Affaire Tonglet Castellano

Affaire Tonglet Castellano
Fait reproché Viol
Chefs d'accusation Viol et tentative de viol
Pays Drapeau de la France France
Ville Calanque de Morgiou
Date Nuit du 21 au
Nombre de victimes 2 : Anne Tonglet et Aracelli Castellano
Jugement
Statut Affaire jugée : Serge Petrilli condamné à six ans de réclusion ; Guy Roger et Albert Mouglalis condamnés à quatre ans pour tentative de viol
Tribunal Cour d'assises des Bouches-du-Rhône
Formation Cour d'appel d'Aix-en-Provence
Date du jugement

L'Affaire Tonglet Castellano débute en 1974 avec le viol de deux jeunes touristes belges, Anne Tonglet (24 ans) et Araceli Castellano (19 ans), dans une calanque près de Marseille. Trois hommes seront rapidement arrêtés et leur procès en à Aix-en-Provence marquera une étape dans la prise de conscience par la société de la gravité du viol et de ses conséquences pour les victimes[1].

Les faits

Le , Anne Tonglet et Araceli Castellano — homosexuelles et vivant alors en couple — s'installent pour camper dans une calanque près de Marseille[2]. Pratiquant le naturisme, elles sont en route pour rejoindre le camp nudiste de Sugiton mais le vent les amène à planter leur tente à Morgiou. Le soir de leur arrivée, un jeune homme, Serge Petrilli, les aborde pour tenter de les séduire. Éconduit, il retente sa chance le lendemain sans plus de succès. Vexé, il monte alors une « expédition punitive » avec deux amis, Guy Roger et Albert Mouglalis. Dans la soirée du , les trois hommes font irruption dans la tente des campeuses, les frappent puis les violent pendant plusieurs heures. Les sévices sexuels infligés aux touristes durent jusqu'à cinq heures du matin. Araceli Castellano tombe enceinte à la suite du viol. L'IVG est alors interdite en Belgique, mais elle parvient néanmoins à avorter grâce à un médecin qui accepte de la pratiquer[3].

Les deux jeunes femmes portent plainte. Leurs agresseurs, rapidement appréhendés, nient le viol en affirmant que leurs victimes étaient consentantes, ce qui conduit le parquet à ne les poursuivre que pour coups et blessures et attentat à la pudeur, délits relevant du tribunal correctionnel. L'avocate Gisèle Halimi obtient du tribunal correctionnel de Marseille qu'il se déclare incompétent en raison de la nature criminelle des faits, le [4]. C'est en raison de la notoriété médiatique de Gisèle Halimi, alors très connue en tant qu'avocate des droits des femmes, que les deux victimes se sont adressées à elle[3].

Le procès

Les avocates des victimes, Anne-Marie Krywin, Marie-Thérèse Cuvelier, Gisèle Halimi, ayant obtenu le renvoi de l'affaire devant une cour d'assises, le procès s'ouvre le devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence. Gilbert Collard fait partie des avocats de la défense. Gisèle Halimi, ayant fait le choix de médiatiser l'affaire[3], s'emploie à faire du procès une tribune politique et refuse notamment le huis-clos. Le procès est à l'époque particulièrement suivi par la presse : les deux victimes reçoivent le soutien de nombreuses personnalités ainsi que des mouvements féministes[5].

Au terme de débats houleux, lors desquels les plaignantes sont accusées d'avoir été « consentantes », voire provocantes, Serge Petrilli, le meneur, est condamné à 6 ans de prison, Guy Roger et Albert Mouglalis à quatre ans[6]. Petrilli est le seul à être condamné pour viol, les deux autres prévenus étant reconnus coupables de tentative de viol. La circonstance aggravante de crime en réunion n'est pas retenue par le jury[7].

Dans la foulée de l'affaire, Gisèle Halimi, ainsi qu'Agnès Fichot qui avait été sa collaboratrice pendant le procès, défendent d'autres victimes de viol sur l'ensemble du territoire. S'appuyant sur leur travaux, la sénatrice Brigitte Gros dépose l'année du procès une proposition de loi sur le viol[5],[8].

En 1980, à la suite du vote de la loi qui remplace la précédente législation datant du Premier Empire (Code pénal de 1810), le viol devient en France un crime puni de 15 ans de réclusion criminelle.

Références

Bibliographie

  • Collectif, Viol : le procès d'Aix-en-Provence : Sténotypie intégrale des débats et des témoignages, L'Harmattan, (1re éd. 1978) (ISBN 978-2-296-99444-7)
  • Camille Lestienne, « Viol : récit du procès de 1978 à l'origine d'une nouvelle loi », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  • Jean-Baptiste de Montvalon, « En 1978, le procès qui a changé le regard de la France sur le viol », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  • Émilie Tôn, « En 1978, le procès de mon viol a fait changer la honte de camp pour la première fois », L'Express,‎ (lire en ligne)
  • Nicole Van de Ven, « Témoignage de France », Les Cahiers du GRIF, nos 14-15,‎ , p. 105-106 (DOI 10.3406/grif.1976.1578)
  • Sylvie Véran, « Le procès du viol », L'Obs,‎ (lire en ligne)
  • Georges Vigarello, Histoire du viol : XVIe – XXe siècles, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points histoire », (ISBN 978-2-02-040364-1)
  • Fabrice Virgili, « Viol ( Histoire du) », dans Michela Marzano, Dictionnaire de la violence, Paris, PUF, (ISBN 978-2-13-057734-8), p. 1423-1429

Filmographie

Articles connexes