Affaire Léo Taxil

Affiche promouvant Les mystères de la Franc-maçonnerie, l'un des ouvrages antimaçonniques de Léo Taxil (1896).

L'affaire Léo Taxil (parfois nommée mystification de Léo Taxil ou canular de Taxil) est une imposture antimaçonnique française célèbre, qui débuta en 1885 et se poursuivit jusqu'en 1897. Son auteur, Marie Joseph Gabriel Antoine Jogand-Pagès alias Léo Taxil, entouré de quelques collaborateurs restés dans l'ombre (Paul Rosen, Louis LeChartier etc.) conçut une mystification qui visait à discréditer la franc-maçonnerie et à duper l'Église catholique.

Histoire

Accusé de fraude littéraire, le journaliste anticlérical Gabriel Antoine Jogand-Pagès (Léo Taxil de son nom de plume) est exclu de la loge maçonnique à laquelle il appartient. En avril 1885, le folliculaire annonce à grand renfort de publicité sa « conversion » au catholicisme avant de fonder le journal La France chrétienne - Jeanne d'Arc[1].

Léo Taxil commence par accuser la franc-maçonnerie de dissimuler les pires bassesses morales et d'encourager ses adeptes au vice quand ce n'est pas au meurtre. Il assimile ensuite la franc-maçonnerie à une secte satanique vouant un culte à Baphomet, ceci dans des loges dont le chef suprême Albert Pike reçoit ses ordres de Lucifer en personne.

Taxil mélange des éléments réellement tirés de rituels maçonniques avec des déformations de son invention. En particulier, sur plusieurs images désormais célèbres, il réutilise des symboles du 18e degré du Rite écossais ancien et accepté en y remplaçant l'agneau pascal[2] par un bouc inspiré du « Baphomet » imaginé en 1854 par l'occultiste français Éliphas Lévi[3].

Dans son ouvrage Les mystères de la Franc-maçonnerie (1886), Léo Taxil prétend que les francs-maçons adorent Baphomet.
La prétendue « Diana Vaughan » en tenue d'« Inspectrice Générale du Palladium », pseudo-secte maçonnique satanique.

La prétendue conversion de Diana Vaughan, jeune et belle Américaine, supposée Grande Maîtresse du Rite Palladique Rectifié, convertie à la suite d'une prière à Jeanne d'Arc (pas encore canonisée à l'époque), représente un élément important de la mystification de Léo Taxil.

Taxil affirme qu'Albert Pike, Grand Commandeur du Suprême Conseil de la Juridiction Sud du Rite écossais ancien et accepté, est également un pape luciférien et le chef suprême de tous les francs-maçons du globe, et qu'il est admis tous les vendredis à trois heures à conférer avec Satan en personne. L'affaire prend une telle ampleur dans les milieux catholiques que Mgr Northrop, évêque de Charleston (Caroline du Sud), part spécialement à Rome afin d'assurer Léon XIII que les francs-maçons de sa ville épiscopale sont des gens normaux, dignes et que leur temple ne s'orne d'aucune statue de Satan[4]. De même, Mgr Gonzalo Canilla, vicaire apostolique de Gibraltar, écrivit au Pape pour dénoncer de prétendues révélations du Diable au XIXe siècle qui situaient un complexe souterrain luciférien dans le rocher de Gibraltar ; des nains, des géants et autres monstres y fabriqueraient des idoles, poisons et armes bactériologiques[5].

Bien que Léo Taxil persuade nombre de catholiques de son incroyable histoire — il entretient une correspondance avec le pape Léon XIII où il l'informe des sombres menées du Palladisme –, ses affirmations sont de plus en plus dénoncées comme une imposture, y compris par Léon XIII.

Au congrès antimaçonnique de Trente de 1893, un des points évoqués est la réalité de l'existence de Diana Vaughan[6].

En 1895, Charles Hacks collabore au canular de Taxil en rédigeant avec celui-ci l'ouvrage qu'ils écrivent sous le pseudonyme collectif de Dr Bataille: Le Diable au XIXe siècle. L'ouvrage rassemble 240 brochures publiées sous forme de périodiques entre 1892 et 1895[7].

Deux jésuites, le père Grüber et le père E. Portalié, dénoncent l'imposture, sans être entendus[8].

