Émeutes de 2005 dans les banlieues françaises

Émeutes de 2005 dans les banlieues françaises
Type Violences urbaines, émeutes
Localisation Clichy-sous-Bois puis généralisation à de nombreuses banlieues en France
Coordonnées 47° nord, 2° est
Date 8-
Bilan
Blessés Manifestants : inconnu
Policiers : 56
Morts 4[1]
Répression
Arrestations 2 921

Les émeutes de 2005 dans les banlieues françaises sont des violences urbaines qui ont commencé à Clichy-sous-Bois à la suite d'un double événement : d'abord la mort de deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré le , électrocutés dans l'enceinte d'un poste électrique alors qu'ils cherchaient à échapper à un contrôle de police ; et trois jours plus tard, le jet d'une grenade lacrymogène à l'entrée de la « mosquée Bilal », dans cette même ville, par des forces de l'ordre « caillassées »[2].

C'est ce second évènement qui étend les émeutes, d'abord limitées à Clichy-sous-Bois et Montfermeil en réaction au premier évènement, à un grand nombre d'autres banlieues françaises[2],[3]. Ces émeutes voient s'opposer plusieurs centaines de jeunes issus de l'immigration[4], très majoritairement de nationalité française[5] qui n'hésitent pas à manier le cocktail Molotov contre les forces de police, avec parfois des tirs à balles réelles contre les policiers vilipendés, notamment à Clichy-sous-Bois ainsi qu'à Évry, Grigny, Corbeil-Essonnes et Brétigny-sur-Orge.

Outre les forces de l'ordre, les émeutiers s'en prennent aux transports publics (bus, aubettes), aux lieux représentatifs de la République française (écoles, gymnases, médiathèques...), ainsi qu'aux représentants de l'Éducation nationale. Au total, on compte 8 973 véhicules incendiés en 20 nuits, selon le décompte de la police, et 2 888 personnes interpellées[5], des bâtiments publics de première nécessité calcinés, des écoles vandalisées, ou des Maisons associatives pillées, des passagers d’autobus menacés de mort. Ces trois semaines de violence urbaine restent les plus importantes agitations en France depuis Mai 68.

L'état d'urgence est déclaré le , puis prolongé pour une durée de trois semaines consécutives. Le 17 novembre, la police déclare être revenue à une situation normale mais des inquiétudes persistent.

Ces violences urbaines tranchent, par leur longueur, leur extension à des nombreuses banlieues, l'ampleur des destructions et la médiatisation politique au niveau national et même mondial, aux affrontements antérieurs de moindre dimension[6]. Elles étaient sans équivalent en Europe avant les émeutes de 2011 en Angleterre.

Contexte

Article détaillé : Émeutes urbaines françaises.

Lors des dix premiers mois de 2005 en France, plus de 28 000 véhicules ont été incendiés, surtout dans les 750 zones urbaines « sensibles »[7].

Le , un enfant est tué par une balle lors d'une fusillade entre deux bandes rivales à la cité des 4000 à La Courneuve. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, déclare lors de son déplacement sur place vouloir « nettoyer la cité au kärcher ». Le 25 octobre à Argenteuil (Val-d'Oise), il déclare à une habitante : « Vous en avez assez de cette bande de racailles, hein ? Eh bien, on va vous en débarrasser[8] ».

Le ministre de l'Intérieur intensifie sa lutte contre l'économie souterraine et le trafic de drogues qui mobilise une importante main d'œuvre de jeunes des banlieues. Durant les dix premiers mois de 2005, la pression policière contre les trafiquants ne cesse de croître[9],[10],[11].

Premiers événements

Article détaillé : Incidents de Clichy-sous-Bois.

Accident du transformateur

Le poste de transformation EDF de Clichy-sous-Bois où deux adolescents trouvent la mort le .

Le jeudi , à Clichy-sous-Bois, en fin d'après-midi, une dizaine de jeunes Clichois reviennent à pied du stade Marcel-Vincent de Livry-Gargan, où ils ont passé l’après-midi à jouer au football. En chemin, ils passent à proximité d’un chantier de logements en construction. De sa fenêtre, l’employé du funérarium voisin les voit s'en approcher et s’inquiète en pensant que l’un d’eux fait le guet, puis il appelle la police[12]. Le rapport de police de l'Inspection générale des Services qui sera rendu le [13] avance qu'aucun cambriolage n'a eu lieu à ce moment mais que c'est l'approche de la police qui l'aurait empêché : « [la] tentative de vol était bien constituée dans la mesure où ses auteurs n'avaient renoncé à leur action concertée et organisée, non pas de leur propre fait, mais suite à l'intervention rapide et efficace des policiers de la BAC 833[14] ». L'IGS aurait certes relevé un vol sur un chantier mais sans pouvoir faire le lien avec le groupe de jeunes[15].

