Affaire Fillon

L'affaire Fillon — aussi appelée à ses débuts affaire Penelope Fillon ou parfois « Penelopegate » — est une affaire politique et judiciaire portant initialement sur des soupçons d'emplois fictifs concernant des membres de la famille de François Fillon. Cette affaire intervient pendant la campagne pour l'élection présidentielle française de 2017 à un moment où François Fillon, candidat de la droite et du centre, est en position de grand favori. L'affaire a un énorme retentissement et provoque pendant plusieurs semaines la remise en cause de la candidature de François Fillon par certains membres de son parti politique. François Fillon refuse de se désister et maintient sa candidature malgré sa mise en examen.

L'affaire débute par un article du Canard enchaîné le qui affirme que Penelope Fillon, épouse de François Fillon, a été rémunérée 500 000 euros brut pour des emplois d'attachée parlementaire auprès de son mari et son suppléant Marc Joulaud entre 1998 et 2007 et en 2012. Il affirme aussi qu'elle a eu, en 2012-2013, un emploi de conseillère littéraire à la Revue des deux Mondes payé 100 000 euros brut. L'absence de traces convaincantes du travail de Penelope Fillon et sa distance avec la vie politique de son mari conduisent le journal à soupçonner que ces emplois seraient fictifs. Le jour même, le parquet national financier ouvre une enquête préliminaire pour détournements de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits. Dès le , François Fillon conteste le caractère fictif de ces emplois dans un entretien au journal télévisé.

Le , Le Canard enchainé publie un nouvel article qui, en incluant les années 1988-1990 et 2013, revoit à la hausse le total des salaires de Penelope Fillon en tant qu'assistante parlementaire pour un montant de 813 440 euros brut. L'hebdomadaire mentionne aussi une nouvelle somme de 84 000 euros brut, versée à deux des enfants du couple, Charles et Marie Fillon, entre 2005 et 2007 comme assistants parlementaires quand leur père était sénateur.

Le , François Fillon déclare — contrairement à ce qu'il avait annoncé auparavant — qu'il maintiendra sa candidature à la présidentielle même s'il est mis en examen. Il dénonce « un coup d’État institutionnel » porté contre lui par la gauche et ses avocats remettent en cause les fondements de la procédure et la compétence du parquet national financier pour traiter cette affaire. François Fillon est mis en examen le pour « détournements de fonds publics », « complicité et recel de détournements de fonds publics », « complicité et recel d’abus de bien sociaux » et « manquements aux obligations de déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique ». L'enquête s'étend le aux costumes de luxe offerts à François Fillon depuis 2012 totalisant une valeur de plusieurs dizaines de milliers d'euros, avec un réquisitoire supplétif contre X pour « trafic d'influence », ainsi qu'à des accusations de « faux, usage de faux » et « escroquerie aggravée » concernant des documents saisis lors d'une perquisition.

Affaire Fillon

Sommaire

Éléments de l'affaire

Soupçons d'emplois fictifs pour des membres de la famille Fillon

Penelope Fillon en 2007.

L'affaire Penelope Fillon ou affaire Fillon, parfois surnommée « Penelopegate », est une affaire politique et judiciaire portant sur des soupçons d'emplois fictifs concernant des membres de la famille de François Fillon. Cette affaire débute fin durant la campagne pour l'élection présidentielle française de 2017 à un moment où François Fillon, candidat de la droite et du centre, est en position de grand favori pour cette élection[1].

Début de l'affaire : l'article du Canard enchaîné du 25 janvier 2017

L'affaire commence avec l'article du Canard enchaîné du — annoncé dès le — qui affirme que Penelope Fillon aurait été rémunérée environ 500 000 euros bruts pour un emploi d'assistante parlementaire de son mari, de 1998 à 2002 et en 2012, et de son suppléant, Marc Joulaud, de 2002 à 2007[2]. Le journal écrit aussi qu’entre et , Mme Fillon aurait perçu 100 000 euros comme conseillère littéraire à la Revue des deux Mondes[2]. Dans son article, Le Canard enchaîné déclare avoir interrogé une assistante de Marc Joulaud, Jeanne Robinson-Behre, celle-ci a répondu à propos de Penelope Fillon : « Je n'ai jamais travaillé avec elle, je n'ai pas d'info à ce sujet. Je ne la connaissais que comme femme de ministre. »[2] Il a aussi questionné le directeur de la Revue des deux Mondes de l'époque, Michel Crépu, qui a répondu que Penelope Fillon a bien « signé deux ou peut-être trois notes de lecture » mais qu'il n'a jamais eu « la moindre trace de ce qui pourrait ressembler à un travail de conseiller littéraire. »[2]

Dès le , la presse, s'appuyant sur les déclarations du Canard enchaîné, évoque un soupçon d'emploi fictif de Penelope Fillon comme assistante parlementaire[3],[4]. Le jour même, l'entourage de François Fillon affirme « à quelques journalistes » qu'elle « a été la collaboratrice de François Fillon. C’est fréquent que les conjoints soient [le] collaborateur, à gauche comme à droite. Elle a toujours travaillé dans l’ombre, ce n’est pas son style de se mettre en avant »[4].

Le , jour de la parution du Canard enchaîné, le parquet national financier ouvre une enquête préliminaire pour détournements de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits[5]. Bernard Accoyer monte en première ligne pour défendre François Fillon et Penelope Fillon, à la suite de l'ouverture de cette enquête préliminaire[6],[7]. Concernant les doutes sur l'emploi fictif de Penelope Fillon, il déclare l'avoir vue participer aux travaux de François Fillon « dans de multiples circonstances, y compris à l'Assemblée nationale »[8]. Pour le Lab (Europe 1), cet argumentaire est en contradiction avec celui repris par les porte-paroles de François Fillon, Bruno Retailleau et Florence Portelli, qui pour leur part ont déclaré que Penelope Fillon travaillait comme collaboratrice parlementaire dans la Sarthe et que sa présence à Paris était rare[9].

L'affaire prend de l'ampleur : révision à la hausse des sommes versées

Le , Le Canard enchaîné publie un nouvel article chiffrant à 831 440 euros brut la somme perçue par Penelope Fillon comme assistante parlementaire, contrairement aux 500 000 estimés une semaine avant[10]. Le journal a découvert des emplois d'assistante parlementaire en plus entre 1988 et 1990 et en 2013, et a pris en compte dans son calcul les années de salaires 1998-2000 dont il ne connaissait pas le montant la semaine précédente[10]. En résumé, Penelope Fillon aurait été employée comme assistante parlementaire durant les trois périodes 1988-1990, 1998-2007 et 2012-2013[2],[10]. Une autre révélation porte sur des salaires versés à deux des enfants Fillon employés successivement comme collaborateurs parlementaires par le sénateur Fillon entre 2005 et 2007[10]. Les sommes cumulées versées à la femme et aux enfants de François Fillon en tant que collaborateurs parlementaires atteindraient environ 900 000 euros brut et apparaissent relativement généreuses par rapport à l’enveloppe dont disposent les parlementaires[11],[12].

En réponse, François Fillon dénonce le jour même « un coup d’État institutionnel » qui est porté contre lui par la gauche[13] (thèse dont l'argumentation sera développée le 19 février 2017 dans une tribune sur le site Atlantico[14]).

Le 7 février 2017, pour contrer la montée de l'indignation que reflètent et alimentent les médias[15], Francois Fillon publie sur son site de campagne un tableau présentant, pour chacun des contrats de collaboratrice parlementaire de son épouse entre 1986 et 2013, les dates et les salaires perçus. Les salaires de Penelope Fillon sont présentés en nets, soit une moyenne sur quinze ans d'activité de 3 677 euros nets mensuels, avec une pointe de rémunération à 6 009 € nets mensuels lorsqu'elle était employée par Marc Joulaud, pour un total de 680 380 € nets[16],[17],[18].