Abel Clarin de La Rive mène une enquête qui finit par confondre Léo Taxil. Celui-ci préfère alors prendre les devants et monter un dernier « coup » en annonçant des révélations incroyables, notamment une présentation publique de Diana Vaughan. Le , lors d'une conférence organisée à la Société de géographie devant des journalistes français et étrangers médusés, des délégués de la nonciature et de l'archevêché, des francs-maçons et des libres-penseurs, Jogand-Pagès dévoile lui-même son imposture, qualifiant la supercherie d'« aimable plaisanterie ». Ses propos suscitent un tel scandale que la police doit intervenir pour calmer l'assistance et protéger l'auteur.

Le canular a parfois été considéré comme un complot échelonné sur plusieurs années par Léo Taxil dans le but avoué d'appliquer in fine aux dépens de l'Église catholique romaine la maxime qui avait fait le succès du journaliste libre-penseur : Tuons-les par le rire. Cette interprétation conjecture que le mystificateur était de bonne foi durant sa conférence de presse. Cependant, il semble que Taxil en voulait aux francs-maçons en raison de son exclusion passée et que sa supercherie lucrative relevait essentiellement de l'opportunisme[9].

Univers de fiction

Pendant plus d’une décennie, Léo Taxil a d’abord développé un univers de fiction centré sur la Franc-Maçonnerie et inspiré de sa propre expérience maçonnique, de rituels qu’il a consultés et d’ouvrages anti-maçonniques antérieurs. À partir de 1891, influencé la parution de Là-bas de Joris-Karl Huysmans, il orienta ses prétendues révélations vers le satanisme[10] et le surnaturel, tout en s’inspirant des romans d’aventures.

Description de la Franc-Maçonnerie

À l’instar de l'archevêque Leo Meurin et de l’évêque Amand-Joseph Fava, Taxil soutenait que la Franc-Maçonnerie était la religion de Satan. L’initiation aurait pour but d’éloigner les chrétiens de l’orthodoxie par des doctrines hérétiques, puis de les amener à adorer le diable :

  • Au grade d'Apprenti (1er), le déisme serait qualifié de "religion universelle de l’avenir", et serait "destiné à remplacer les cultes si nombreux qui défigurent la Divinité sur tous les points du globe"[11]
  • Au grade de Maître (3e), Taxil ré-interprète la légende d'Hiram : il fait de l’artisan un homme supérieur, qui descendrait de Caïn. Caïn est présenté positivement, il ne serait pas le fils d’Adam, mais celui de l’ange de lumière Éblis[12]. Éblis est plus tard identifié à Satan, alors que Dieu est blâmé pour sa jalousie et sa tyrannie. Le Roi Salomon aurait organisé l’assassinat d'Hiram, poussé par la malveillance de son dieu.
  • Le grade de Grand Maître Architecte (12e) prônerait le gnosticisme, en affirmant que le G de l’Étoile Flamboyante maçonnique signifie "Gnose"[13].
  • Au grade de Roise-Croix (18e), on affirme que le vrai sens de l’acronyme INRI est « Igne Natura Renovatur Integra », c’est-à-dire : « La nature est régénérée entièrement par le Feu », signifiant que le Feu est la source de la vie et de la liberté et que Jésus est un symbole du Soleil. Dans une des mises en scène du rite, la Chambre Infernale, on voit le Diable et les ennemis de Dieu vivant heureux au milieu des flammes.
  • Au grade de Grand Écossais de Saint-André d’Écosse (29e), les maçons rendraient hommage au Baphomet, « proclamé symbole sacré de la nature »[14].
  • Au grade de Grand Élu Chevalier Kadosch, Parfait Initié (30e), on prétend que la Maçonnerie descend de l’Ordre du Temple et qu’elle demande justice au nom de Jacques de Molay, tout en réclamant vengeance contre l’Église catholique et Dieu lui-même, au cri de « Nekam, Adonaï ! ».

Le Palladisme

Selon Taxil, le Palladisme est un culte luciférien fondé par Albert Pike, le 20 septembre 1870, le jour où le pape Pie IX perdit son pouvoir temporel. Accessible aux maçons de plus hauts grades, il serait formé par des loges secrètes, appelées Triangles.

