Chronologie des faits économiques et sociaux dans les années 1980

(Redirigé depuis 1988 en économie)
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Millénaires :

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Chronologie de l'économie

Années 1970 - Années 1980 - Années 1990

Événements

  • 1980 : début de la guerre Iran-Irak. La fermeture du Chatt-el Arab entraîne l’impossibilité pour l’Irak d’exporter son pétrole. On craint un troisième choc pétrolier. Le prix du baril atteint un moment 42 dollars. Mais grâce à la hausse de la production hors de l’OPEP et à celle de l’Arabie saoudite, le prix du baril de brut retombe à 34 dollars en octobre 1981. Les pays consommateurs commencent à réduire leurs stocks.
  • 1982-1986 : contre-choc pétrolier. La demande de pétrole s’essouffle. La crise économique engendrée par la hausse des taux d’intérêt nécessaire pour juguler l’inflation réduit le pouvoir d’achat des pays consommateurs. Les prix élevés du brut rendent rentable les projets d’exploitation jusqu’alors délaissés. Le désir d’échapper à la domination de l’OPEP favorise l’exploitation du charbon, l’essor du gaz naturel et la construction de centrales nucléaires. Les politiques d’économie d’énergie améliorent les rendements énergétiques (baisse de la consommation des automobiles). L’OPEP doit diminuer sa production. En 1983, obligé de suivre le marché, elle baisse le prix du brut pour la première fois (de 34 à 29 dollars le baril).

Afrique

  • Les Plan d’ajustement structurel (PAS) imposés par le FMI se répandent dans tous les pays africains, provoquant des licenciements et des réductions de salaire, la hausse des prix, la réduction massive de l’offre scolaire, la détérioration des systèmes de santé et des conditions d’existence.
  • Entre 1980 et 2000, les investissements directs étrangers en Afrique représentent 2 % du total mondial (30 % pour l’Asie).
  • En Égypte, les écarts sociaux se creusent : 5 % des ménages urbains détiennent 55 % du revenu national au début des années 1980.
  • 440 millions d’habitants en Afrique en 1980 (12,1 % de la population mondiale). La natalité se maintient à un taux élevé (47 pour mille en moyenne en 1965 comme en 1980), la mortalité baisse (de 23 pour mille en moyenne en 1965 à 17 pour mille en 1980), l’espérance de vie à la naissance augmente (49 ans en moyenne en 1980, soit sept ans de plus qu’en 1965). 26 % de la population habite en ville.
  • 53,2 % de la population sud-africaine habite en ville en 1980.

Asie

  • 1980 : la balance commerciale du Japon n’est plus déficitaire. La population du Japon compte 117 millions d’habitants.
  • L’industrie chinoise est encore dans les années 1980 aux mains d’entreprises d’État, au personnel pléthorique, soumise à une planification centrale. Le système de prix fixés par l’État entrave les décisions des gestionnaires, la limitation de la concurrence limite la productivité. Les usines sont petites, peu spécialisées et peu rentables, et se maintiennent grâce à la protection des autorités locales et aux subventions de l’État, qui veut éviter par la privatisation l’arrivée d’une masse de chômeurs dangereuse pour la stabilité du régime. À côté de ces mastodontes publics à l’abri de la faillite, le pouvoir encourage la création d’entreprises coopératives et privées qui peuvent faire appel à des capitaux étrangers. Des « zones économiques spéciales » sont ouvertes, surtout en Chine du Sud, à un capitalisme archaïque de style XIXe siècle. La Chine attire par ses bas salaires, sa stabilité sociale et politique, la qualité de sa main-d’œuvre. Elle produit des articles manufacturés bon marché qui s’exportent vers les États-Unis, l’Europe et le Japon. Cet essor lui permet de maintenir des taux de croissance de l’ordre de 10 % par an. Cette forte croissance économique accroît cependant les inégalités régionales, les disparités sociales, la corruption, la pollution, l’inflation
  • La production de grain en Corée du Nord, croissante jusqu’en 1985, ce qui a permis d’assurer l’autosuffisance alimentaire du pays, plafonne, puis décline, d’abord à cause d’une crise structurelle interne.