Penelope Fillon, assistante parlementaire

Penelope Fillon, collaboratrice de François Fillon

Le , sur TF1, François Fillon répond « oui absolument » à la question de Gilles Bouleau pour savoir si Penelope Fillon a accompli « un travail à temps complet d'assistante parlementaire ». Il indique que sa femme travaillait avec lui depuis toujours : « Depuis 1981, depuis ma première élection, elle m'a toujours accompagné dans ma vie publique ». Il précise : « [ma femme] a corrigé mes discours, [...] reçu d'innombrables personnes qui voulaient me voir et que je ne pouvais pas voir, [...] représenté dans des manifestations et des associations [et fait] la synthèse de la presse ». François Fillon ajoute que sa femme lui « faisait remonter les demandes des gens, les évolutions de notre société ». Elle l'a fait, dit-il, « bénévolement pendant des années » mais : « en 1997 j'ai un collaborateur parlementaire qui est parti, je l'ai remplacé par Penelope »[19] Il explique qu'il a mis fin à la collaboration avec sa femme en 2013, ayant « compris qu'au fond l'opinion publique avait évolué sur ces sujets-là ». Cependant, la presse relève qu'en avril 2013, il s'opposait à un projet de loi sur la transparence de la vie publique initié par le gouvernement après l'affaire Cahuzac, qui prévoyait, entre autres mesures, d'obliger les parlementaires à publier le nom de leurs collaborateurs[20]. François Fillon annonce dans cet entretien qu'il n'y a qu'une seule chose qui l'empêcherait d'être candidat, c'est si son honneur était atteint, s'il était mis en examen[21],[22]. Le Nouvel Obs relève plusieurs incohérences dans la défense de François Fillon[23].

Le , pour répondre aux soupçons d’emplois fictifs de sa famille lancés par le Canard Enchaîné[2],[10], François Fillon tient une conférence de presse à son siège de campagne dans laquelle il réaffirme que, avec un emploi qui n'était nullement fictif, il est honnête parce qu'il a respecté les lois. Estimant qu'en « travaillant avec (sa) femme et (ses) enfants », il avait privilégié une « collaboration de confiance qui aujourd'hui suscite la défiance. », il « présente (ses) excuses aux Français » mais maintient sa candidature. Il déclare de plus que le parquet national financier n'était « peut-être pas la "bonne instance" pour conduire ces investigations », et annonce la publication imminente, sur son site Internet[24], de son patrimoine ainsi que des sommes perçues année par année par sa femme en tant que collaboratrice parlementaire[25].

Le 7 février 2017, le site huffingtonpost.fr se demande « pourquoi Penelope Fillon ne prend pas la parole » « une parole que les Français ont envie d'entendre », alors qu'elle a été « entendue pendant cinq heures » par les enquêteurs, et a reçu une « standing ovation et déclaration d'amour » au meeting de son mari à La Villette le 29 janvier[26].

Le 5 mars 2017, Penelope Fillon s'exprime longuement dans une interview donnée au Journal du Dimanche[27],[28]. Elle y assure avoir effectué « des tâches très variées », notamment traiter le courrier, préparer des notes et des fiches pour son mari, relire ses discours et le représenter durant des manifestations. Elle déclare notamment : « J'ai fait donner par mon avocat aux enquêteurs ... des échanges de mails avec les autres collaborateurs de mon mari », « Bien sûr que je comprenais ce que je signais quand je signais des contrats » ; « Je ne considérais pas que je faisais de la politique. Je travaillais pour mon mari et pour les Sarthois » ; « J'ai toujours été associée à ses choix politiques, il a une confiance totale en moi, pour ma discrétion mais aussi pour ma loyauté »[27],[28]. Dans un entretien au JDD, Penelope Fillon affirme son soutien à François Fillon : « Moi, je lui ai dit qu’il fallait continuer jusqu’au bout ... C'est lui qui décidera »[27],[28].

Penelope Fillon, collaboratrice de Marc Joulaud

Marc Joulaud, député-maire de Sablé-sur-Sarthe, a remplacé en juillet 2002 à son siège de député François Fillon, nommé au gouvernement. Il a employé Penelope Fillon comme collaboratrice parlementaire. Jeanne Robinson-Behre, ancienne assistante parlementaire de Joulaud, répond à une question du Canard Enchaîné qu'elle n'a « jamais travaillé avec elle », et « ne la connaissait que comme femme de ministre ». Elle a été auditionnée par les enquêteurs le 1er février à Angers[29],[30].

Le 6 février, Le Monde, affirme avoir bénéficié de confidence des enquêteurs[31]. Penelope Fillon aurait dit, à propos de Joulaud, qu'« il avait besoin [d'elle] pour asseoir son autorité », qu'elle le rencontrait « une fois par semaine à Paris, et une autre fois le week-end, dans la Sarthe », que « parfois, elle lui remettait "des notes" », et que « les gens ne savaient pas [qu’elle était] l’assistante parlementaire de M. Joulaud ». Elle aurait aussi déclaré aux policiers : « Jamais je n’ai officialisé ma qualité d’assistante parlementaire de Marc Joulaud, pas plus que quand je faisais le même travail pour mon mari ».

À l’été 2002, Penelope Fillon aurait touché, selon Le Monde qui se réfère au Canard enchaîné, un double salaire : un pour son travail d’assistante de François Fillon (fin de contrat « le 21 août 2002 »), un autre auprès de son suppléant, Marc Joulaud (début de contrat « le 13 juillet 2002 »)[32]. Dans un communiqué, François Fillon indique que la somme qui aurait été payée à son épouse en août 2002 l'a été en juin 2002, ce à quoi le rédacteur en chef du Canard enchaîné, ne contestant pas la correction de date, déclare « Quant à la date, même s'il y avait une imprécision, qu'est-ce que ça change ? »[33].

Le 20 mars 2017, Marc Joulaud annonce qu'il va être convoqué en vue d'une mise en examen[34].

Doutes sur la réalité des emplois d'assistante parlementaire de Penelope Fillon

En mai 2007, Penelope Fillon, épouse du nouveau premier ministre français, est interviewée par le Sunday Telegraph. Sur l'extrait de cette interview qui sera publié en 2017 dans l'émission Envoyé Spécial[35], elle déclare que, si elle a repris des cours en littérature anglaise, c'est notamment parce que « Mes enfants ne me voient que comme leur mère »[36]. À la question « Est-ce que vous vous êtes impliquée dans ses campagnes ou sa carrière politique » (de François Fillon), elle répond « j'en avais l'habitude, oui » (« I used to, yes »)[37]. Elle dit aussi « Je n'ai jamais été réellement son assistante » (« I never have been actually his assistant », souvent improprement tronqué en « je n'ai jamais été son assistante »)[38], et « Je ne m'occupe pas non plus de sa communication" »[39].

En octobre 2016, Penelope Fillon, après avoir tenu à Dijon « une réunion publique » pour « expliquer qui est vraiment François Fillon" », et s'étant mise en avant « pour faire la promotion du mouvement Les Femmes avec Fillon[40][réf. insuffisante] », dit au quotidien Le Bien Public : « Jusqu’à présent, je ne m’étais jamais impliquée dans la vie politique de mon mari »[41].

Le 2 février 2017, l'avocat de Penelope Fillon, Maître Cornut-Gentille, est interrogé sur RTL à propos d'une révélation importante promise pour la soirée, dans l'émission Envoyé spécial, concernant l'interview de mai 2007. Il explique que, à l'époque de cette interview, la presse britannique cherchait à des points communs entre Penelope Fillon et Cherie Blair, et que Penelope Fillon « a voulu précisément souligner et faire valoir qu'elle était le contraire de Cherie Blair »[42].

