Abbaye Saint-Germer-de-Fly

Abbaye Saint-Germer-de-Fly
Église abbatiale et sainte-chapelle
Abbatiale, vue depuis la place du village.
Présentation
Culte Catholique romain
Type Abbaye
Rattachement Diocèse de Beauvais
Début de la construction 1135-1206 / 1259-1270
Style dominant gothique primitif
Protection Logo monument historique Classé MH (1840, abbatiale et chapelle)[1]
 Inscrit MH (1983, autres vestiges)[2]
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Hauts-de-France
Département Oise
Ville Saint-Germer-de-Fly
Coordonnées 49° 26′ 35″ nord, 1° 46′ 48″ est

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Abbaye Saint-Germer-de-Fly

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Abbaye Saint-Germer-de-Fly

L’abbaye Saint-Germer-de-Fly est une ancienne abbaye de bénédictins fondée au VIIe siècle par saint Germer, son premier abbé. Détruite une première fois par les Vikings vers le milieu du IXe siècle, elle est de nouveau ravagée par Rollon au début du Xe siècle, puis reconstruite au XIIe siècle à l'initiative de l'évêque de Beauvais. L'ancienne abbaye est située en Hauts-de-France, dans le département de l'Oise, sur la commune de Saint-Germer-de-Fly. Hormis un certain nombre de vestiges, ne restent de la puissante abbaye du Moyen Âge que l'église abbatiale, de style gothique primitif, et la sainte-chapelle, de style gothique rayonnant. La première a été construite entre 1135 et 1206 environ et est devenue l'église paroissiale de l'actuel village de Saint-Germer-de-Fly. D'un point de vue architectural, avec son mélange de styles roman et gothique, elle est considérée comme un exemple caractéristique de la première génération gothique, et ceci, non par ses dimensions ou sa beauté, mais par son caractère novateur. C'est l'un des plus anciens témoignages de l'art gothique en France. La seconde a été construite pendant les années 1260 et n'apporte pas d'innovations architecturales, mais elle représente aujourd'hui l'un des rares exemples des nombreuses saintes-chapelles édifiées partout en France entre 1240 et 1260 environ. Par le raffinement de son architecture et la maîtrise remarquable dans son exécution, elle est un chef-d'œuvre de l'art rayonnant et reflète cet art à son apogée. Les deux édifices sont classées monuments historiques très tôt par la liste de 1840[1], et se retrouvent ainsi parmi les treize tout premiers monuments historiques du département de l'Oise. Les autres vestiges sont inscrits en 1930, puis en 1983[2]. L'église est aujourd'hui affiliée à la paroisse de La Trinité en Bray du pays de Bray.

Historique

La fondation et la vie de l'abbaye

Germer, personnage marquant du VIIe siècle, fonde une abbaye en un lieu attesté aussi sous les formes latinisée Flaviacum (864) et romane Flay[3].

Germer en devient le premier abbé. Il est le fils de Rigobert et par sa mère relié à la famille du roi Clotaire II. Il est ainsi mêlé à l’administration des affaires publiques. À la mort de sa femme Domane, il prend l’habit religieux des mains de saint Ouen, évêque métropolitain de Rouen, qui lui indique le territoire de Fly afin d’y ériger un monastère. Il y fonde une abbaye qui prend de l'importance et qu'il va diriger jusqu'à sa mort, un 24 septembre vers l’an 658. Les Vikings ravagent l’abbaye, une première fois en 850. Elle est de nouveau ruinée et rasée par Rollon en 902. L'abbaye étant abandonnée après les incursions des Hommes du nord, le roi attribue ses biens à l'évêché de Beauvais, afin que les terres ne soient pas spoliées.

En 1036, Druon, évêque de Beauvais, fait réédifier l’abbaye qu’il appelle Saint Germer de Fly. En 1132, les reliques de saint Germer, qui se trouvent jusqu'alors dans la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, y sont partiellement transférées.

La reconstruction de l'abbatiale est alors décidée et les travaux peuvent rapidement commencer grâce à de généreuses donations. Ils se poursuivent jusqu'en 1167, date à laquelle ils sont interrompus en raison de la crise intervenue dans la communauté à la suite de l'élection controversée de l'abbé Hildegaire II.

En 1200, à la mort de l'abbé Hugues le Pauvre, les moines élisent Saint-Eustache, prêtre natif du Beauvaisis et ancien secrétaire de l'évêque de Beauvais Philippe de Dreux, comme abbé. « Nous avons élu votre secrétaire, homme honorable, simple et droit, à qui on rend témoignage de toutes parts », écrivent-ils à Philippe de Dreux. Eustache reste abbé jusqu'à sa mort, le , mais doit parfois abandonner l'abbaye pour aller prêcher en Languedoc touché par l'hérésie cathare, ou pour aller en Angleterre, où le pape Innocent III l'envoie comme légat pontifical.

Acte de l'official de Beauvais du 11 mai 1248

.

En 1246, l'abbé Guillaume de Villaines vend toutes les possessions anglaises de l'abbaye. Un acte de l'official de Beauvais en date du mentionne la vente à l'abbaye Saint-Germer-de-Fly, par Richard de Grez, de Saint-Félix, et son épouse, d'une « pièce de terre arable qu'ils avaient de l'héritage d'Asceline d'Amuchy, tante maternelle dudit Richard » pour la somme de cent dix sous parisis.

Au XIIIe siècle, Pierre de Wessencourt, 25e abbé de Saint-Germer de 1259 à 1272, fait édifier, au chevet de l'abbatiale, la chapelle de la Vierge, qui ressemble à la Sainte-Chapelle de Paris, de onze ans son aînée. Le , aux côtés de Guillaume de Grès, 61e évêque de Beauvais, il en fait la dédicace à Saint-Germer. Elle est reliée au chevet de l'église (dans l'axe) par un passage étroit. Celui-ci se compose de trois travées éclairées par de petites baies à quatre lancettes, surmontées de gâbles à l'extérieur. De style gothique, sa destination est de servir de chapelle funéraire, et Pierre de Wessencourt y fait transporter les restes de saint Eustache, l'ancien abbé de 1200 à 1211, enterré jusque-là dans l'abbatiale.

L'abbaye souffre beaucoup de la guerre de Cent Ans : l'église perd notamment sa façade occidentale et les voûtes de six des travées de la nef. En 1414, les troupes du duc de Bourgogne, Jean sans Peur, détruisent la première travée de la nef et les deux tours qui encadrent la façade occidentale. Au début du XVIe siècle, un mur provisoire est élevé à l'ouest, qui sert encore aujourd'hui de façade.

En 1644, l'abbaye Saint-Germer-de-Fly est confiée à la congrégation de Saint-Maur. Les moines de Saint-Maur entreprennent la réforme de l'abbaye. L’abbaye Saint-Germer-de-Fly fonctionne jusqu'à la Révolution française. Déclarée bien national et vendue, ses bâtiments sont détruits en 1790. Seules sont restées l'abbatiale et la Sainte-Chapelle, qui sont rendues au culte pour servir d'église paroissiale au village de Saint-Germer-de-Fly.

La construction de l'abbatiale et son évolution

Si l'histoire de l'abbaye est très bien documentée, ce n'est pas le cas de la construction de l'abbatiale. Tous les auteurs de toutes les époques se sont rendu compte de l'importance de l'abbatiale de Saint-Germer pour l'évolution de l'architecture religieuse et de la grande valeur de l'édifice, mais la datation exacte a encore longtemps suscitée des débats. Elle n'est pas facilitée par l'homogénéité de l'ensemble, qui ne s'est évidemment pas construit dans une seule génération, ni par la cohabitation d'éléments du vocabulaire de l'architecture romane avec les premières expressions de l'architecture gothique. Si Eugène Lefèvre-Pontalis indique déjà en 1886 l'importance de l'événement de la restitution du bras de saint Germer à l'abbaye en 1132 pour le déclenchement de la construction de l'abbatiale actuelle, l'on a longtemps situé le début des travaux entre 1140 et 1160, avant qu'une monographie de Jacques Henriet en 1985 ne parvienne à proposer une argumentation concluante pour un début des travaux vers 1135, sous l'abbé Léodegaire. Les travaux se poursuivent sous ses successeurs Fulbert (1145-1163) et Gérard Ier (1163-1167), et s'interrompent avec l'élection controversée d'Hildegaire. La date de la reprise des travaux reste impossible à déterminer, mais se situe vraisemblablement sous l'abbatiat d'Hugues de Clermont (1172-1180). Plusieurs parties de l'église sont en tout cas consacrées par l'évêque de Beauvais, Philippe de Dreux, en 1206. Cette date peut correspondre à l'achèvement, sinon de l'église entière, mais au moins de ce qu'il en reste, le massif occidental disparu pouvant dater du XIIIe siècle. En revanche, la datation de la sainte Chapelle est facilité par une inscription sur l'un de ses vitraux, qui précise que l'abbé Pierre de Wessencourt élu en 1295 est le fondateur de cette chapelle, et qu'il choisit comme lieu de sépulture le vestibule de cette même chapelle, servant de passage vers l'abbatiale. Pierre de Wessencourt meurt en 1272, et il est effectivement enterré dans le passage[4],[5].

Pendant la guerre de Cent Ans, apparemment entre 1380 et 1390, le massif occidental et une grande partie de la nef sont détruits. Cet événement pourtant marquant n'a pas laissé de traces concrètes dans les archives, mais la façade occidentale avec ses deux tours, les voûtes des six premières travées de la nef et les voûtes des tribunes de la nef n'ont jamais été reconstruites. Quant au mur méridional du bas-côté sud, il présente des fenêtres caractéristiques de la fin du XIVe siècle, et sept voûtes du bas-côté sont refaites à la même époque. Or, une cloison provisoire tient toujours lieu de façade, et le mur actuel n'est bâti qu'au début du XVIe siècle. C'est une période pendant laquelle quelques réparations et de petits remaniements ont lieu, avec notamment l'édification d'arc-boutants entre les deux dernières travées de la nef qui ont gardé leur voûte, et à l'ouest du transept. Mais le XVIe siècle est aussi l'époque pendant laquelle s'écroule la flèche dressée au-dessus de la croisée du transept. Une réparation et remise en état global sont seulement entreprises sous les mauristes à partir de 1697 et jusqu'en 1754. Un portail est aménagé dans le mur occidental en 1739 ; le clocher en charpente de 60 m de hauteur au-dessus du carré du transept est refait à neuf vers 1740 ; les arcs-boutants internes du chevet sont consolidés ; les voûtes des tribunes du chœur sont réparées ; et en 1754, une fausse voûte en charpente plâtrée est jetée sur les six premières travées qui avaient perdu leurs voûtes au XIVe siècle[6],[7].

