Aïnous (ethnie du Japon et de Russie)

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Aïnous
Description de cette image, également commentée ci-après
Aïnous en 1904.
Populations significatives par région
Population totale env. 150 000
Autres
Langues Aïnou
Religions Animisme

Les Aïnous (アイヌ?, « a.i.nu », qui signifie « humain » en aïnou), aussi appelés Utari (ウタリ?, qui signifie « compagnon »), constituent une population aborigène vivant dans le Nord du Japon et à l'extrême Est de la Russie. Vers -1300, leurs ancêtres auraient migré vers Hokkaidō, les îles Kouriles, l'île de Sakhaline et le sud de la péninsule du Kamtchatka, soit 1000 ans avant les peuples de Wa qui sont les ancêtres culturels du peuple Yamato, formant l'essentiel des Japonais actuels, arrivés par l'île de Honshū (vraisemblablement depuis la Corée).

Ils étaient il y a peu en voie d'extinction ; on compte, de nos jours, entre 25 000 et 200 000 membres de ce groupe ethnique[1], mais aucun recensement exact n'a été tenu car beaucoup d'Aïnous cachent leur origine ou, dans bien des cas, ne la connaissent même pas, leurs parents la leur ayant dissimulée pour les protéger de la discrimination et du racisme.

Ce peuple de pêcheurs et chasseurs possède une structure sociale patriarcale et polygamique. Leur religion est de type animiste : l'ours y est l'entité la plus vénérée.

Anthropologie physique

Un Aïnou, vers 1880
Carte montrant la répartition des Aïnous en Asie
Aînous et Nivkhes - gravure de 1862.

Morphologiquement, les Aïnous non-métissés ne ressemblaient initialement pas aux Japonais. Leur morphologie rappelait celle des Aborigènes d'Australie, mais leur peau était parfois cuivrée comme celle d'autres Asiatiques ; ils étaient en moyenne plus grands que les Japonais, leur carrure et pilosité étant plus affirmées, leur peau plus claire, leurs visages moins lisses, leur arcade sourcilière plus développée, et leurs yeux n'étaient pas bridés[2]. Ils ne semblaient pas mongoloïdes (type morphologique des Mongols, Japonais, Coréens et Chinois du Nord de la Chine). Les publications d'Alfred Smith Bickmore (American Museum of Natural History et American Journal of Science, 1868) ont fait état de ces caractéristiques physiques, les associant alors au type caucasien, à partir des thèses de l'anthropologue allemand Erwin Bälz (1849-1913). L'anthropologue canadien Reginald Ruggles Gates (1882-1962) a ensuite soutenu la thèse d'origines australoïdes (tels que les Andamanais) et mongoloïdes (peuples de langues tibéto-birmanes). Les études génétiques récentes apportent de nouvelles informations quant à leurs relatifs les plus proches.

Les Aïnous sont le seul peuple de la période Jōmon à ne pas avoir subi de brassage génétique avec les peuples de la période Yayoi, arrivés plus tard de la péninsule Coréenne. De ce fait, ils sont proches des habitants des îles Ryūkyū, qui sont aussi issus des peuples Jōmon et ont été peu mixés avec les peuples Yayoi. Les Japonais sont issus du mélange entre Jōmon et immigrants de Corée.

Selon l'ethnologue Wilhelm Joest (1852-1897), les Aïnous actuels sont toutefois largement métissés et ressemblent donc plus aux Japonais qu'il y a quelques siècles.

Origines, différentes hypothèses

Hypothèse de parentés avec des populations australoïdes ou sud-asiatiques, mais également tibéto-birmanes

Certains scientifiques ont avancé le fait que les Aïnous descendent d'un groupe ethnique préhistorique qui aurait aussi engendré les aborigènes d'Australie. Cette hypothèse se base sur la découverte d'ossements de la période Jōmon datant d'il y a 10 000 ans. Ces ossements possèdent un faciès semblable à celui des peuples d'Australie et de Nouvelle-Guinée. Le géographe français Jean Delvert avançait que l'architecture des maisons traditionnelles des Aïnous (sur pilotis, avec des cloisons végétales) étant proche de celle des anciennes habitations proto-Malaises, une origine des Aïnous dans le sud-est asiatique n'est pas à exclure.