À 17 h 25, le commissariat ordonne en effet à la BAC 833 de se rendre sur place[12]. D'après les enregistrements des conversations radio de 17 h 32, un des gardiens de la paix présents sur place, Sébastien Gaillemin, dit dans trois appels à ses collègues qu'il a vu les jeunes se diriger dans la direction de l'installation électrique : « Deux individus sont localisés. Ils sont en train d'enjamber pour aller sur le site EDF. Il faudrait cerner le coin. » Puis : « Il faudrait ramener du monde », et enfin : « S'ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau »[14],[16]. La police nationale essaye ainsi d’interpeller six jeunes individus d'origines africaines ou nord africaines[6] : quatre dans le parc Vincent-Auriol et deux autres dans le cimetière qui jouxte le poste de transformation EDF où se sont réfugiés trois autres fuyards, à savoir Bouna Traoré (15 ans), Zyed Benna (17 ans), et Muhittin Altun (17 ans), qui prennent alors la fuite. Cherchant à se cacher dans un transformateur électrique, Bouna Traoré et Zyed Benna meurent par électrocution dans l'enceinte d'un poste source. Le troisième, Muhittin Altun, est grièvement brûlé, mais parvient à regagner le quartier[17].

Réactions

Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, avait exclu une faute policière et avait déclaré que les jeunes gens n'étaient pas poursuivis par la police[18],[19], ce qui se révélera inexact[12]. Le lendemain matin de la mort des deux adolescents, alors qu'il est en déplacement à Nancy, Nicolas Sarkozy lie à tort les victimes à un cambriolage (« Lors d'une tentative de cambriolage, lorsque la police est arrivée, un certain nombre de jeunes sont partis en courant »[20]), tout comme avec une formule moins assurée le premier ministre Dominique de Villepin qui exprime de Dijon la même erreur : « Il s'agit, selon les indications qui m'ont été données, de cambrioleurs qui étaient à l’œuvre[20],[21] ». En effet, les policiers avaient été appelés pour une suspicion d'intrusion par le groupe de huit jeunes comprenant Zyed et Bouna qui rentraient chez eux en longeant un chantier de construction de logements[12].

Les émeutes de 2005 ont été très médiatisées dans le monde entier. Les média anglo-saxons, peu au fait de la situation des banlieues françaises, ont beaucoup exagéré la gravité de la situation : « Le leitmotiv sensationnaliste Paris is burning seriné par certains titres de la presse américaine est faux : Paris ne brûle pas. Non seulement la police veille à contenir toute contagion géographique, mais les émeutiers eux-mêmes se montrent inaptes à sortir de leurs quartiers, où se limitent les mises à feu. […] C'est le reportage médiatique en continu qui donne au public le sentiment d'une action incessante et universelle, alors qu'elle est spasmodique et circonscrite[22] ».

Poursuites

Le parquet n'a pas ouvert immédiatement d'enquête. Cependant, deux gardiens de la paix ont été mis en cause : le policier qui était sur place et qui a fait l'appel radio et la policière stagiaire qui était ce soir-là au standard. Ils se voient reprocher de n'avoir pas tenté de porter assistance aux adolescents en sachant qu'ils étaient entrés au péril de leur vie dans le transformateur.

Saisie de l'affaire, l'IGPN a dénoncé dans un rapport de 2009 la « légèreté » des deux policiers, mais sans demander leur suspension. Le parquet a conclu à la bonne foi des deux policiers et a admis les explications de la policière au standard. Elle a dit avoir pensé que l'affaire était close en ayant été informée de l'apparition hors du transformateur de deux personnes, qui n'étaient pas Zyed et Bouna. Selon le parquet, le policier sur place a effectué des vérifications qui lui ont laissé penser que les deux jeunes gens avaient quitté le site dangereux[23].