États-Unis

  • Sous Reagan, les États-Unis renouent avec le libéralisme économique. Déréglementation des prix du pétrole. Hausse record des taux d’intérêts. Réforme fiscale. Le taux marginal le plus élevé de l’impôt fédéral sur le revenu des ménages, qui atteignait 90 % à l’époque de Kennedy, tombe à 31 %.
  • Reprise économique après 1983. Le chômage diminue (15 millions d’emplois sont créés entre 1982 et 1988). L’indice Dow Jones des actions industrielles, après avoir stagné dans les années 1970, s’envole après 1983. Le déficit commercial est en hausse vertigineuse.
  • En 1980, le constructeur automobile Chrysler n’est sauvé de la faillite que par l’aide financière du gouvernement fédéral. Des centaines de milliers de travailleurs sont licenciés (1979–1980). Après un lent déclin, la production automobile américaine retrouve son dynamisme, par une adaptation aux méthodes modernes de fabrication et d’organisation et dans un climat plus ouvert à la concurrence dans toute la gamme des véhicules. La productivité du travail augmente. Elle doublera chez Chrysler entre 1980 et 1992. Les innovations se multiplient, la qualité s’améliore, les automobiles s’adaptent aux contraintes publiques en matière de pollution, de sécurité et de consommation de carburant.

Amérique latine

  • Les pays d’Amérique latine connaissent une crise de la dette liée à la hausse des taux d’intérêts pratiquée par l’administration Reagan aux États-Unis puis dans le monde entier et à la récession des années 1981-1982 qui a réduit considérablement la demande de matières premières de la part des pays industrialisés[1]. Entre 1982 et 1988, les monnaies latino-américaines se déprécient de 23 % en moyenne.
  • Entre 1983 et 1995, près de 1000 entreprises publiques sont mise aux enchères au Mexique (87 % des entreprises publiques), rapportant plus de 38 milliards de dollars à l’État, dont les banques Bancomer et Banamex vendues respectivement 2,5 et 2,3 milliards de dollars.
  • Au milieu des années 1970, l’augmentation rapide de la dette extérieure et la baisse du prix du pétrole plongent le Mexique dans de graves problèmes financiers.

Europe occidentale

  • La mise en œuvre du programme économique thatchérien plonge d’abord le Royaume-Uni dans sa première récession depuis 1929 (1980-1982).
  • La moitié des entreprises publiques britanniques passe aux mains du privé de 1979 à 1990, dans le sillage de British Petroleum et du doublement de la production en Mer du Nord. Elles rapportent 13 milliards de £ au Trésor et en 1990, on compte neuf millions d’actionnaires, issus pour la plupart des classes moyennes.
  • Neuf grandes entreprises françaises sont privatisées.
  • En France, les années 1980 sont marquées aussi par l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République. Puis, par le lancement réussi du train à grande vitesse qui conditionne le développement des transports ferroviaires pour les décennies suivantes. Après une politique économique de relance marquée par de nombreuses nationalisations, le gouvernement socialiste entame en 1982 le tournant de la rigueur. Après cette période, il n'y aura plus en France de politiques économiques visant à accroître de façon significative le poids de l'État dans le marché.
  • En Italie, dans les années 1980, les régions gèrent 20 % du budget national.
  • Retour au pouvoir des Sociaux-démocrates en Suède (1982). Olof Palme met en place une politique de dévaluation de la monnaie pour redynamiser les exportations. Pendant les années 1980, l’inflation diminue, les exportations augmentent, la production industrielle s’accroît et le taux de chômage se stabilise.

