Étienne Benoist de La Grandière

Étienne Benoist de La Grandière
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Portrait d'Étienne IV Benoist de La Grandière, par Jacques Delage de Lorge (Musée des beaux-arts de Tours). Il lui fut offert par la municipalité de Tours.
Fonctions
Député du Royaume ()
Assemblée des notables
-
Maire de Tours
-
Procureur-syndic
Assemblée provinciale et généralité de Tours
Biographie
Naissance
Décès
Formation
Activité
Père
Parentèle
Autres informations
Maître
Lieu de détention

Étienne-Jacques-Christophe Benoist de La Grandière, écuyer, né le à Tours et décède à Tours le , est un juriste français, maire de la ville de Tours de 1780 à 1790, dont il est le dernier sous l'Ancien Régime.

Biographie

Ses études

Armes de la famille Benoist de La Grandière.

Étienne est le fils de Louis Benoist de La Grandière (1703-1788), ancien maire de Tours, et de Madeleine Rabasche (fille de Jean Jacques Rabasche, sieur des Deux-Croix, qui fut maire de Tours durant 23 ans).

Il entre chez les Jésuites à Tours, puis alla ensuite à l'Université d'Orléans où il fait son droit sous le célèbre Pothier, dont les travaux ont préparé le code civil. Il reçoit plusieurs années consécutives la Médaille d'honneur qu'avait instituée Pothier pour celui de ses élèves qui aurait le mieux subi ses examens. En 1758, son père le conduit à Paris afin de le faire recevoir dans la charge de procureur du roi en la maîtrise particulière des eaux et forêts de Tours que son frère, sur le conseil de son père, lui avait vendue.

Ayant prêté serment d'avocat à la Cour, à Paris, il revient à Tours. En janvier 1772, son père lui cède sa place d'assesseur de la Maréchaussée générale de Touraine. Le gouvernement le nomme avocat général au Parlement de sa Province en récompense de ses services, mais il en refuse la faveur car il ne pouvait se résoudre à occuper une position supérieure à celle de son père qui en était alors conseiller.

Outre ses charges de procureur du roi en la maîtrise des eaux et forêts de Tours, il est également conseiller du roi au Bailliage et siège Présidial de Tours, censeur royal, pensionné de Sa Majesté et procureur général-syndic de l'Assemblée des Trois Provinces de la généralité de Tours (Maine, Anjou et Touraine).

Un maire au service de l'intérêt général

En 1780, La Grandière devient maire de la ville de Tours, mairie qu'il conservera jusqu'en 1790. Son action fut toujours dans le simple et unique objectif de l'intérêt collectif[1].

Portrait par Thomas-Étienne Pringot.

Depuis la fin du XVIe siècle, Tours était privé des foires franches. Comprenant toute l'influence que leur rétablissement aurait sur l'extension du commerce et toute l'importance qu'en pourrait retirer la Ville de Tours, il entreprit de faire autoriser par le gouvernement la réouverture de ces foires. Il eut à lutter en cette occasion contre de puissants adversaires, les fermiers généraux, qui voyaient dans la réalisation de ce projet, une atteinte portée à leurs privilèges. Ses efforts furent couronnés d'un plein succès, et, en 1782, il obtint un arrêté ordonnant qu'une foire franche aurait lieu à Tours, tous les six mois, avant d'en obtenir en 1785, la prolongation et l'augmentation.

Ce premier succès, obtenu en faveur d'une localité, fut bientôt suivi d'une amélioration d'un intérêt plus général. Les fermiers généraux étaient parvenus à persuader le ministre des Finances que les lois fiscales qui régissaient alors la France exigeaient, sur certains points, diverses modifications. Le gouvernement, en cédant à leur demande, s'était flatté d'adoucir certaines dispositions trop rigoureuses. La Grandière, dans un mémoire adressé au ministre, signala les nombreux abus qui allaient nécessairement résulter des dispositions nouvelles; il prouva que les fermiers généraux, en faisant leurs réclamations, n'avaient été mus que par leur intérêt personnel. Ses observations furent écoutées et l'on rapporta cette mesure contraire aux intérêts de la nation.