Une procédure judiciaire est en cours à la suite de la plainte déposée par les parents des jeunes. Deux policiers ont été mis en examen en février 2007[24]. Début septembre 2010, la procureure de la République de Bobigny a requis un non-lieu, estimant qu'il n'y avait pas de "charges suffisantes" contre les policiers. Cependant, le 22 octobre 2010, les deux policiers mis en examen ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel[25] . Le , le parquet fait appel du renvoi des policiers devant le tribunal correctionnel. Les juges d'instruction ne suivent pas l'analyse du parquet et estiment que ces policiers n'ont pas accompli les diligences imposées par leurs fonctions[23].

Le parquet de Bobigny fait ensuite appel, et la cour d'appel de Paris infirme, en avril 2011, l'ordonnance des juges et prononce un non-lieu[26]. Cet arrêt est ensuite cassé en octobre 2012 par la Cour de cassation qui renvoie le dossier devant la cour d'appel de Rennes qui renvoie Sébastien Gaillemin et Stéphanie Klein devant le tribunal correctionnel[26].

Le , se tient le procès des deux policiers pour « non-assistance à personne en danger » et « mise en danger délibérée de la vie d'autrui »[26]. Le , le tribunal prononce la relaxe estimant que les deux policiers n’avaient pas connaissance d’un danger « certain et imminent » pour les jeunes[27].

Les familles des deux jeunes ayant fait appel mais pas le parquet, la cour d'appel de Rennes a rejugé cette affaire sur les seuls intérêts civils et a confirmé le jugement de première instance le , la partie civile a annoncé son intention de former un pourvoi en cassation[28]

Réactions à la décision

L'avocat des jeunes décédés Me Jean-Pierre Mignard estime que « la parole de deux policiers blancs l’emporte sur toute autre considération »[29] ». Plusieurs personnalités politiques réagissent à ce verdict. Le député UMP des Alpes-Maritimes Éric Ciotti se « réjouit » de la relaxe des fonctionnaires alors que la députée FN du Vaucluse, Marion Maréchal-Le Pen affirme que « ce verdict prouve que la racaille avait bien mis la banlieue à feu et à sang par plaisir et non à cause d'une bavure policière »[30]. Le député UMP Christian Estrosi s'est « réjoui » de la relaxe, ajoutant « Les familles n'ont qu'à éduquer leurs enfants et faire en sorte qu'ils ne soient pas des délinquants » confondant vraisemblablement le drame de Clichy-sous-Bois avec un autre affaire, s'attirant une réaction de la Garde des sceaux Christiane Taubira : « Je suis choquée que des responsables politiques puissent avoir des paroles aussi abjectes alors que les cœurs des mamans et des papas sont encore en lambeaux[31] ». Les personnalités de gauche sont nombreux en sens inverse à regretter le verdict. Pour la secrétaire nationale d'EELV Emmanuelle Cosse « Zyed et Bouna morts pour rien et niés par la justice. Ce jugement est incompréhensible. Rien n'efface la tristesse ». Pour le député socialiste Alexis Bachelay cite Victor Hugo : « Faire justice est bien. Rendre justice est mieux»[30] ». Le terme de « racaille » employé par l'élue frontiste et le député UMP suscite la colère du maire de Clichy-sous-Bois Olivier Klein. Il fustige la « malhonnêteté intellectuelle » : « Tenir de tels propos, c’est mettre en danger le pacte républicain à une époque où le vivre-ensemble est mis à mal en permanence (...) Ce n’est pas respectueux du deuil des familles, ni même de la décision de justice qui a été rendue. C’est méprisant pour les enfants qui sont morts ». Il souligne que « contrairement à ce que certains prédisaient, les quartiers populaires ont accueilli la décision de justice dans le calme, même s’ils ne l’approuvent pas[32] ».

Les émeutes

À Clichy-sous-Bois, l'information s’est vite répandue et la rumeur a fait de la police la responsable de cette tragédie[6]. Des mouvements de rue ont débuté dans la soirée du 27, s'attaquant aux forces de l'ordre et aux sapeurs-pompiers de Paris.

Rumeurs évoquant une grenade lancée à l'intérieur de la mosquée de Clichy-sous-Bois

Claude Dilain, maire de Clichy-sous-Bois en 2005.