Le soir du 2 février 2017, l'émission Envoyé spécial de France 2 , qui présente une enquête sur Penelope Fillon annoncée « en grande pompe », est regardée par 5,4 millions de téléspectateurs, un record[43]. Y sont présentés des extraits de l'interview déjà citée de Penelope Fillon en mai 2007 par le Sunday Telegraph. Pour se défendre le l'accusation d'avoir réalisé une émission à charge, Envoyé spécial a rendu visible quelques jours, sur le site de France Info, l'intégralité de l'interview (puis l'a effacée, en se référant un impératif de copyright)[44]. Avant de prononcer les phrases de cette interview déjà citées, Penelope Fillon y avait aussi décrit son quotidien comme celui d'une mère de famille très occupée par ses quatre premiers enfants nés en cinq ans (en vérité en huit ans) et sa passion pour l'élevage de chevaux, abandonné en 2002 quand elle vient vivre à Paris (alors qu'elle est supposée travailler, dans la Sarthe estiment certains, comme assistante parlementaire jusqu'en 2007).

Le 30 janvier, le couple Fillon est entendu par les enquêteurs du parquet national financier. Suite à des « fuites à charge » de nombreux éléments de l'enquête dans la presse[45], RTL affirme que Penelope Fillon ne peut apporter aucune preuve sur un « travail réel », ne pouvant apporter aucun mail ou agenda de cette période ni la preuve de contacts avec les attachés parlementaires parisiens[46]. Le 31 janvier les enquêteurs sont à l'Assemblée nationale mais ne trouvent « aucune preuve matérielle de la réalité de son poste d'attachée parlementaire » [47]. Les enquêteurs constatent que Penelope Fillon n'a jamais eu de badge pour se déplacer dans l'Assemblée nationale, ni d'adresse électronique à son nom. Un contrat de travail a été trouvé, signé par Penelope Fillon. Elle ne se souvient pas d'avoir signé ou non des contrats de travail[48]. Les avocats de François Fillon invoquent « les contours flous en France des activités de collaborateur parlementaire ». L'Obs découvre des bulletins de salaires indiquant un poste à plein temps à la permanence du Mans entre 1998 et 2002 mais plusieurs militants précisent « n'avoir aucun souvenir de sa présence à la permanence du parti »[49].

Selon l'Association ALPAGA, le seul doute sur la réalité du travail effectué porte le risque d'une qualification pour prise illégale d'intérêts en raison du lien familial entre le député-employeur et sa collaboratrice[50].

Polémique sur les indemnités de licenciement de Penelope Fillon

Le , Le Canard enchaîné affirme que Penelope Fillon aurait perçu 45 000 euros d'indemnités de licenciement payées par l'Assemblée nationale (16 000 euros en août 2002, puis 29 000 euros en novembre 2013)[51].

Ces indemnités portent sur deux périodes d'assistance parlementaire : la période 1998-2002 (pour 165 686 euros net de salaires) et celle se terminant en novembre 2013 (pour dix-sept mois de travail rémunérés 65 839 euros net).

Comme tout salarié, les assistants parlementaires ont droit aux indemnités de licenciement, mais, selon Le Canard enchaîné, « la législation ne prévoit pas un tel niveau (…) pour un collaborateur parlementaire ». Selon le code du travail, les indemnités minimums sont calculées en fonction du salaire de référence et de l’ancienneté du collaborateur parlementaire. Quand un assistant a entre un et dix ans d’ancienneté, son indemnité correspond à 1/5e de mois de salaire de référence par année d’ancienneté, autrement dit pour 5 ans d'ancienneté un assistant parlementaire devrait toucher 1 mois de salaire en indemnités[32].

Marie-Françoise Clergeau (PS), questeur de l'Assemblée et à ce titre chargée de contrôler l'exécution du budget de l'Assemblée nationale, précise que les montants de 16 000 et 29 000 euros étaient exacts pour les fins de contrat de Penelope Fillon de 2002 et 2007 et s'inscrivent dans le cadre normal[52].

Le 7 février 2017, François Fillon livre le détail de ses calculs dans un communiqué dénonçant « les mensonges du Canard »[33]. Selon lui, « Elles (les sommes) ont bien été prises en compte dans le calcul de son salaire moyen sur une période de quinze ans, soit 185 mois, qui s’élève bien à 3 677 euros net mensuels en moyenne. Par ailleurs, la somme reçue par Mme Penelope Fillon en novembre 2013 n’est pas de 29 000 euros, comme le prétend le Canard, mais de 7 754,02 euros, comprenant les congés payés. Il (Le Canard enchaîné) confond certainement avec une somme de 29 565,43 euros qui correspond au total du bulletin de paye du mois d’août 2007 au terme de cinq ans de collaboration avec Marc Joulaud. Quant à la somme de 16 000 euros dont le Canard enchaîné prétend qu’elle l’aurait reçue en août 2002, elle lui a en fait été payée en juin 2002, à l’issue de 51 mois de collaboration en tant que ma collaboratrice parlementaire et s’élève exactement à 16 616,93 euros »[32].

Le Canard du 15 février est d'accord avec ces chiffres, reconnaît s'être trompé sur les dates et admet que les indemnités sont légales au regard des salaires versés, mais les juge « pas parfaitement morales »[53]. Selon Bourse Direct, « Le président de l'Assemblée Claude Bartolone (PS) a rappelé que les "règles" concernant les indemnités des collaborateurs en fin de mandat sont celles "du droit du travail applicables à tous les salariés" », que leur montant « n’est pas fixé librement par les parlementaires », qu'il comprend « l’indemnité de préavis, l’indemnité compensatrice de congés payés et l’indemnité de licenciement », et que 'y ajoute depuis 2001 « une indemnité spécifique", de "précarité", pour "compenser le fait que le collaborateur perd automatiquement son emploi en cas de non-réélection de son député »[54].

Coût pour le budget de l'Assemblée nationale

Le 7 février, Le Monde calcule une estimation précise du montant reçu par Penelope Fillon en euros constants en utilisant un « convertisseur fourni par l’Insee » pour tenir compte de l'inflation. Il obtient un total actualisé de 823 000 euros 2016 (soit +21 % par rapport au total net de 680 381 euros en monnaie courante)[55] et l'Obs écrit que dans cette affaire, « La rémunération en brut [...] a du sens car elle montre ce que l’Assemblée nationale a déboursé pour cet emploi. »[56].

Cherchant à rassurer les gens choqués par les sommes mises sur la table, Virginie Calmels (proche d'Alain Juppé) fait valoir que les salaires de Penelope Fillon n'ont rien coûté aux contribuables. Elle déclare que l'argent de l'enveloppe parlementaire aurait effectivement été dépensé autrement si Penelope Fillon n'avait pas été salariée. L’hebdomadaire Marianne reconnaît la cohérence de l'argument mais en récuse la pertinence et la conclusion puisque depuis 2012 le crédit collaborateur non utilisé reste dans les caisses de l'Assemblée[57]. Des commentateurs politiques font remarquer que cette discussion sur le coût esquive les questions principales de l'affaire Penelope Fillon : la question de la fictivité présumée de l'emploi de madame Fillon, et d'autre part, le montant touché par cette dernière très supérieur à la moyenne[57],[58],[59],[60].

Penelope Fillon, conseillère littéraire à la Revue des deux Mondes

Toujours selon Le Canard enchaîné, Penelope Fillon aurait été rémunérée comme « conseiller littéraire » de la Revue des deux Mondes de à à près de 5 000 euros mensuels en brut (environ 100 000 euros en tout). Le directeur de la revue à l'époque des faits, Michel Crépu[61], indique qu'elle n'a rédigé que deux ou trois notes de lecture pour la rédaction[62] et précise ne pas avoir été informé de la création de ce poste[63].

Le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, propriétaire de la revue et directeur de la publication, est un proche de François Fillon[64]. Sous la direction de Michel Crépu, « la revue voyait son chiffre d’affaires baisser chaque année »[61]. Marc Ladreit de Lacharrière affirme qu'il a confié à Penelope Fillon une mission de « réflexion stratégique informelle » à laquelle Michel Crépu n'a pas été associé[61]. Selon le Guardian, les enquêteurs cherchent à savoir s'il y aurait des liens entre ce recrutement et le soutien de François Fillon à l'accession au rang de Grand Croix de la Légion d'honneur de Marc Ladreit de Lacharrière en 2010[65]. Celui-ci se dit choqué et rappelle que seul le président de la République peut élever à cette distinction ; cependant, le décret l'élevant à cette dignité indique qu'il est pris sur le rapport du Premier ministre, à l'époque François Fillon[66].

