13-15 rue Cognacq-Jay

13-15 rue Cognacq-Jay
Cognacq-Jay
Cognacq-Jay 1.jpg
Entrée du 13-15 rue Cognacq-Jay à Paris
Présentation
Destination initiale
Pension de famille (jusqu'en 1942)
Siège de la télévision française (1942-1992)
Destination actuelle
Siège de Arkena
Style
Propriétaire
Site web
[www.arkena.com www.arkena.com]
Localisation
Pays
Région
Commune
Adresse
Coordonnées
48° 51′ 42″ N, 2° 18′ 12″ E
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L'immeuble situé aux numéros 13-15 de la rue Cognacq-Jay à Paris est un « incunable » historique de la télévision française depuis 1942 (le vrai berceau de la télé en France se situerait quant à lui au 103 rue de Grenelle, dans le même 7e arrondissement parisien, où, dès novembre 1935, furent émis les premiers programmes réguliers de la TV française, sous l'impulsion de Georges Mandel, alors Ministre, et de l'ingénieur Maurice/René Barthélemy, comme semble l'attester une plaque commémorative apposée sur le mur de cette dernière adresse par Louis Mexandeau, alors lui-même Ministre, en 1985...).

L'immeuble des 13-15 rue Cognacq-Jay abrite aujourd'hui la société Arkena (anciennement Cognacq-Jay Image), filiale de TDF.

Histoire

Durant l'occupation allemande de Paris, l'officier Kurt Hinzmann, ancien directeur des programmes de la télévision de Berlin, propose la remise en service de l'émetteur de télévision de la Tour Eiffel pour diffuser une chaîne de télévision destinée à distraire les soldats allemands hospitalisés. Il exige de choisir lui-même les futurs studios aux frais de l’État Français et repère un ancien dancing faisant partie du défunt parc d'attractions Magic-City, fondé par Ernest Cognacq, au 176-180 rue de l'Université, dont la salle de danse du premier étage est suffisamment vaste pour être transformée en studio de télévision[1]. L'immeuble du Magic-City est cependant insuffisant pour accueillir les ateliers de construction de décors, les télécinémas, les services de maintenance et les bureaux. Derrière l'immeuble se trouve un garage abandonné pouvant servir d'atelier et qui jouxte un bel immeuble de huit étages, La Familiale de l'Alma, une pension de famille de standing située au numéros 13-15 de la rue Cognacq-Jay, qui peut servir aux services administratifs et techniques. Les autorités allemandes l'annexent et en font la façade de Fernsehsender Paris. Ces futurs studios ont l'avantage de la proximité de la tour Eiffel, résolvant ainsi les problèmes de liaisons avec l'émetteur car les câbles coaxiaux ne peuvent dépasser quelques centaines de mètres sans déperdition de la qualité d'image. Cet ensemble idéal est immédiatement réquisitionné par la préfecture de la Seine et l'administration française s'en porte acquéreur au nom de la Radiodiffusion nationale. Le propriétaire de l'ancienne pension de famille est définitivement exproprié en juillet 1943. Fernsehsender Paris y produit et diffuse ses programmes du au . L'unique studio de télévision est composé de l'ancienne salle de danse du Magic-City, dont la scène est transformée en forme de V afin de permettre un recul des caméras pour des prises de vues plus larges. La régie de diffusion est installée au troisième étage de l'immeuble de La Familiale de l'Alma. Les Allemands entreprennent de construire un second studio de télévision qui reste inachevé à leur départ le 17 août 1944, lorsqu'ils quittent précipitamment les studios en laissant aux Français une station de télévision totalement opérationnelle et parmi les plus performantes du monde, ce qui permet à la télévision française d'être la première en Europe à reprendre ses émissions depuis l'ancien studio et avec le matériel de Fernsehsender Paris, dès le par intermittence et en circuit fermé, car les Américains interdisent l'utilisation de l'émetteur de la tour Eiffel jusqu'au .