Les tests génétiques effectués sur les Aïnous montrent qu'ils font partie de l'Haplogroupe D du chromosome Y[3]. Or cet haplogroupe est rare et n'est retrouvé en quantité significative qu'au Tibet et dans les îles Andaman ce qui suggère une parenté avec certains peuples tibétains, mais également australoïdes. Le groupe ethnique dont descendraient les Aïnous est, si l'on suit cette hypothèse génétique, issu de la Grande Migration Côtière, qui, venue d'Afrique, a longé les côtés de l'Océan Indien pour donner naissance à une grande partie des populations australoïdes et mongoloïdes.

L'haplogroupe D serait apparu en Afrique de l'Est il y a 50000 ans (son relatif le plus proche est l'haplogroupe E, que l'on retrouve également chez des populations noires et berbères d'Afrique et, dans une moindre mesure, en Europe du Sud), et serait associé à la grande migration côtière. Les premiers porteurs de l'haplogroupe D, originaires d'Afrique de l'Est, auraient migré le long des côtes de l'Océan Indien pour s'installer dans les îles Andaman, en Indonésie, dans l'archipel Japonais, en Sibérie, en Asie Centrale et finalement au Tibet. Alors que les Andamanais appartiennent à l'haplogroupe D*, c'est l'haplogroupe D2 qui est le plus répandu chez les Japonais et les Aïnous, et les haplogroupes D1 et D3 chez les peuples tibétains.

D'après ces mêmes tests génétiques, une part non négligeable (environ 35 %) des Japonais auraient une origine aïnoue, ce qui signifie que des populations aïnoues (ou génétiquement apparentées à ces dernières), ont été assimilées au sein du peuple japonais[4].

Brassage avec des populations sibériennes, telles que les Nivkhes

Un Aïnou sur huit possède aussi les caractères de l'haplogroupe C3 qui est le plus commun parmi les populations de l'extrême est de la Russie et parmi les populations de Mongolie. Certains ont avancé que cet haplogroupe serait le résultat d'un brassage génétique unidirectionnel avec les Nivkhes[5] avec qui les Aïnous ont d'ailleurs des points communs sur le plan culturel (sculpture sur bois, festival de l'ours, motifs des habits[6]). Cette hypothèse de brassage avec les Nivkhes est encore soutenue par la similarité des langues des deux peuples (Université de Sapporo). Entre autres, le professeur Hidetoshi Shiraishi travaille sur cette hypothèse et publie ses conférences sur l'Auditorium de la Linguistique[7].

En ce qui concerne l'ADN mitochondrial, une grande partie des Aïnous appartiennent à des haplogroupes que l'on rencontre également en Sibérie (haplogroupes D4, N9a, G), ce qui laisse supposer des lignages maternels d'origine sibérienne. Mais une partie des Aïnous appartiennent également à l'haplogroupe M7 que l'on retrouve également en Asie de l'Est et du Sud-Est ainsi que dans les îles du Pacifique.

Sous-groupes

Histoire

Période pré-japonaise

On ne sait pas grand-chose de l'histoire pré-japonaise des Aïnous. Au début, les premiers contacts avec les Japonais étaient amicaux et les deux peuples nouèrent des relations commerciales[10]. Au fil du temps, le Japon commence à dominer la relation et à établir de grandes colonies sur le territoire aïnou. Les Aïnous sont pour la première fois mentionnés par les Japonais dans le Kojiki, en 712, comme étant les descendants d'un peuple ancien ; les « Emishi » (littéralement, les « barbares qui ne sont pas sous l'autorité politique du Japon »).

Refoulement des Aïnous vers Hokkaidō

Les Japonais avancent progressivement vers le Nord en prenant le contrôle des terres des Aïnous, abandonnées généralement sans résistance. On connaît cependant des guerres toutes perdues par les Aïnous : 1268 (première révolte connue), 1457 (bataille de Koshamain), 1669 (Rébellion de Shakushain, bataille entre les Aïnous et le clan Matsumae) et 1789. En 1799, les Aïnous de l'est d'Hokkaido sont soumis au contrôle du shogun et en 1807, c'est au tour de ceux de l'ouest de l'île. On peut expliquer cette quasi-absence de résistance par leurs croyances selon lesquelles la terre n'appartient à personne.