Concernant la Revue des deux Mondes, Penelope Fillon indique au JDD avoir remis aux enquêteurs dix notes de lecture et la preuve du travail d'analyse de ces ouvrages, n'avoir reçu de Michel Crépu aucun retour sur ces notes dont seulement deux ont été publiées et, interprétant « ce silence comme une certain hostilité à (s)on égard », avoir démissionné. Elle déclare aussi « J'ai eu des discussions régulières au début, moins régulières ensuite, avec Marc Ladreit de Lacharrière, car il voulait changer la politique éditoriale de la Revue. Il pensait qu'avec mon background anglo-saxon, je pourrais l'aider »[27],[28].

Deux enfants du couple Fillon embauchés comme assistants parlementaires

Selon Le Canard enchaîné, Marie Fillon et Charles Fillon, deux des cinq enfants du couple, auraient perçu 84 000 euros brut, pour des emplois d'assistants parlementaires quand François Fillon était sénateur, entre 2005 et 2007[67]. Contrairement à ce que François Fillon avait affirmé sur TF1 le 26 janvier, il n'a pu rémunérer « deux de [ses] enfants qui étaient avocats », ces derniers n'ayant pas encore prêté le serment des avocats à l'époque de son passage au sénat[68].

Selon Le Canard enchaîné du 8 février 2017, Marie Fillon suivait un stage d’avocate alors qu’elle était l’assistante parlementaire de son père. Marie Fillon est entrée à l’école de formation du barreau (EFB) de Paris en janvier 2006 et a commencé « en parallèle un stage d’avocate payé 11 035 euros brut par an ». Depuis le 1er octobre 2005, la jeune femme de 23 ans était également assistante parlementaire de son père à temps plein[32].

Le , le journal Le Parisien rapporte que les deux enfants ont reversé à François Fillon une partie de leur salaire d'assistants parlementaires. D'après les avocats de la famille, les virements de Marie Fillon seraient des remboursements pour son mariage et ceux de Charles Fillon seraient pour rembourser les loyers et l’argent de poche payés par ses parents[69],[70].

Prêt de 50 000 € non déclaré, soupçons de trafic d'influence

D’après le Canard enchaîné daté du 8 mars, François Fillon a perçu, en 2013, de la part de l’homme d’affaires Marc Ladreit de Lacharrière, un prêt sans intérêts de 50 000 € sans que ce dernier ne soit déclaré. C’est ce prêt non déclaré qui serait visé par la justice pour manquement aux obligations déclaratives. Ce prêt pourrait aussi nourrir les soupçons de trafic d’influence qui entourent les conditions d’attribution du grade de grand-croix de la Légion d’honneur à Marc Ladreit de Lacharrière, sur rapport de François Fillon[71].

Selon Le Canard enchaîné daté du , l'homme d'affaires Marc Ladreit de Lacharrière a reçu le un chèque de remboursement de 50 000 € de François Fillon. Le journal laisse entendre qu'il pourrait s'agir d'un don maquillé en prêt après le déclenchement de l'affaire Penelope Fillon afin de limiter les dégâts judiciaires et politiques. En effet, aucune trace écrite, aucun versement d'intérêts, aucune date limite de remboursement n'ont encadré cette opération financière[72],[73].

Affaire des costumes : soupçon de trafic d'influence

Le Journal du dimanche révèle le 12 mars que François Fillon se serait fait offrir depuis 2012 des costumes, pulls, pantalons et blazers sur mesure pour une valeur totale de 48 500 euros[74], dont 35 500 en liquide[75] (montant contesté par les soutiens de François Fillon excédant le seuil légal autorisé[76],[77]) et 13 000 payés par chèque de la banque italienne Monte Paschi[78]. Ils auraient été offerts par un ou des amis anonymes, après avoir été achetés à la boutique de luxe Arnys, située rue de Sèvres, dans le 7e arrondissement de Paris. Robert Bourgi est identifié comme la personne ayant offert pour 13 000 € de costumes[76]. Une visite des enquêteurs, suivie d'une perquisition ont eu lieu dans le magasin. Selon les informateurs du Monde, les enquêteurs auraient trouvé des documents prouvant que Robert Bourgi a commandé les deux costumes sur mesure le 7 décembre 2016, 9 jours après la victoire de François Fillon à la primaire de la droite, puis les a payés le 20 février 2017[76],[77],[79]. L'enquête s'étend le avec un réquisitoire supplétif contre X pour « trafic d'influence »[80]. Les enquêteurs cherchent à savoir si ces cadeaux ont été faits à titre privé ou s’ils sont en lien avec le mandat de député de Paris de François Fillon, ce qui constituerait alors un délit. Le , François Fillon affirme avoir rendu les costumes[81]. Le , Robert Bourgi confirme et, évoquant François Mitterrand et Pierre Moscovici, il ajoute que « d'autres homme politiques ont reçu des cadeaux du même ordre, et même dans la même maison de couture »[82].

Affaire des montres

Le , France Info révèle que l'homme d'affaires de nationalités italienne et suisse, Pablo Victor Dana déclare avoir, en 2009, offert de manière « totalement désintéressée » à François Fillon, qui était alors Premier ministre, une des montres mentionnées dans sa déclaration de patrimoine (objets d'une valeur minimale de 10 000 euros)[83]. En 2013, alors député, il s'est vu offrir une deuxième montre de valeur de la part du patron de Rebellion Racing dirigeant d'une équipe automobile d'endurance aux 24 Heures du Mans[84]. François Fillon déclare avoir en outre reçu d'Alain Thébault, inventeur de l'hydroptère, une montre de moins de 10 000 euros qu'il n'a donc pas pu déclarer. L'Express remarque que Fillon avait signé, en 2007, une circulaire demandant à ses ministres de ne pas conserver les cadeaux qu'ils reçoivent dans l'exercice des fonctions gouvernementales[85].

Activités de la société 2F Conseil

François Fillon a créé sa société de conseil 2F Conseil le 6 juin 2012, quelques jours avant d'être élu député de Paris (le 17 juin), échappant ainsi à l'interdiction qui est faite aux députés de travailler comme consultants[86].

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Conférences

Fouad Makhzoumi

Fouad Makhzoumi est un homme d’affaires libanais lié au régime syrien de Bachar el Assad. Deux versements de 22 500 euros chacun ont été effectués, à l’été 2015 puis début 2016, sur le compte de la société 2F Conseil apr le groupe FPI (Future Pipe Industries), en échange d’une mission de "mise en relation". FPI est le leader mondial des pipelines en fibre de verre domicilié à Dubaï (Emirats arabes unis) et fournisseur des grandes monarchies du Golfe[87].

Une convention en anglais de 7 pages porterait sur une aide rémunérée à développer le « pouvoir d’influence » en France et dans d’autres pays, dont la Russie. Ce contrat de lobbying d'une durée de un an (du 10 juin 2015 au 10 juin 2016), était jusqu’ici resté confidentiel, jusqu’à ce que Mediapart en prouve l’existence, le 14 mars 2017. Conclu dans le secret de la société 2F conseil et au titre de son activité de consultant, ce contrat n’a pas été déclaré par François Fillon au déontologue de l’Assemblée nationale. Les obligations déclaratives des députés sont en effet limitées aux éventuels cadeaux et voyages obtenus en lien avec leurs mandats d’élu.

M. Fillon s’est rendu à Beyrouth en décembre 2014 à l'invitation de M. Makhzoumi pour y rencontrer des dirigeants politiques et religieux libanais, dont les chrétiens d’Orient.

M. Fillon aurait ainsi permis une rencontre avec Vladimir Poutine, en marge d’un forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF 2015). M. Fillon aurait également permis une rencontre avec le PDG de Total, Patrick Pouyanné, en juin 2015 au même SPIEF 2015. Patrick Pouyanné fut son directeur de cabinet au ministère des technologies et des postes en 1995.