Préservation et restauration

La disparition des édifices attenant à l'église pendant la période révolutionnaire fragilisent le côté nord, à tel point qu'il est nécessaire de reconstruire le bras nord du transept et le bas-côté nord en 1808[réf. nécessaire].

L'abbatiale et la sainte-chapelle sont toutes les deux classées monuments historiques très tôt par liste de 1840[1], et se retrouvent ainsi parmi les treize tout premiers monuments historiques du département de l'Oise. Un premier état des lieux est dressé en 1843 par l'architecte Émile Boeswillwald, dont le rapport recommande la démolition de l'abbatiale et la seule conservation de la sainte-chapelle. Sans surprise, le rapport suscite une vague de protestations. Une seconde expertise est commandée à Gourlier, dont les conclusions sont en totale opposition avec celles de Bœswilwald. Malgré tout, Bœswilwald est chargé de la restauration de la chapelle, alors que seulement des menus travaux sont exécutés dans l'église à partir de 1873. Après la Première Guerre mondiale, des mesures de sauvegarde sont enfin envisagées et confiées à l'architecte en chef des monuments historiques H. Chaine. Ces travaux s'échelonnent sur la période de 1920 à 1938 environ et ne sont que ponctuels. Concrètement, ils portent sur la reprise de la façade occidentale ; le rétablissement de chaînages au-dessus des pignons des bas-côtés en 1922 ; la réfection des toitures de l'ensemble du transept et de la nef en 1924 et 1926 ; la restauration du parement et des contreforts au nord de la nef et à l'est du croisillon sud ; et la reprise des piédroits des fenêtres hautes du chœur en 1937. Après la Seconde Guerre mondiale, la restauration s'est limitée à l'enlèvement des badigeons dans le déambulatoire et dans le bas-côté nord, et à la réouverture des baies de la galerie dans la dernière travée de la nef. Globalement, ces restaurations du XXe siècle ont respecté la substance de l'édifice et n'ont apporté aucune modification radicale. Dans la sainte-chapelle par contre, les vestiges de polychromie à l'intérieur ont été victimes de l'intervention de Bœswilwald, et à l'extérieur, les gâbles au-dessus des fenêtres et les pinacles ont été reconstitués de toutes pièces en sacrifiant la substance d'origine[8].

Mairie - ancien grenier.
Enceinte avec tour.

Les différents autres vestiges de l'abbaye sont inscrits par arrêté du 5 avril 1930, puis cet arrêté est annulé et remplacé par un nouvel arrêté en date du 27 juin 1983[2]. L'inscription porte concrètement sur :

  • les façades et toitures du bâtiment d'entrée avec son passage voûté et de la porterie ;
  • l'ancienne infirmerie de l'abbaye, avec son escalier et son trumeau avec cheminée) ;
  • l'ancien dortoir des moines ;
  • les vestiges du cloître et de la salle capitulaire ;
  • le logis abbatial, ainsi que les boiseries provenant du logis abbatial et remontées dans les grand et petit salons et la salle à manger du bâtiment du XIXe siècle dit le Château ;
  • la tour dite Tour Guerrière et deux autres tours de l'enceinte ;
  • le colombier ;
  • l'ancien grenier de l'abbé (actuellement mairie) ;
  • les parties subsistantes du mur d'enceinte ;
  • le sol des anciens bâtiments conventuels et du cloître, y compris son aire et les cours, avec les vestiges archéologiques qu’ils peuvent renfermer ;
  • les sols de l'ancien jardin de l'abbé et de l'ancien jardin des moines ;
  • l'étang des moines ;
  • les façades et toitures des bâtiments de la ferme actuelle remontant au XIXe siècle ;
  • l'escalier également du XIXe siècle du bâtiment dit le château et l'allée de tilleuls[2].

Description de l'abbatiale

Aperçu général

Plan de l'abbatiale.

Orientée irrégulièrement sud-ouest - nord-est, l'abbatiale suit un plan cruciforme parfaitement symétrique. Elle se compose d'une nef de huit travées barlongues accompagnée de deux bas-côtés étroits ; d'un transept largement saillant dont chaque croisillon se compose de deux travées, celle de l'extrémité plus développée ; d'un chœur d'une travée droite suivi d'une abside en hémicycle ; de deux collatéraux flanquant la travée droite du chœur ; d'un déambulatoire ; et d'initialement cinq chapelles rayonnantes. Celle de l'axe a été remplacée par le passage reliant la saint-chapelle à l'église, et celle du nord a disparu à une date indéterminée. La largeur du vaisseau central reste identique sur toute sa longueur, et il en va de même des bas-côtés, des premières travées des croisillons et des collatéraux du chœur. Ces vaisseaux secondaires sont moitié moins larges que le vaisseau central. Les travées des bas-côtés et collatéraux sont à peu près carrées. C'est également le cas de la croisée du transept, qui équivaut à deux travées de la nef ou à quatre travées des bas-côtés. Comme les deux travées des extrémités des croisillons, la première travée de la nef est plus profonde. Ainsi, les proportions des différentes parties de l'église suivent un schéma bien simple[9].

L'abbatiale est de dimensions généreuses : elle mesure 63,75 m de longueur, plus de 19 m voire 27,50 m de large au niveau du transept, et plus de 19 m de haut sous les voûtes du vaisseau central. En incluant la sainte-chapelle, l'ensemble des deux édifices atteint une longueur totale de 99 m[10]. Les deux tours du massif occidental n'ont jamais été reconstruites après leur destruction, et le clocher central s'étant dressé sur la croisée du transept a été remplacé par un clocher en charpente à la période classique. La façade occidentale et le mur méridional de la nef ne sont plus d'origine, et le croisillon nord a également subi des remaniements. Sinon, le plan de l'église, sa structure et son élévation n'ont pas évolué depuis le début du XIIIe siècle. Seulement les arc-boutants de la nef et du transept et quelques baies à réseau flamboyant côté nord-est ne sont pas authentiques, et les six premières voûtes de la nef ont été refaites en bois. L'élévation intérieure porte sur quatre étages dans l'ensemble de l'édifice, ce qui est assez exceptionnel, tout comme par ailleurs le respect d'une même conception architecturale tout au long de la construction, qui a dû s'échelonner sur une période de 70 ans, pendant laquelle bien d'évolutions stylistiques se sont produites. Le premier niveau est celui des grandes arcades faisant communiquer le vaisseau central avec les bas-côtés et le déambulatoire ; le premier étage est celui des galeries ; le second étage comporte des ouvertures sur les combles des galeries ; et le troisième étage est celui des fenêtres hautes. Une particularité de Saint-Germer sont en effet les larges galeries voûtées courant tout autour au niveau du premier étage, avec un éclairage direct par l'extérieur. Elles ne sont remplacés par un étroit triforium aux extrémités du transept, et sans doute au revers de la façade d'origine. Le chevet est toujours dépourvu d'arc-boutants, qui n'étaient pas encore connus à la période de sa construction[11].

L'élévation et l'agencement global de l'abside sont encore clairement d'inspiration romane. L'arc plein cintre règne sur presque toutes les fenêtres et arcs de décharge, y compris pour les galeries, ainsi que sur les doubleaux des galeries. Les hautes voûtes sur croisées d'ogives adoptent par contre le tiers-point pour les ogives, doubleaux et formerets. Dans les murs d'extrémité du transept, les arcs de décharge du rez-de-chaussée et les fenêtres hautes sont également en tiers-point. Ainsi, l'église est aujourd'hui considérée comme expression du style gothique primitif, et même comme l'une des premières expressions de ce style à l'époque de transition du roman vers le gothique. L'impression intérieure de l'édifice est fortement altérée par les badigeons anciens, qu'il n'est pas question de renouveler car non authentiques ; or, leur présence fait paraître les murs sales et tachés. Les badigeons n'ont été enlevés que dans le déambulatoire et le bas-côté nord. De même, la nef se présente encore comme au XIXe siècle avec les fenêtres des galeries bouchées ; en revanche, l'église a été largement préservée de restaurations maladroites ou trop radicales portant atteinte à sa substance[12].

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Intérieur

Déambulatoire et chapelles rayonnantes

Travée d'axe, vue vers l'ouest.
6e travée (sud-ouest), vue vers le nord-est.
Arcade à bâtons brisés et chapiteaux.

Le déambulatoire se compose de deux travées rectangulaires au nord et au sud, et de cinq travées de plan trapézoïdal. Celles-ci sont délimitées intérieurement par les grandes arcades qui entourent le rond-point de l'abside, et extérieurement, par les arc-doubleaux ouvrant sur les chapelles rayonnantes et le vestibule de la chapelle de la Vierge. Tant les grandes arcades que les arc-doubleaux sont à deux rangs de claveaux, et le rouleau supérieur prend la forme d'un tore de chaque côté. Sur les grandes arcades, le rouleau inférieur est un gros boudin agrémenté de bâtons brisés, comme à Chars. Ailleurs dans le département, les grandes arcades à bâtons brisés n'existent guère qu'à Bury, Foulangues et Saint-Vaast-lès-Mello, et les apparitions sur les ogives ne sont pas plus fréquentes : dans la région, ce type d'ornement est surtout répandu sur les portails de la période 1130-1150, dont celui du croisillon sud de Saint-Germer. (Il est à signaler que l'arcade sud du rond-point de l'abside a été reconstruite de manière simplifiée, sans mouluration aucune, et avec une largeur réduite, à la suite de l'effondrement de la tour de croisée[13].) Sur les arc-doubleaux vers les chapelles, mais également sur les arcades établissant la communication avec le transept, le rouleau inférieur arbore un gros tore en profil d'amande entre deux petits tores. Cette mouluration atypique se poursuit sur les doubleaux séparant les sept travées du déambulatoire. On y trouve trois tores du même gabarit. Si les doubleaux sont donc assez lourds, les ogives, en forme de tore unique, paraissent extrêmement fines. Leur profil en amande répond aux arc-doubleaux extérieurs. Quant aux clés de voûte, elles se dispensent de toute décoration : les nervures s'y croisent simplement[14],[15],[16],[17].

