Œuvres morales

Moralia, 1531

Les Œuvres morales (en grec ancien Ἠθικὰ / Ethikà, en latin Moralia) sont un ensemble éclectique de textes grecs de Plutarque (Ier-IIe siècle). Ils traitent de différents sujets qui peuvent être d'ordre religieux ou éthique, philosophique, littéraire mais aussi plus prosaïque. Ils sont qualifiés d'œuvres morales quand bien même on peut parler d'œuvre diverse, les traités moralistes représentant approximativement le quart des traités conservés. Les humanistes du XVIe siècle (tel Érasme et surtout Montaigne) s'en sont fortement inspirés.

Genèse des Œuvres morales

Les Œuvres morales ne sont pas une œuvre conçue par Plutarque comme un ensemble, mais un terme utilisé pour désigner pas moins de 78 traités qu'il a composés tout au long de sa vie, relevant de genres littéraires divers et traitant de multiples sujets[1]. Ces traités ont été composés par Plutarque pour la plupart entre les années 72 et 126 ap. J.-C. ; il en a écrit la majorité pendant les trente dernières années de sa vie[1].

Histoire éditoriale

La première édition complète est celle de Maxime Planude, moine de Constantinople (XIIIe – XIVe siècle). L'édition de référence est celle de 1572 d'Henri Estienne. Son découpage (en 14 livres et 76 traités complets et deux fragmentaires) et les titres qu'il a donnés aux traités (en latin) sont en général ceux qui sont encore utilisés de nos jours.

On ne connaît pas une liste exhaustive des traités, on estime néanmoins que ce qui nous ait parvenu doit être le quart ou le tiers des traités de Plutarque, alors que ses Vies sont très bien conservées. On se base sur le « catalogue de Lamprias », liste de 227 traités écrits par Plutarque, bien que les propos de tables ainsi que des traités cités par d'autres auteurs n'y figurent pas.

Traités composant les Œuvres morales

La classification ci-dessous reprend celle adoptée par la première édition des Œuvres morales dans la Collection des Universités de France aux éditions Les Belles Lettres[2].

  • Tome I, première partie
    • 1. De l'éducation des enfants (Περὶ παίδων ἀγωγῆς - De liberis educandis)
      • Traité souvent considéré comme médiocre et approximatif, on soupçonne qu'il soit apocryphe
    • 2. Comment lire les poètes (Πῶς δεῖ τὸν νέον ποιημάτων ἀκούειν - Quomodo adolescens poetas audire debeat)
  • Tome I, deuxième partie
    • 3. Comment écouter (Περὶ τοῦ ἀκούειν - De recta ratione audiendi)
    • 4. Moyen de distinguer le flatteur d'avec l'ami (Πῶς ἂν τις διακρίνοιε τὸν κόλακα τοῦ φίλου - Quomodo adulator ab amico internoscatur)
    • 5. Comment s'apercevoir qu'on progresse dans la vertu (Πῶς ἂν τις αἴσθοιτο ἑαυτοῦ προκόπτοντος ἐπ᾿ ἀρετῇ - Quomodo quis suos in virtute sentiat profectus)
    • 6. Comment tirer profit de ses ennemis (Πῶς ἂν τις ὑπ᾿ ἐχθρῶν ὠφελοῖτο - De capienda ex inimicis utilitate)
    • 7. De la pluralité d'amis (Περὶ πολυφιλίας - De amicorum multitudine)
    • 8. De la fortune (Περὶ τύχης - De fortuna)
    • 9. De la vertu et du vice (Περὶ ἀρετῆς καὶ κακίας - De virtute et vitio)
  • Tome II
    • 10. Consolation à Apollonios (Παραμυθητικὸς πρὸς Ἀπολλώνιον - Consolatio ad Apollonium)
    • 11. Préceptes de santé (Ὑγιεινὰ παραγγέλματα - De tuenda sanitate praecepta)
    • 12. Préceptes de mariage (Γαμικὰ παραγγέλματα - Coniugalia praecepta)
    • 13. Le Banquet des sept sages (Ἑπτά σοφῶν συμπόσιον - Septem sapientium convivium)
    • 14. De la superstition (Περὶ δεισιδαιμονίας - De superstitione)
  • Tome III
    • 15. Apophtegmes de rois et de généraux (Βασιλέων ἀποφθέγματα καὶ στρατηγών - Regum et imperatorem apophthegmata)
    • 16. Apophtegmes laconiens (Ἀποφθέγματα Λακωνικά - Apophthegmata Laconica)
  • Tome IV
    • 17. Conduites méritoires de femmes (Γυναικῶν ἀρεταί - Mulierum virtutes)[3]
    • 18. Étiologies romaines (Αἴτια Ῥωμαϊκά - Quaestiones Romanae)
    • 18. Étiologies grecques (Αἴτια Ἑλληνικά - Quaestiones Graecae)[4]
    • 19. Parallèles mineurs (Συναγωγὴ ἱστοριῶν παραλλήλων Ἑλληνικῶν καὶ Ρωμαϊκῶν - Parallela minora) (Pseudo-Plutarque)
  • Tome V, première partie
    • 20. La fortune des Romains (Περὶ τῆς Ῥωμαίων τύχης - De fortuna Romanorum)
    • 21. La fortune ou la vertu d'Alexandre (Περὶ τῆς Ἀλεξάνδρου τύχης ἢ ἀρετῆς - De Alexandri magni fortuna aut virtute)
    • 22. La gloire des Athéniens (Πότερον Ἀθηναῖοι κατὰ πόλεμον ἢ κατὰ σοφίαν ἐνδοξότεροι - De gloria Atheniensium)
  • Tome V, deuxième partie
    • 23. Isis et Osiris[5] (Περί Ίσιδος και Οσίριδος - De Iside et Osiride)
  • Tome VI (Dialogues Pythiques)
    • 24. Sur l'E de Delphes (Περί τού Εί τού έν Δελφοίς - De E Delphico)
    • 25. Sur les oracles de la Pythie (Περί του μη χραν έμμετρα νυν την Πυθίαν - De Pythiae oraculis)
    • 26. Sur la disparition des oracles (Περί των εκλελοιπότων χρηστηρίων - De defectu oraculorum)
  • Tome VII, première partie
    • 27. La Vertu peut-elle s'enseigner ? (Εἰ διδακτὸν ἡ ἀρετή - An virtus doceri possit)
    • 28. De la vertu morale (Περί ηθικής αρετής - De virtute morali)
    • 29. Du contrôle de la colère (Περί αοργησίας - De cohibenda ira)
    • 30. De la tranquillité de l'âme (Περί ευθυμίας - De tranquillitate animi)
    • 31. De l'amour fraternel (Περί φιλαδελφίας - De fraterno amore)
    • 32. De l'amour de la progéniture (Περί της εις τα έγγονα φιλοστοργίας - De amore prolis)
    • 33. Si le vice suffit pour rendre l'homme malheureux (Ει αυτάρκης η κακία προς κακοδαιμονίαν - An vitiositas ad infelicitatem sufficiat)
    • 34. Si les affections de l'âme sont plus funestes que celles du corps (Περί του πότερον τα ψυχής ή τα σώματος πάθη χείρονα - Animine an corporis affectiones sint peiores)
    • 35. Du bavardage (Περί αδολεσχίας - De garrulitate)
    • 36. De la curiosité (Περί πολυπραγμοσύνης - De curiositate)
  • Tome VII, deuxième partie
    • 37. De l'amour des richesses (Περί φιλοπλουτίας - De cupiditate divitiarum)
    • 38. De la fausse honte (Περί δυσωπίας - De vitioso pudore)
    • 39. De l'envie et de la haine (Περί φθόνου και μίσους - De invidia et odio)
    • 40. Comment se louer soi-même sans exciter l'envie (Περί του εαυτόν επαινείν ανεπιφθόνως - De laude ipsius)
    • 41. Sur les délais de la justice divine (Περί των υπό του θείου βραδέως τιμωρουμένων - De sera numinis vindicta)
  • Tome VIII
    • 42. Du destin (Περί ειμαρμένης - De fato) (Pseudo-Plutarque)
    • 43. Le Démon de Socrate (Περί του Σωκράτους δαιμονίου - De genio Socratis)
    • 44. De l'exil (Περὶ φυγῆς - De exilio)
    • 45. Consolation à sa femme (Παραμυθητικός προς την γυναίκα - Consolatio ad uxorem)
  • Tome IX, première partie
    • 46. Propos de table (Συμποσιακά - Quaestiones convivales)
  • Tome X
    • 47. Dialogue sur l'amour (Έρωτικός - Amatorius)
    • 48. Histoires d'amour (Ερωτικαί διηγήσεις - Amatoriae narrationes)
  • Tome XI, première partie
    • 49. Le philosophe doit surtout s'entretenir avec les grands (Περί του ότι μάλιστα τοις ηγεμόσιν δει τον φιλόσοφον διαλέγεσθαι - Maxime cum principibus philosopho esse disserendum)
    • 50. À un chef mal éduqué (Προς ηγεμόνα απαίδευτον - Ad principem ineruditum)
    • 51. Si la politique est l'affaire des vieillards (Ει πρεσβυτέρω πολιτευτέον - An seni respublica gerenda sit)
  • Tome XI, deuxième partie
    • 52. Préceptes politiques(Πολιτικά παραγγέλματα - Praecepta gerendae reipublicae)
    • 53. Sur la monarchie, la démocratie et l'oligarchie (Περί μοναρχίας και δημοκρατίας και ολιγαρχίας - De unius in republica dominatione, populari statu, et paucorum imperio)
  • Tome XII, première partie
    • 54. Il ne faut pas s'endetter (Περί του μη δειν δανείζεσθαι - De vitando aere alieno)
    • 55. Vie des dix orateurs (Βίοι των δέκα ρητόρων - Vitae decem oratorum) (Pseudo-Plutarque)
    • 56. Comparaison d'Aristophane et de Ménandre (Συγκρίσεως Αριστοφάνους και Μενάνδρου επιτομή - Comparationis Aristophanis et Menandri compendium)
    • 57. De la malignité d'Hérodote (Περί της Ήροδότου κακοηθείας - De malignitate Herodoti)
  • Tome XII, deuxième partie
    • 58. Opinions des philosophes (Περί των αρεσκόντων φιλοσόφοις φυσικών δογμάτων - De placitis philosophorum)
  • (Tomes XIII et XIV non encore parus)
    • Étiologies naturelles (Αίτια φυσικά - Quaestiones naturales)
    • Sur le visage qui est dans la Lune[6] (Περὶ τοῦ ἐμφαινομένου προσώπου τῷ κύκλῳ τῆς σελήνης - De facie in orbe lunae)
    • Sur le premier froid (Περί του πρώτως ψυχρού - De primo frigido)
    • Sur les utilités comparées de l'eau et du feu (Πότερον ύδωρ ή πυρ χρησιμότερον - Aquane an ignis sit utilior)
    • De l'intelligence des animaux (Πότερα των ζώων φρονιμώτερα, τα χερσαία ή τα ένυδρα - De sollertia animalium)
    • Gryllos, ou Les bêtes sont douées de raison (Περί του τα άλογα λόγω χρήσθαι - Bruta animalia ratione uti)
    • Sur la consommation de viande (Περί σαρκοφαγίας - De esu carnium)
    • Questions platoniciennes (Πλατωνικά ζητήματα - Platonicae quaestiones)
    • De la naissance de l'âme dans le Timée (Περί της εν Τιμαίω ψυχογονίας - De animae procreatione in Timaeo)
    • Épitomé du traité De la naissance de l'âme dans le Timée (Επιτομή του περί της εν τω Τιμαίω ψυχογονίας - Epitome libri de animae procreatione in Timaeo)
  • Tome XV, première partie
    • 70. Sur les contradictions stoïciennes (Περί Στωικών εναντιωμάτων - De Stoicorum repugnantiis)
    • 71. Synopsis du traité Que les stoïciens tiennent des propos plus paradoxaux que les poètes (Ότι παραδοξότερα οι Στωικοί των ποιητών λέγουσιν - Stoicos absurdiora poetis dicere)
  • Tome XV, deuxième partie
    • Sur les notions communes contre les Stoïciens (Περί των κοινών εννοιών προς τους Στωικούς - De communibus notitiis adversus Stoicos)
  • (Traités suivants non encore édités)
    • Institutions anciennes des Laconiens (Τὰ παλαιὰ τῶν Λακεδαιμονίων ἐπιτηδεύματα - Instituta Laconica)
    • Apophtegmes laconiens (Λακαινῶν αποφθέγματα - Lacaenarum apophthegmata)
    • Qu'il est impossible de vivre heureux en suivant les préceptes d'Épicure (Ότι ουδέ ηδέως ζην έστιν κατ’ Επίκουρον - Non posse suaviter vivi secundum Epicurum)
    • Contre Colotès (Προς Κωλώτην - Adversus Colotem)
    • Si l'on a raison de dire qu'il faut vivre caché (Ει καλώς είρηται το λάθε βιώσας - An recte dictum sit latenter esse vivendum)
    • Sur la musique (Περί μουσικής - De musica) (Pseudo-Plutarque)