Une grenade à gaz lacrymogène des forces de l'ordre a ensuite été lancée, pour des raisons encore inconnues, aux abords de la mosquée de Clichy-sous-Bois, ce qui a envenimé la situation alors que la communauté musulmane était encore en période de Ramadan. Certains policiers reconnaissent être « tombés dans un traquenard »[6]. « Rien ne laissait penser que c’était une mosquée. Or, des jeunes, qui étaient à proximité du bâtiment religieux, ont jeté des projectiles sur la police lorsque celle-ci faisait sa ronde »[6] ». L'enquête administrative tend à montrer que la grenade a bien été lancée par les forces de l'ordre mais n'aurait pas pénétré l'enceinte de la mosquée, limitant son explosion à l'extérieur du bâtiment[33]. Une information — qui a été démentie plus tard par l'enquête administrative — a commencé à circuler, laissant entendre que des bombes auraient été envoyées dans l’enceinte même de la mosquée[3]. »

Selon le maire Claude Dilain, « c'est à partir de ce moment-là que les émeutes se sont généralisées à la France entière[3] ». De même, selon Gilles Kepel, « le « grand récit » des émeutes à destination de l'opinion publique ne retient pourtant que l'épisode dramatique de l'électrocution, alors que c'est le « gazage de la mosquée Bilal » qui fournit le ressort des événements et cause leur diffusion stupéfiante à travers tout le pays[2] ». En fait, le ministère de l'Intérieur sait très tôt que le véritable déclencheur des émeutes sont les rumeurs entourant la grenade lacrymogène et non pas le décès des deux adolescents[34],[35].

S'ensuivent donc des mouvements et incendies durant cinq nuits essentiellement localisées à Clichy-sous-Bois. Les incidents se sont ensuite propagés au quartier voisin des Bosquets, Montfermeil, puis à Bondy, Aulnay-sous-Bois, Sevran, La Courneuve, Le Blanc-Mesnil, Tremblay-en-France, Drancy, ensuite à plusieurs autres villes de la Seine-Saint-Denis et à Paris à partir du 1er novembre. Cette vague sans précédent de violences urbaines dans toute la France dura jusqu'au , se soldant par 300 bâtiments et 10 000 véhicules incendiés, ainsi que 130 policiers et émeutiers blessés.

Modes d'action et de contact des émeutiers

La plupart des premiers actes de vandalisme étaient des mouvements spontanés et isolés de jeunes dans les rues entourant les grands ensembles d'immeubles HLM. Ces actes se sont ensuite transformés en véritables émeutes avec notamment des combats contre les CRS.

D'après L'Express, nombre d'émeutiers auraient utilisé des téléphones mobiles pour rassembler des plus jeunes et les inciter à les suivre. Ils auraient également utilisé Internet au moyen de blogs pour envoyer des bulletins appelant à l'émeute. Certaines personnes ont été interpellées[36], la loi française interdisant les appels aux actes criminels, en vertu de l'article 23 de la loi du 29 juillet 1881 (modifié par loi no 2004-575 du 21 juin 2004 art. 2 II, JORF 22 juin 2004). :

Seront punis comme complices d'une action qualifiée crime ou délit ceux qui, soit par des discours, cris ou menaces proférés dans des lieux ou réunions publics, soit par des écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images ou tout autre support de l'écrit, de la parole ou de l'image vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans des lieux ou réunions publics, soit par des placards ou des affiches exposés au regard du public, soit par tout moyen de communication au public par voie électronique, auront directement provoqué l'auteur ou les auteurs à commettre ladite action, si la provocation a été suivie d'effet.
Cette disposition sera également applicable lorsque la provocation n'aura été suivie que d'une tentative de crime prévue par l'article 2 du code pénal.

NB : La modification de 2004 a étendu la portée de l'article à « tout moyen de communication au public par voie électronique, » et non plus seulement les média écrits comme avant (cela inclut donc la radio, la télévision, les services d'information et d'échange par téléphone ou par Internet.)

Profil des émeutiers

Selon le sociologue Hugues Lagrange, les émeutiers sont essentiellement des jeunes d'origine africaine, issus des dernières vagues d'immigration en provenance de l'Algérie, du Maroc, de la Tunisie, du Mali, du Sénégal, du Cameroun, du Congo, de Côte d'Ivoire et de la Guinée[37]. Lagrange note toutefois que des jeunes de toutes origines ont été interpellés, comme on peut le constater dans le journal Le Monde[38]. Le documentaire La tentation de l'émeute sur les émeutes de 2005 questionne de nombreux émeutiers (qui témoignent à visage découvert) sur leurs motivations.