Les chapelles rayonnantes sont au nombre de trois actuellement. La chapelle d'axe a cédé la place au vestibule de la chapelle de la Vierge, et la chapelle au nord du rond-point de l'abside a été démolie à une date indéterminée, avant la réforme mauriste[13]. Le mur qui ferme le doubleau laisse encore apercevoir le rouleau inférieur de celui-ci, ainsi que le rouleau supérieur intérieur proche des tailloirs des chapiteaux. L'existence de simples formerets le long des travées rectangulaires au nord et au sud, et d'une tourelle d'escalier devant la travée du sud, donne à penser que ces deux travées n'ont jamais été flanquées de chapelles. Les fenêtres des trois travées sans chapelles sont en plein cintre, et dépourvues de toute ornementation, sauf à l'extérieur de l'église. Pour venir à la description des trois chapelles, elles sont peu profondes, et se composent de deux murs biais assez étroits ; d'un mur de fond deux fois plus large ; les trois percées de baies en plein cintre tout à fait frustes, dont celle du fond deux fois plus large que les autres ; et d'une voûte d'ogives tripartite, dont la clé de voûte jouxte la clé d'arc du doubleau vers le déambulatoire. Les clés de voûte des deux chapelles orientales sont remarquables, mais les détails de leur sculpture s'effacent sous les couches successives de badigeons. Un orifice central est entouré d'un rang de petits cercles piqués au trépan, et d'une petite couronne de feuillages, qui elle-même est flanquée de cinq mascarons, à savoir deux grands qui se superposent aux ogives, et trois petits qui se superposent à l'arc-doubleau. Ces clés de voûte sont d'inspiration romane, et dans le même ordre d'idées, les formerets des chapelles sont encore en plein cintre, alors que l'arc brisé règne sur les arcades et doubleaux du déambulatoire. Mais le fait que les formerets adoptent une mouluration torique au lieu de se présenter comme un rang de claveaux à l'arête taillée chanfreinée, traduit cependant l'ultime phase de l'architecture romane[14],[15],[16],[17].

Les supports des voûtes et des arcades et doubleaux sont des piliers cantonnées de colonnes engagées et de fines colonnettes logées dans les angles rentrants. Les colonnes engagées sont réservées aux rouleaux inférieurs des arcades et doubleaux. Les colonnettes sont dédiées, selon les cas, aux rouleaux supérieurs, aux formerets et aux ogives. Quant la place le permet, ce qui est le cas vers l'extérieur du hémicycle et dans les chapelles rayonnantes, leur nombre est équivalent au nombre des éléments à supporter. Entre deux chapelles, deux colonnettes s'insèrent ainsi entre deux colonnes engagées. L'une est dédiée au rouleau supérieur d'un arc-doubleau, et l'autre, à une ogive. De part et autre du mur de fond des chapelles, les colonnettes sont au nombre de trois. Ici, les colonnettes des formerets sont de diamètre moindre que la colonnette médiane. Par manque de place, l'architecte a retenu le même diamètre réduit pour les colonnettes à l'intérieur de l'hémicycle. Il en résulte l'occurrence de deux diamètres différents pour des colonnettes de la même fonction. Afin de ne pas obstruer les arcades vers le rond-point de l'abside, le maître d'œuvre s'est également vu contraint de supprimer les colonnettes des ogives. Celles-ci sont ainsi reçues sur des culs-de-lampe. Certains prennent la forme inhabituelle d'une feuille bipartite, lestée d'un tore à sa bordure supérieure. Les autres culs-de-lampe sont des têtes grimaçantes. Le manque de place n'affectant pas les deux travées droites du déambulatoire, la composition réduite des piliers ne concerne pas ceux vers le transept. Restent encore à évoquer les tailloirs, les chapiteaux et les bases. Les tailloirs accusent une plate-bande, un filet, un cavet et une baguette. Ils sont disposés orthogonalement, sauf les tailloirs des ogives vers l'extérieur du hémicycle, qui sont placés à 45° conformément à l'usage à la première période gothique. La sculpture des chapiteaux est marquée par une certaine monotonie, car elle fait appel exclusivement aux volutes d'angle et aux feuilles d'eau disposées en un ou deux rangs. La variété des chapiteaux résulte, pour l'essentiel, de l'habileté des différents sculpteur qui étaient à l'œuvre, ou autrement dit, du degré de la stylisation. Ainsi, certaines volutes sont abstraites, tandis que d'autres sont formées par des petites feuilles enroulées, et certaines feuilles sont plates ou sans relief, tandis que d'autres collent de plus près aux modèles fournis par la nature. Quant aux bases, elles arborent un tore, une scotie et un boudin aplati flanqué de griffes d'angle végétales d'une facture simple, et reposent sur des socles à ressauts biseautés[14],[15],[16],[17].

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Chœur

Vue vers l'est.
Vue vers le nord-est.
Vue vers le nord.
Baie de la tribune au nord-est de l'abside.
Grande arcade du nord.

Composé d'un travée droite et du rond-point de l'abside, le chœur se distingue par son caractère élancé. Il cumule effectivement à une hauteur de 19,20 m sous le sommet des voûtes, et le maître d'œuvre a choisi de mettre en exergue la verticalité en faisant retomber jusqu'au sol les faisceaux de trois colonnettes disposés devant les piliers des grandes arcades, au lieu de les faire réceptionner par les tailloirs de ces dernières. Le bandeau mouluré à l'appui des fenêtres de la tribune et la corniche au niveau des chapiteaux du second ordre servent la même cause : en fournissant des repères aux yeux, ils permettent de mieux apprécier la distance et ainsi la hauteur. Dans le rond-point de l'abside, l'encombrement réduit des supports, déjà signalé dans le contexte du déambulatoire, contribue à une impression de légèreté. Si l'on regarde les élévations latérales, le contraste avec la lourdeur des piles de la croisée du transept est saisissant, même si elle est atténuée par la répartition de la charge des voûtes sur vingt-deux colonnettes (chiffre qui vaut pour les piles complètes à l'ouest de la croisée). En ce qui concerne le surhaussement des arcades du rond-point de l'abside, il contribue lui aussi au soulignement de la verticalité, mais plus que d'un procédé, il s'agit du résultat de la contrainte d'aligner les chapiteaux et les sommets de toutes les arcades du chœur sur un même niveau, alors que les arcades du rond-point sont naturellement plus étroites que celles de la travée droite. L'objectif de l'alignement des sommets des arcades sur un même niveau n'est par ailleurs pas tout à fait atteint : l'on note une assise de différence entre le rond-point de l'abside et la travée droite. Plus significatif est encore l'écart entre la hauteur des baies des galeries dans la travée droite et dans le rond-point de l'abside. Si ces maladresses ne sont pas perceptibles depuis la nef, un autre détail est d'un effet discutable : ce sont les bagues qui interceptent les faisceaux de trois colonnettes au niveau du bandeau ainsi qu'au niveau des tailloirs des baies des tribunes, mais pas au niveau des chapiteaux du second ordre. Ces deux niveaux de bagues sont très rapprochés et ne s'intègrent pas dans les rapports entre les proportions de l'édifice[18],[19],[20].

Si, au premier regard, l'élévation du rond-point semble se composer de cinq travées rigoureusement identiques, le décor puise néanmoins dans une certaine richesse du vocabulaire. Ses variations se manifestent sur cinq plans : la sculpture des chapiteaux et consoles ; les oculi au-dessus des baies de la tribune ; les cordons qui surmontent les arcs de décharge de ces baies ; la modénature et sculpture des ogives ; et l'ornementation des clés de voûte. Les bâtons brisés des grandes arcades constituent déjà une expression de la générosité du décor, à une époque où les arcades simplement agrémentées par des arêtes taillées en biseau sont encore fréquentes. Le maître d'œuvre respecte en même temps la sobriété qu'impose un lieu de vie monastique, et n'utilise pas tous les registres que la sculpture monumentale de l'époque lui offre. Ainsi, contrairement à certains édifices contemporains (Trie-Château, Saint-Denis, prieuré Saint-Martin-des-Champs, Notre-Dame-du-Fort d'Étampes, Château-Landon…), les griffes d'angle des bases sont simples et toutes analogues, et les tailloirs ne sont pas sculptés. Ils ne font appel qu'à deux profils différents : l'un pour les grandes arcades, le bandeau à l'appui des baies des galeries, les chapiteaux du second ordre et la corniche ; l'autre pour les baies de la tribune. Pour mémoire, le premier se compose d'une plate-bande, d'un filet, d'un cavet et d'une baguette ; quand au deuxième, il accuse un large filet, un mince filet, un tore et un cavet. Ce deuxième profil est également appliqué aux bagues qui cernent les faisceaux de trois colonnettes au niveau des tailloirs des baies de la tribune. Un troisième profil est réservé au bandeau à l'appui des baies de la galerie, qui forme également des bagues autour des faisceaux de trois colonnettes. Ce troisième profil présente un tore à l'emplacement du méplat du premier profil. Dans le contexte des tailloirs, il convient de regarder les corbeilles des chapiteaux. Elles sont à décor exclusivement végétal. Sur les chapiteaux des grandes arcades, l'on note beaucoup de feuilles d'eau relativement lisses, disposées dans un seul rang et formant parfois des volutes d'angle. Dans le déambulatoire, où ces chapiteaux sont également visibles, la sculpture paraît globalement plus aboutie. Dans le chœur, les compositions deviennent plus complexes sur les chapiteaux du second ordre. La superposition de plusieurs rangs de feuillages devient plus fréquente, et beaucoup de feuilles sont finement ciselées, et forment des palmettes, plus proches du modèle corinthien que ceux du déambulatoire. Ces chapiteaux sont proches de celles de l'abside de la cathédrale Notre-Dame de Senlis, qui sont par contre moins variés, et de celles de la cathédrale Saint-Étienne de Sens. Au vu des influences que Saint-Germer a dû exercer sur de nombreux édifices légèrement postérieurs, les chapiteaux de son chœur occupent une place particulière dans les débuts de la sculpture monumentale gothique[18],[19],[20],[21].