Disparition de la culture aïnou

Entre le XVIe siècle et le milieu du XIXe siècle, les Japonais exercent « l'assimilation forcée », entre autres sur les Aïnous : l'habillement, la religion et l'éducation de toutes les populations du territoire japonais doivent être japonais. Puis, les règles japonaises durant l'ère Meiji (XIXe siècle - début du XXe siècle) s'attachent à « réformer » le mode de vie aïnou dans son quotidien, interdisant leur langue et les cantonnant à l'agriculture sur des parcelles fournies par le gouvernement. Les Aïnous sont aussi employés dans des conditions proches de l'esclavage par l'industrie de la pêche. Ils ont aussi été forcés (par le clan Matsumae) à servir de population tampon entre les Japonais et les Russes[11].

Il en fut de même en Russie où ils furent convertis à la religion orthodoxe. Après 1945, beaucoup d'Aïnous de Russie rejoignirent le Japon. La présence des Aïnous en Russie fut d'ailleurs cachée. La guerre russo-japonaise eut aussi une influence sur la disparition des Aïnous de Russie. Ainsi lorsque l'île Sakhaline a été rattachée au Japon (prenant le nom de Karafuto), les Aïnous furent envoyés sur l'île d'Hokkaidō.

Langue

Article détaillé : Aïnou (langue du Japon).

Tout comme celle du peuple Aïnou, les origines de la langue sont incertaines.

L'aïnou est un isolat, les spécialistes n'ont pas réussi à établir sa parenté linguistique avec d'autres langues. D'un point de vue typologique, il est plutôt proche des langues dites paléo-sibériennes. On constate un certain nombre de mots communs entre l'aïnou et le nivkhe ainsi qu'entre l'aïnou et le japonais, mais il s'agit d'emprunts (travaux des universités de Sapporo et de Cambridge).

De nombreux toponymes ont pour origine la langue aïnou en dépit des efforts japonais pour éviter ce fait. Par exemple, Shiretoko vient de l'aïnou « sir-etok » qui signifie « l'extrémité de la terre »

La langue aïnoue est encore pratiquée par quelques familles aïnoues sur l'île de Hokkaido, cependant tous parlent aussi japonais[12].

Shigeru Kayano a aussi permis (avec entre autres Kanô Oki) la création de la radio FM Pipaushi, qui diffuse exclusivement en langue aïnoue. Shirô Kayano, son fils, continue à faire exister Pipaushi depuis Biratori.

Religions, mythes et légendes

Mode de vie

Японский быт.jpg
porte-colis et matériel de fumeur

À l’origine, le territoire japonais était couvert de forêts. Dans les dures conditions de l’environnement nordique, les Aïnous subvenaient à leurs besoins par la pratique de la chasse, de la pêche, de la cueillette de fruits et de plantes. Ils concevaient et construisaient les outils utiles et nécessaires à ces pratiques avec un savoir-faire unique et spécifique, par exemple cette sangle pour attacher les paquets sur la tête[Note 1].

De nombreux outils sont utilisés en fonction de la tâche : arcs et flèches, pièges complexes (trappes et autres), crochets (marek), harpons (kite), filets de chasse, systèmes de creusage, pioches pour les plantes, métiers à tisser (karepinki), couteaux (makiri), etc.

Outre les ressources obtenues par les activités traditionnelles, les Aïnous conservaient certains articles dans le but de les échanger avec les populations voisines. La fourrure et les peaux (cerfs de Yezo, zibelines, plumes de faucon…) étaient réservés à cet effet. Les Aïnous étaient de grands commerçants. Les témoins de leurs échanges avec les Wajin, toutes les populations minoritaires limitrophes, mais aussi avec les Chinois et même les Européens, sont souvent exposés dans les musées de culture aïnoue (verres soufflés, des tissus en soie, des outils en métal, etc.). Les Aïnous ont construit leurs vies en contact avec les autres populations, partageant et échangeant leurs « marchandises » autant que leurs savoirs.

