États de Savoie

États de Savoie

États de la maison de Savoie

1003 – 1861

Drapeau Blason
Description de cette image, également commentée ci-après
Les États de Savoie en 1839
Informations générales
Statut États indépendants rattachés au Drapeau du Saint-Empire Saint-Empire[1].
Capitale Montmélian (1006-1295)
Chambéry (1295-1562)
Turin (1562-1792)
Cagliari (1792-1815)
Turin (1815-1821)
Langue français, italien, latin, piémontais, francoprovençal, occitan.
Religion Catholicisme romain
Histoire et événements
1003 Création du comté de Savoie par le roi d'Arles Rodolphe III de Bourgogne au profit de Humbert Ier, qui dispose de nombreux droits sur la région : Salmorenc et Savoie (1003), Belley et Nyon (1018), Aoste (1024), Chablais (1032), Maurienne (1038).
1032-1034 Guerre de succession de Bourgogne : à la mort sans postérité de Rodolphe III, Conrad II du Saint-Empire hérite du trône de Bourgogne.
1046 Obtention par héritage de la marche de Turin et de la marche de Suze.
1207 Acquisition de la seigneurie de Piémont et du Pays de Vaud.
1226 Thomas Ier de Savoie devient vicaire impérial de Lombardie.
1388 Acquisition du comté de Nice.
1401 Acquisition du comté de Genève.
1416 Elévation du comté en duché par l’empereur Sigismond Ier du Saint-Empire.
1563 Suite aux traités de Cateau-Cambrésis et à la victoire d'Emmanuel Philibert de Savoie à la bataille de Saint-Quentin à la tête des armées impériales contre le Royaume de France, transfert de la capitale de Chambéry vers Turin.
1600-1601 Guerre franco-savoyarde : échec face au royaume de France. Traité de Lyon (1601) : perte de la Bresse, de Gex et du Bugey, mais récupération du marquisat de Saluces.
1703 Obtention du marquisat de Montferrat.
1706 Bataille de Turin : libération de la ville contre le Royaume de France.
1701-1714 Guerre de Succession d'Espagne : Traités d'Utrecht (1713) : acquisition du Royaume de Sicile.
1718 Traité de Londres signé par la Quadruple-Alliance et applicable en 1720 : Charles VI du Saint-Empire cède la Sardaigne à Victor-Amédée II de Savoie en échange de la Sicile. La Sardaigne est érigée en royaume et les États de Savoie deviennent les États sardes.
17 juillet 1747 Bataille d'Assietta : victoire contre le Royaume de France.
1796-1797 Invasion française : victoire de Napoléon Bonaparte sur Victor-Amédée III.
1821 Mouvement révolutionnaires libéraux : prémices de l'unification italienne : le « Risorgimento ».
9 juin 1815 Finalisation du congrès de Vienne : récupération du Piémont, de Nice et de la Savoie et obtention de Gênes et de la Ligurie pour constituer un État tampon contre la France.
23-26 mars 1848 Première guerre d'indépendance italienne : échec contre l'Autriche.
10 novembre 1859 Deuxième guerre d'indépendance italienne : victoire franco-sarde contre l'Autriche. Traité de Zurich : annexion de la Lombardie. Traité de Turin : cession de la Savoie et de Nice à la France.
Compte, Duc, Roi
(1er) 1003 - 1048 Humbert Ier
(Der) 1849 - 1861 Victor-Emmanuel II de Savoie

Entités suivantes :

Les États de Savoie ou États de la maison de Savoie, aussi appelé « États sardes » par les Français après 1718, sont des expressions permettant de qualifier les différentes possessions territoriales des comtes, puis ducs de Savoie, appartenant à la maison de Savoie, depuis le XIe siècle jusqu'à l'unité italienne (1861).

Histoire

Formation (XIe-XIVe)

La constitution des États de Savoie débute avec le comte Humbert, installé en Maurienne, qui détient le contrôle sur les comtés de Savoie en 1003 (dont le titre ne sera mentionné pour la première fois qu'en 1143[2]), puis celui de Belley, de Nyon (Comitatus equestricus) en 1018, enfin celui d’Aoste (comitatus Augustensis) en 1024[3],[4]. Il domine aussi le nord du comté de Viennois avant 1025 (possédé jusqu'en 1355), puis celui de Sermorens. Par mariage, il a des possessions dans le Valais et dans le Chablais[3]. Othon Ier acquiert aussi par mariage de vastes possessions en Italie du Nord, avec Suse (clef du passage du Mont-Cenis), Ivrée, Pignerol[5] et le bourg de Turin[6]. Pierre II de Savoie accroît les possessions comtales, notamment en pays de Gex et de Vaud au XIIIe siècle.