Sur décision de Jean Guignebert, directeur de la Radiodiffusion nationale l'immeuble dans lequel avait fonctionné Fernsehsender Paris prend le nom de Centre Alfred Lelluch[N 1] en 1945. Les travaux du studio 2 sont terminés en janvier 1945. Ce studio de 200 m2 comporte une fosse qui y a été creusée afin de pouvoir tourner des scènes aquatiques. Le grand studio installé dans l'ex Magic-City devient le studio 1.

En 1947, un programme de réhabilitation de l'ensemble immobilier situé entre la rue Cognacq-Jay et la rue de l'Université prévoit de surélever le bâtiment principal et d'aménager six studios ainsi qu'un espace scénique de plein air, sur la terrasse. Faute de moyens financiers, la Radiodiffusion française renonce à ce projet d'envergure et se voit même contrainte de louer le studio 2 à des producteurs de cinéma pour des tournages de films. Ainsi, le cinéaste Marcel Aboulker y tourne quelques plans de son film Les pieds-nickelés.

La création de la Radiodiffusion-télévision française permet d'obtenir davantage de crédits et de mettre en œuvre une partie des travaux nécessaires à l'adaptation du bâtiments aux nécessités de la télévision en plein développement. L'implantation et les aménagements effectués par la RTF sont conservés par l'ORTF. Initialement conçu pour exploiter une unique chaîne de télévision, le centre Alfred Lelluch abrite également à partir de décembre 1963 les studios et la régie de diffusion de la deuxième chaîne, puis de la troisième chaîne à partir de décembre 1972. À la suite de l'ouverture des studios des Buttes-Chaumont, Cognacq-Jay se consacre à l'information et le grand studio 1 est divisé en deux, l'un pour le journal télévisé de la première chaîne, l'autre pour celui de la deuxième chaîne.

À la suite de la suppression de l'ORTF le 1er janvier 1975, le centre perd son nom et devient le siège social de la nouvelle société nationale de programme Télévision française 1 (TF1). Les deux autres sociétés nationales de programme concurrente quittent la rue Cognacq-Jay pour s'établir dans leur propre siège social. Toutefois, Antenne 2 continue d'utiliser les studios 2 et 4 pour la production de son journal télévisé et Antenne 2 et France Régions 3 y conservent leurs régies de diffusion à laquelle s'ajoute en 1982 celle de la nouvelle société nationale de programme RFO. La chaîne francophone TV5 y installe son siège en 1984 sur deux étages et demi. En juillet 1985, Antenne 2 cède 40 % de ses droits immobiliers sur l'immeuble Lelluch à TF1 pour un montant de 27 millions de francs[2].

Jusqu’en 1986, les murs étaient tapissés de tracts. La CGT y était majoritaire. Après la privatisation de TF1, on ne voyait plus un tract syndical sur les murs, ils étaient remplacés par les résultats quotidiens de l’audimat, jusque dans les ascenseurs.

Les magnétos de diffusion (BVH, BVU, Betacart) ainsi que la maintenance était effectivement gérés par TDF pour les régies finales.

Privatisée en avril 1987, TF1 reste dans les locaux le temps de la construction de son nouveau siège social à Boulogne-Billancourt qu'elle rejoint en mai 1992. En 1984, la régie finale d'Antenne 2 s'installe avenue Montaigne, ainsi que ses studios baptisés 20 et 40 et FR3 quitte Cognacq-Jay pour la rue Varet dans le 15e arrondissement de Paris. TV5 Monde quitte la mythique adresse fin juillet 2006. Seules restent des chaînes du câble, du satellite et de la TNT qui y partagent les plateaux, les caméras et les régies de Cognacq-Jay Image.