Europe de l'Est

Le mur de Berlin à l'emplacement du passage du S-Bahn. Cette photo, prise en 1980, paraît dans le contexte des années 1980 curieusement anachronique, renvoyant à des évènements ayant fondé le mur deux décennies auparavant. Il faut attendre novembre 1989 pour que s'amorce le processus de la réunification allemande.
  • En 1981, le budget de la défense mobilise de 25 à 35 % du PNB soviétique. Le pays se révélera incapable de soutenir un effort aussi prolongé. En dépit des sommes énormes consacrées à la force nucléaire, l’Union soviétique ne sera jamais en mesure de disposer d’une supériorité suffisante pour détruire par une première frappe l’arsenal américain, sans s’exposer à des représailles massives.
  • La mort de Léonid Brejnev (1982) marque la fin d'une époque. En 1985, le nouveau secrétaire général du PCUS, Mikhaïl Gorbatchev, constatant l'impasse économique dans laquelle s'est engagé le pays, lance, timidement d'abord, une politique de réforme, la perestroïka (le mot signifie en russe « reconstruction »). Sur le plan économique la perestroïka est un échec, le modèle d'économie socialiste mis en place en URSS étant à bout de souffle. Mais sur le plan politique, elle donne un espace à la liberté d'expression et aux revendications nationales des peuples d'URSS qui sera fatal à un régime fossilisé, dont l'idéologie n'était depuis longtemps plus le moteur. En 1989 l'URSS abandonne ses satellites européens et entame son retrait d'Afghanistan, alors que des premiers troubles éclatent sur son territoire entre Arméniens et Azéris à propos du Haut-Karabagh.
  • Plans d’austérités en Yougoslavie. Ils ont peu d’effets sur l’économie, qui chancelle sous le poids d’une dette extérieure supérieure à 15 milliards de dollars. Avec la croissance de l’inflation et du chômage, le niveau de vie ne cesse de décliner au cours des années 1980. Dans ce contexte resurgissent ou s'exacerbent d'anciens d'antagonismes nationaux, qui aboutiront à l'arrivée au pouvoir des nationalistes en Serbie avec Slobodan Milošević et en Croatie avec Franjo Tuđman. Le décor de la guerre civile qui déchirera le pays dans les années 1990 est planté.
  • L’inflation augmente au début des années 1980 en Hongrie, forçant János Kádár à exprimer publiquement sa préoccupation et à effectuer quelques changements à la tête de l’économie. En 1985, La dette extérieure de la Hongrie atteint 7 milliards de dollars. Elle triple en quelques années pour atteindre 20,390 milliards en 1990. De 1980 à 1990, le revenu réel des salariés chute de 10 %, celui des paysans de 20 %. Les emprunts servent à financer le déficit public et à ralentir la chute du pouvoir d’achat des ménages, mais ne sont pas utilisés aux investissements, qui baissent en dix ans de 18 %.
  • La dégradation de l'économie est patente tout au long des années 1980 dans les États socialistes. En Pologne le syndicat Solidarność né des grèves des ouvriers des chantiers navals de Gdańsk alimente une contestation qui ira croissant tout au long de la décennie, forçant le général Jaruzelski à instaurer la loi martiale (1981) avant de négocier avec l'opposition après l'arrivée au pouvoir de Gorbatchev en Union soviétique. En Roumanie, le conducător Nicolae Ceaușescu parachève son régime de communisme national fermé au monde et appauvrit la population en focalisant sa politique économique sur le remboursement de la dette extérieure. Bien tenues en main par des régimes dirigés par des apparatchiks vieillissants, la RDA et la Tchécoslovaquie voient également leurs économies se dégrader. La perestroïka en cours à Moscou accélère ici les réformes (Hongrie) ou provoque là en retour une plus grande fermeture du pays (Roumanie), mais partout elle fragilise des régimes qui finiront par tomber les uns après les autres en 1989.

Notes et références

  1. Serge Berstein et Pierre Milza, Histoire du XXe siècle : La fin du monde bipolaire - 1973 aux années 1990, t. 3, Hatier, coll. « Initial », , 287 p. (ISBN 978-2-218-94737-7).