Aber-Ildut

l'Aber-Ildut
Illustration
L'Aber-Ildut à Lanildut.
Caractéristiques
Longueur 23,9 km [1]
Bassin 139 km2
Bassin collecteur l'Aber-Ildut
Débit moyen 1,5 m3/s (Brélès (exutoire)) [2]
Régime pluvial océanique
Cours
Source source
· Localisation Plouzane
· Coordonnées 48° 22′ 50″ N, 4° 35′ 32″ O
Embouchure la Mer Celtique
· Localisation entre Lanildut et Lampaul-Plouarzel
· Altitude m
· Coordonnées 48° 28′ 13″ N, 4° 45′ 47″ O
Géographie
Pays traversés Drapeau de la France France
Département Finistère
Régions traversées Bretagne

Sources : SANDRE:J33-0300, Géoportail, Banque Hydro

L’Aber-Ildut (Aber Ildud en breton) est un des trois abers du Léon, dans le Finistère, en Bretagne. Formé de l'Ildut, un petit fleuve côtier, et de sa basse vallée inondée, cet aber, le plus petit du Léon, est connu pour ses anciennes productions de granite et de cassitérite.

Étymologie

L’Aber-Ildut porte le nom d’un saint gallois, Ildut de Llantwit qui eut de nombreux disciples en Bretagne armoricaine. Il n’est pas certain que cet homme soit lui-même venu en Bretagne et qu’il débarqua dans l’aber qui porte son nom. Il est possible que l’aber soit le lieu de débarquement d’une équipe de ses disciples arrivés d’outre-Manche[3].

Géographie

Cours du fleuve

Vue de l'estuaire de l'Idut dans l'aber.

L’Aber-Ildut est le plus méridional des abers qui débouche dans la mer Celtique face à l'île d'Ouessant, c'est également le plus court (3,5 km) et le plus étroit. Cette ria correspond à la vallée inférieure de l'Ildut, petit fleuve côtier, long de 23,9 kilomètres[1]. Ce cours d'eau prend sa source au sud de la ferme de Kerverrien à Plouzané, à une altitude de 70 mètres - toutefois sa véritable source se localisait un peu plus à l’est jusqu'à la fin du XIXe siècle avant d'être détournée vers la Penfeld, en 1886; un canal fut creusé pour envoyer les eaux de l'Ildut vers l'arsenal de Brest par l'intermédiaire du seuil de Castel-an-Daol et de l'étang de Villeneuve[4]. Le fleuve côtier s’écoule ensuite selon une direction générale sud-est/nord-ouest, baigne les territoires communaux de Guilers et de Saint-Renan avant de rejoindre la mer à Lanildut. Malgré sa faible longueur, on peut diviser le cours du fleuve en quatre parties distinctes (ces dernières sont déterminées par des ruptures dans la pente d'écoulement qui est en moyenne assez forte, de l'ordre de 0,3 %)[5], :

  • près de sa source, le cours de l'Ildut présente une pente forte et un écoulement rapide.
  • abordant la plaine renanaise, le fleuve voit sa pente s'adoucir et traverser les principaux étangs de son cours creusés, dans un premier temps, pour l'exploitation de l'étain, puis pour celle du sable et des graviers.
  • la pente devient à nouveau forte en aval du lac de Lanéon jusqu'au lieu dénommé Pont Reun.
  • au-delà de Pont Reun, l'écoulement redevient faible jusqu'à l'aber et la limite de la salinité des eaux qui correspond à l'entrée dans ce dernier[5].

Il est possible de longer la rive droite de l'aber à partir de Saint-Renan, dominé par le rocher du Crapaud, jusqu'à Brélès par la D 27, puis de franchir le fond de cette vallée ennoyée qui a tendance à s'envaser rapidement. En revanche, aucune route ne vient longer la rive gauche et il faut passer par Lampaul-Plouarzel pour atteindre le sud de l'embouchure; de là, on peut rejoindre Pors-Cave, sorte de presqu'île née d'une digitation du cours d'eau. Une ligne imaginaire partant de l'estuaire de l'Aber-Ildut et traversant l'île d'Ouessant en son centre constituerait la limite entre la Manche et l'océan Atlantique[7].

Géologie

L'Ildut.