Organisation du bâtiment

Centre Alfred Lelluch (1945-1975)

Plaque commémorative à Alfred Lelluch au 15 rue Cognacq-Jay

La direction de la télévision, les studios, régies et locaux techniques sont répartis entre les huit étages du Centre Alfred Lelluch. Les services d'exploitation de la télévision occupent les différents niveaux du sous-sol au quatrième étage. Les bureaux et la direction sont situés dans les étages supérieurs.

Au rez-de-chaussée du 13-15 rue Cognacq-Jay se trouve le laboratoire de développement des films qui développe les films tournés sur pellicule inversible 16 mm (dont les films d'actualité, les dramatiques, les documentaires et toutes les émissions qui ne sont pas diffusées en direct). On y trouve également la salle des télécinémas et, entre celle-ci et le laboratoire, le studio 2 qui est affecté aux émissions légères, variétés et magazines, comme Rendez-vous avec... et Discorama.

Le premier et le deuxième étages sont occupés par les équipes techniques de l'information, dont les cameramen reporters, chauffeurs, preneurs de son et monteurs s'activent tous pour construire le Journal télévisé.

Le troisième étage est un étage névralgique. Il abrite le troisième studio du centre, le studio 8, construit au début des années 1950. Dans un de ses angles se trouvent la pendule de la RTF et les panneaux d'indicatifs, dans un autre angle la cabine des speakerines d'où sont présentés les programmes et un dernier secteur est réservé au Journal télévisé. Un studio est aussi affecté aux correspondant des télévisions étrangères qui viennent commenter l'actualité française dans le cadre des échanges internationaux de programmes d'information. À la fin des années 1950, la coordination des programmes installe à cet étage la régie finale, véritable passerelle de commandement qui assure l'enchaînement des programmes diffusés sur RTF Télévision.

Le cinquième étage est l'étage des journalistes qui prêtent leurs voix, puis leur visage au Journal télévisé.

Le sixième étage est l'étage des ingénieurs et techniciens.

Au septième étage se trouve la direction des programmes.

Le service de la décoration et la cantine occupent le huitième et dernier étage.

L'antenne émettrice est placée sur la terrasse au-dessus du huitième étage.

Chaînes de télévision ayant occupé ou occupant l'immeuble

Évolutions des régies finales de la 3e Chaine de l"ORTF, FR3 et de France 3 a Cognacq-Jay

  • De 1972 au début des années 1980 → Première régie finale manuelle analogique équipée de télécinéma.
  • Du début de 1980 à 1994 → Deuxième version de la régie finale toujours avec enchainements manuels avec diffusion sur des cassettes Béta SP.

Notes et références

Notes

  1. Ingénieur en chef de la radiodiffusion française, Alfred Lelluch est un opposant de la première heure à la politique de Vichy. Il est Lieutenant Colonel FFI dans le groupe de la radiodiffusion française et directeur technique de la radiodiffusion insurrectionnelle. Il met en fabrication ou détourne de leur destination plusieurs dizaines d’émetteurs provenant des laboratoires radio-électriques de Clermont-Ferrand, organise la livraison de ce matériel et organise la répartition des émetteurs radio sur l’ensemble du territoire pour permettre à la radio de se faire entendre dès le départ de l’ennemi, malgré la destruction presque totale de son réseau national. Arrêté et torturé part la Gestapo et la milice le 15 mai 1944, il est fusillé le 29 juillet 1944 à Aulnat dans le Puy-de-Dôme.

Références

  1. Jusqu'en 1942, cette salle continue à servir pour des rassemblements. Ainsi, le 22 mars 1942 elle est le lieu de rassemblement d'un meeting du Front Social du Travail. Il est annoncé notamment dans Le Matin du 20 mars 1942, page 2, 8e colonne. Voir l'annonce reproduite dans Commons.
  2. Arrêté du 11 juillet 1985 portant approbation de la convention de transfert de droits immobiliers de la société nationale de programme de télévision dénommée Antenne 2 et la société nationale de programme de télévision dénommée Télévision Française 1, Droit-finances.net

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes