbar 2001, op. cit., p. 167.
  17. Régis Morelon, L'astronomie arabe orientale (VIIIe-XIe siècle), Seuil, (ISBN 978-2-02-062025-3), p. 38.
    dans Histoire des sciences arabes, vol. 1, Astronomie théorique et appliquée, Roshdi Rashed (dir.).
  18. Djebbar 2001, op. cit., p.344-346.
  19. Taton 1966, op. cit. p. 505.
  20. Djebbar 2001, op. cit., p. 363-364.
  21. Djebbar 2001, op. cit., p. 358 et 360.
  22. selon les 4 degrés des 4 qualités de la théorie humorale de Galien.
  23. (en) N.G. Siraisi, Medieval & Early Renaissance Medicine, The University of Chicago Press, (ISBN 0-226-76130-4), p. 146
  24. Jean-Claude Chabrier, Science musicale, Seuil, (ISBN 978-2-02-062027-7), p. 248-249.
    dans Histoire des sciences arabes, vol. 2, Mathématiques et physique, Roshdi Rashed (dir.)
  25. Roshdi Rashed, Analyse combinatoire..., Seuil, (ISBN 978-2-02-062027-7), p. 56.
    dans Histoire des sciences arabes, vol. 2, mathématiques et physique, Roshdi Rashed (dir.).
  26. (en) Brian P. Copenhaver, Astrology and magic, Cambridge University Press (ISBN 0-521-25104-4), p. 266 et 285.
    dans The Cambridge History of Renaissance philosophy, Charles B. Schmitt (dir.).

Articles connexes

Liens externes