Ce fut à cette même époque que les entrepreneurs des messageries obtinrent le privilège exclusif de transporter toutes les marchandises en transit. Un tel monopole porta un coup funeste à un grand nombre de négociants qui se trouvaient ainsi frustrés de l'exploitation de cette branche d'industrie. Les négociants s'alarmèrent d'une telle mesure : Lagrandière fut prié d'en faire ressortir les inconvénients. Un Mémoire fut rédigé par lui et mis sous les yeux de M. de Colonia et de M. Couturier, premier commis des Finances. Frappés de la justesse de ses observations, ces fonctionnaires se hâtèrent d'obtempérer à sa demande, et l'édit fut révoqué bientôt après.

Depuis plus d'un demi-siècle le commerce des vins était entravé par plusieurs édits qui défendaient aux nombreux propriétaires des vignobles riverains de la Loire d'expédier par ce fleuve les vins destinés aux colonies. La Grandière démontra au gouvernement combien un tel état de choses était préjudiciable aux véritables intérêts du commerce. Après une année entière de démarches et de sollicitations, il parvint à faire rendre un édit qui accordait une liberté entière à la navigation sur la Loire et ses affluents.

Un des deux tableau représentant la ville de Tours, peint par Charles-Antoine Rougeot, et offert par le comte d'Estaing, gouverneur de Touraine, à Benoist de La Grandière, maire de Tours.

Tandis qu'il se voyait forcé de guerroyer avec les agents des administrations pour faire lever les barrières qui arrêtaient l'écoulement des produits du sol de la Touraine, il s'occupa en outre de créer sur divers points de la province de nouvelles voies de communication. Par ses soins, on ouvrit la grande route de Vendôme à Tours, et l'on projeta le rétablissement d'un ancien canal qui réunissait autrefois le Cher et la Loire au-dessus de Tours. Ce furent aussi ses conseils qui déterminèrent les régisseurs des Poudres-et-Salpêtres à faire construire le moulin à poudre de Ripault.

Les places publiques, les rues, les marchés et les édifices de Tours furent restaurés et embellis et il réorganisa entièrement son ancien collège, qui ne soutenait plus, depuis plusieurs années, son ancienne réputation.

Toujours préoccupé du sort de la classe laborieuse et des moyens d'améliorer sa position, il institua des Prix destinés à être décernés aux ouvriers qui auraient montré le plus d'habileté dans leur profession et fonda une École gratuite de Dessin. Cette dernière institution fut de la plus grande utilité pour les fabricants de soieries de Tours qui jusqu'alors avaient été obligés de recourir à leurs confrères de Paris pour se procurer les dessins nécessaires à la confection de leurs étoffes.

Il fait construire à Tours un nouveau Palais de Justice et un nouvel hôtel de ville (aujourd'hui disparu), et, en 1787, il obtient, non sans de nombreuses oppositions locales, un arrêt du Conseil d'État autorisant l'établissement de l'éclairage public à Tours. Il est également à l'origine de la numérotation des maisons.

Louis XVI l'appela à siéger aux Assemblée des notables de 1787 et 1788 à Versailles. Il s'y distingue et est l'un des plus remarquables députés du Royaume. Il prend fréquemment la parole sur les questions les plus importantes, et principalement sur celle de la réforme financière qui préoccupait alors si vivement les esprits. Il propose entre autres que tous les citoyens puissent concourir aux charges publiques, seul moyen de payer la dette dont l'extinction paraissait si difficile dans une époque étrangère encore aux grandes questions du crédit public. Il y interviendra toujours de manière libre et impartiale, dans le seul sens de l'intérêt du pays[2].

La Révolution

Gravure représentant Étienne Benoist de La Grandière.

Lorsqu'il est de retour à Tours, le peuple, excité par des pamphlets incendiaires, exaspéré par la cherté du pain, avait pris une attitude factieuse qui présageait bien des malheurs. Trois émeutes violentes éclatèrent successivement. La Grandière, au péril de sa vie plusieurs fois menacée, parvint à en arrêter les suites funestes. Par ses efforts et sa prévoyance, la ville reçut de nombreux approvisionnements. Il fit venir de l'étranger des blés qui purent être livrés à bas prix par suite des sacrifices que s'imposa la classe aisée de Tours entraînée par l'exemple de son chef.