Les comtes de Savoie obtiennent durant le XIIIe siècle (Thomas Ier de Savoie en 1226 pour tout ou partie du royaume d'Italie, Pierre II en 1263[7]) le titre de vicaire impérial[8]. Ce titre donne aux comte le pouvoir juridique nécessaire de s'imposer à tout autre, notamment face aux évêques[7],[8]. En 1365, le comte Amédée VI obtient le titre de vicariat perpétuel pour ses possessions (villes et diocèses de Sion, Lausanne, Genève, Aoste, Ivrée, Turin, la Maurienne, la Tarentaise, Belley et le comté de Savoie)[8]. La décision est toutefois révoquée l'année suivante[8].

En 1323, à la mort du comte Amédée V, le comté de Savoie est composé de huit bailliages, composés par plus de quatre-vingt châtellenies[9]. Vingt ans plus tard, elles sont plus de quatre-vingt quatorze[9]. Les huit principaux bailliages sont[10],[11],[12] :

Après 1355, les territoires de la maison de Savoie s'agrandissent, les huit bailliages sont complétés par[10],[11] :

Auxquels on ajoute le pays de Gex, les « Terres neuves de Provence » (futur comté de Nice) et le Piémont[11].

XVe-XVIe

Sous le règne d'Amédée VIII (1391-1439), la croissance des États de Savoie est importante. Dès 1388, par l'intermédiaire du traité de l'abbaye de Saint-Pons (connu comme la Dédition de Nice à la Savoie), l'obtention du comté de Nice et de son port permet un accès à la mer Méditerranée. Les armées du duc Amédée VIII contrôlent le val d'Ossola, en 1411, permettant le contrôle du Simplon (perte du territoire en 1417). Il obtient en 1413, l'apanage définitif du marquisat de Saluces. En 1416, Amédée obtient le titre ducal, et par la même occasion l'apanage direct du Piémont, de l'empereur Sigismond. Entre 1401-1402 et 1424, le comté de Genève (avec Genève, puis Annecy), dont le comte est devenu vassal depuis la seconde moitié du XIVe siècle, est acheté aux héritiers du dernier comte par le duc[13]. Il deviendra à partir de 1460 l'apanage du Genevois[14].

Les États de Savoie n'évoluent guère jusqu'au règne malheureux[15] de Charles III de Savoie (1504-1553) :

Au même moment François Ier, parti guerroyer à Milan, occupe Bourg-en-Bresse, Chambéry et la Savoie Propre, les vallées de Maurienne et de Tarentaise, pour s'assurer son passage vers l'Italie, entre 1536 et 1559.

Les États de Savoie n'existent plus. Cette première annexion a pour conséquence, dès le rétablissement des États de Savoie avec Emmanuel-Philibert, le transfert de la capitale de Chambéry vers Turin, en 1563.

Apogée des États de Savoie (XVIe-XVIIIe)

Du XVIe siècle au XVIIIe siècle, les États de Savoie sont à leur apogée. Lors du traité de Lyon en 1601, à la suite de l'occupation française, les États de Savoie perdent les terres de Bresse, de Gex et du Bugey au profit du roi de France, mais récupèrent toutefois le marquisat de Saluces[16].

Malgré une nouvelle occupation française en 1690-1696, la maison de Savoie contrôle toujours les territoires et les cols alpins reliant la France à la péninsule italienne. Avec le traité de Turin de 1696 (art. 2), Pignerol est remise au duc par le roi de France[17]. En 1703, le duché s'agrandit du marquisat de Montferrat[17].

En 1713, Victor-Amédée II de Savoie obtient, lors du traité d'Utrecht, les provinces d'Alexandria (la Lomelline, Valenza) et de Valsesia, de même que trois escartons du Briançonnais : « le roi Victor prit tout ce qui était à l'eau pendante du Piémont »[18] (vallées de la Haute-Doire, du Cluzon et de la Haute-Varaïta avec les places fortes d'Exilles et de Fenestrelle). Mais ce traité est bien plus qu'une occasion d'agrandissement : Victor-Amédée reçoit le titre royal en obtenant la Sicile.

Le traité de Londres de 1718 permet l'échange de cette couronne avec celle de la Sardaigne avec la maison d'Autriche. À partir de cette érection en royaume, les États de Savoie sont appelés États sardes.

Toutefois, trente ans plus tard, le duché de Savoie est à nouveau occupé, cette fois-ci par les troupes espagnoles de 1742 à 1748, en raison du rapprochement avec l'Autriche.

