Accident aérien de la base de Los Llanos

Accident aérien de la base de Los Llanos
Un F-16D grec identique à l'appareil impliqué dans l'accident.
Un F-16D grec identique à l'appareil impliqué dans l'accident.
Caractéristiques de l'accident
Date
Type Enquête en cours
Site Drapeau : Espagne Base aérienne de Los Llanos, Albacete, Espagne
Coordonnées 38° 33′ 53″ nord, 1° 30′ 54″ ouest
Caractéristiques de l'appareil
Type d'appareil F-16D Lockheed Martin
No  d'identification S/N 93-1084
Phase Décollage
Équipage 2
Morts 11 (dont 9 au sol)
Blessés 20

Géolocalisation sur la carte : Espagne

(Voir situation sur carte : Espagne)
Accident aérien de la base de Los Llanos

L'accident aérien de la base de Los Llanos a lieu le , lorsqu'un avion de combat F-16 de la force aérienne grecque s'écrase au décollage de la base d'Albacete en Espagne, au cours d'un exercice aérien de l'OTAN. L'accident fait onze morts : les deux pilotes grecs de l'appareil ainsi que neuf aviateurs français tués au sol. Sa cause principale est une mauvaise compensation de l'avion avant le décollage, pourtant censée être vérifiée par le pilote grâce à la check-list de l'appareil.

Il s'agit du plus grave accident de l'histoire de l'OTAN en dehors d'une zone de conflit, et l'un des plus graves au sein de l'Armée de l'air française.

Contexte

Otan Tactical Leadership Program

La base aérienne de Los Llanos (code AITA : ABC • code OACI : LEAB) est une base de l'armée de l'air espagnole, située à 4 km au sud de la ville d'Albacete et à 250 km au sud-est de Madrid.

Le , l'OTAN y débute comme chaque année depuis 2009 des exercices aériens dans le cadre du programme d'entraînement Tactical Leadership Program (TLP). Ces entraînements, d'une durée d'un mois, regroupent neuf membres de l'organisation, ainsi que de nombreux types d'avions militaires, dont des Rafale, Mirage, F-16, Typhoon ou Tornado. Ayant pour objectif la qualification d'équipages à la responsabilité de chef de mission, il s'agit d'une des plus réputées et des plus exigeantes formations de pilotes au monde[1].

Appareil mis en cause

Le Lockheed Martin F-16 Fighting Falcon est un avion de combat multirôle développé par les États-Unis pendant les années 1970. C'est, au moment de l'accident, l'avion de chasse le plus utilisé au monde, adopté par plus de vingt pays. L'appareil à l'origine de l'accident est un F-16D Block-50 (immatriculé S/N 93-1084) du 341e escadron de la force aérienne grecque[2]. Il s'agit d'une version biplace du F-16. Réceptionné en novembre 1997, c'est l'un des quarante-et-un F-16D dont dispose le pays[3].

Pilotes

Organisés par l'OTAN, les entraînements Tactical Leadership Program (TLP) sont l'une des plus réputées et des plus exigeantes formations de pilotes au monde[1]. Les deux membres d'équipage grecs aux commandes du F-16D étaient expérimentés. Il s'agit d'un capitaine de trente-cinq ans ayant 1 459 heures de vol à son actif dont 872 sur F-16 et un autre capitaine de trente-et-un ans avec 1 128 heures de vol dont 524 sur F-16[3]

Déroulement de l'accident

Le à 15 h 18, l'avion de chasse F-16D S/N 93-1084 du 341e escadron de la force aérienne grecque entame son décollage de l'unique piste de la base, avec deux pilotes grecs à son bord et ses réservoirs pleins[3]. L'appareil quitte la piste mais perd rapidement en puissance et vire nettement sur sa droite. Les deux pilotes s’éjectent, mais bien trop tard, avant que l'appareil ne s'écrase sur un parking en bord de piste. Deux Alpha Jet et deux Mirage 2000D français qui se préparaient au décollage sont détruits dans l'explosion. Deux Rafale B français et deux chasseurs AMX de l'aviation militaire italienne sont également endommagés[4],[5],[6],[7],[8] .

Secours

Il faut une heure aux pompiers pour maîtriser l'incendie causé par l'explosion[8]. Le retrait des corps ordonné par la juge chargée du dossier est retardé par le nettoyage de la piste des traces d'hydrazine, un composé chimique extrêmement toxique utilisé par l'unité de puissance auxiliaire des F-16[6].