Les hommes ont pour habitude après un certain âge de ne plus se raser et de laisser pousser leurs cheveux librement. Les femmes, elles, se tatouent dès la puberté. Les parties alors tatouées sont les bras, la bouche, la lèvre supérieure, la vulve et parfois, le front. Elles utilisent aussi de la suie pour donner de la couleur à leur visage. Les femmes, tout comme les hommes, portent des boucles d'oreilles (en aïnou : ninkari). Les bijoux ne sont portés par les Aïnous que depuis le XIIe siècle, date où le métal fut introduit chez eux.

Mode de vie à la fin du XIXe siècle

Famille à table
Cuillères gravées ; soutiens de moustache ; mortier et son pilon

L'enquête anthropologique du Révérend John Bachelor permet de reconstituer les mœurs et croyances observables jusqu'en 1892.

  • Pour manger, la famille s’assoit sur des nattes autour du foyer[Note 2].
  • Voici quelques instruments utilisés pour faire la cuisine : le millet est écrasé dans un mortier avec un pilon. Pour remuer la pâte de millet pendant la cuisson, et pour servir, on utilise de grandes cuillères en bois.
  • Pendant qu'ils boivent lors d'une cérémonie, les hommes relèvent leur moustache avec un instrument en bois de saule[Note 3].

Organisation politique traditionnelle de la société aïnoue

Le système politique traditionnel était basé sur un système de chefs héréditaires, trois dans chaque village. Administrativement, leur pays était divisé en trois comtés : Saru, Usu et Ishikari. Les relations entre ces différents comtés étaient éloignées et les mariages entre des habitants de différents comtés évités. Les fonctions de juges n'étaient pas attachées aux chefs du village, à la place un nombre indéterminé de membres de la communauté s'asseyaient pour juger les criminels. L'emprisonnement n'existait pas et était remplacé par des coups qui étaient considérés comme suffisants. Dans le cas des meurtres toutefois, le nez et les oreilles de l'assassin étaient coupés ou bien les tendons de ses pieds tranchés.

Habitat

Plan et utilisation de l'espace intérieur, Batchelor, 1892.
Reconstitution d'une habitation aïnou

Les Aïnous s’établissent aux bords des rivières ou des mers, dans des zones où ils s’estiment protégés des désastres naturels. Ils vivent en communauté, regroupés en villages appelés kotan, où chaque famille a sa cise (maison). En moyenne, un kotan se compose d’une dizaine de cises.

Les Aïnous disposent de nombreuses constructions en dehors des cise : garde-mangers (pu, où ils font notamment sécher le poisson), séchoirs à linge, appentis, etc. On trouve aussi des cages pour les ours et de nombreux « autels » verticaux protégeant le kotan.

L'entrée des maisons aïnous se trouve à l'ouest. Elles n'ont qu'une seule pièce. Le centre de la maison est occupé par un foyer. Les maisons n'ont pas de cheminée. L'évacuation des fumées se fait par des orifices laissés à l'angle du toit.

Les habitations des Aïnous ont toujours trois fenêtres (on peut d'ailleurs le constater sur l'image de droite). Deux d'entre elles sont toujours dans la même direction. Il n'y a jamais de fenêtre au nord[13],[14].

Le Révérend John Bachelor décrit l'aménagement intérieur des cases en détail et dessine un plan minutieux avec la répartition des espaces intérieurs[15]. L'élément le plus important est le foyer central au-dessus duquel est suspendue une sorte de broche pour faire griller la viande ou le poisson. Les outils ou objets importants sont installés sur les poutres. Les hommes et les femmes dorment dans deux espaces séparés, sur des bancs protégés par des nattes suspendues. La maitresse de maison a un petit coffre avec ses bijoux. Les visiteurs s'assoient sur des nattes en roseaux posées sur le sol et non des tabourets.[Note 4]

Tissage et broderie

Costume de cérémonie
Matériel utilisé pour le tissage

Tout d'abord, la broderie des Aïnous est un art unique et spécifique, d'une complexité telle qu'elle ne saurait être expliquée en quelques lignes. Les textiles aïnous, tissés selon les traditions culturelles des Aïnous, sont couverts de motifs brodés.

Ces motifs, représentés à la base pour protéger les propriétaires de l'intrusion de mauvais esprits (maladies, moisissures, blessures), sont sujets à de nombreuses études. Ils varient d'un kotan (village) à l'autre et sont tissés sur des métiers à tisser (appelés karepinki) tout aussi uniques en leur genre, les Aïnous possèdent un puissant savoir-faire en matière de textile.