Le deuxième niveau d'élévation montre une disposition innovante. Saint-Germer est en effet le premier exemple d'un chevet à tribunes. Les baies du deuxième niveau ne s'ouvrent pas simplement sur les combles du déambulatoire, mais sur une véritable tribune. Large et entièrement bâtie en dur, elle reçoit directement le jour par des baies extérieures et est voutée d'arêtes (la plupart des voûtes d'origine a été refaite, en partie avec des ogives). Dans la première travée, les baies entre chœur et tribune se composent de trois ouvertures en plein cintre, dont celle du milieu dépasse en hauteur les deux autres grâce à de longues sections verticales au-dessus des tailloirs des chapiteaux. Jean Henriet y voit une influence normande. Dans le rond-point de l'abside, les baies consistent de deux ouvertures géminées en plein cintre, surmontées d'un oculus. (Dans la travée d'axe, la baie a été évidée afin de pouvoir exposer une statue de saint Germer, patron de l'abbaye et de l'église). Moulurées d'un filet, d'une gorge et d'un tore, les archivoltes des deux ouvertures reposent sur un total de quatre colonnettes à chapiteaux, dont celles du centre sont positionnées l'une derrière l'autre. Les colonnettes sont en délit, ce qui n'est le cas d'aucune des colonnettes du premier niveau. Au-dessus des colonnettes médianes, les oculi sont des quatre-feuilles (au nord et au sud-est) ou des cercles. Le quadrilobe au nord est entouré d'un rang de fleurs de violette excavées. L'oculus rond au nord-est bordé d'une frise de feuilles d'acanthe. Le quatre-feuilles au sud-est est complété de quatre orifices et ceint d'un tore décrivant un cercle. L'oculus rond au sud, enfin, est souligné par un rang de petits trous et entouré de bâtons brisés. Les arcs de décharge elles-mêmes ne sont pas moulurés et à arêtes vives. Elles sont surmontées d'un cordon de fleurs de violette excavées, souvent confondues avec les pointes-de-diamant ou les étoiles, ou sinon d'une frise de feuilles d'acanthe telle que sur la corniche extérieure de la tribune et du déambulatoire. L'intérieur de la tribune est assez sobre. Les arcs de décharge des baies vers le chœur, les formerets le long des murs extérieurs et les arc-doubleaux sont à arêtes vives et reçus sur des massifs de maçonnerie en plan de T moyennant des tailloirs d'un profil simple. Les voûtes d'arêtes se fondent dans les angles et sont dépourvues de supports. De nombreuses niches murales rectangulaires s'ouvrent dans les massifs, mais aussi dans les murs extérieurs à côté des fenêtres. L'architecture rappelle assez la crypte de Montmille. Si l'on ignore l'usage que fut fait des tribunes, elles consolident en tout cas le chevet de l'église, par leur structure mais aussi par les arc-boutants dissimulés dans les combles. Il s'agit de l'une des premières occurrences d'arc-boutants, avec Saint-Germain-des-Prés[18],[19],[20],[22].

Le troisième niveau d'élévation est constitué d'ouvertures rectangulaires aujourd'hui bouchées, destinées à l'aération des combles de la tribune. Saint-Germer est la première église où paraît cet étage, qui ne connaîtra qu'une diffusion très limité (église Saint-Sulpice de Chars, cathédrale Notre-Dame de Paris...). Environ deux fois plus hautes que larges, leur largeur semble être déterminée par l'espacement des faisceaux de colonnettes dans le rond-point, et représenter justement un tiers de cette distance. La bordure des baies rectangulaires est moulurée à l'instar des archivoltes des baies de la tribune. La bordure supérieure bute presque contre la corniche, et est flanquée immédiatement par deux des consoles qui la supportent. Ces consoles, qui sont au nombre de quatre au nord et au sud de la travée droite du chœur, et au nombre de deux dans le rond-point de l'abside, sont elles aussi moulurées ou sculptées. Plusieurs exemplaires, à l'est notamment, arborent une tête de monstre. Concernant le deuxième et le troisième niveau d'élévation, l'on peut encore noter que leur hauteur cumulée équivaut la hauteur du premier niveau d'élévation. Le quatrième niveau d'élévation ne représente, quant à lui, qu'un quart de la hauteur cumulée des trois premiers niveau (soit la moitié de la hauteur des grandes arcades). Il commence par la coursive formée par les tablettes de la corniche fortement saillante, et rendue opérationnelle par des passages pratiqués derrière la retombée des voûtes. Elle était destinée à faciliter l'entretien des verrières des fenêtres hautes. Comme déjà soulignée, la corniche est alignée sur les tailloirs des chapiteaux du second ordre, dont elle adopte le profil. Ainsi, les ogives et le doubleau intermédiaire du chœur semblent retomber sur la corniche. Les formerets sont réceptionnés sur des colonnettes à chapiteau reposant elles aussi sur la corniche. Elles ne sont pas plaquées contre le mur de fond, mais positionnés au-dessus de la corniche, de sorte que des voûtes en berceau brisé peu profondes soient formées derrière les formerets[18],[19],[20],[23].

C'est déjà tout ce que l'on peut dire du quatrième niveau d'élévation, car ses fenêtres, en plein cintre, sont tout aussi sobres que celles du déambulatoire. Un grand soin a en revanche été apportée à la décoration des voûtes. Si le doubleau intermédiaire est de facture conventionnelle, et accuse un méplat entre deux tores, les ogives de la première travée arborent un rang de fleurs de violette dans la gorge entre les deux tores qui constituent sa mouluration. Dans les angles nord-est et sud-est de la travée droite, les ogives prennent appui sur une tête de bœuf et un homme accroupi. Dans le rond-point de l'abside, les quatre ogives sont entièrement recouvertes d'un décor sculpté autrement plus extravagant, différent pour chacune d'entre elles. Il s'agit de deux tores en ligne brisée superposées, enfermant des boutons de fleurs ; de deux tores en ligne brisé zigzaguant autour des disques et demi-disques représentant des croix celtiques en bas-relief ; d'un entrelacs de rubans et de cercles perforés de trous ; et d'un tore en ligne brisé contournant des feuilles disposés tantôt dans l'un, tantôt dans l'autre sens. Les bouts des ogives sont avalés par des têtes de félins. Que les ogives soient sculptées est tout à fait exceptionnel dans la région. À la croisée du transept de Catenoy, la gorge des ogives affiche ainsi des boutons de fleurs. Dans la troisième travée de la nef d'Acy-en-Multien, se détachent des bâtons brisés, et dans la première travée du chœur de Béthisy-Saint-Martin, les ogives sont agrémentées de dents de scie excavées. Des petits motifs apparaissent aussi sur les ogives du bas-côté nord de Chars. En l'occurrence, les motifs suggèrent un rapprochement avec les archivoltes du portail, des baies et des grandes arcades de Boscherville. La clé de voûte de la travée droite affiche une couronne de feuillages caractéristique de la première période gothique. La grande demi-clé de voûte est en revanche d'une inventivité exceptionnelle. Polychrome, elle met en scène une couronne assemblée de motifs géométriques ; des mascarons au sommet des ogives ; et deux groupes de deux basilics affrontés, entre les ogives. Leurs corps, leurs queues et leurs pattes dessinent des grandes et des petites volutes pourvues de différentes textures. S'y ajoute un crucifix dans la travée d'axe. Des clés sculptées remarquables existent aussi à Chars et à Notre-Dame-du-Fort d'Étampes. Le type de sculpture impose cependant un rapprochement avec le croisillon nord de Saint-Étienne de Beauvais et avec le narthex de Trie-Château[18],[19],[20],[23]. Le filet de protection suspendu au niveau de la corniche empêchent aujourd'hui le visiteur d'apprécier les détails de ce décor original.

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Transept

Croisée, vue vers l'est.
Croisée, vue vers le nord.
Croisillon sud, mur d'extrémité.

Le transept provient de la même campagne de construction que le chœur et affiche le même style, sans qu'il soit totalement analogue dans la mesure que la différence de plan le permette. Mais avant de procéder à sa description, il convient d'insister sur les principaux remaniements que le transept a connu au fil de l'histoire. Tout d'abord, la grande tour de croisée a disparu, sûrement dès le XIVe siècle. Le maître d'œuvre n'aurait certainement pas prévu des piles aussi fortes pour le clocher en charpente que l'on voit actuellement. Ensuite, la grande baie au sud a été agrandie à l'époque de la construction de la chapelle de la Vierge, au XIIIe siècle, comme le montre encore la fine archivolte torique munie de chapiteaux qui orne l'ébrasement, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Le remplage lui-même, qui se résume à trois lancettes d'un profil chanfreiné rudimentaire, a dû perdre son réseau secondaire, ou a été refait de manière simplifié. Également du XIIIe siècle datait une fenêtre à remplage rayonnant à l'est du croisillon sud, qui a été bouchée au plus tard lors de l'installation de la Mise au tombeau vers la fin du XVIe siècle ou le début du XVIIe siècle. La fenêtre haute à l'ouest du croisillon nord fut également bouchée. En raison des désordres de structure consécutives à la démolition du bâtiment conventuel qui y faisait suite au nord, la deuxième travée du croisillon nord a été en grande partie reconstruite vers 1807. Si la voûte a été refaite conformément à l'original, le triforium et la fenêtres haute côté ouest furent omis. Au niveau du rez-de-chaussée, la travée accueille la sacristie derrière une cloison de bois apparemment contemporaine des stalles de 1722. De cette façon, le croisillon nord peut être négligé dans l'étude architecturale[24],[25],[26],[27].

La croisée du transept est définie par les quatre piles fasciculées qui la délimitent, ainsi que par sa voûte. Les piles paraissent beaucoup moins encombrantes qu'elles ne le sont en réalité. Leur envergure atteint presque la moitié de l'ouverture des doubleaux vers les croisillons, mais la multiplication des colonnettes a permis de leur attribuer un diamètre raisonnable, et de dégager ainsi l'impression d'une relative légèreté. L'agencement des supports est intéressant. L'on relève trois diamètres de colonnettes. Le plus fort diamètre est réservé aux quatre colonnes engagées qui correspondent au rouleau inférieur des doubleaux et aux arcades vers les bas-côtés de la nef. Le diamètre médian est appliqué aux douze colonnettes du deuxième rouleau des doubleaux et arcades. Le plus petit diamètre correspond au rouleau supérieur de ces derniers. Ce troisième rouleau n'existant pas dans les bas-côtés, on n'y trouve pas ces colonnettes les plus fines, et obtient le nombre de six colonnettes de ce type pour les piles nord-ouest et sud-ouest de la croisée, soit vingt-deux fûts au total. Contrairement à leur fonction, les colonnettes les plus minces sont accolées aux colonnettes des ogives. Au niveau des tailloirs, la distinction entre les fonctions devient en revanche nette : seuls les tailloirs des ogives sont disposés à 45°. Tous les tailloirs sont du reste carrés, et accusent le profil déjà observé dans le chœur. La voûte de la croisée est, quant à elle, analogue à la travée droite du chœur. Seulement la clé est différente, car son centre est percée d'un trou de 90 cm de diamètre, qui servait à passer les cordes des cloches. Dans ce contexte, on peut déjà anticiper sur les voûtes des croisillons, qui sont elles aussi du même type que dans la travée droite du chœur, avec des différences uniquement sur les proportions et les clés de voûte. Celles de la deuxième travée du sud et de la première travée du nord sont armoriées, ce qui est l'exception avant la période gothique flamboyante[24],[25],[26],[27].

