Abdulla Yameen

Abdulla Yameen Abdul Gayoom
އަބްދުﷲ ޔާމީން އަބްދުލް ގައްޔޫމް
Illustration.
Abdulla Yameen en 2014.
Fonctions
Président de la République des Maldives
En fonction depuis le
(4 ans, 10 mois et 9 jours)
Élection 16 novembre 2013
Vice-président Mohammed Jameel Ahmed 
Ahmed Adeeb Abdul Ghafoor
Abdulla Jihad 
Prédécesseur Mohammed Waheed Hassan
Successeur Ibrahim Mohamed Solih (élu)
Biographie
Date de naissance (59 ans)
Lieu de naissance Malé (Maldives)
Nationalité maldivienne
Parti politique Alliance populaire (2008-2011)
Parti progressiste des Maldives (depuis 2011)
Fratrie Maumoon Abdul Gayoom (demi-frère)
Conjoint Fathimath Ibrahim
Diplômé de Université américaine de Beyrouth
Claremont Graduate University

Abdulla Yameen
Présidents de la République des Maldives

Abdulla Yameen Abdul Gayoom (divehi : އަބްދުﷲ ޔާމީން އަބްދުލް ގައްޔޫމް), né le à Malé, est un homme d'État maldivien, président de la République depuis 2013.

Biographie

Famille

Il est le demi-frère de Maumoon Abdul Gayoom, président de la République des Maldives entre 1978 et 2008.

Ministre

Il devient ministre du Commerce en 1993[1].

Élection présidentielle de 2013

Le , il remporte, à la surprise générale, le second tour de l'élection présidentielle avec 51,3 % des voix face à Mohamed Nasheed[2],[3], président de la République de 2008 à 2012.

Président de la République

Le , il est investi comme 6e président de la République[4]. Il est alors vu par les observateurs comme une marionnette de son demi-frère Maumoon Abdul Gayoom[5].

Le , le vice-président, Jameel Ahmed, est destitué par le Parlement pour « haute trahison »[6]. Tandis qu'il fuit vers le Royaume-Uni, Ahmed Adeeb Abdul Ghafoor est nommé à sa place[7].

Le 28 septembre suivant, une explosion éclate à bord d'un yacht qui le ramène à Malé, alors qu'il revenait du hajj[8]. Celui-ci en sort indemne mais sa femme et deux autres personnes sont blessées[9]. Le 14 octobre, le ministre de la Défense, Moosa Ali Jaleel, est limogé à la suite de cette affaire, puis le 24 octobre, c'est le vice-président Ahmed Adeeb Abdul Ghafoor qui est arrêté[10]. Le 4 novembre, le président décrète l'état d'urgence[11] pour un mois[12]. Le lendemain, Ahmed Adeeb est destitué de ses fonctions par le Parlement[13] et l'état d'urgence est finalement levé dès le 10 novembre[14].

Alors que les Maldives étaient traditionnellement un pays d'islam modéré, la prise de pouvoir par Abdulla Yameen Abdul Gayoom, à la faveur d'une élection présidentielle au résultat contesté et soutenu par les islamistes, change la donne. Influencé par des religieux wahhabites formés en Arabie saoudite et au Pakistan, le prosélytisme islamiste gagne du terrain, notamment dans les milieux carcéraux. De nombreux cheikhs radicaux occupent ainsi de plus en plus l'espace public (universités, télévision – leurs sermons étant retransmis une fois par mois sur les chaînes nationales –, etc.). Plusieurs ONG dénoncent une augmentation des mariages précoces dans les îles reculées ainsi que le refus grandissant de vacciner les enfants. Le docteur Mohamed Iyaz, un influent conseiller du gouvernement en jurisprudence coranique, fait d'ailleurs l'apologie de l'excision, en tant qu'« obligation religieuse ». En 2014, une centaine de Maldiviennes ont été fouettées en public pour « actes de fornication ». En 2015, on enregistre entre 50 et 200 départs de Maldiviens vers les territoires de l'État islamique. Si le gouvernement a officiellement condamné le djihad vers la Syrie, des activistes et des opposants critiquent son inaction sur le sujet, certains craignant même l'instauration d'un califat aux Maldives[15].