Le sous-sol de l'Aber-Ildut est formé de différents types de granit. En amont du cours d'eau, près de Saint-Renan, on trouve du granit stannifère dont les filons de quartz sont riches en cassitérite et en tourmaline; une partie de ce granit a été altéré par le climat tropical qui régnait sur la région durant l'ère tertaire et entrainé vers l'aval où il rencontra, près du seuil de Lannéon, le granit de Plouarzel, plus résistant. En aval, l'Ildut pénètre dans la zone du granit de l'Aber-Ildut, composé de feldspaths roses, de quartz gris et de mica noir[8].

L'étude de ces granits a démontré que la vallée actuelle de l'Ildut avait été occupée pendant plusieurs millions d'années par un puissant fleuve drainant les Monts d'Arrée, les Montagnes noires, la presqu'île de Crozon et qui, après avoir traversé l'actuelle rade de Brest, rejoignait l'océan à l'emplacement de l'Aber-Ildut. Cet important cours d'eau drainait ainsi les eaux de l'Aulne, de l'Elorn et de la Penfeld, réduits au rôle d'affluents. À l'ère quaternaire, des mouvements tectoniques ont modifié la disposition des lieux, ouvert la rade de Brest et bouleversé l'hydrographie des lieux, le fleuve de première importance se divisant en cours d'eau de taille modeste dont l'Ildut actuel[9].

Hydrographie

Le bassin versant de l'Ildut - entièrement sis dans le département du Finistère - couvre une superficie de 139 km²[10] et compte 48 345 habitants lors du dernier décompte de 2010 (soit une densité élevée de 348). Cette population est en forte augmentation depuis 1990 (+ 15 %) ; cette croissance correspondant essentiellement au phénomène de la périurbanisation affectant l'agglomération brestoise[11]. Le fleuve côtier draine les territoires des communes de Brélès, Guilers, Lampaul-Plouarzel, Lanrivoaré, Locmaria-Plouzané, Milizac, Plouarzel, Ploumoguer, Plourin, Plouzané, Porspoder, Saint-Renan qui sont intégrées à la Communauté urbaine Brest métropole océane ou à Communauté de communes du Pays d'Iroise[12].

Même si le cours de l'Ildut apparaît modeste, le fleuve côtier est alimenté par de nombreux affluents et sous-affluents, au total 69, ce qui aboutit à un linéaire de plus de 150 kilomètres. Ses principaux affluents se situent en rive gauche avec le Plouazané (12 km), le Plouarzel (8 km), en rive droite avec le Langonery (5 km), le Vizac (5 km), le Kergroadès (4 km). Le cours du fleuve est également marqué par l'omniprésence des étangs qui se succèdent sur le cours supérieur : Pontavennec, Ty-Colo, Comiren, La Laverie, Poulinoc, Lannéon[10].

Hydrologie

Le climat qui baigne le bassin-versant de l'Idult est typiquement océanique avec des précipitations de l'ordre de 1000 mm par an, caractérisées par un maximum d'octobre à mars et un minimum d'été (le mois de juillet étant le plus sec). Les températures sont caractérisées par une faible amplitude thermique avec des hivers doux de 2 à 5° C et des étés frais de 18 à 20° C. La proximité de la mer et la fréquence des vents d'ouest expliquent la modération des indicateurs climatiques[9].

À l’exutoire de l'Ildut, le débit, enregistré à la station hydrologique de Brélès, atteint en moyenne 1,44 m3/s, pour la totalité de son bassin versant, soit 90 km2, dans le cadre d’un régime pluvial océanique[2]. Observé depuis 31 ans (entre 1977 et 2014), le fleuve côtier présente de variations importantes de son module, la période des hautes eaux est enregistrée durant la période hivernale (de janvier à mars) avec une moyenne mensuelle comprise entre 2,26 m3/s et 3,13 m3/s atteint en février, les basses eaux interviennent durant l'été avec des débits compris entre 0,419 m3/s et 0,560 m3/s de juillet à septembre (ce dernier mois voyant le plus bas module de l'année)[2] Les périodes d'étiage, tout comme les crues (le débit de l'Ildut est monté jusqu'à 19,6 m3/s le 8 février 2014, soit 13,6 fois le module moyen), sont fortement prononcées en raison de la nature des sols imperméables qui favorise un écoulement brutal des précipitations (absence d'aquifère notable permettant le soutien des débits d'étiage).