Disparition des États de Savoie (1860)

La situation politique des États de Savoie fut modifiée par le Statut albertin puis surtout par le traité de Turin, signé le entre Napoléon III, empereur des Français, et Victor-Emmanuel II, duc de Savoie, roi de Sardaigne, de Chypre et de Jérusalem. Ce dernier, suivant les modalités du traité, cède à la France le comté de Nice (augmenté de Menton et de Roquebrune, dépendances de la principauté de Monaco, auto-proclamées villes libres en 1848 et rachetées par l'Empire français à Charles III, prince de Monaco, pour 4 millions de francs-or en 1861) qui devient l'actuel arrondissement de Nice, partie du département des Alpes-Maritimes nouvellement créé, et le duché de Savoie qui forme depuis les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie. Toutefois, le traité de Turin n'incluait pas les communes de Tende et de La Brigue, qui, déclarées « territoires de chasse » du roi Victor-Emmanuel II, resteront sardes puis italiennes jusqu'en 1947. L'année suivante, en 1861, Victor-Emmanuel II incorpore les États restants des ex-États de Savoie, devenus (pour peu de temps) le « royaume de Piémont-Sardaigne », dans le nouveau royaume d'Italie.

Composition

Source : Sabaudia.org, le site des archives départementales de l'Assemblée des Pays de Savoie.

États ayant durablement compté au nombre des États de Savoie (Certaines régions ont aussi durablement fait partie des États de Savoie) :

Provinces ayant fait partie des États de Savoie du XIIIe au XVIIe siècle (trois provinces en ont fait partie du XIIIe siècle jusqu'au traité de Lyon en 1601) :

Régions ayant temporairement fait partie des États de Savoie (D'autres régions en ont fait partie plus brièvement) :

Épopée

La Savoysiade, épopée en vers d'Honoré d'Urfé (1609).

Voir aussi

Bibliographie

  • Bernard Demotz, Le comté de Savoie du XIe au XVe siècle : Pouvoir, château et État au Moyen Âge, Genève, Slatkine, , 496 p. (ISBN 2-05101-676-3). 
  • Réjane Brondy, Bernard Demotz, Jean-Pierre Leguay, Histoire de Savoie - La Savoie de l'an mil à la Réforme, XIe-début XVIe siècle, Ouest France Université, , 626 p. (ISBN 2-85882-536-X). 

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. Ole Jørgen Benedictow, The Black Death, 1346-1353: The Complete History, Boydell & Brewer, 2004
  2. Histoire de Savoie 1984, p. 29.
  3. a et b Demotz 2000, p. 19-20.
  4. Joseph Dessaix, La Savoie historique, pittoresque, statistique et biographique, Perrin, , 490 p. (lire en ligne), p. 268-269.
  5. Demotz 2000, p. 27.
  6. Michel Germain, Personnages illustres des Savoie, Autre Vue, , 619 p. (ISBN 978-2-9156-8815-3), p. 419.
  7. a et b Demotz 2000, p. 40, 188.
  8. a, b, c et d Bettina Braun, « Vicariat impérial » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du ..
  9. a et b Alain Kersuzan, Défendre la Bresse et le Bugey : les châteaux savoyards dans la guerre contre le Dauphiné, 1282-1355, vol. 14, Presses universitaires de Lyon, coll. « Collection d'histoire et d'archéologie médiévales », , 433 p. (ISBN 978-2-72970-762-0, lire en ligne), p. 137.
  10. a et b Christian Sorrel (sous la direction de), Haute-Savoie en images : 1000 ans d'histoire, 1000 images, Les Marches, La Fontaine de Siloé, coll. « Histoire de la Savoie en images : images, récits », , 461 p. (ISBN 978-2-84206-347-4, lire en ligne), p. 149.
  11. a, b et c Histoire de Savoie 1984, p. 145.
  12. (en) Eugene L. Cox, The Eagles of Savoy : The House of Savoy in Thirteenth-Century Europe, Princeton University Press (réimpr. 2015) (1re éd. 1974), 512 p. (ISBN 978-1-40086-791-2, lire en ligne), p. 324.
  13. Paul Guichonnet, « de Genève » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne..
  14. Catherine Santschi], « Genevois » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne..
  15. Henri Ménabréa, Histoire de la Savoie, Grasset, 1933, p. 108.
  16. Yves-Marie Bercé, La naissance dramatique de l'absolutisme (1598-1661), Éditions Points, coll. « Points Histoire », 272 p. (ISBN 978-2-75783-917-1, lire en ligne), p. 15-16.
  17. a et b Johannès Pallière, De la savoie au comte de nice en 1760 : Aspects de la question des Alpes Occidentales jusqu'à 1760 (vol. 2), La Fontaine de Siloé, , 517 p. (ISBN 978-2-8420-6339-9, lire en ligne), p. 100-101.
  18. Henri Ménabréa, Histoire de la Savoie, Grasset, 1933, p. 187-190.