Le , Gayoom rejoint l'opposition à son demi-frère Abdulla Yameen, devenu président en 2013, et noue une alliance avec son ancien rival Mohamed Nasheed[16]. Le parti se divise en deux factions, l'une soutenant Yameen et l'autre soutenant Abdul Gayoom[17],[18],[19].

Le , considérant les condamnations de plusieurs prisonniers, dont Mohamed Nasheed et Ahmed Adeeb Abdul Ghafoor, au motifs d'être « politiquement motivées », la Cour suprême décide de casser les jugements[20]. Le 5 février, Abdulla Yameen Abdul Gayoom, refuse d'appliquer la décision, malgré la demande de l'ONU[21] et fait remarquer que selon lui, la Cour suprême « n'est pas au-dessus des lois »[22], puis assiège les bureaux de la Cour suprême, qu'il accuse de vouloir le destituer[23], suspend le parlement, au sein duquel il vient de perdre la majorité après une autre décision de la Cour suprême ordonnant la réintégration des députés récemment passés dans l'opposition, limoge le chef de la police, fait arrêter son demi-frère, l'ancien président Maumoon Abdul Gayoom, qui avait rejoint l'opposition en 2017[24], et décrète l'état d'urgence[25]. Dans la soirée, il fait également arrêter deux juges de la Cour suprême, dont son président Abdulla Saeed, et Ali Hameed[26]. Il justifie cela par une « conspiration » et un « coup d'État »[27]. Nasheed appelle alors l'Inde et les États-Unis, à intervenir[28]. Finalement, les trois juges de la Cour suprême restés en liberté décident d'annuler la décision[29]. L'ONU dénonce alors une « attaque contre la démocratie »[30].

En septembre 2018, un reportage révèle qu'il aurait octroyé illégalement des îles à des entreprises touristiques[31].

Durant la campagne présidentielle de 2018, les médias ne couvrent pas la campagne électorale du candidat d'opposition Ibrahim Mohamed Solih, de crainte de représailles[32]. Le soir du scrutin du 23 septembre, les estimations des résultats donnent celui-ci largement vainqueur[33],[34]. La commission électorale confirme ces résultats durant la nuit du 23 au 24 septembre[35]. Abdulla Yameen reconnaît publiquement sa défaite le 24 septembre, et félicite son adversaire[34]. Selon Olivier Guillard, chercheur associé à l'IRIS, « Abdulla Yameen passe pour un autocrate, il a une très mauvaise image à l'étranger et la communauté internationale avait peur qu'il truque le scrutin, ce qui n'a pas été le cas. La velléité démocratique l'a emporté aux Maldives, sur l'exemple d'autres États de la région »[36].