Lame d'eau et débit spécifique

En établissant une comparaison entre le débit et le bassin versant, l’Ildut présente un module élevé ainsi que l'atteste une lame d'eau de 508 mm/an (bien supérieure à la moyenne nationale qui est de 300 mm, mais globalement semblable à celle du bassin voisin de l'Aulne de l'ordre de 564 mm) et un débit spécifique (ou Qsp) de 16 litres par seconde et par kilomètre carré de bassin (9,5 l/s/km2 pour l'ensemble des cours d'eau français, 17,4 l/s/km2 dans le cas du bassin de l'Aulne[13]).

Histoire

Le viaduc ferroviaire de Daoulas construit en granite de l'Aber-Ildut.

À proximité immédiate de l’Aber-Ildut, de nombreuses carrières de granite (île de Melon, Kléguer) ont été intensivement exploitées jusqu’au XXe siècle. Le granite de l’Aber-Ildut bénéficiait d’une grande renommée en raison de sa résistance à l’érosion, de ses propriétés à refléter les rayons du soleil, mais également de sa facilité de transport par la voie maritime. Durant des millénaires, ce matériau servit à l’édification de multiples constructions humaines, des menhirs et dolmens aux phares (celui de la pointe Saint-Matthieu, en particulier), forts et ouvrages d’art (viaduc de Daoulas, sur la voie ferrée reliant Brest et Quimper) de la région de Brest[14]. C’est toutefois la fourniture du matériau du socle de l’obélisque de Louxor, un énorme bloc de 100 tonnes, qui donna, en 1835, une reconnaissance nationale au granite de l’Aber-Ildut[14].

Les alluvions formant le fond de la vallée de l’Aber-Ildut, autour de Saint-Renan, sont riches en cassitérite, un matériau exploité pour l’étain qu’il contient. La COMIREN a exploité ce filon entre 1960 et 1975, égrenant la vallée de l’Aber-Ildut de six étangs. La COMIREN exploita le cours de l'Ildut sur un linéaire de 7 kilomètres, employant une drague américaine qui creusait dans les sédiments sur une grande largeur et à une profondeur de 8 à 10 mètres. Une centaine de personnes (jusqu'à 130) travaillait pour le compte de la compagnie qui lavait, traitait les vases pour séparer l'étain des sables et graviers; jusqu'à 700 000 m³ de vase étaient ainsi extraites par an et 500 tonnes d'étain (d'une teneur remarquable) produites[11]. Cette activité valut à Saint-Renan le surnom de capitale européenne de l'étain. Après l'abandon de ce site, la COMIREN continua son exploitation durant quelques années en d'autres lieux comme à Bourg-Blanc. Aujourd'hui, toute activité liée à ce minerai a cessé, seule la société Lafarge poursuit l'extraction des alluvions de l'Ildut sur le site de Bodonou pour extraire du sable et du gravier[16].

Malgré la longueur réduite de l'Ildut et de ses affluents, leur débit faible et irrégulier, de nombreux moulins furent implantés sur leurs rives. Pas moins de 102 ont été recensés sur le cours du fleuve et de ses tributaires[17],[18] même s'il s'agit d'installations assez primitives fonctionnant à l'aide d'une roue horizontale alimentée par une goulotte pentue. Les derniers moulins ont cessé leur activité dans la seconde moitié du XXe siècle.

Activités

Le ponton de Kerglonou à Plouarzel sur l'Aber-Ildut.

Malgré une forte densité de population et le développement de la périurbanisation dans la vallée de l'Idut, l'agriculture reste active avec 540 exploitations recensées dans cet espace (mais 1190 en 1979) qui occupent près de 19 000 hectares de SAU (donc une taille moyenne de 35 hectares par exploitation, ce qui est inférieur à la moyenne nationale). La proportion des terres labourables se révèle largement supérieure (90 %) à celles mises en pâture (10 %); ces statistiques sont toutefois en trompe-l'œil car l'élevage est omniprésent dans la vallée mais, prenant un aspect industriel, il occupe une faible superficie. Seule la diminution des systèmes de pâtures permanentes vers un système fourrager permet de mettre en exergue cette évolution orientée vers l'élevage laitier (30 000 animaux), des volailles et des porcins. Cette évolution vers une agriculture productiviste est toutefois plus sensible vers l'amont du cours d'eau - proche de la métropole brestoise - que vers l'aval[19].