Charleston est décrite comme le siège mondial de la religion diabolique, par opposition à Rome. Le principal sanctuaire du palladisme serait une salle triangulaire nommée Sanctum Regnum, on y trouverait le Palladium, une statue de Baphomet héritée des Templiers. Lucifer apparaîtrait dans le sanctuaire chaque vendredi, à trois heures de l'après-midi afin de donner ses ordres aux chefs palladistes[15]. Les récits de Taxil abondent en anecdotes surnaturelles sur les pratiquants du Palladisme : Albert Pike aurait un pouvoir de téléportation, tandis que la prêtresse Sophia Walder pourrait traverser les murs.

La théologie palladique est construite en miroir de celle du catholicisme : le dieu des chrétiens, nommé Adonaï, est qualifié de Dieu-Mauvais, il persécuterait injustement l’humanité ; ses anges, les maléakhs sont des créatures insexuées et hideuses. Lucifer, dit le Dieu-Bon est paré de toutes les vertus et présenté comme le seul ami du genre humain. Aux yeux des palladistes, Lucifer et ses daimons sont d’une grande beauté et couronnés de joyaux resplendissants. Lucifer est le maître du Royaume de feu, tandis qu’Adonaï et ses séides vivent dans le Royaume humide.

Le livre sacré du Palladisme est l’Apadno, écrit à l’encre verte par Lucifer en personne. Ce livre contiendrait des prophéties eschatologiques, annonçant notamment la naissance de l’Antéchrist en 1962. Il est prédit qu’en 1995, l’Antéchrist apparaîtrait et que le dernier pape, un juif converti, adopterait le satanisme et causerait la ruine de l’Église. En 1999, Lucifer obtiendrait la victoire totale contre Adonaï, lequel serait alors enfermé pour toujours sur la planète Saturne[16].

Dans le palladisme, le delta retourné (▽) est employé pour marquer les abréviations en remplacement des trois points (∴) de la Franc-Maçonnerie.

Personnages

  • Diana Vaughan est le personnage principal de la mystification. Étant la fille d'un propriétaire terrien du Kentucky et d’une française protestante des Cévennes, elle partagerait sa vie entre les États-Unis et l’Europe. Elle aurait été élevée dans le satanisme dès son plus jeune âge, nommée grande prêtresse par Lucifer, et fiancée au démon Asmodée. Dans les Mémoires d’une ex-palladiste parfaite, initiée, indépendante, elle expliquait être entrée en conflit avec d’autres palladistes, au sujet un rituel de profanation d'hostie, qu'elle refusait d'accomplir. Ceci l'aurait amenée à provoquer un schisme dans le Palladisme, puis à rompre avec le satanisme. Elle devrait sa conversion au catholicisme à Jeanne d’Arc, tout comme Léo Taxil. À la fin de la mystification, Léo Taxil prétendit que Diana Vaughan était une complice ayant prêté son nom à un personnage fictif, mais aucune Diana Vaughan n’a été présentée au public.
  • Sophia Sapho Walder est une palladiste inventée par Taxil[17] et ennemie jurée de Diana Vaughan. Elle serait la fille d’un pasteur mormon de l’Utah nommé Phileas Walder et de la Danoise Ida Jacobsen. Taxil affirme que le Diable est son véritable père, que le démon Bitru l’a allaitée, avant de devenir son fiancé, et qu’elle deviendrait l’arrière-grand-mère de l’Antéchrist. Le 29 septembre 1896, à Jérusalem, elle devait donner naissance à l'âge de trente-trois ans à une fille. Celle-ci, à l’âge de trente-trois ans, mettrait au monde une fille, des œuvres du démon Decarabia. Un autre démon devait féconder cette dernière, qui accoucherait, toujours à trente-trois ans, de l’Antéchrist, en 1962.
  • Le général Albert Pike, réformateur du Rite Écossais Ancien Accepté et dirigeant de la Franc-Maçonnerie, serait le chef spirituel du Palladisme, dont la direction politique était assurée par Adriano Lemmi. Il aurait d’abord été un alchimiste et adorateur des dieux gréco-romains. Les Hébreux Coré, Dathan et Abiron lui seraient apparus, surgissant d’un rocher, pour le convertir au culte du "Dieu-Bon" Lucifer et lui donner un fragment de la pierre philosophale[18].
  • Thomas Vaughan, alchimiste anglais, aurait offert à Lucifer le sang de l’archevêque William Laud afin d’obtenir trente-trois ans de vie pour la propagation du satanisme. Il aurait eu pour épouse la démone Vénus-Astarté, qui lui aurait donné onze jours plus tard une fille prénommée Diana, elle-même l’ancêtre de Diana Vaughan. Il ne serait pas mort de mort naturelle, mais Lucifer l’aurait emporté dans son "Royaume de feu" en 1678, alors qu’il résidait à Amsterdam. Son esprit se manifesterait grâce à une flèche de fer conservée à La Valette : celle-ci écrirait en lettres vertes et sans encre, pour raconter sa disparition miraculeuse.[19].
  • Adriano Lemmi, homme politique italien, aurait fondé le Palladisme avec Albert Pike. D’abord chef politique de la secte, il en serait devenu le chef suprême à la mort de Pike en 1891. Son rôle supposé est décrit dans Souvenirs d'un trente-troisième : Adriano Lemmi, chef suprême des francs-maçons de Domenico Margiotta.