Voir aussi

Notes et références

  1. a et b Jacques Boulogne, article « Moralia (Œuvres morales) » du Dictionnaire Plutarque, dans François Hartog (dir., 2001), pp. 2048-2051.
  2. Découpage des tomes, numérotation des traités et traduction française des titres trouvés sur le site des éditions des Belles Lettres. Site consulté le 14 mai 2011.
  3. http://data.bnf.fr/16616964/plutarque_conduites_meritoires_de_femmes/.
  4. suite d’Étiologies romaines
  5. Texte en ligne sur le site Lacus Curtius : Isis and Osiris.
  6. Traduction anglaise en ligne sur le site Lacus Curtius : On the Face in the Moon

Bibliographie

Éditions

  • Traduction : Jacques Amyot, Les œuvres morales et philosophiques de Plutarque, 1572, rééd. 1819-1820. [1]
  • Traduction : abbé Dominique Ricard, Œuvres morales, 1783-1795, 17 vol.
  • Traduction : Victor Bétolaud, œuvres morales et œuvres diverses, Hachette, 5 vol., 1870.
  • Les Belles Lettres, coll. Budé, en 16 tomes prévus Consulter la liste des éditions de cette œuvre

Études

  • François Hartog (dir.), Plutarque, Vie parallèles, suivies d'un Dictionnaire Plutarque sous la direction de Pascal Payen, Paris, Gallimard, Quarto, 2001.
  • Cécile Panagopoulos, « Vocabulaire et mentalité dans les Œuvres morales de Plutarque », Dialogues d'histoire ancienne, volume 3, n°3, 1977, pp. 197-235. [lire en ligne]

Liens externes