Lapérouse avait déjà remarqué l'intérêt des indigènes de l'île de Tchoka pour les étoffes que les Français leur offraient, cherchant à découvrir par quel moyen elles avaient été fabriquées. « Ils connaissent la navette et font avec leurs métiers des toiles absolument semblables aux nôtres avec du fil d'écorce de saule ». Lapérouse avait fait d'ailleurs l'acquisition d'un de ces métiers à tisser[16]. Le révérend John Batchelor a décrit et dessiné l'outillage nécessaire[Note 5].

Ils fabriquent notamment leurs vêtements à base de plumes d'oiseaux, de fibres tirées d'écorces[17],.

Gastronomie

Les techniques culinaires et les plats aïnous font partie des arts gastronomiques autant que des biens culturels intangibles, ils sont donc sans contestation possible l’un des témoins de la culture aïnoue.

Depuis 1993, l'association Rera veut faire goûter à cette gastronomie dans des établissements respectant l'environnement culturel aïnou (décoration, modes de cuisson, etc) et les traditions (cérémonies rituelles). Les Rera Cise ont dû fermer mais ils ont ouvert en 2011 un nouveau restaurant à Tokyo, Shinjuku : Haru Kor[19].

Ingrédients utilisés

Pukusa
  • haricots
  • millet
  • sarrasin
  • blé
  • Pukusa, en japonais gyōja ninniku (ギョウジャニンニク?), en français : Ail à tuniques réticulées.

Viandes :

Poissons :

  • saumon (les Aïnous connaissaient des systèmes de pêches perfectionnés (enclos) pour attraper les saumons[20]
  • truite
  • carpe

Mets

  • Kitokamu
  • Munchiro Sayo
  • Ohaw, nom des soupes faites par les Aïnous. Il en existe beaucoup de sortes[21].
  • Munini-imo, un type de galette

Arts et culture

Les Aïnous ont conservé, développé et enrichi de nombreuses traditions au cours des siècles, se forgeant une grande diversité de savoir-faire et d'expressions artistiques. Encore aujourd'hui, ces arts sont exercés.

Gravure sur bois

Inaos

On raconte que les garçons Aïnous ne devenaient hommes que lorsqu’ils étaient habiles dans les arts de la chasse, de la pêche, et de la gravure sur bois. Cet art est donc considéré comme un rite de passage à l’âge adulte. Les outils et les meubles aïnous sont toujours gravés. En plus d’être fonctionnels, ces articles revêtaient donc une caractéristique esthétique.

Le seul outil du graveur aïnou est son makiri (couteau). Cette technique, aussi bien que son esthétique, sont uniques au monde. De nombreux musées et centres culturels aïnous exposent fièrement toutes ces œuvres-là. Aujourd’hui, des artistes aïnous modernes travaillent encore cet art, vivant de la technique qu’ils ont héritée de leurs ancêtres. Les œuvres sont vendues aux galeristes, et aux touristes.

Le sculpteur Bikki (6 mars 1931 – 25 janvier 1989) a acquis ainsi une renommée internationale, permis le début des collaborations entre Aïnous et Canadiens, élaboré plusieurs monuments municipaux, etc. Deux astronomes japonais ont donné son nom (Bikki) à une planète mineure (K. Endate et K. Watanabe, le ,à la planète (5372) Bikki).

Voir aussi : Inaos

Culture musicale

Article détaillé : Culture musicale des Aïnous.

Anthropologie et ethnologie aïnous

Articles détaillés : Imecanu, Kyōsuke Kindaichi et Bronisław Piłsudski.

Les Aïnous dans la société japonaise

Reconnaissance de l'identité aïnou

Jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Aïnous sont contraints de « devenir Japonais », de renier leurs rites, leurs arts, leur mode de vie, leur religion (abandon des cérémonies de mariage, d'enterrement, des esprits animaux). À partir de 1960, les Aïnous commencent à se rassembler pour acquérir « le droit à la différence ». Leurs demandes régulières, menées par l'Association Utari et Giichi Nomura, n'ont aucun aboutissement, mais ils poursuivent leurs efforts et soutiennent leur projet de lois pour faire valoir leur « droit à la différence ». Mais ce n'est qu'en 1994, grâce à la pression exercée par l'ONU en faveur des peuples autochtones, qu'ils parviennent à faire entrer un des leurs, Shigeru Kayano, à la Kokkai (Parlement japonais).