L'élévation des murs latéraux des croisillons reprend la disposition des travées du rond-point de l'abside, sauf que les ouvertures rectangulaires au deuxième étage font défaut. Les murs sont nus à leur place. Au rez-de-chaussée, les arcades des travées d'extrémité ne correspondent pas à des collatéraux ou absidioles disparus. Elles ouvrent sur d'anciennes niches d'autel comprises dans la profondeur des murs, qui est de 1,55 m au niveau du rez-de-chaussée. Le décor en bâtons brisé de l'intrados cède la place à des tores. Aucune des niches n'est demeurée intacte : celle du nord a disparu avec la reconstruction du croisillon, et celle du sud avec la création de la baie rayonnante. Il n'y a jamais eu d'ouverture du côté sud : les deux arcs de décharge visisble depuis l'extérieur ne sont pas d'anciennes arcades, et servent à alléger la structure, eu égard l'épaisseur exceptionnel du mur. Celle-ci se réduit dès le deuxième niveau d'élévation, où l'on trouve un triforium, avec donc un passage entre deux murs plus minces. Les baies du triforium sont analogues à celles des tribunes du rond-point de l'abside. Cependant, les oculi ne sont pas décorés, et le bandeau surmontant l'arc de décharge n'est pas sculpté, mais seulement doublement chanfreiné, procédé courant pour le côté extérieur des baies notamment, et employé dans ce sens à Saint-Germer également. Entre les deux baies, une colonne engagée retombe depuis la coursière en encorbellement du dernier niveau d'élévation, et bute sur un cul-de-lampe sculpté d'une tête de monstre au moment d'atteindre le rez-de-chaussée. La colonne ne répond à aucune retombée de voûtes : sa vocation est d'assurer le même rythme des murs partout dans l'église, pour des raisons esthétiques. Par ailleurs, le triforium dispose d'un rétroéclairage par des baies en plein cintre, ce qui est une innovation à l'époque de construction. On la trouve aussi à Chars et Saint-Leu-d'Esserent. Ce sont là des ancêtres du triforium ajouré, comme il apparaît à Bury et Taverny[24],[25],[26],[27].

Le triforium se poursuit sur les élévations latérales, et ici, l'on retrouve la décoration déjà rencontrée dans le chœur. Manque toutefois la bague autour des colonnettes au niveau des tailloirs des baies du triforium (bien présente au sud). Dans la première travée, il ne s'agit pas d'un triforium proprement dit, mais de galeries ouvertes sur les combles des bas-côtés de la nef, elles-mêmes issues de la destruction partielle d'anciennes tribunes voûtées. Jean Henriet souligne que l'usage en Normandie à l'époque romane aurait voulu que le transept dispose de galeries tout autour. Quant au dernier niveau d'élévation, il n'appelle guère de remarques, si ce n'est le niveau plus bas de la coursière de l'extrémité sud. Les voûtes des croisillons sont en effet beaucoup plus larges que profondes, et cette différence n'a pas été compensée par un tracé surhaussé des formerets latéraux, contrairement à la logique appliquée aux grandes arcades du chœur. Afin de permettre néanmoins l'intercommunication entre les coursières latérales et celle du fond, l'on a installée cinq marches d'escalier à chaque extrémité de la coursière du sud. Cette solution est quelque peu disgracieuse, et aurait pu être évitée en plaçant les escaliers dans les tourelles d'angle. Mais comme le souligne Jean Henriet, ces tourelles ont une vocation purement décorative, et ne contiennent aucun escalier. L'accès aux différents niveaux s'effectue uniquement depuis les angles de la croisée du transept[24],[25],[26],[27].

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Nef et bas-côtés

Nef, vue vers l'est.
Nef, vue vers l'est.
Nef, 8e travée, côté nord.

La nef et les bas-côtés ont été bâtis en dernier lieu. Les trois dernières travées appartiennent à la campagne de construction des parties orientales, et ressemblent beaucoup au chœur. Même les chapiteaux répondent à la même structure et la même disposition, sauf une série au revers des grosses piles en direction des bas-côtés, dont la sculpture est plus fruste. Dans les travées manquantes, l'ordonnancement des élévations répond toujours aux mêmes règles. Cependant, les chapiteaux adoptent un style plus avancé souvent résolument gothique, et un grand nombre affichent les crochets caractéristiques du dernier quart du XIIe siècle. Cependant, une minorité des chapiteaux dénote toujours une influence romane, et ceci même sur l'arcade bouchée à l'ouest du bas-côté nord, où l'on voit un personnage ailé du côté sud (c'est le seul chapiteau à décor non végétal de l'abbatiale). L'interruption du chantier qui a indéniablement dû avoir lieu entre les deux campagnes semble correspondre à l'abbatiat de Hildegaire II (1167-1172). Cet abbé dilapida la fortune de l'abbaye, et son élection fut dénoncée comme non canoniale[28].

Tout comme pour le transept, il convient de signaler les dispositions qui résultent de modifications ultérieures. Il s'agit notamment des voûtes des six premières travées, qui sont en bois, et furent installées sous les Mauristes au XVIIIe siècle pour remplacer celles d'origine, qui s'étaient effondrées, probablement dès le XIVe siècle. Le mur occidental n'est pas non plus celui d'origine. Il ferme la nef depuis la destruction du massif occidental, avec ses deux tours de façade, vers 1380 / 1390. Ensuite, l'ensemble des voûtes d'arêtes des tribunes a disparu, et les baies des tribunes sont bouchées pour lutter contre les courants d'air (sauf au nord de la dernière travée). Enfin, le bas-côté sud a été rebâti entièrement de la deuxième jusqu'à la cinquième travée, et les voûtes de la première, de la sixième et de la huitième travée ont été refaites en même temps. Ce chantier de grand ampleur a dû intervenir sans doute dès le XIVe siècle ou sinon au début du XVe siècle, comme le suggère le style rayonnant tardif des chapiteaux eux aussi en partie remplacés. Sont concernés ceux au sud du deuxième, du troisième et du quatrième doubleau, ainsi que trois chapiteaux qui leur font face au nord. La reconstruction au milieu d'une période trouble ne fut point hâtive, comme le souligne le décor des fenêtres, amorties par un trilobe et entourées d'un tore muni de petits chapiteaux au niveau des impostes. Mais les moyens ou les circonstances ne permirent pas de refaire les hautes-voûtes des six premières travées de la nef. On peut voir un lien entre la perte de celles-ci, et celle des tribunes et d'une partie du bas-côté sud. Les voûtes insuffisamment contrebutés poussent en effet les murs latéraux vers l'extérieur, avant de se désagréger et de s'écrouler. Les dégâts infligés à l'église par la guerre de Cent Ans n'ayant pas laissé de trace écrite, on peut seulement conjecturer sur la part de responsabilité des défauts de construction et des actes de guerre dans les désastres que connurent la nef et les bas-côtés au XIVe siècle[29],[30],[31].

Avec une longueur intérieure de près de quarante mètres et une hauteur de 19,55 m sous le sommet des voûtes, soit 35 cm de plus que dans le chœur, la nef de Saint-Germer est un édifice impressionnant. Les bas-côtés sont d'allure beaucoup plus modeste, ce qui est surtout imputable aux proportions entre les diamètre des piliers et l'ouverture des doubleaux. La hauteur, qui se chiffre à 8,60 m, n'est pas beaucoup dépassée par le vaisseau central de nombre de petites églises rurales. L'homogénéité avec les parties orientales constitue, selon Philippe Bonnet-Laborderie, un des éléments importants de sa beauté. Cette unicité de style, relativisée seulement par les modifications exposées ci-dessus, est exceptionnelle pour une grande église construite pendant plusieurs générations. Les quelques différences avec le chœur ne constituent pas de véritables changements de parti, mais suivent la logique de construction esquissée dès le départ[29],[30],[31],[32].

Ainsi, les bases des sixièmes et septième piliers sont portées 1,55 m plus haut pour tenir compte de la présence de stalles dans les deux dernières travées de la nef. Ensuite, les grandes arcades ne présentent pas de bâtons brisés, mais ce n'est pas non plus le cas des arcades faisant communiquer le déambulatoire avec les bas-côtés. Le remplacement du gros boudin dans l'intrados par un méplat entre deux tores dégagés sous la deuxième campagne de construction, curieusement du côté sud uniquement, est imputable à l'évolution stylistique. La retombée des hautes-voûtes sur des faisceaux de cinq, et non de trois colonnettes, s'inscrit dans la règle de l'équivalence entre le nombre de supports et le nombre d'éléments à supporter déjà appliquée aux supports extérieurs du déambulatoire et au transept : une colonnette pour le doubleau (à simple rouleau), deux pour les ogives et deux pour les formerets. La réduction à trois colonnettes dans le chœur est uniquement possible grâce à la limitation du nombre des travées à deux, et s'explique par la volonté d'assimiler les supports de l'unique doubleau à ceux des ogives dans le rond-point de l'abside, tout comme la réduction du nombre des colonnettes dans les grandes arcades de l'abside est motivée par des contraintes de place. Puis, les oculi des baies de tribunes sont dépourvus de décor, mais c'est également le cas au sud du croisillon sud, et puisqu'une seule baie demeure intacte, le constat formulé par Bonnet-Laborderie est à relativiser. (Les oculi des autres baies seraient à examiner depuis les combles des bas-côtés). Enfin, les gorges des ogives des deux voûtes en pierre conservées ne sont pas garnies de fleurs de violette, sauf proche des tailloirs. Soit le décor a disparu lors d'une restauration ancienne, quand la polychromie architecturale fut renouvelée, soit l'on y a renoncé en raison de l'hiérarchisation habituelle entre sanctuaire et nef[29],[30],[31],[33].

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Extérieur

Introduction

Parties orientales, vue depuis le sud-est.