Enquête du parquet national financier

Enquête préliminaire

Le , soit le même jour où l’enquête du Canard enchainé est publiée, une enquête préliminaire est ouverte par le parquet national financier pour des chefs de détournements de fonds publics (pour les présumés emplois fictifs de Penelope Fillon comme assistante parlementaire), abus de biens sociaux (pour le présumé emploi fictif de Penelope Fillon comme conseillère littéraire à la Revue des deux Mondes) et recel de ces délits[6],[7]. L'enquête est confiée à l'Office anti-corruption de la police (OCLCIFF).

Christine Kelly, auteur d'une biographie sur François Fillon, est auditionnée durant l'enquête.

Le 26 janvier, Me Antonin Levy, l'avocat de François Fillon se rend au parquet national financier et déclare : «J'ai eu une rencontre avec les magistrats du parquet national financier (...) Nous sommes convenus de nous reparler aussi souvent que cela sera nécessaire»[88]. Le 27 janvier, l'OCLCIFF auditionne Michel Crépu et Christine Kelly, journaliste et auteur de François Fillon, le secret et l’ambition en 2007 et de François Fillon, les coulisses d'une ascension en 2017[89], puis, le 30 janvier, Marc Ladreit de Lacharrière et le couple Fillon séparément[90],[46], et le , Marc Joulaud[91].

Le 31 janvier le président de l'assemblée, Claude Bartolone (PS) autorise les enquêteurs de la police à entrer à l'Assemblée nationale, ce qui provoque « une stupeur dans l'assemblée »[92].

Le , le parquet national financier a également demandé aux policiers, chargés de l'enquête, d’étendre leurs investigations à Marie et Charles Fillon, les enfants du couple, qui eux aussi ont été rétribués pour un emploi auprès de François Fillon, alors qu'ils étaient étudiants[93]. Éliane Houlette, directrice du parquet national financier, a reçu le 3 février les avocats de la famille Fillon et leur a indiqué son intention « d'aller vite » mais sans s'engager sur un calendrier[15].

Le jeudi 16 février, le parquet national financier fait savoir que « les nombreux éléments déjà recueillis ne permettent pas d’envisager, en l’état, un classement sans suite de la procédure. »[94],[95],[96]. Après ce communiqué, François Fillon constate que, contrairement à ce qu'il attendait de la justice, l'affaire ne se dénoue pas rapidement. Il déclare alors qu'il s'en remet désormais « au seul jugement du suffrage universel »[97]. Il confirme le lendemain dans une interview au Figaro que, contrairement à ce qu'il avait déclaré lors du journal télévisé de 20 heures de TF1 le 26 janvier, il maintiendra désormais sa candidature à la présidentielle même s'il est mis en examen[98].

Compétence du parquet financier contestée par la défense de François Fillon

Les avocats de François Fillon considèrent que le parquet financier n’avait pas compétence pour enquêter sur les soupçons d’emplois fictifs de Penelope Fillon et que les investigations du parquet financier seraient frappées de nullité. Me Antonin Levy estime qu'« un parlementaire ne peut pas être concerné par un détournement de fonds publics » et que, d'autre part, des atteintes sont portées au principe démocratique de la séparation des pouvoirs[99]. Les avocats de François Fillon demandent au parquet national financier de se dessaisir de l'enquête préliminaire qu'il a engagée. Par ailleurs il considère que l'enquête est devenue plus médiatique que judiciaire. Les avocats de François Fillon portent plainte pour violation du secret de l'instruction s'interrogeant sur « l'impartialité d'une ou plusieurs personnes dans cette enquête »[45].

Le parquet financier répond à cette mise en cause indiquant que « la poursuite du délit de détournement de fonds publics relevant d’une compétence partagée avec le parquet de Paris, l’ouverture de l’enquête préliminaire a été précédée d’un échange avec ce dernier, comme le prévoit la circulaire du 31 janvier 2014 »[100].

Ouverture d'une information judiciaire

Le 24 février 2017, le parquet national financier ouvre une information judiciaire pour « détournements de fonds publics, abus de biens sociaux et recel, trafic d’influence et manquement aux obligations de déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique », contre personnes non-dénommées, concernant toutefois d'après le journal Le Monde François Fillon, son épouse, deux de ses enfants et son suppléant, Marc Joulaud. Le journal indique par ailleurs que « le fait qu’ils ne soient pas nommés permet simplement au juge d’étendre les poursuites si d’autres mis en cause étaient découverts »[101].

Le parquet le fait dès ce jour devant le risque de ne pouvoir poursuivre des faits antérieurs à 2005 après la promulgation de la loi adoptée le 16 février 2017. Cette loi prévoit une prescription définitive de douze ans pour les faits n'ayant pas donné lieu à la mise en mouvement ou à l'exercice de l'action publique[101].

Les avocats de François Fillon considèrent pour leur part « que l’ouverture d’une information judiciaire était la preuve que le parquet n’avait pas pu démontrer la réalité des infractions reprochées au candidat de la droite à l’élection présidentielle »[101].

Le 27 février 2017, Libération et Mediapart rendent public le nom des trois juges désignés trois jours plus tôt. Le président du tribunal de grande instance de Paris Jean-Michel Hayat a nommé Serge Tournaire comme premier magistrat instructeur, accompagné de deux autres juges d'instruction : Stéphanie Tacheau et Aude Buresi[102]. Élisabeth Lévy directrice de rédaction du magazine Causeur (dont le Figaro indique qu'il ne cesse de défendre Fillon) fait remarquer que le juge Tournaire semble s'être donné pour mission de « flinguer » du politique ayant déjà mis en en cause Nicolas Sarkozy pour abus de faiblesse dans l'Affaire Woerth-Bettencourt puis pour financement illégal de campagne dans l'Affaire Bygmalion et qu'Aude Buresi est une élue du syndicat de la magistrature[103].

Le , François Fillon annonce le report de sa visite au salon de l'agriculture et sa convocation « aux fins de mise en examen » le 15 mars, par les trois magistrats instructeurs du pôle financier[104]. Penelope Fillon est également convoquée devant la justice en vue d'une mise en examen[105]. Le , leur domicile parisien est perquisitionné[106], puis, le 3 mars, leur domicile sarthois[107].

Mise en examen

François Fillon est mis en examen le pour « détournements de fonds publics », « complicité et recel de détournements de fonds publics », « complicité et recel d’abus de bien sociaux » et « manquements aux obligations de déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique »[108],[109]. Le chef de « trafic d'influence » n'a pas été retenu dans cette mise en examen [110]. Les manquements aux obligations déclaratives à la HATVP concernent notamment le “prêt” non déclaré de 50 000 euros de Marc Ladreit de Lacharrière à François Fillon[111].

La convocation, initialement prévue pour le 15 mars, a été avancée d'une journée afin de préserver la sérénité des débats, selon son avocat Antonin Lévy[108], qui rapporte aussi que, lors de l'audition, le juge a déclaré à François Fillon « vous êtes convoqué pour l'emploi de votre épouse Penelope Clarke, emploi fictif ou surévalué ». L'avocat s'étonne de ce premier glissement sémantique depuis le début de l'affaire[112].

Penelope Fillon est quant à elle convoquée à se présenter devant les juges le 28 mars[74].

Élargissement de l'enquête

Le , l’enquête est élargie à des soupçons de trafic d’influence dans le cadre de l'affaire des costumes de luxe offerts à François Fillon[113].

Le 21 mars 2017, plusieurs médias, dont Le Monde, annoncent que le PNF a délivré le 16 mars un réquisitoire supplétif aux trois juges chargés d'instruire l'affaire pour « escroquerie aggravée » et « faux et usage de faux » : les enquêteurs ont saisi lors d'une deuxième perquisition à l'Assemblée nationale courant mars 2017 des documents qui comporteraient des calculs d'heures travaillés et supposent que des faux ont pu être produits pour justifier a posteriori le travail de Penelope Fillon[114].

Défections et revirements des soutiens de François Fillon

Georges Fenech est le premier à demander le retrait de la candidature de François Fillon.