Dévoué à son peuple depuis toujours, Shigeru Kayano n'a cessé de se battre pour obtenir sa reconnaissance. En 1997, est promulguée la Loi pour la promotion de la culture aïnou et pour la diffusion et le soutien des traditions aïnous et de la culture des Aïnous. Depuis, les Aïnous ont le droit et le devoir de promouvoir leur culture, leur différence. Plusieurs dizaines de musées et de centres culturels consacrés à la culture aïnou sont les réceptacles de leur savoir, de leurs traditions. Mais la discrimination existe toujours (selon un sondage du gouvernement de Hokkaidō en 1999, un Aïnou sur deux seulement n'a pas été témoin de discrimination envers des Aïnous (qu'il soit lui-même victime ou non) et les Aïnous espèrent aujourd'hui obtenir davantage que le « droit à montrer leur culture » : le « droit à vivre selon leur culture ».

Aujourd'hui, un journal en langue aïnou est publié : le Ainu Times[22]. Comme les Aïnous ne connaissaient pas l'écriture, un syllabaire proche du katakana a été mis au point et est utilisé par ce journal.

La culture aïnou figure à présent au sein des manuels scolaires : elle doit représenter au moins deux pages dans les livres d'histoire-géographie[23].

Politique actuelle

Actuellement, à l'instar des Amérindiens, ceux qui n'ont pas été assimilés par la communauté japonaise se retrouvent confinés dans des réserves. Les Aïnous assimilés souffrent de la discrimination (près de la moitié d'entre eux en ont souffert) et ils vivent dans des conditions inférieures à la moyenne japonaise. Ils font aussi moins d'études[24].

De nos jours, nombre d'entre eux rejettent le terme Aïnou et lui préfère celui d'Utari (« camarade » en langue des Aïnous). Dans les documents officiels les deux termes sont utilisés. Au Japon, les Aïnous sont également appelés Ebisu (?, « sauvage »), Emishi ou Ezo (蝦夷?).

Les revendications actuelles des Aïnous portent sur l'exigence d'une représentation légale des populations minoritaires japonaises dans les couloirs du pouvoir (chambres constitutionnelles). En effet, à part Shigeru Kayano, aucun représentant de minorité nippone n'a eu la parole dans les hauts lieux du pouvoir japonais. Les Aïnous vont jusqu'à demander la création d'un État fédéral dans lequel leur voix portera autant que celle du gouvernement japonais, exigence excessive pour les Japonais.

Un projet, dont l’élaboration a commencé avec la promulgation de la Loi pour la Promotion de la Culture des Aïnous en 1997, tend à rendre possibles les revendications des Aïnous : c’est le parc Iwor. Ce projet, dit de « parc historique », permettrait de « reproduire les espaces de vie traditionnelle » et d’agir pour la « préservation de l’environnement ». Un espace appartenant aux Aïnous, géré par les Aïnous, dans lequel pourraient être conservés et transmis les traditions et mode de vie des Aïnous. Mais aujourd'hui, pour les raisons politiques mentionnées au paragraphe précédent, le parc Iwor ne peut toujours pas être construit.

L'espoir porte à présent sur l'ONU et son Instance des Peuples Autochtones qui doit préparer une déclaration des droits des peuples aborigènes, laquelle pourrait aider à débloquer la situation.

L'ethnie des Aïnous réclame aussi un dédommagement s'élevant à 1,5 milliard de yens auprès des autorités japonaises pour avoir subi la colonisation japonaise[25].

Le 6 juin 2008, le Parlement japonais a reconnu l'existence du peuple indigène Aïnou et a promis d'améliorer ses conditions de vie. La résolution, votée à l'unanimité par les élus des partis au pouvoir et de l'opposition, affirme pour la première fois que les Aïnous « sont un peuple indigène avec sa propre langue, religion et culture »[26].