Les élévations extérieures sont, pour l'essentiel, le reflet de l'agencement intérieur et des contraintes techniques, mais bénéficient néanmoins d'un apport décoratif bien étudié, avec des corniches sculptées, des bandeaux sculptés ou moulurés surmontant les fenêtres, le portail à l'ouest du croisillon sud, et même des tourelles d'escalier factices aux extrémités de ce même croisillon. Les murs sont réalisés en pierres de moyen appareil, avec des assises de différente hauteur mais néanmoins des joints très minces et une belle lisseur des surfaces. Dans un pays de craie, les pierres ont dû être acheminées depuis une carrière éloignée, ce qui souligne les moyens importants mobilisés pour l'édification de l'abbatiale. Par la juxtaposition de volumes d'une certaine variété, par leurs proportions harmonieuses et par le traitement particulier des différents niveaux d'élévation, les parties orientales paraissent particulièrement séduisantes. La nef et les bas-côtés affichent en revanche ouvertement leur passé tourmenté, et l'architecte a renoncé à tout élément de scansion entre les deux premiers niveaux d'élévation, et n'a rien entrepris pour diversifier les formes et volumes. Concernant la façade occidentale, elle doit être considérée comme ce qu'elle est, un mur-écran qui ferme la nef après l'effondrement du massif occidental au XIVe siècle, embelli par un nouveau portail en 1739.

Pour la compréhension du chevet et de la nef avec ses bas-côtés, il est utile de rappeler que ces parties de l'abbatiale disposent de quatre niveaux d'élévation à l'intérieur. Ce sont le premier et le dernier niveau, soit les fenêtres des chapelles rayonnantes et des bas-côtés, qui sont dominants à l'extérieur, et le deuxième niveau est également mis en valeur sur le chevet. Il correspond aux tribunes, qui se dévoilent ici avec toute leur ampleur, difficile à deviner depuis le sol du sanctuaire. Au-dessus des bas-côtés de la nef, l'étage des tribunes est aujourd'hui disparate et en partie aveugle, ce qui est imputable à la guerre de Cent Ans. Quant au troisième niveau d'élévation, celui des baies rectangulaires jadis ouvertes sur les combles des tribunes, il se traduit à l'extérieur par les toitures de celles-ci, et est donc invisible comme tel. Mais il n'en est pas moins important pour autant en raison des arc-boutants internes qui'il abrite, s'ajoutant à ceux intégrés dans l'étage des tribunes. Ce système de contrebutement s'est avéré suffisant pour le rond-point de l'abside, qui est uniquement conforté par des contreforts-colonnes au niveau des fenêtres hautes, comme à la nef de Saint-Étienne de Beauvais. Il s'est révélé insuffisant pour le transept et la nef, ce qui a sans doute contribué à l'effondrement des voûtes des six premières travées, et motivées la construction d'arc-boutants au niveau des extrémités du transept et des deux dernières travées de la nef, au début du XVIe siècle, sous l'abbé Guy de Villiers de L'Isle-Adam[34].

Chevet

Rond-point de l'abside et déambulatoire, vue depuis le sud-est.

Visible uniquement pour moitié, le chevet se distingue par son plan arrondi quel que soit le niveau d'élévation, y compris les toitures, qui sont semi-coniques au-dessus du rond-point de l'abside et des deux chapelles rayonnantes du sud et du sud-est. L'harmonie est parfaite avec les baies en plein cintre, qui furent encore longtemps employées au XIIe siècle, bien après l'instauration de l'arc brisé pour les arcades, voûtes et portails, pour des raisons esthétiques. Dans l'angle entre le rond-point de l'abside et le croisillon sud, le quart-de-rond faisant saillie indique la présence d'une cage d'escalier à l'intérieur. Elle dessert les tribunes du croisillon sud, ainsi que la coursière de celui-ci et du chœur, tandis que la tourelle d'escalier hors-œuvre devant la première travée du déambulatoire, coiffée d'un casque sphérique, dessert les tribunes et les combles du chœur. Faisant partie du plan initial, la présence de cette tourelle explique l'absence de chapelle rayonnante devant la première travée du déambulatoire. La scansion verticale est sinon apportée par des contreforts-colonnes typiquement romanes entre les travées de l'étage des fenêtres hautes ; par de puissants contreforts à ressauts entre les chapelles rayonnantes, caractéristiques de la première période gothique ; et par de minces contreforts à ressauts de part et autre de la baie d'axe des chapelles. La scansion horizontale s'échelonne sur cinq registres, à savoir des corniches en haut des trois étages de fenêtres, et des bandeaux moulurés à l'appui des fenêtres hautes et des baies des tribunes. Prenant la forme d'un quart-de-rond et d'un tore, ils marquent en même temps la limite supérieure des toitures des tribunes et des chapelles. Comme particularité, le tore passe autour des contreforts, au lieu de s'interrompre[29],[27],[35].

La corniche de l'étage de fenêtres hautes mérite une attention particulière. Dérivée de la corniche beauvaisine, dont elle constitue une complication, elle retombe sur des modillons tous identiques, sculptés de trois billettes chacun. Comme sur la corniche beauvaisine, les intervalles au-dessus des modillons sont occupés par deux minuscules arcatures en plein cintre, surmontées d'un hémicycle plus grand. S'y ajoutent deux séries d'hémicycles encore plus grands, qui enjambent à chaque fois un modillon, et s'enlacent au milieu de chaque segment. La première série d'hémicycles est lisse ; la deuxième est percée de trous carrés séparés par des baguettes verticales, élément de décor fréquemment utilisé pour les bases de colonnettes et les archivoltes. Cette corniche complexe est complétée par un gros tore au-dessus. Plus commune, mais tout aussi soignée, est la corniche de feuilles d'acanthe des galeries et des chapelles. Sur chaque segment, une feuille recourbée est flanquée de deux feuilles en quart-de-cercle terminée en volute à la retombée, et inscrivant une feuille appliquée. Elle se trouve aussi à Trie-Château. Comme déjà évoqué, le décor est complété par les bandeaux au-dessus des fenêtres. Elles sont en fleurs de violette, retombant sur des mascarons, au niveau des fenêtres hautes ; doublement biseautés au niveau des tribunes, et toriques (un filet, une gorge et un tore) au niveau des chapelles[29],[27],[35].

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Transept

Croisillon sud, vue depuis le sud-ouest.

Au sud, le transept est éclairé par une vaste baie en tiers-point, ajoutée après coup au XIIIe siècle, et dont la décoration de l'archivolte et le remplage sommaire ont déjà été abordés dans le contexte de la description de l'intérieur : ils y ont le même aspect. Côté est et côté ouest, l'étage des fenêtres hautes est calqué sur le rond-point de l'abside, et l'on y retrouve donc la même corniche et les mêmes fenêtres. Les fenêtres du deuxième niveau d'élévation sont également analogues à l'abside, ainsi que le bandeau torique continu qui court à l'appui de ces ouvertures. Bien que bouchée, la baie orientale du triforium demeure bien visible, tandis que celle qui lui faisait face à l'ouest n'a pas laissé de traces notables. Les arc-boutants à simple volée, sans chenal, retombent sur des culées amorties en bâtière, dépourvues en toute logique de gargouilles. L'arc-boutant occidental se partage la culée avec le dernier arc-boutant de la nef. Cette culée, ainsi que celle de l'arc-boutant de la nef qui précède, sont chargées de pinacles garnis de crochets, et présentent le style gothique flamboyant en vigueur jusqu'au milieu du XVIe siècle. En hauteur, les deux angles du croisillon sont cantonnés de tourelles octogonales en encorbellement, qui retombent sur deux contreforts à ressauts chacune, reliés l'un à l'autre par une trompe dans l'angle. Assez curieusement, la tourelle sud-ouest descend jusqu'au bandeau torique à l'appui des baies du triforium, tandis que son homologue au sud-est s'arrête déjà à mi-hauteur de ces baies. Les deux tourelles sont factices, dans le sens qu'elles ne contiennent pas d'escalier, et partiellement évidées. Elles sont coiffées de toits de pierre pyramidaux, et leurs angles sont adoucis par des tores[29],[27],[35],[36].

Sachant que la deuxième travée des croisillons ne contient pas de tribunes, mais seulement un triforium, l'étage correspondant ne fait que faiblement saillie devant l'étage des fenêtres hautes, et le ressaut entre les deux étages est racheté par un glacis de pierre, qui a été recouvert de tuiles du côté ouest. Point de fenêtres au niveau du rez-de-chaussée : au sud, les deux arcs de décharge en tiers-point réduisent l'épaisseur du mur, qui est déterminée, entre autres, par l'envergure du triforium, et à l'est, la baie gothique rayonnante qui avait remplacée celle de la niche d'autel du milieu du XIIe siècle a été condamnée. Sur le plan du réseau primaire, son remplage très raffiné se compose de deux lancettes surmontées d'un oculus. Ensuite, les lancettes inscrivent chacune deux lancettes à têtes trilobées, surmontées d'un cercle contenant un trilobe. L'oculus au tympan inscrit quant à lui un pentalobe. La modénature aigüe des meneaux indique la période rayonnante déjà avancée. À l'ouest, le rez-de-chaussée présente un beau portail roman à quadruple archivolte. Seulement trois voussures correspondent à des colonnettes à chapiteaux. D'une façon assez originale, la voussure inférieure est prise sur le tympan. Cette voussure ainsi qu'une autre sont sculptées de bâtons brisés. Elles alternent avec des voussures moulurées d'une gorge et d'un tore. Pour le reste, le tympan est appareillé et nu. Le linteau, également appareillé, arbore une arcature trilobée très condensée en bas-relief[29],[27],[35],[36]. Toujours dans le cadre du transept, il convient de mentionner le campanile au-dessus de la croisée, qui fut érigé en 1739 par des architectes mauristes à l'emplacement d'une autre tour dont l'on ignore tout, et qui avait remplacée le clocher primitif après sa destruction sous la guerre de Cent Ans[34]. D'un plan octogonal, le campanile est construit en charpente et revêtu d'ardoise. Il possède deux étages de baies, dont seulement le premier abrite des cloches. Ses angles sont cantonnés de pilastres doriques. Un toit en forme de bulbe permet la transition vers le plan plus petit du deuxième étage de beffroi, dont les baies sont en arc légèrement brisé, et qui est coiffé lui aussi d'un bulbe.

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Nef, bas-côtés et façade

Façade occidentale, avec l'arrachement du massif occidental.
Façade occidentale, vue depuis le sud-ouest.