Notes et références

  1. Reuters Editorial, « Maldives president Yameen a hardliner who jailed his own brother », sur U.S. (consulté le 21 septembre 2018)
  2. « Maldives : Abdulla Yameen remporte l'élection présidentielle », RFI, 17 novembre 2013
  3. Frédéric Bobin, « Maldives : un nouveau président, trois incertitudes sur l'avenir », sur Le Monde, (consulté le 11 novembre 2015)
  4. « Ex-strongman's brother sworn in as Maldives leader », sur Yahoo News (consulté le 11 novembre 2015)
  5. « Abdulla Yameen, l'homme fort des Maldives et bien décidé à le rester - Boursorama » (consulté le 21 septembre 2018)
  6. « Maldives government sacks vice president for 'treason' », sur the Guardian (consulté le 11 novembre 2015)
  7. « Qui en veut vraiment au président des Maldives ? », Libération, 22 octobre 2015
  8. « Le président des Maldives a échappé à un attentat », sur Métro (consulté le 10 novembre 2015)
  9. « Maldives : le président sort indemne de l’explosion d’un yacht », Le Quotidien, 28 septembre 2015
  10. « Le vice-président des Maldives arrêté pour tentative d’assassinat du président », Le Monde, 24 octobre 2015
  11. Lefigaro.fr avec AFP, « Maldives: le président décrète l'état d'urgence », sur Le Figaro (consulté le 10 novembre 2015)
  12. « Maldives: règlements de comptes au sommet de l'Etat sur fond d'islam radical » (consulté le 10 novembre 2015)
  13. « Maldives crisis: Vice-President Ahmed Adeeb removed from power - BBC News », sur BBC News (consulté le 11 novembre 2015)
  14. Lefigaro.fr avec AFP, « : fin de l'état d'urgence », sur Le Figaro (consulté le 10 novembre 2015)
  15. Manon Quérouil-Bruneel, « Maldives, l'enfer du décor », Le Figaro Magazine, semaine du 12 juin 2015, p. 38-48.
  16. (en) Suhasini Haidar, « Maldivian arch-rivals Mohammad Nasheed and Maumoon Abdul Gayoom join forces. », sur The Hindu (consulté le 6 février 2018).
  17. MaldivesUprising, « Take a Bold Stand Against “Sale of Faafu Attol and Islands” to... », sur Maldives Uprising (consulté le 24 septembre 2018)
  18. MaldivesUprising, « Bringing the “Maldives – Saudi Arabia” corruption out from “under the carpet” », sur Maldives Uprising (consulté le 24 septembre 2018)
  19. « Maldives ruling Party warns of legal action if their name is not removed from statement – Maldives Times » (consulté le 24 septembre 2018)
  20. « Maldives: l'opposant en exil Nasheed se présentera à la présidentielle », sur LExpress.fr (consulté le 3 février 2018)
  21. « ONU Info - Maldives : l'ONU appelle les autorités à respecter la décision de la Cour suprême », sur Centre d'actualités de l'ONU (consulté le 5 février 2018)
  22. Le Point, magazine, « Le président des Maldives décrète l'état d'urgence, un ex-président arrêté », sur Le Point (consulté le 5 février 2018)
  23. « La Cour suprême des Maldives accusée de vouloir évincer le président », sur RTBF Info (consulté le 5 février 2018)
  24. (en) Suhasini Haidar, « Maldivian arch-rivals Mohammad Nasheed and Maumoon Abdul Gayoom join forces. », sur The Hindu (consulté le 6 février 2018).
  25. « Maldives: état d'urgence déclaré pour 15 jours », sur Le Figaro (consulté le 5 février 2018)
  26. « Maldives : l'arrestation du président de la Cour suprême enfonce le pays dans la crise politique - France 24 », sur France 24 (consulté le 6 février 2018)
  27. « Maldives: le président dénonce une «conspiration» des juges », sur Le Figaro (consulté le 6 février 2018)
  28. Le Point, magazine, « Les Maldives s'enfoncent dans le chaos politique », sur Le Point (consulté le 6 février 2018)
  29. « Maldives: une crise très politique - Asie-Pacifique - RFI », sur RFI, RadioFranceInternationale, (consulté le 6 février 2018).
  30. « L'ONU parle pour les Maldives d'«attaque contre la démocratie» », sur Le Figaro (consulté le 7 février 2018)
  31. La-Croix.com, « Le président des Maldives impliqué dans l'octroi illégal d'îles », sur La Croix (consulté le 20 septembre 2018)
  32. « Présidentielle aux Maldives: sous la plage, la répression », sur Libération.fr (consulté le 21 septembre 2018).
  33. « Maldives/présidentielle: le candidat de l'opposition revendique la victoire », Agence France-Presse, 23 septembre 2018
  34. a et b (en) "Live blog: Victory for Ibu", The Maldives Independent, 23 septembre 2018
  35. « Maldives : le leader de l’opposition remporte l’élection présidentielle », sur Le Monde.fr (consulté le 24 septembre 2018)
  36. La-Croix.com, « Aux Maldives, la victoire d’un opposant marque « un premier pas vers la démocratie » », sur La Croix (consulté le 25 septembre 2018)