Postérité antimaçonnique

Le Diable au XIXe siècle. Écrit sous le pseudonyme collectif de « Dr Bataille » en collaboration avec Charles Hacks et publié en 1895, cet ouvrage est un apport littéraire au canular.

En dépit de la conférence de presse du 19 avril 1897, l'œuvre antimaçonnique de Taxil a continué d'exercer son influence dans certains milieux (catholiques traditionalistes, nationalistes, antidreyfusards). Ceux-ci n'ont jamais véritablement admis qu'il y ait eu mystification, refusant par conséquent de se reconnaître dupes. Avocat et écrivain franc-maçon[20],[21], Alec Mellor explique cette persistance par « ce phénomène fréquent dans la psychologie religieuse qu'est une certaine angoisse du sacrilège ; d'autant plus propre à prendre corps en pseudo-révélations fantastiques qu'elle est imprécise[22] ».

Durant l'affaire Dreyfus, les antidreyfusards reprennent à leur compte certaines affabulations antimaçonniques de Léo Taxil. Ce dernier se démarque toutefois des mouvements antisémites en se présentant notamment aux élections contre le polémiste Édouard Drumont. Taxil finit par se retirer de la course électorale puis publie Monsieur Drumont en 1890, un pamphlet visant le président-fondateur de la Ligue nationale antisémitique de France[23], [24]. Cependant, certains proches collaborateurs de Taxil, dont Charles Nicoullaud, ont joué un rôle de première importance dans la continuation de la mystification taxillienne dans les milieux anti judéo-maçonniques liées à la Revue internationale des sociétés secrètes (RISS).

Certains ouvrages marginaux exploitent par la suite les prétendues révélations de Taxil en défendant diverses théories du complot.

Le Mystère de Léo Taxil et la vraie Diana Vaughan, publié en 1930 aux éditions RISS sous le pseudonyme de « Spectator », prétend que Taxil a été manipulé par les Francs-maçons[25] pour discréditer l'antimaçonnisme.

En 1934, Paquita de Shishmareff (sous le pseudonyme de Leslie Fry) publie Léo Taxil et la franc-maçonnerie. Lettres inédites publiées par les amis de Monseigneur Jouin (Chatou, British American Press). Antimaçonnique et antisémite, proche de l'extrême-droite, l'auteur prétend qu'un « fonds de vérité d'une importance incalculable [était] contenu dans les œuvres attribuées à Léo Taxil [...]. Que pour en déguiser la source et la portée, il eût, avec son cerveau de Méridional et son amour des tréteaux, inventé la mise en scène, cela n'enlèverait rien à l'authenticité de certaines révélations[26] ».