L'affaire Penelope Fillon provoque pendant plusieurs semaines la remise en cause de la candidature de François Fillon à l'élection présidentielle par certains membres de la droite et du centre.

Dans un premier temps, le , Alain Juppé exclut d'être un recours en cas de retrait de la course présidentielle de François Fillon[115]. Le , le député sarkozyste Georges Fenech, membre des Républicains, estime que « le résultat de la primaire est caduc » et « la situation est très compromise à droite », il appelle son camp à changer de candidat[116],[117],[118],[119]. La député alsacienne Arlette Grosskost, elle aussi membre des Républicains et soutien d'Alain Juppé lors de la primaire, affirme qu'elle a toujours été contre le népotisme et ajoute : « On est très mal. Moi, j'ai un tas de SMS qui arrivent ou de mails de la part de militants de base qui me disent “mais qu'est-ce qu'on fait” ? Que voulez vous que je réponde ? »[120].

Henri Guaino, député des Républicains également candidat à la présidentielle, considère que l'affaire est un « naufrage » et que François Fillon doit renoncer à être candidat[121],[122]. Il déclare par la suite que ce dernier « ne tiendra pas jusqu'au premier tour » et que la droite peut « perdre » l'élection[123].

Le , les fillonistes considèrent que François Fillon est le seul «dénominateur commun» pour la présidentielle et que tous ceux qui s'estimaient être un plan B ont fait le constat qu'il n'y en avait pas Ils affirment entre autres que les juppéistes ne veulent pas entendre parler de François Baroin et que les quadras (Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet, Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse) ne laisseront pas l'un d'entre eux partir comme candidat de remplacement à la présidentielle[124].

Alain Juppé refuse à plusieurs reprises de remplacer François Fillon.

Le , Le Figaro annonce que Juppé n'exclut plus de prendre la relève de Fillon sous condition qu'il y ait consensus autour de sa candidature. Il se considère comme le seul capable de sauver sa famille politique. Mais rien ne se fera sans l'accord de Fillon. Les deux hommes se sont rencontrés le 4 février et ont prévu de se revoir prochainement[125].

Le , dix-sept sénateurs, députés, députés européens et anciens ministres dont Georges Fenech, Claude Goasguen, Alain Gest, Sébastien Huyghe, Nadine Morano se réunissent pour évoquer la difficultés de la campagne pour l'élection présidentielle. Ils entendent que François Fillon « prenne ses responsabilités » et se retire[126],[127].

Après l'annonce le de la convocation de François Fillon aux fins de mise en examen, Nicolas Sarkozy indique à François Fillon, en privé, qu'il se retirerait s'il était à sa place, tout en ajoutant qu'il ne fera rien pour le gêner[128]. Dès le , Bruno Le Maire démissionne de la campagne, suivi le par Gilles Boyer, le trésorier de la campagne présidentielle, Sébastien Lecornu, directeur adjoint de la campagne et Vincent Le Roux, conseiller auprès du directeur de campagne[129],[130]. Le , une vingtaine de maires de la droite et du centre demandent à Fillon de se retirer en cas de mise en examen[131],[132]. Le , l'organisateur de la primaire Thierry Solère met fin à ses fonctions de porte-parole de François Fillon[133] et Patrick Stefanini, le directeur de campagne, donne sa démission. Il est remplacé le par Vincent Chriqui[134].

Le 2 mars, Georges Fenech appelle à parrainer Alain Juppé[135], le 6 mars il appelle à parrainer François Baroin[136] et, le 14 mars, il parraine finalement François Fillon[137].

Arlette Grosskost qui, dès le , a été rassurée par des propos de François Fillon dans lesquels il a selon elle « fait preuve d'humilité »[138], évoque le « la défection de certains collègues politiques qui quittent le navire », ajoutant que « la plupart [sont] coutumiers du fait de toujours privilégier leur intérêt personnel en lieu et place d’un intérêt général bien compris »[139].

Dominique de Villepin[140], Jean-Louis Debré[141], Fabienne Keller[142], Franck Riester, Yves Jégo[143], Benoît Apparu, Pierre Lellouche et Christine Boutin[144]prennent position contre la candidature de François Fillon. Louis Giscard d'Estaing[145], Gérard Larcher, Bernard Accoyer[146], Valérie Pécresse, Xavier Bertrand et Christian Estrosi[147] souhaitent que François Fillon renonce à se présenter et soit remplacé par Juppé, puis se ravisent après le rassemblement de soutien réussi du Trocadéro le , au cours duquel Fillon exprime son « dégoût », en dénonçant « la fuite en canard (...), la désertion assumée sans honte et aussi sans orgueil » de ceux de son camp qui le lâchent[148]. Le journal Libération met régulièrement à jour un compteur de tous les hommes politiques de la droite et du centre qui l'abandonnent, nommé « Compteur des lâcheurs de Fillon ». Au soir du , il indique 306 désistements, puis baisse à partir du , à la suite de la déclaration du d'Alain Juppé, dans laquelle il exclut définitivement d'être un recours en cas de désistement de Fillon[149] et après laquelle le comité politique Les Républicains confirme à l'unanimité que François Fillon est son candidat à l'élection présidentielle[150].

Le , peu après que la mise en examen attendue de François Fillon a été confirmée, Jean-Christophe Lagarde signe au nom de l'UDI son accord de soutien à François Fillon comme candidat de la droite et du centre[151].

Conséquences de l'affaire sur les intentions de vote

Emmanuel Macron dépasse François Fillon dans les intentions de vote.

À la suite des révélations sur l'affaire, les intentions de vote pour François Fillon à l'élection présidentielle de 2017 diminuent de cinq à six points au 1er février par rapport au mois précédent, se situant désormais environ au même pourcentage qu'Emmanuel Macron[152], voire en-dessous. Une enquête du Cevipof réalisé pour Le Monde publié le 16 février montre une baisse de 6,5 points par rapport au mois précédent, à 18,5 % contre 25 %, le plaçant en troisième derrière Marine Le Pen (26 %) et Emmanuel Macron (23 %)[153],[154].

Le 4 février 2017, alors que trois quarts des sympathisants du parti Les Républicains avaient pour intention de voter pour François Fillon le mois précédent, ils ne sont plus que 62 % dans cette optique (17 % comptant voter pour Marine Le Pen et 14 % pour Emmanuel Macron). Ils seraient également 53 % à déclarer pouvoir changer d'avis, contre seulement 36 % trois semaines auparavant[155]. Selon un sondage du Journal du Dimanche paru le 5 février, 60 % des sympathisants Républicains souhaiteraient son maintien alors que 68 % des Français souhaiteraient son retrait[156].

François Fillon cède ses intentions de votes entre janvier et février 2017 selon le CEVIPOF ainsi[153],[157] :

Le 21 février 2017, dans un sondage publié par Le Point, François Fillon repasse devant Emmanuel Macron. Au premier tour, il obtiendrait 21 % contre 18,5  % si François Bayrou n'est pas candidat, et 20 % contre 17 % si François Bayrou est candidat; au second tour, il obtiendrait 56 % contre 44 % s'il est face à Marine Le Pen [158].

Le 5 mars 2017, dans un sondage effectué par Kantar TNS, François Fillon serait en perte de 3 points dans les intentions de vote, en obtenant ainsi 17%, le plaçant troisième derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen, distançant cependant de 1 point Benoît Hamon et de 5 points Jean-Luc Mélenchon[159].

Réactions

Opinion publique

Dans la rue, les soutiens de François Fillon sont très vivement critiqués comme l'indique le le sénateur des Républicains Bruno Gilles : « On se fait pourrir dans la rue. On est foutus, on est morts si on ne fait rien. Jour après jour, cette affaire est dévastatrice, on ne peut pas attendre encore quinze jours. »[160]

Une pétition demandant à Penelope Fillon de rendre ces 800 000 euros[161] est lancée sur le site Change.org par Christophe Grébert. Elle obtient plus de 414 000 signatures[162].