Environnement

Malgré la progression de l'urbanisation et des rejets domestiques, l'Ildut et ses affluents sont classés en première catégorie piscicole en raison de ses eaux bien oxygénées et d'une granulométrie favorable. L'ichtyofaune est largement représentée par la présence du saumon atlantique, de la truite fario et de la lamproie marine, mais les autres espèces de poissons sont inégalement présentes dans la rivière comme le chabot, la loche franche ou l'anguille ; seul, le goujon voit ses effectifs en nette augmentation. Certaines caractéristiques du fleuve empêchent des migrateurs de fréquenter son cours tels que le busage de ruisseaux, les seuils d'anciens moulins ou le colmatage de certaines sections[20]. L'AAPPMA de Saint-Renan, qui assure la gestion halieutique de l'Ildut, essaye de résoudre ces problèmes et d'améliorer la richesse de la faune du fleuve[21].

La vallée de l'Ildut (et de ses affluents) est marquée par la présence de nombreuses zones humides qui jouent un rôle essentiel dans la préservation de la richesse biologique, la régulation des débits (dont l'écrêtage des crues) et l'épuration des eaux. Ces espaces sont représentées par la présence de nombreux étangs, de prairies et saulnaies, mais sont en régression face à la progression de l'habitat et soumises à diverses dégradations : mise en culture, remblais[22]. Trois zones remarquables ont été définies comme ZNIEFF[23] dont celle de l'Aber-Ildut (93 ha) qui voit hiverner de nombreuses espèces d'oiseaux limicoles et présente un grand intérêt botanique dans ses prés salés[24].

Parmi les animaux emblématiques de la vallée, la loutre, disparue depuis 1975, refait des apparitions épisodiques laissant espérer une recolonisation des lieux à court ou moyen terme. En revanche, des espèces invasives se sont largement développées au cours des dernières décennies, mettant en péril l'écosystème. On peut ainsi noter la présence de ragondins et de rats musqués menaçant autant les berges que les cultures environnantes, de tortues de Floride, mais également, sur le plan floristique, de l'envahissante jussie[23].

Bibliographie

  • Eaux et rivières de Bretagne, « L'Ildut »
  • Maison du Patrimoine - Musée d'Histoire Locale de Saint-Renan, L'Aber-Ildut de terre en aber, Joué-lès-Tours, Alan Sutton, coll. « Mémoires en images », (ISBN 978-2842535087)

Voir aussi

Notes et références

  1. a et b Sandre, « Fiche cours d'eau - L'Aber Ildut (J33-0300) » (consulté le 25 juin 2015)
  2. a, b et c Banque Hydro - MEDDE, « Synthèse de la Banque Hydro - l'Aber-Ildut à Brelès (Keringar) (J3323020) » (consulté le 25 juin 2015)
  3. Nini Le Goff, Saint Ildut : du Pays de Galles à la Bretagne, Cercle d’histoire locale de Lanildut Lire en ligne.
  4. L'Ildut, eaux et rivières de Bretagne, p. 1 et 4.
  5. a et b L'Ildut, eaux et rivières de Bretagne, p. 5.
  6. Guide Bleu Bretagne, Hachette, édition de 1991, p. 152.
  7. L'Ildut, eaux et rivières de Bretagne, p. 3 et 4.
  8. a et b L'Ildut, eaux et rivières de Bretagne, p. 3.
  9. a et b L'Idut, eaux et rivières de Bretagne, p. 2
  10. a et b L'Ildut, eaux et rivières de Bretagne, p. 7
  11. L'Ildut, eaux et rivières de Bretagne, p. 6.
  12. Les chiffres délivrés pour le bassin versant de l'Aulne correspondent aux données enregistrées à la station hydrologique de Châteauneuf-du-Faou (Pont Pol).
  13. a et b Le granite de l’Aber-Ildut sur le site de l’académie de Rennes.
  14. L'Ildut, eaux et rivières de Bretagne, p. 8.
  15. Jean Lescop, L'Aber-Iidut : Sa vallée, son bassin, ses moulins, 1991 Lire en ligne.
  16. Carte des moulins
  17. L'Ildut, eaux et rivières de Bretagne, p. 12.
  18. L'Ildut, eaux et rivières de Bretagne, p. 10.
  19. Site de l'AAPPMA de Saint-Renan.
  20. L'Ildut, eaux et rivières de Bretagne, p. 9.
  21. a et b L'Ildut, eaux et rivières de Bretagne, p. 11
  22. La ZNIEFF de l'Aber-Ildut.