La population voulut lui confier le mandat de député de la Noblesse pour les États généraux de 1789, mais sa santé le poussa à refuser cet honneur. Retiré des affaires publiques, il ne cessa pas de se préoccuper des plus miséreux comme il le fit durant toute sa vie, il fit don d'un capital de vingt mille francs à l'Hospice de la Charité de Tours et de six mille francs aux pauvres de la commune de Vouvray[3].

Durant la période de la Révolution, il donna aux Bourbons une preuve de son dévouement dans une adresse pleine de courage, signée aussi par Pierre-Adrien Gaullier de La Celle et Taschereau, ancien lieutenant criminel à Tours, que Roi Louis XVI conserva. Il fut, sous la Terreur, emprisonné avec sa femme à la prison du Luxembourg, ainsi que dans une prison de Châteauroux.

Étienne Benoist de La Grandière décéda à Tours le .

Plusieurs voies de Tours ont porté son nom : rue de La Grandière, impasse de La Grandière et place de La Grandière (aujourd'hui Place du 14 juillet).

Vie familiale

En 1762, il avait épousé Marie-Catherine Verger de Vaudenuit, fille de Jean-Gabriel, négociant et propriétaire à la Martinique, et de Marie-Françoise Roüault. Elle était la sœur de Gabriel-Benoît, écuyer, garde du corps du Roi (compagnie de Luxembourg) et capitaine de Cavalerie, qui épousera la sœur de François-Michel-Antoine de Rancher, marquis de La Ferrière. Étienne était le père de :

Notes et références

  1. À l'époque, le quatrain suivant fut écrit en son honneur :
    Si Diogène eût pu voir
    Le Maire qui nous gouverne,
    Sans peine on doit concevoir
    Qu'il eût éteint sa lanterne.
  2. Cité dans le Cantique sur l'Assemblée des Notables; Sur l'air du cantique de Saint Roch, il est l'un des rares à l'être en bien : Louis Petit de Bachaumont, Jean-Toussaint Merle, Mémoires historiques, littéraires, politiques, anecdotiques et critiques de Bachaumont, ..., Paris 1809. (Google Livres)
  3. Le 14 brumaire de l'an XI, le Conseil municipal de Tours lui vota cette adresse de remerciements : Vos ancêtres ont contribué à doter cet Hospice (celui de la Charité); vous avez vous-même long-temps travaillé à sa prospérité comme Maire de Tours; vous voulez encore concourir au maintien de cet établissement utile. Cet acte de bienfaisance ne nous a pas étonnés. Nous nous rappelons tous les jours les longs services que vous avez rendus à notre Commune, et vos concitoyens n'attendent de vous que des actes qui peuvent honorer l'humanité.

Sources

  • Jarry de Mancy, Portraits et histoire des hommes utiles, bienfaiteurs et bienfaitrices de tous pays et de toutes conditions, Société Montyon et Franklin, Paris 1839. (Google livre)
  • Claude Petitfrère, Les maires de Tours aux XVIIe-XVIIIe siècles : patriciens ou hommes nouveaux ?, dans « Construction, reproduction et représentation des patriciats urbains de l'Antiquité au XXe siècle », 1999
  • Claude Petitfrère, Célébration/contestation, les deux versants de la célébrité. À propos d’Etienne Benoît de La Grandière, maire de Tours (1780-1789)” (en collaboration avec B. Baumier), Congrès national des Sociétés Savantes, Bordeaux, 2009
  • Olivier Ducamp, Les Benoist de La Grandière et leur descendance, Éditions Christian, Paris 1998.
  • Mémoires de la Société archéologique de Touraine, Société archéologique de Touraine.
  • Jean-Nicolas Dufort de Cheverny, Mémoires sur les règnes de Louis XV et Louis XVI et sur la Révolution, Ed. Plon, Nourrit et Cie, Paris 1886.