L'étage de fenêtres hautes de la nef est homogène avec ce même étage sur les faces latérales du croisillon sud et le rond-point de l'abside. L'on y retrouve notamment la même corniche et les mêmes fenêtres, ce qui est remarquable pour un vaste édifice construit sur plusieurs décennies. Cependant, le bandeau au-dessus des fenêtres prend la forme qu'il affecte au niveau des chapelles rayonnantes. Ceci est vrai aussi pour les fenêtres d'origine conservées sur les deux premiers étages. En outre, les contreforts-colonnes cèdent la place à des contreforts plats, qui se retraitent une fois grâce à un glacis pentu, et s'amortissent également par un glacis pentu. Ces contreforts sont sans doute une concession de l'architecte à l'évolution stylistique depuis le début du chantier. Il est à signaler que la baie de la deuxième travée est bouchée, et que le premier contrefort intermédiaire et la première baie du sud ont disparu. Hormis le tore supérieure, qui reste en place, la corniche y a été remplacé par un bandeau plat et lisse prenant appui sur des corbeaux à faible relief. En ce qui concerne les remaniements, il convient de rappeler les deux arc-boutants du début du XVIe siècle déjà signalés dans le contexte du transept.

L'étage de l'ancienne galerie au sud de la nef est recouvert d'un toit en appentis. Il forme un ensemble initialement homogène avec l'étage du bas-côté sud, et son mur gouttereau est épaulé par des contreforts à ressauts sur toute sa hauteur. Seulement le premier contrefort intermédiaire, et celui qui sépare la cinquième de la sixième travée, paraissent dater d'origine. Légèrement différents, ils se retraitent grâce à un fruit après les premières assises. Ils sont scandés par deux niveaux de larmiers et se terminent par un glacis formant larmier. Les contreforts compris entre les deux exemplaires signalés sont issus de la reconstruction totale de cette partie du bas-côté au XIVe siècle ou au début du XVe siècle ; les contreforts qui suivent à l'est sont au moins en partie issus de la campagne de construction des arc-boutants au début du XVIe siècle. Les contreforts plus récents se distinguent par un larmier présent sur les trois faces au premier niveau de scansion. Si la diversité toute relative des contreforts n'est pas nuisible à la cohérence de l'ensemble, la réduction de la surface vitrée dans le cadre des remaniements est d'un effet douteux. La partie inférieure de la première baie est murée. Seulement celle-ci et la baie de la sixième travée subsistent du XIIe siècle. Seulement la dernière est intacte. De la baie de la septième travée, ne reste plus que le bandeau supérieur. Elle a été remplacée par une meurtrière. Les trois baies signalées conservent également le bandeau torique à leur appui. Ce n'est pas le cas dans la huitième travée, où l'on trouve une meurtrière sans aucun fragment ancien. Dans les quatre travées rebâties, enfin, l'on s'est contenté de deux petites baies rectangulaires au total, disposées à gauche de la troisième travée et à droite de la quatrième travée, ce qui correspond à une répartition régulière sur la longueur construite. Quant aux fenêtres du rez-de-chaussée subsistant du XIIe siècle, elles correspondent aux grandes fenêtres médianes des chapelles rayonnantes. Les piédroits de la première ont été refaits en briques. Les fenêtres du rez-de-chaussée issues de la reconstruction pendant la guerre de Cent Ans sont plus petites, mais en même temps plus élaborées. Terminées supérieurement par une tête trilobée à écoinçons ajourés, elles sont entourées d'un ébrasement et d'une large gorge abritant des colonnettes à chapiteaux et une archivolte torique. Les chapiteaux, à tailloir polygonal et à deux rangs de feuilles déchiquetées, ressemblent aux chapiteaux refaits à l'intérieur bas-côtés. Pour compléter le décor, l'archivolte torique est surmonté d'un bandeau mouluré retombant sur des têtes humaines sculptée en haut-relief. La plupart a été cassée depuis[29],[37].

Bien qu'issue d'une réparation provisoire, la façade occidentale ne manque pas d'attrait. Elle fait appel à la brique pour le mur de la nef, matériau qui ne paraît pas ailleurs sur l'édifice (sauf sur la première fenêtre du bas-côté sud), et elle fait cohabiter trois styles différents : le style gothique pour les piles cantonnées de multiples colonnettes, vestiges des tours du massif occidental détruit vers 1380 / 1390 ; le style flamboyant la grande fenêtre au-dessus du portail ; et le style classique pour le portail de 1739. Le réseau de la fenêtre se compose de trois lancettes à têtes trilobées, dont celle du milieu dépasse les deux autres, qui sont surmontées chacune d'un soufflet asymétrique disposé de biais. L'absence d'un réseau plus fortement ramifié sur le tympan est inhabituel. Le portail, qui est cantonné de deux pilastres, présente comme seul élément intéressant un ensemble de sculptures à la clé d'arc. Il s'agit de deux têtes de chérubin flanquées d'ailes, qui émergent d'une nuée, et s'accompagnent de cornes d'abondance dont s'échappent des fleurs. En plus des arrachements des tours et des colonnettes destinées à se trouver à l'intérieur de l'édifice, plusieurs indices trahissent toujours le caractère initialement provisoire de la façade, dont le mauvais appareil en petits moellons irréguliers en dessous des baies des bas-côtés, ou le massif de maçonnerie à droite, incluant un glacis recouvert de tuiles et reposant sur une base en briques. Pour clore, une petite porte Renaissance est à remarquer en retour d'équerre à gauche de la façade. Elle s'ouvre entre deux pilastres et sous un entablement avec architrave à triglyphes et gouttes, et est surmontée d'une niche à statue couronnée d'un petit fronton triangulaire.

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Description de la sainte-chapelle

Plan de la chapelle.

Aperçu général

La sainte-chapelle, officiellement appelée chapelle de la Vierge, est un édifice de style gothique rayonnant à nef unique, se composant de quatre travées barlongues et d'une abside polygonale à sept pans, dont le premier et le dernier sont encore droits. Le mur occidental est flanqué de deux tourelles d'escalier, et il est précédé par un vestibule de trois petites travées barlongues reliant la chapelle au déambulatoire de l'abbatiale. Ce vestibule ou passage remplace la chapelle rayonnante du centre, mais du fait de son style et de son édification en même temps avec la chapelle de la Vierge, doit être considéré comme en faisant partie. La chapelle possède deux accès : un portail dans la première travée au nord, ainsi que le passage, pourvu lui-même d'un portail dans la première travée au sud.

Historiquement, cinquante ans seulement séparent la chapelle de la Vierge de la nef de l'abbatiale ; stylistiquement, au moins quatre-vingt ans les séparent. Pendant cette période relativement courte, l'architecture romane a muté vers le style gothique primitif, qui s'est ensuite confirmé, puis cédé la place au style rayonnant, qui en 1259 est déjà à son apogée. En effet, quand Pierre de Wessencourt devient abbé en cette année et lance bientôt après le chantier, le style rayonnant a déjà laissé de belles œuvres, et la chapelle de la Vierge n'innove donc pas dans l'architecture comme l'avait fait l'abbatiale au siècle précédent. Elle entre dans une longue lignée de saintes-chapelles bâties entre 1240 et 1260 comme chapelles abbatiales et royales. Or, la plupart de ces édifices ayant disparu, la chapelle de la Vierge de Saint-Germer est aujourd'hui un témoin exceptionnel de ce type de créations. Par la qualité de son exécution et la finesse de son décor, elle peut être considéré comme un chef-d'œuvre de grande valeur, et de nombreux détails inspirés d'édifices antérieurs reçoivent ici une nouvelle qualité[38].

Intérieur de la chapelle

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La chapelle de la Vierge se présente comme une véritable cage de verre, les vitraux prenant toute la place entre les supports des voûtes, que ce soit au nord, à l'est et au sud, et les murs sont réduits aux soubassements des fenêtres. Les soubassements, les voûtes et les faisceaux de colonnettes, soit toute l'œuvre en maçonnerie, était initialement polychrome. Les voûtes des quatre travées droites sont établies sur des croisées d'ogives quadripartites ordinaires, et les clés de voûte sont petites et discrètement décorées de feuillages. La voûte de l'abside comporte huit voutains rayonnant autour d'une clé centrale. Les formerets des voûtes délimitent directement les fenêtres. Leurs chapiteaux sont placés plus hauts que les autres, directement à côté des chapiteaux des meneaux des fenêtres. Tous ces chapiteaux sont de petites dimensions et très discrets, et il n'y a que les chapiteaux hauts. La verticalité des colonnettes est ainsi mise en exergue, effet qui augmente encore grâce à leur minceur.

La forme élancée des fenêtres contribue également à une sensation de hauteur et de légèreté qui imprègne l'espace. Toutes les fenêtres possèdent un remplage selon les mêmes dispositions, sauf que les fenêtres de l'abside ne comportent qu'un seul au lieu de trois meneaux, du fait de leur étroitesse. Les baies des travées droites se composent ainsi de deux groupes de deux lancettes à têtes tréflées, chaque groupe étant surmonté par un oculus quadrilobe, et l'ensemble par un hexalobe au sommet. Dans l'abside, chacune des deux lancettes par baie est surmontée par un quadrilobe, et ces derniers sont surmontés par un hexalobe. Les proportions des fenêtres larges correspondent aux baies de la chapelle haute de la Sainte-Chapelle de Paris, alors que le réseau est inspiré des arcatures plaquées sur les soubassements des fenêtres du croisillon sud de Notre-Dame de Paris. À Saint-Germer, comme souvent à la période rayonnante, les soubassements sont également agrémentés d'arcatures aveugles en bas-relief, qui reflètent en quelque sorte le dessin des fenêtres. Sous chaque lancette, se trouve une arcade à tête tréflée, et les écoinçons sont occupés par des trèfles. Sous les baies à quatre lancettes, le meneau central se poursuit jusqu'en bas, et subdivise les quatre arcatures décoratives en deux groupes.

Le portail septentrional qui desservait simplement le jardin de l'abbé s'ouvre sous un arc en anse de panier, peu courant à l'époque, et il est flanqué de deux arcatures telles que celles des soubassements. L'ensemble portail et arcatures est surmonté d'un tympan, agrémenté de deux trèfles et d'un grand hexalobe redenté, forme relativement rare mais figurant également, entre autres, sur Notre-Dame de Paris (dans le croisillon nord). L'extrados du tympan et l'intrados de l'arc en anse de panier sont garnies de petites feuilles recourbées en crochets. On les retrouve sur le portail en tiers-point sans tympan qui s'ouvre au centre du mur occidental. Le soubassement à arcatures en bas-relief est ici aussi haut que le sommet du portail. Dans les écoinçons, se trouvent des quadrilobes inscrits dans des cercles, ainsi que des trèfles. En bas de la grande rosace qui domine l'extrémité occidentale de la chapelle, existe une étroite tribune dont la balustrade est composée de quadrilobes. Cette balustrade relie les colonnettes du dernier doubleau entre eux. La rosace est donc placée en retrait, et ménagée dans un carré de mur dépassant en hauteur l'intérieur de la chapelle. Ainsi, la rosace peut prendre une dimension plus importante, les écoinçons peuvent être ajourés, et l'on résout le problème de l'incompatibilité entre le profil des voûtes en tiers-point et la forme ronde de la rosace. Son réseau se compose de seize festons, dont la partie extérieure est bipartite, avant de se terminer par des têtes tréflées butant contre des quadrilobes[39].