La ségrégation subie par les Aïnous apparaît dans un film de Mikio Naruse Kotan no kuchibue (Le sifflement de Kotan, Whistling in Kotan) sorti en 1959. On y voit justement des Aïnous se faisant payer par les touristes japonais pour s'exhiber en costume traditionnel et danser leurs danses folkloriques, et un écolier Aïnou affublé d'une inscription collée dans son dos, « quand je serai grand, je serai une attraction touristique ».

Étymologie

En aïnou, aïnou signifie « le mâle ». Selon le Larousse, entre autres[27], « aïnou » est un nom commun masculin défini comme étant la langue des Aïnous (nom propre désignant la population). Il n'existe pas d'adjectif aïnou(e) en français correct même s'il arrive cependant que l'on puisse le trouver sous cette forme (ex : Encyclopædia Universalis 1993).

Notes et références

Notes

  1. The Ainu like to carry their loads of fish, or wood, or whatever it may be, upon their backs. They prefer to have their hands free, and use their heads to help carry their bundles. The person about to carry a bundle ties what is called a tara or chi-asheke-tara round the bundle, throws it on to the back, and places the headpiece of the tara over the forehead. There is not so much works for the head to do so as one would expect, for the main part of the weigh of the load is on the lower part of the back.The preceeding illustration represents a tara, showing particularly that part which goes over the forehead. It has cloth and cotton worked into it, which keeps it, in a measure, from hurting the carrier's head. The Ainu do not use baskets much, though they have a few ; but they have invented a kind of bag, which is a mat rolled up, and a piece of cloth sewn over each end. This article is very common. It is called chitatabe. This is also carried by means of the tara.
  2. Visitors are generally served first, then the husband, and lastly the remaining members of the family. The Ainu have a very limited supply of eating ustensils. Now, if the cups are not sufficient to go around the whole number taking food, two or more have to use the same cup. But this is not often the case, for each member of the family has generally his own cup or shell safely stowed away near his sleeping place, ever ready to be produced when required. When a person wished for more food, it is the correct thing to ask the mistress to replenish his cup. If she is too much engaged, or at all inclined to be familiar, as she is, for instance, among her own friends and relatives, she simply removes the pot-lid and points to the ladle, thereby indicating that the person may help himself. The Ainu cannot be commended for their cleanliness in the treatment of food. They very seldom wash their pots and pans, and still less their eating cups. It is therefore worthy of remark that the index finger is called in Ainu Itangi kem ashikipet – that is « the finger for linking the cup .» It is so called because people generally cleanse their eating cups by first wiping the inside of them with their index finger and then licking it ! Various kinds of animal food the Ainu eat have been mentionned ; but it must not be supposed that they are well off, or always in possession of a well-stocked larder. Nowadays many of the people do not know the taste of venison, as there are so few deer about. They were very numerous a few years ago, but have nearly all been killed off by the Japanese hunters, who came with their guns and proceeded to destroy them wholesale for the factories which the Government of Yezon established for the canning of venison. This exterminating process went on till now hardly any deer are left. The officials have at least seen the folly of this, and have lately prohibited both Japanese and Ainu from killing deer, and a fine is imposed if anyone is caught hunting them. Hence venison now must be struck off the list of articles of Ainu food. Bear's flesh is also very scarce. Salmon only comes at particular times each year, and the people know nothing about the art of preserving fish by salting, and do not even possess salt. They dry a few fish in the sun ; but fish so prepared is remarkably odoriferous, and of a very high flavour.
  3. The spoons used for cooking purposes are of various shapes, and two of the most common patterns are shown in the illustrations. That marked 1 is used for stirring millet cakes when they are being cooked for a feast. That marked 2 is used for ladling out millet or rice or stew from the pot. There are spoons of other patterns and sizes, but they call for no special remark. The ornementation is mere matter of taste, and is devised according to the carver's own fancy. The engravings on the next page represent two moustache lifters. They are, of course, used only by the men. It is a curious instrument, and is only called when drinking. Its purpose is twofold. The men invariably use it when they are at worship ; for with the end of it they offer drops of wine to the gods to whom they pray. Further, the moustache lifters are used to keep the moustache out of the cup whilst the men drink. It is considered to be very unseemly and impolite to allow one's moustache to go into the wine as it is being drunk. It is disrespectful to the persons present, and is thought to be dishonouring to