Dans L'affaire Diana Vaughan - Léo Taxil au scanner (2002), un ou plusieurs auteur(s) anonyme(s) renoue(nt) avec ces thèses antimaçonniques (défendues par « une poignée d'irréductibles dont nous sommes les héritiers », dixit) en affirmant que c'est l'« aveu » de Léo Taxil du 19 avril 1897 qui est faux et que le Palladisme tout comme Diana Vaughan auraient bien existé. L'ouvrage aurait été rédigé « en collaboration » avec une association portant le nom de William Morgan, prétendu « martyr antimaçonnique ». Massimo Introvigne émet un compte rendu critique de ce travail, suggérant qu'il provient probablement des milieux intégristes[17].

Antimaçonnique et antisémite, André de La Franquerie a défendu une autre théorie du complot, à savoir que Diana Vaughan a bel et bien existé mais qu'elle aurait été enlevée au moment de révéler son existence[28].

La conférence du 19 avril 1897 vue par Le Figaro

Léo Taxil caricaturé par André Gill, revue Les Hommes d'aujourd'hui, no 71, 1879.

Julien de Narfon écrit dans Le Figaro :

LEO TAXIL dévoilé par lui-même

  • Vous n'avez pas l'air de vous douter que vous êtes une immonde fripouille !
  • Cette interruption, absolument dénuée d'amabilité sinon de vérité, est la première qui ait coupé, hier soir, à la salle de la Société de géographie, les fort instructives déclarations de M. Léo Taxil.
  • Il m'a bien semblé, d'ailleurs, qu'elle répondait assez exactement aux sentiments de l'auditoire, en dehors des rares amis – peu dégoûtés – dont l'orateur avait composé sa claque.
  • Mais M. Léo Taxil ne paraissait pas le moins du monde se rendre compte de l'impression d'écœurement qu'il produisait sur une assemblée où les libres penseurs étaient cependant aussi nombreux que les catholiques. Et pendant près de deux heures il s'est vanté, le sourire aux lèvres, d'avoir joué, pendant les douze années qu'il vient de passer « sous la bannière de l'Église », la comédie de la conversion, et d'avoir mystifié sans mesure les catholiques, les prêtres, les évêques, les cardinaux et le Pape lui-même. Peut-être a-t-il fait toutefois moins de dupes qu'il ne se l'imagine.
  • M. Léo Taxil a résumé en trois mots ce qu'il appelle « la plus colossale mystification des temps modernes » ; « Ma conversion au catholicisme a d'abord été un simple bateau. La collaboration de mon compère le docteur Bataille en a fait une escadre. Enfin, elle est devenue une véritable flotte grâce à Diana Vaughan. »
  • Diana Vaughan a joué effectivement le rôle principal dans la grande mystification dont il se flatte aujourd'hui. Ce rôle était celui d'une ex-luciférienne convertie au catholicisme, et dont les abracadabrantes révélations sur les mystères du Palladisme et de la franc-maçonnerie étonnent depuis plusieurs années le monde religieux. Naturellement, toutes ces prétendues révélations émanaient de Léo Taxil en personne, dont le but, avoué aujourd'hui, était de gagner le plus d'argent possible en exploitant la crédulité des catholiques.
  • Mais tout finit, et l'on s'est aperçu un beau jour que Diana Vaughan était un mythe et Léo Taxil un simple farceur. On le lui a dit sur tous les tons. C'est alors qu'il s'est décidé à brûler ses vaisseaux, j'allais dire ses bateaux.
  • Il est douteux que les francs-maçons tuent le veau gras en l'honneur de ce singulier transfuge. Hier soir, il a été hué dans les grands prix. Mais le clergé, qui trop facilement lui ouvrit ses bras, fera bien de se montrer à l'avenir moins crédule et moins confiant. C'est la seule moralité à tirer de l'aventure[29].

Littérature

L’affaire est un des thèmes du Cimetière de Prague d'Umberto Eco. Dans ce roman, Léo Taxil est manipulé par les services secrets français pour décrédibiliser les milieux antimaçonniques ; en 1885, il accepte un pot de vin versé par les franc-maçons pour écrire une série d’ouvrages fantaisistes contre la Franc-Maçonnerie, avec la promesse que la vente de livres antimaçonniques lui rapportera plus encore. En 1897, il aurait à nouveau perçu de l’argent pour mettre fin à sa supercherie. Eco fait de Diana Vaughan un personnage réel (alors que son existence n’est pas prouvée dans la réalité) ; elle serait une aliénée souffrant d’un dédoublement de personnalité, alternant entre une sataniste qui décrit des rituels effrayants et une fervente catholique repentante. Diana Vaughan aurait servi de source aux écrits de Taxil, avant d’être assassinée à la fin de l’affaire.