Le , Virginie Tellenne, dite Frigide Barjot lance une pétition en faveur de François Fillon[163], affirmant qu'il est normal que celui-ci ait embauché sa femme et ses enfants car « il défend la famille »[164]. Cette pétition reçoit plus de 30 000 signatures en quelques jours[165].

Le , une manifestation citoyenne pour le retrait de Fillon est organisée à Sablé-sur-Sarthe à l'appel de Didier Hutin, figure du monde associatif sabolien. Elle fait un retentissant flop, les journalistes étant venus en nombre pour une quinzaine de manifestants[166],[167]. Mais à de nombreux déplacements du candidat des manifestants se déplacent et accueillent le candidat avec cris, pancartes ou concert de casseroles, comme à La Réunion[168] ou Tourcoing[169], ce qui fait dire au candidat « quand on veut empêcher les gens de faire campagne, ça pose des petites questions démocratiques »[170].

Hommes politiques

Candidats à l'élection présidentielle

Marine Le Pen, candidate du Front national, déclare qu'« une relation de confiance est rompue » et qu'il appartient à François Fillon ou à sa famille politique « de tirer les conséquences »[171]. Elle trouve « totalement stupide » la promesse faite par François Fillon de se retirer s'il devait être mis en examen[172],[173]. Plusieurs observateurs relèvent que Marine Le Pen fait dans le même temps l'objet d'accusations de multiples emplois fictifs au Parlement européen, mais que seul François Fillon est au centre des attentions en raison de sa campagne menée sur l'irréprochabilité, et de son image de « candidat de l'honnêteté »[174],[175].

Emmanuel Macron a appelé au calme face à l'affaire et refusé de « céder à l'hallali »[176].

Jean-Luc Mélenchon, candidat à gauche et opposant politique de Fillon, dénonce « la mentalité particulière d'une caste » et propose de faire « dégager » la classe dirigeante par la création d'une assemblée constituante destinée à changer « la règle du jeu politique de fond en comble »[177].

Autres hommes politiques

Le 30 janvier 2017, Julien Dray (PS), interviewé par Anne-Sophie Lapix, soutient François Fillon et son épouse du point de vue juridique : « Il n'y a nulle part dans la loi une définition de ce qu'est le travail d'un assistant parlementaire. [...] À la limite, [...] il dirait « elle ne faisait que repasser mes pantalons » qu'on ne pourrait rien lui reprocher [...] sur le plan juridique ». Il nuance cependant son propos en expliquant que les actes du couple Fillon peuvent être vus différemment du point de vue de la morale[178].

Pour Bruno Le Maire, les Français sont choqués par l'importance des sommes mises en jeu[179]. Pour François Bayrou, ils ont le sentiment que la classe politique leur demande des sacrifices financiers sans se les appliquer à elle-même[180]. Peu de jours après, il déclare devant le Grand Jury que Fillon « n'a pas d'autre solution » que de se retirer[181].

Ludovine de La Rochère, présidente de La Manif pour tous, soutient François Fillon car il est « présumé innocent » et permettra les « changements sociétaux auxquels nous croyons »[182].

Jean-Pierre Chevènement critique le fait que la justice ne respecte pas une trêve électorale : « Je suis très inquiet pour l'avenir de notre démocratie (...) je comprends l'état d'esprit de ceux que choque la convocation judiciaire du candidat de la droite à deux jours de la clôture des parrainages »[183].

Analyses

Juristes

Très tôt, des juristes s'expriment publiquement sur l'affaire Penelope Fillon jugeant que celle-ci « soulève des questions constitutionnelles d'importance[184]. » Les universitaires Pierre Avril et Jean Gicquel, spécialistes du droit parlementaire, insistent sur l'indépendance du statut d'assistant parlementaire, du fait du contrat qui le lie au mandat de l'élu qui l'emploie[184].

Pour l'avocat pénaliste Éric Dupond-Moretti, la séparation des pouvoirs législatif et judiciaire interdit précisément au parquet national financier (PNF) de mener l’enquête au stade où il en a été saisi. Il précise que « selon le droit parlementaire, c’est au bureau de l’Assemblée nationale de se saisir de cette affaire et d’enquêter »[185]. Il reproche également au PNF de n'avoir pas engagé d'action publique pour savoir qui aurait transmis les procès verbaux aux journalistes Fabrice Lhomme et Gérard Davet[186].

Reprenant la formule du « coup d’État institutionnel » treize juristes, dont quatre, selon Challenges, sont des militants anti-mariage homosexuel[187], argumentent dans une tribune et dénoncent une procédure qu'ils jugent illégale[188]. Ils affirment que l'action judiciaire en cours viole le Code constitutionnel et soutiennent que « pour préserver le principe de séparation des pouvoirs, les assemblées disposent, comme elles l'entendent, de leurs crédits de fonctionnement. » Pour eux aussi, il est évident que « les faits allégués contre le candidat n'entrent pas dans les chefs de compétence » du PNF[14]. Parmi ceux-ci, Anne-Marie Le Pourhiet, spécialiste de droit constitutionnel, affirme que le PNF n'était pas compétent pour déclencher l'enquête. Selon elle, « l'idée de faire intervenir le juge pénal dans la façon dont un représentant de la Nation organise l’exercice de sa fonction est une nouveauté parfaitement soudaine. » Comme Dupond-Moretti, elle soutient que « la tradition d’autonomie des assemblées parlementaires veut qu’elles fassent leur propre police et exercent elles-mêmes leur pouvoir disciplinaire... » et qu'il n'existe aucune règle « portant sur le choix, le temps, le lieu, la quantité et les modalités de travail des collaborateurs parlementaires. » « Le contrôle de ces pratiques relève du seul parlement, comme elles relèvent de l’entreprise dans le monde du travail ou du chef de service dans la fonction publique. » Pour elle, le juge pénal « vise délibérément et exclusivement » un député qui est un candidat bien placé à l’élection présidentielle[189].

A contrario, Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à l’Université Paris 1, soutient que les crédits avec lesquels un député rémunère ses collaborateurs sont des fonds publics. « Par conséquent, au sens du droit constitutionnel, le parquet national financier est parfaitement dans ses compétences pour enquêter sur d’éventuels détournements de fonds publics par un parlementaire ». L'argument selon lequel il y aurait atteinte à la séparation des pouvoirs n'est, selon lui, pas recevable. Car, « ce que la séparation des pouvoirs protège, c’est la liberté d’expression politique de la Nation qui parle par la voix du parlementaire » – «  et non l’utilisation qu’il peut faire du crédit affecté à la rémunération de ses collaborateurs »[190].

Pascal Jan, qui enseigne le droit constitutionnel, constate également « à quel point le principe de séparation des pouvoirs [...] est malmené. » Selon lui, rien ne justifie que « des officiers de police judiciaire, sur décision du parquet financier, viennent perquisitionner au Palais-Bourbon ». « La recherche d’un contrat de travail d’un assistant parlementaire ne saurait, en effet, motiver une telle intrusion de la justice au sein de l’institution parlementaire pour connaître des relations entre le parlementaire et son collaborateur. »[191].

Journalistes

Pour l'éditorialiste politique Alain Duhamel : « Peut-on demander des sacrifices aux Français lorsque l'on accorde des privilèges à sa famille comme à l'époque de Louis XIV ? ». Si la primaire de la droite a été exemplaire, son vainqueur ne l'est plus et risque, en maintenant sa candidature, de faire disparaître du deuxième tour des élections présidentielles sa famille politique[192]. La journaliste Catherine Nay qualifie François Fillon de « Tartuffe ». Selon elle, il a profité d'un système légal : « Disons qu'il abusait, en douce, de cette légalité. Et qu'il ne dédaignait pas ces petits arrangements qu'il avait dénoncés jadis ! »[193].

La journaliste Élisabeth Lévy se dit moins choquée que beaucoup de gens, en expliquant qu'elle a « de l'indulgence pour la nature humaine et que tous les procureurs qui rivalisent dans l'indignation ne sont sans doute pas plus vertueux que celui sur lequel ils s'acharnent ». Elle est convaincue que « Fillon est sincère et qu'il ne comprend pas pourquoi on l'enquiquine pour des pratiques absolument généralisées[194] ».