Intérieur du vestibule

Sommet d'une verrière.
Soubassement de fenêtre.

Le vestibule est de quatre mètres moins large que la chapelle et composée de trois travées barlongues. Chacune est ajourée au nord et au sud d'une grande baie, toutes identiques, sauf la première au sud, modifiée dans sa partie inférieure après la création d'un petit portail. Comme dans la sainte-chapelle, les fenêtres remplissent tout l'espace disponible sous les formerets, n'épargnant qu'un soubassement qui, ici, est de faible hauteur. Mais pour ajouter une touche au raffinement, les baies ne s'inscrivent pas sous les formerets, mais sont ménagées dans un mur se trouvant juste derrière, un peu comme au revers du mur occidental de la chapelle. Cette solution a permis une maximisation des surfaces vitrées. Les baies sont globalement une miniaturisation des baies latérales de la chapelle, sauf que les quadrilobes au-dessus de chaque paire de lancettes sont remplacés par des hexalobes : en dépit des dimensions réduites, le remplage n'est donc pas simplifié. La mouluration des soubassements diffère de la chapelle : tous les meneaux des fenêtres descendent jusqu'à un banc en pierre proche du sol, et les arcatures plaquées sont remplacées par deux rangs de feuille d'acanthe. Cette même disposition se trouve dans la septième chapelle au sud de la nef de Notre-Dame de Paris. L'exécution fait preuve de grand soin et de virtuosité. Les multiples colonnettes des piliers composées sont fasciculées afin d'obtenir des lignes verticales plus fines. Plus encore que la chapelle, le vestibule représente une œuvre de l'art rayonnant au sommet de son développement, et n'a d'égal que la basilique Saint-Urbain de Troyes. Il abrite le tombeau de l'abbé Pierre de Wessencourt[40].

Extérieur

Élévation latérale.
Vestibule.

L'extérieur met en scène la même régularité que l'intérieur. La filigranité est telle que les trumeaux disparaissent presque entièrement derrière les contreforts, pourtant étroits. Ils sont scandés par plusieurs larmiers et se terminent par une frise de feuilles d'acanthe. Deux petites gargouilles regardent vers la gauche et la droite, et un pinacle facetté forme le couronnement. Au-dessus du mur gouttereau, les pinacles sont reliés entre eux par une balustrade de lancettes à têtes tréflées. S'y superposent les gâbles ajourés des fenêtres, garnis de crochets et sommés d'un fleuron. L'intérieur du gâble contient un grand trèfle au-dessus des baies larges, et un quadrilobe dans un cercle au-dessus des baies étroites de l'abside. Les gâbles se superposent également en partie à une large corniche de feuillages en haut des murs. Sur l'archivolte des fenêtres, apparaissent des moulures prismatiques rappelant le profil des faisceaux de colonnettes à l'intérieur. Il est toutefois à déplorer que tout ce décor ne provient que des restaurations effectuées vers le milieu du XIXe siècle par E. Bœswilwald, pratiquement plus rien n'est authentique, même si les dispositions reflètent parfaitement l'esprit de l'architecture d'origine.

Il en va de même du vestibule, dont l'ornementation est légèrement différente. La corniche est formée de quadrilobes au lieu des arcatures ; l'oculus au sommet des gâbles est celui des baies de l'abside de la chapelle ; et les contreforts se terminent par un long glacis garni de deux rangs de crochets, avec une petite grenouille en bas. Le petit portail de la première travée au sud n'a pas été touchée par les restaurations du XIXe siècle et donne une version simplifiée et miniaturisée du décor des fenêtres. Entre le vestibule et la chapelle, s'interposent des tourelles d'escalier qui dépassent d'un étage la hauteur des murs gouttereaux. À l'instar des contreforts, ils sont scandés de glacis, mais les deux niveaux supérieurs sont décorés d'arcatures plaquées surmontées par des gâbles ajourés. La balustrade à la naissance de la toiture de la chapelle fait également le tour des tourelles, bien qu'aucun espace de circulation ne soit laissé libre. L'étage supérieur des tourelles est toutefois d'un diamètre légèrement réduit, et les colonnettes des arcatures aveugles manquent donc. Les arêtes de la petite flèche en pierre sont garnies de multiples crochets, et les huit faces de la flèche sont couvertes d'écailles. — Le toit de la chapelle comporte un pignon à l'ouest ; le toit du vestibule est à deux croupes afin de laisser libres la grande rosace de la chapelle. Il est à noter que le raccordement entre le vestibule et le déambulatoire est un peu maladroit, car les contreforts de l'abside masquent en partie la première travée du vestibule[12],[41].

Liste des abbés

Notes et références

  1. a, b et c « Abbatiale et chapelle », notice no PA00114860, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. a, b, c et d « Vestiges de l'abbaye », notice no PA00114859, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  3. Claude Fleury, Histoire ecclésiastique, vol. 7, Paris, Aux dépens des libraires Associés, , 682 p. (lire en ligne), p. 179.
  4. Bideault et Lautier 1987, p. 293-294 et 301-302.
  5. Régnier 1906, p. 81.
  6. Bideault et Lautier 1987, p. 294-295.
  7. Régnier 1906, p. 82 et 84.
  8. Bideault et Lautier 1987, p. 310.
  9. Bideault et Lautier 1987, p. 296.
  10. Régnier 1906, p. 83.
  11. Bideault et Lautier 1987, p. 295-302.
  12. a et b Bideault et Lautier 1987, p. 309.
  13. a et b Henriet 1985, p. 103.
  14. a, b et c Bideault et Lautier 1987, p. 295-296, 298 et 300.
  15. a, b et c Woillez 1849, p. S13-S14.
  16. a, b et c Bonnet-Laborderie 2006, p. 16-17.
  17. a, b et c Henriet 1985, p. 113-116.
  18. a, b, c, d et e Bideault et Lautier 1987, p. 297-298 et 300.
  19. a, b, c, d et e Woillez 1849, p. S14 et S17.
  20. a, b, c, d et e Bonnet-Laborderie 2006, p. 17-20.
  21. Henriet 1985, p. 121-122.
  22. Henriet 1985, p. 116-118.
  23. a et b Henriet 1985, p. 120-126.
  24. a, b, c et d Bideault et Lautier 1987, p. 300-301.
  25. a, b, c et d Woillez 1849, p. S16-S17.
  26. a, b, c et d Bonnet-Laborderie 2006, p. 21-22.
  27. a, b, c, d, e, f, g et h Henriet 1985, p. 126-132.
  28. Henriet 1985, p. 99 et 102-104.
  29. a, b, c, d, e, f, g et h Bideault et Lautier 1987, p. 301.
  30. a, b et c Woillez 1849, p. S14-S15.
  31. a, b et c Henriet 1985, p. 102-104 et 132-135.
  32. Bonnet-Laborderie 2006, p. 10 et 21-23.
  33. Bonnet-Laborderie 2006, p. 21-23.
  34. a et b Henriet 1985, p. 104.
  35. a, b, c et d Woillez 1849, p. S10-S12.
  36. a et b Bonnet-Laborderie 2006, p. 12-13.
  37. Woillez 1849, p. S11.
  38. Bideault et Lautier 1987, p. 303 et 309.
  39. Bideault et Lautier 1987, p. 303-306.
  40. Bideault et Lautier 1987, p. 306-309.
  41. Régnier 1906, p. 87.

Voir aussi

Bibliographie

  • Alfred Besnard, L'église de Saint-Germer-de-Fly (Oise) et sa Sainte-Chapelle, Paris, E. Lechevalier, , 138 p.
  • Maryse Bideault et Claudine Lautier, Île-de-France gothique 1 : Les églises de la vallée de l'Oise et du Beauvaisis, Paris, A. Picard, , 412 p. (ISBN 2-7084-0352-4), p. 293-310
  • Pierre Héliot, « Remarques sur l'abbatiale de Saint-Germer et sur les blocs de façade du XIIe siècle », Bulletin monumental, Paris, Picard, vol. 143, no 3,‎ , p. 81-114 (ISSN 0007-473X)
  • Jacques Henriet, « Un édifice de la première génération gothique : l'abbatiale de Saint-Germer-de-Fly », Bulletin monumental, Paris, Picard, vol. 114,‎ , p. 93-142 (ISSN 0007-473X, DOI 10.3406/bulmo.1985.2689) ; aussi dans : Jacques Henriet, À l'aube de l'architecture gothique, Besançon, Presses Univ. Franche-Comté, , 392 p. (ISBN 9782848671178, lire en ligne), p. 101-156
  • Dieter Kimpel et Robert Suckale, L'Architecture gothique en France 1130-1270, Paris, Flammarion, (ISBN 978-2-08-010970-5)
  • E. Lambert, « L'abbatiale de Saint-Germer et l'école de Saint-Denis », Bulletin monumental, Paris, Société française d'archéologie, vol. 100, no I-II,‎ , p. 47-63 (ISSN 0007-473X)
  • Eugène Lefèvre-Pontalis, Étude sur la date de l'église de Saint-Germer, Nogent-le-Rotrou, imprimerie de Daupeley-Gouverneur, , 22 p. (lire en ligne)
  • Eugène Lefèvre-Pontalis, Nouvelle étude sur la date de l'église de Saint-Germer : réponse à M. de Dion, Caen, H. Delesques, , 18 p. (lire en ligne)
  • Philippe Bonnet-Laborderie et Laurent et Sylvie Lecomte, Deux chefs-d'œuvre de l'art gothique : L'église abbatiale et la « Sainte-Chapelle » de Saint-Germer-de-Fly, Beauvais, Groupe d’étude des monuments et œuvres d’art de l’Oise et du Beauvaisis (GEMOB), (1re éd. 1997), 63 p., bulletin n°80-81 (ISSN 0224-0475)
  • Louis Régnier, « Saint-Germer », Congrès archéologique de France : séances générales tenues en 1905 à Beauvais, Paris / Caen, A. Picard / H. Delesques,‎ , p. 81-88 (lire en ligne)
  • Eugène Joseph Woillez, Archéologie des monuments religieux de l'ancien Beauvoisis pendant la métamorphose romane, Paris, Derache, , 492 p. (lire en ligne), S7-S18, ainsi que 15 planches

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