Bilan humain

L'entrée de la base aérienne 133 Nancy-Ochey, à laquelle appartenaient sept des neuf aviateurs français tués.

Le bilan de l'accident fait état de onze morts : les deux pilotes grecs de l'appareil ainsi que neuf aviateurs français tués au sol, dont quatre officiers[6] (trois personnels navigants et un officier mécanicien). Sept des morts français appartenaient à la base aérienne 133 de Nancy-Ochey en Meurthe-et-Moselle et un à la base aérienne 279 Châteaudun.

Nationalité Morts Blessés Total
France 9 9 18
Grèce 2 0 2
Italie 0 11 11
Total 11 20 31

L'accident fait aussi vingt blessés dont onze italiens et neuf français[8]. Parmi eux, cinq souffrent de graves brûlures et ont été transférés vers un service spécialisé à Madrid, un blessé est en situation d’extrême urgence, et deux sont placés en coma artificiel[9]. Au 13 mars, ces cinq blessés sont soignés dans l'hôpital d'instruction des armées Percy[10]

Rapport d'enquête

Un premier rapport d'enquête grec, publié le 15 juillet 2015, indique les principales causes de l'accident[2] :

  • l’aéronef accidenté n’était pas correctement compensé pour le décollage car avant le roulage, le compensateur en lacet avait été accidentellement calé sur la compensation maximale en lacet à droite (12° à droite), ce qui affecta considérablement l’aérodynamique de l’aéronef pendant le décollage.
  • le pilote aux commandes appliqua la checklist « avant décollage » sur la zone de stationnement (parking E2) environ 20 minutes avant le décollage.
  • après le décollage, les actions au niveau du manche du pilote et les calages des gouvernes qui en résultèrent furent insuffisantes pour maintenir l’aéronef en vol contrôlé.

Réactions

  • Flag of NATO.svg OTAN : Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'OTAN, déclare le jour même : « C'est une tragédie qui affecte toute la famille OTAN. J'exprime mes plus profondes condoléances aux proches et aux nations de ceux qui ont perdu la vie, et je souhaite un rapide rétablissement aux blessés ».
  • Drapeau de la France France : L'Élysée publie dans un communiqué : « [...] Le président de la République exprime son profond respect pour l'engagement de ces personnels, officier et sous-officier, qui se préparaient aux missions opérationnelles de l'armée de l'air. Il rappelle que les aviateurs français, engagés au Sahel et au-dessus de l'Irak, accomplissent chaque jour avec courage et efficacité des missions pour lutter contre les groupes terroristes et consolider notre sécurité [...] »[11].

Références

  1. a et b « Accident d'un F-16 grec en Espagne: un neuvième français décédé », sur TF1, (consulté le 27 janvier 2015)
  2. a et b « Crash d'Albacete: le rapport grec mis en ligne sur le site du Mindef français », sur lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr (consulté le 27 juillet 2015)
  3. a, b et c « Les deux capitaines grecs tués dans le crash de leur F-16 ont été identifiés », sur Ouest France,
  4. Philippe Chapleau, « Crash d'Albacete: quatre avions rayés des inventaires français », sur Ouest-France, (consulté le 16 mars 2015).
  5. Philippe Chapleau, « Crash du F-16: deux Alphajet et deux 2000D détruits, deux Rafale endommagés », sur Ouest-France, (consulté le 1er février 2015).
  6. a, b et c « L'élite de l'Otan endeuillée à Albacete », sur Le Figaro,
  7. « L'armée de l'air choquée par une catastrophe rarissime », sur Le Figaro,
  8. a, b et c « Crash d'un F-16 en Espagne : mort d'un neuvième militaire français », sur Le Parisien,
  9. « VIDEO. Crash d’un F-16 en Espagne: Tout comprendre à l'accident de l'avion de combat grec », sur 20 minutes, (consulté le 27 janvier 2015)
  10. Philippe Chapleau, « Cinq des blessés français d'Albacete sont toujours à l'hôpital Percy (actualisé) », sur Ouest-France, (consulté le 16 mars 2015).
  11. « Au moins huit Français morts après le crash d'un F-16 en Espagne », sur Le Figaro,