Le Monde note l'évolution de la perception de Penelope Fillon depuis le début de l'affaire portant son nom. Au début perçue comme complice dû à son silence et sa discrétion, elle a peu à peu obtenu le statut de victime après la mise en scène de l'amour liant le couple lors du meeting de son mari à Paris le 29 janvier, puis l'émission Envoyé spécial diffusé le 3 février, durant laquelle les spectateurs sont touchés par la sincérité apparente de la femme. Ils viennent à se demander si elle pouvait être au courant d'avoir détourné de l'argent public, si tel est le cas[195].

La conférence de presse du ne convainc pas complètement les décodeurs du journal Le Monde qui constatent que des zones d’ombre et des questions non résolues demeurent et listent neuf failles dans la défense de François Fillon[196].

L'Obs publie le 11 février une chronique de l'essayiste Raphaël Glucksmann qui estime : « Ce n'est pas la dénonciation de pratiques népotiques qui menace la démocratie, ce sont ces pratiques elles-mêmes. Ce n’est pas le "nouveau culte de la transparence" qui est dangereux, c’est la persistance de l’antique opacité dans des institutions évoluant trop lentement. Ce n’est pas le "lynchage médiatique" de Fillon qui pose problème, c’est le million d’euros encaissé par le couple sur le dos d’un État qu'il dit en faillite. »[197].

Le 23 mars 2017, L'Émission politique de la chaîne France 2 invite la romancière Christine Angot, soutien de François Hollande[198], elle-même mise en examen pour diffamation[199], à débattre pendant quelques minutes avec François Fillon[200]. Christine Angot critique alors vertement le candidat de la droite, le qualifiant de « malhonnête » et lui reprochant d'avoir comparé sa situation à celle de Pierre Bérégovoy, ancien Premier ministre qui s'est suicidé après une affaire de prêt sans intérêts. Face à François Fillon, qui lui demande de quel droit elle le juge et le condamne, et aux huées d'une partie du public, elle répond qu'elle dit ce qu'elle ressent et ce que, selon elle, des millions de personnes ressentent. Pour la journaliste Éloïse Lenesley, Christine Angot a ainsi mis en valeur un François Fillon apparaissant « comme un animal traqué par une mégère sans pitié »[201]. Le député Éric Ciotti qualifie la prestation de Christine Angot de « grotesque et hystérique », symbole « d’une gauche donneuse de leçons ». Le journaliste Bruno Jeudy et le spécialiste de la communication politique, Philippe Moreau-Chevrolet, pensent qu'elle a rendu service à Fillon[202]. Le journaliste Yves Thréard estime que « ce moment de télévision fut la caricature de ce qu’est un tribunal médiatique, une dictature de la bien-pensance » et que « en chaisière de la morale publique, Christine Angot s’est voulue la parole du peuple, le procureur du politicien pourri » alors qu'« elle n’était qu’une marionnette ridicule, l’intolérance faite intellectuelle »[203].

Médias étrangers

La presse étrangère s’étonne des privilèges, payés par les contribuables, dont profitent en toute impunité les membres de la classe politique française. Dans Courrier International Bjørn Willum, correspondant à Paris de la radio-télévision danoise explique que dans son pays un candidat pris dans un tel scandale aurait déjà dû se retirer : « Si une telle affaire éclatait [au Danemark] ou ailleurs en Scandinavie, le candidat serait cuit depuis longtemps. »[204],[205] De même, le journaliste du Guardian Jon Henley indique qu'au Royaume-Uni, François Fillon ne pourrait pas rester dans la course[206].

Pour le magazine américain Foreign Policy, la corruption des élites politiques en France a pour origine les « fondements de la Ve République. Le président, par principe, n’a pas à répondre de ses actes face au Parlement : il règne et ses ministres gouvernent à peine »[207]. Le Spiegel allemand estime que « la République, vue de l'intérieur, révèle que les représentants de l'élite politique entretiennent souvent une image d'eux-mêmes qui rappelle les pratiques d'une monarchie »[208]. Le quotidien suisse Le Temps insiste sur l'incompréhension des correspondants étrangers en poste à Paris, comme sur leur stupéfaction face aux explications du candidat[209]. Le quotidien italien Libero qualifie Le Canard enchaîné de « bijou du journalisme d’investigation »[210].

À l'annonce du maintien de la candidature de François Fillon le malgré sa future mise en examen, la presse étrangère qualifie le candidat de « sans éthique » et « décadent »[211].

Économistes

Le magazine économique Capital et Le Point constatent que l'affaire « Penelope Fillon » provoque une hausse des taux d’intérêt de la dette française sur les marchés financiers, les investisseurs, qui étaient rassurés par la candidature de François Fillon, craignant dorénavant une éventuelle victoire de Marine Le Pen à l'élection présidentielle de 2017. Pour Pierre-Antoine Delhommais, le Penelopegate est donc « mille fois plus coûteux pour nos finances publiques que les 831 440 euros perçus par Madame Fillon comme collaboratrice parlementaire »[212],[213],[214].

Théories du complot et rumeurs

Rachida Dati, qui avait vainement tenté d'attirer l'attention sur le manque de transparence de Fillon dans ses enveloppes parlementaires dès juillet 2014 et à qui Fillon a préféré Nathalie Kosciusko-Morizet[215], dément être la source du Canard enchaîné et déclare : « Est-ce que c'est mon genre de faire des coups dans le dos ? Moi je fais les coups en direct. Alors après je le paie cher. Mais j'assume »[216],[217].

À la suite des accusations de complot par François Fillon, Benoît Hamon le candidat socialiste à la présidentielle indique le  : « Je ne vois pas où se situe le complot. À ma connaissance, l'employeur c'est bien François Fillon, l'employée c'est madame Fillon. Où se situe le complot, je ne vois pas bien »[218].

Invité le par France Info, le sarkozyste Éric Ciotti déclare — « en suivant le vieil adage populaire, à qui profite le crime ? » — être sur la piste de la taupe du Penelopegate. Selon lui, « il n’y a qu’un lieu où tous les éléments qui sortent, contrats, chiffres, sont recensés, c’est à Bercy », le pouvoir ayant la capacité d'en disposer. Pour l'élu, l'affaire profite à Emmanuel Macron, très proche du président de la république François Hollande et du secrétaire général de l'Élysée Jean-Pierre Jouyet déjà impliqué en 2014 dans une tentative de diffamation contre Fillon[219].

Quatre jours après le début de l'affaire, se propage sur les réseaux sociaux une théorie du complot qui soutient que Thomas Cazenave, nouveau secrétaire général adjoint de l'Élysée, serait à la manœuvre pour alimenter l'affaire[220],[221]. Un ex-journaliste de l'Express Renaud Revel relaie cette théorie sur son site personnel, avant de supprimer son billet[220],[221]. Le responsable de la communication de François Hollande, Gaspard Gantzer, dément être à l'origine des fuites du Penelope Gate[222],[220].

Le 22 mars Luc Chatel affirme que les socialistes sont à la manœuvre derrière toutes ces révélations : « Après des semaines de manœuvres, les socialistes signent enfin leur forfait. La chronologie est trop parfaite pour être le fruit du hasard. [...] Le forfait est ainsi signé de la grande manipulation orchestrée depuis des semaines »[223] .

Le 23 mars sur France 2, invité de L'Émission politique présentée par David Pujadas, François Fillon affirme en direct que les affaires qui lui valent une mise en examen sont pilotées par le président de la République. Selon lui, il existe un cabinet noir de l’Élysée qui fait fuiter les auditions dans les journaux et fait remonter toutes les écoutes au chef de l’État. Il s'appuie sur le livre Bienvenue Place Beauvau publié le même jour par des journalistes du Canard enchaîné pour étayer ses dires. Les journalistes invoqués et l'Élysée démentent le soir même ces allégations[224]. 

Notes et références

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