Notes

  1. Bouzy 2012, p. 1005-1006.
  2. Irène Manguy, De la symbolique des chapitres en franc-maçonnerie, Dervy, (ISBN 2-84454-363-4), p. 471
  3. Voir l'illustration à l'article Baphomet
  4. Encyclopédie de la Franc-maçonnerie, La Pochothèque, France, 2000, Albert Pike, p. 666.
  5. Introvigne 2016, p. 166,206
  6. Éric Saunier (dir.), Encyclopédie de la Franc-maçonnerie, Paris, Livre de poche, « La Pochothèque », 2000.
  7. Yves Déloye, « Le geste parlementaire : Charles Hacks ou la sémiologie du geste politique au XIXe siècle », Politix, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, no 20 « L'ordre parlementaire »,‎ , p. 129 (lire en ligne).
  8. Histoire de la franc-maçonnerie en France, J-A Faucher et A. Ricker, p. 372
  9. Bouzy 2012, p. 1006.
  10. Introvigne 1997, p. 174.
  11. Léo Taxil, Les Frères Trois-Points, p. 80
  12. Léo Taxil, Les Frères Trois-Points, p. 104
  13. Léo Taxil, Les Frères Trois-Points, p. 161
  14. Léo Taxil, Les Frères Trois-Points, p. 253
  15. Léo Taxil, Mémoires d'une ex-palladiste parfaite, initiée, indépendante, p 23.
  16. Henry Charles Lea, Léo Taxil, Diana Vaughan et l’Église romaine.
  17. a et b Massimo Introvigne, « Diana Redux : L'Affaire Diana Vaughan – Léo Taxil au scanner par Athirsata (Sources Retrouvées, Paris 2002) », CESNUR (Centro Studi sulle Nuove Religioni), [lire en ligne].
  18. Léo Taxil, Mémoires d'une ex-palladiste parfaite, initiée, indépendante, p 231-232.
  19. Léo Taxil, Mémoires d'une ex-palladiste parfaite, initiée, indépendante, p 240-242.
  20. « Mellor, Alec (1907-1988) », base IdRef (Identifiants et référentiels pour l'Enseignement supérieur et la recherche), lire en ligne.
  21. https://www.persee.fr/doc/rhef_0300-9505_1965_num_51_148_1746_t1_0199_0000_2
  22. Alec Mellor, Dictionnaire de la franc-maçonnerie et des francs-maçons, Paris, Belfond, 1979, p. 311.
  23. G. Rossi, Léo Taxi [1854-1907], du journalisme anticlérical à la mystification transcendante. Thèse de Doctorat, Aix-Marseille Université, 2014, [1].
  24. Hervieu 1991, p. 37.
  25. Jack Chaboud, La Franc-maçonnerie, Librio, p. 36.
  26. Leslie Fry, op. cit., p. 10 et 14.
  27. André de La Franquerie, Lucifer & le pouvoir occulte : la judéo-maçonnerie, les sectes, le marxisme, la démocratie : synagogue de Lucifer & Contre-Église, p. 151-152-153.
  28. Julien de Narfon, « Léo Taxil dévoilé par lui-même », in Le Figaro, 20 avril 1897, p. 3, 4e colonne.

Annexes

Sources primaires

  • « Miss Diana Vaughan. le monde religieux mystifié », L'Observateur européen. Revue politique, littéraire, financière, commerciale et industrielle, no 28 (2e année), 19 décembre 1896, p. 354-355, [lire en ligne].

Œuvres de Léo Taxil liées au canular

  • Confessions d'un ex-libre-penseur, Paris, Letouzey et Ané éditeurs, 1887, [lire en ligne].
  • avec Paul Verdun, Les assassinats maçonniques, Paris, Letouzey et Ané éditeurs, 1890, [lire en ligne].
  • Le diable au XIXe siècle ou, Les mystères du spiritisme : la Franc-maçonnerie luciférienne, révélations complètes sur le palladisme, la theurgie, la goetie et tout le satanisme moderne, magnétisme occulte, pseudo-spirites et vocates procédants, les médiums lucifériens, la cabale fin-de-siècle, magie de la Rose-Croix, les possessions à l'état latent, les précurseurs de l'anté-Christ, Paris, Delhomme et Briguet, 1892-1894.
  • Mémoires d'une ex-palladiste parfaite, initiée, indépendante / Miss Diana Vaughan (Jeanne-Marie-Raphaëlle), Paris, Librairie antimaçonnique A. Pierret, 1895-1897, [lire en ligne].