the deities. At drinking ceremonies – that is to say, at a funeral or house-warming feast – the Ainu use what they call a kike-usk-bashui, a moustache lifter having shavings attached to it. They are made of willow. All of these instruments, however, do not have shavings attached to them ; but the men who pride themselves on their hunting abilities have bears carved upon them. They are very proud of these, and set great store by them. The mortar and pestle are also in common use in a Ainu hut. These instruments are home-made, and each consists of a solid piece of wood. The mortar is used for threshing out wheat and millet, also for beating millet into flour and paste. This paste is used for making cakes for the special feasts. The pestle is held by the middle, so that it has really two ends.
  4. Chapter V – Furniture There is not much furniture in an Ainu hut. The center of the building is taken up with the hearth, which is a long open space surrounded with pieces of wood. In this space, as many as three or four fires can be kept burning at one time if necessary. Above the firplace is suspended from the roof an apparatus or frame containing pot-hooks and all kinds of cooking paraphernalia. This instrument is called tuna. Above this necessary piece of furniture, fish, bear's flesh, and venison are hung to dry ; and as the tuna is a kind of framework with a few bars as a bottom, wheat, barley, or millet are placed in mats and put upon it, that they may be cured ready for threshing and pounding into flour. That part of the hut extending from the head of the fireplace to the east window is, as already stated, held sacred, and is set apart for special strangers and visitors, particularly honoured guests. The right-hand corner is the place where all the Ainu treasures are kept,also a great number of family inao and nusa ; and upon the beams over these, heirlooms, old swords, bows and arrows, and fishing implements are stowed away. In long boxes next to these are preserved the special ornemental clothes and important things belonging to the master of the hut. Next to the sacred east corner comes the bedstead of the heads of the family. This consists merely of a raised platform or bench, having a screen of mats hung around it. After the bed comes the private corner of the mistress, where she keeps a little box in which are stored her beads, fings, necklaces, and other little nicknacks. Next to this is the sleeping place for the daughters of the family ; then the doorway leading to the ante-chamber. On the other side of the doorway the water-butt, tube, pots and pans are generally found. After this the sleeping shelves of the male member find a place. Then comes the south door, when a hut can boast of two doors. Friends sleep at the east end, near the window. The master and mistress and younger members of the family look upon the right-hand side of the hearth as their special place, and the rest of the family occupy the opposite side. Honoured guests take the head of the fireplace, and common visitors remain at the west end of the hearth near the doorway. Sometimes the Ainu, especially whan they expect visitors, place mats made of a hard kind of reed upon the floor ; and upon these they spread yet another softer mat, made of rushes and grass. These are used instead of stools and chairs to sit upon. Hence, to spread a mat for a person is equal to offering him a chair. (...) Ainu, when they die, are rolled up in mats and buried ; they are not placed in coffins.
  5. Next to implements used in the preparation of food, the weaving loom is a most important article. It is a simple affair, consisting of six parts. The illustration shows what they are.
    No. 1 is called a kamakap ; it very much resembles a ship's log-winder. It is used to keep the warp thread separated.
    No. 2 is called an osa. It is something like a comb, and is use to keep the warp straight.
    No. 3 is the shuttle, used for carrying the thread of the woof from one side of the cloth to the other, between the threads of the warp. It is called ahuuka-nit.
    No. 4 is called a peka-o-nit, and is used for the purpose of changing the warp threads.
    No. 5 is called attush-bera. It is used to knock the woof close home.
    No. 6 is merely a small piece of wood used as a beginning or foudation for the cloth.
    It will be easily understood that this very primitive mode of weaving is most tedious, and therefore requires a great amount of patience. It takes a very long time to weave a yard of cloth with such a machine. However, the Ainu do not understand anything about the value of time.

Références

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  9. (en+ja) « Expositions Temporaires », sur Musée National de l'Histoire Japonaise
  10. 夷酋列像 - [重]塾講師のつぶやき
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  21. Courrier International no1018 : « Que c'est dur d'être un Aïnou » p. 30
  22. Where are the Ainu now? | The Japan Times Online
  23. ICRA International - Accueil
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Voir aussi

Bibliographie

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Vidéographie

  • Kenichi Oguri, Le jardin où s'amusent les Dieux - Les Aïnus de Hokkaido, 1997

Articles connexes

Liens externes