Bibliographie

  • Arthur Edward Waite, Devil-Worship in France With Diana Vaughan and the Question of Modern Palladism], Londres, Redway, 1896, [lire en ligne]. Réédition : Red Wheel/Weiser, 2003.
  • Henry Charles Lea (trad. Salomon Reinach), Léo Taxil, Diana Vaughan et l'Église romaine : histoire d'une mystification, Paris, Société nouvelle de librairie et d'édition, , 27 p. (lire en ligne).
  • Eugen Weberéd.), Satan franc-maçon : la mystification de Léo Taxil, Paris, Julliard, coll. « Archives » (no 6), , 240 p. (présentation en ligne), [présentation en ligne].
  • Thérèse de Lisieux, « Le Triomphe de l'humilité » suivi de « Thérèse mystifiée » (1896-1897) : l'affaire Léo Taxil et le manuscrit B, Paris, Éditions du Cerf, 1975, 144 p.
  • Jean-Pierre Laurant, « Le dossier Léo Taxil du fonds Jean Baylot de la Bibliothèque nationale », Politica Hermetica, Paris, L'Âge d'Homme, no 4 « Maçonnerie et antimaçonnisme : de l'énigme à la dénonciation »,‎ , p. 55-63 (ISBN 2-8251-0146-X).
  • Fabrice Hervieu, « Catholiques contre francs-maçons : l'affaire Léo Taxil », L'Histoire, no 145,‎ , p. 32-39.
  • Jacques Van Herp, « Une source de Lovecraft, Le Diable au XIXe siècle », dans Lovecraft. Cahiers de l'Herne, no 12, Éditions de l'Herne, Paris, 1969, p. 141-146.
  • Massimo Introvigne (trad. Philippe Baillet), Enquête sur le satanisme : satanistes et antisatanistes du XVIIe siècle à nos jours [« Indagine sul satanismo : satanisti e anti-satanisti dal seicento ai nostri giorni »], Paris, Dervy, coll. « Bibliothèque de l'hermétisme », , 413 p. (ISBN 2-85076-881-2, présentation en ligne).
  • (en) Massimo Introvigne, Satanism : A Social History, Boston, Brill Academic Pub, , 668 p. (ISBN 978-9004288287), p. 158-226.
  • Bernard Muracciole, Léo Taxil, vrai fumiste et faux frère, Paris, Éditions maçonniques de France, coll. « Histoire », , 149 p. (ISBN 2-903846-32-4).
  • Michel Winock, « Autopsie d'un mythe : le complot « judéo-maçonnique » », L'Histoire, no 256,‎ , p. 62-69.
  • Françoise Lavocat (dir.), Pierre Kapitaniak (dir.) et Marianne Closson, Fictions du diable : démonologie et littérature de saint Augustin à Léo Taxil, Genève, Droz, coll. « Cahiers d'humanisme et Renaissance » (no 81), , 342 p. (ISBN 978-2-600-01135-8, présentation en ligne).
  • Thierry Rouault, Léo Taxil et la franc-maçonnerie satanique : analyse d'une mystification littéraire, Rosières-en-Haye, Camion blanc, coll. « Camion noir », , 207 p. (ISBN 978-2-35779-134-3).
  • Olivier Bouzy, « TAXIL Léo (1854-1907) », dans Philippe Contamine, Olivier Bouzy et Xavier Hélary, Jeanne d'Arc. Histoire et dictionnaire, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1214 p. (ISBN 978-2-221-10929-8), p. 1005-1006.
  • Robert Rossi, Léo Taxil (1854-1907). Du journalisme anticlérical à la mystification transcendante, Marseille, Quartiers Nord Éditions, , 826 p. (ISBN 978-2-9519739-5-4).

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