Un rapport de la Direction centrale des Renseignements généraux (DCRG) daté du 23 novembre et publié par le journal Le Parisien du 7 décembre écrit:

- « La France a connu une forme d'insurrection non organisée avec l'émergence dans le temps et l'espace d'une révolte populaire des cités, sans leader et sans proposition de programme ». « aucune solidarité n'a été observée entre les cités », les jeunes s'identifiant « par leur appartenance à leur quartier d'origine et ne se reconnaiss[ant] pas dans ceux d'autres communes ».
- « aucune manipulation n'a été décelée permettant d'accréditer la thèse d'un soulèvement généralisé et organisé ». Ainsi, les islamistes n'auraient joué « aucun rôle dans le déclenchement des violences et dans leur expansion ». Ils auraient au contraire eu « tout intérêt à un retour rapide au calme pour éviter les amalgames ». L'extrême gauche, de son côté, « n'a pas vu venir le coup et fulmine de ne pas avoir été à l'origine d'un tel mouvement ».
- les policiers assurent par ailleurs que « les jeunes des cités étaient habités d'un fort sentiment identitaire ne reposant pas uniquement sur leur origine ethnique ou géographique, mais sur leur condition sociale d'exclus de la société française ». Ils précisent que « les jeunes des quartiers sensibles se sentent pénalisés par leur pauvreté, la couleur de leur peau et leurs noms. Ceux qui ont saccagé les cités avaient en commun l'absence de perspectives et d'investissement par le travail dans la société française ».
- « Tout s'est passé comme si la confiance envers les institutions, mais aussi le secteur privé, source de convoitises, d'emplois et d'intégration économique, avait été perdue ».

Dans son livre La Loi du ghetto, le journaliste du Monde Luc Bronner note que les enquêtes des Renseignements généraux n'ont pas permis d'impliquer l'intégrisme islamique dans les violences. Si des intégristes religieux ont parfois tenté de s'imposer comme médiateurs, les RG ne leur reconnaissent aucun rôle dans le déclenchement ou l'expansion des émeutes. L'UOIF a lui publié un texte recommandant aux musulmans de ne pas participer aux émeutes[39].

Gilles Falavigna, dans son livre Banlieues en feu (2006)[40], fait une étude comparative avec les émeutes de 1992 à Los Angeles, qui restent un référentiel, sur 5 critères déterminants d'identité: territoire, sentiment de rejet, sens collectif (patrimoine culturel), langue, religion. Son analyse conclut d'un saut qualitatif à venir dans la révolte par la synergie, en France, de ces 5 critères alors qu'ils étaient absents aux États-Unis selon le rapport de la commission Webster. Il est notable que les émeutes de Los Angeles de 1992 furent enclenchées, comme pour la France, par une bavure policière ou un événement interprété comme une bavure policière, affaire Rodney King. Pour Gilles Falavigna, le caractère spontané des émeutes est concomitant de l'action conjointe des 5 déterminants de l'identité.

Certains acteurs associatifs de banlieue (notamment issus d'AC le feu) ont de plus précisé qu'à la suite des émeutes, nombre de journalistes et reporters avaient pris l'habitude, en venant faire des reportages sur les banlieues, d'alimenter leurs articles avec de faux témoignages ou en payant des jeunes pour simuler des délits face caméra[41].

Villes cibles de violences

Les violences ont eu lieu essentiellement dans les quartiers les plus défavorisés du pays qui concentrent dans de même zones urbaines, taux de chômage, de délinquance, d'échec scolaire, une grande densité de logements sociaux, de populations issues de l'immigration. Loin des centres-villes, des quartiers d'affaires et des quartiers touristiques. Ce qui n'a pas empêché certains médias étrangers, notamment américains de laisser planer la confusion en évoquant « des violences dans la plupart des grandes villes françaises ». Ce qui n'est certes pas faux mais une vision partielle de la réalité. Ce facteur est également à prendre en compte pour l'analyse et la compréhension du problème des violences urbaines.

À Besançon

Article détaillé : Incendie du forum de Planoise.

Dans le secteur de Planoise, dans la nuit du 2 au 3 novembre 2005, plusieurs voitures sont incendiées dans le hall d'immeuble du « Forum » et le feu se communiqua au bâtiment ; en voulant porter secours, le gardien Salah Gaham, né le dans la ville algérienne d'Annaba, fut le premier mort de ces journées d'émeutes[42],[43],[44].

Réactions et conséquences

Bilan

Ce bilan concerne les atteintes aux personnes et les dégâts matériels lors des violences urbaines. Le tableau suivant montre la totalisation jour par jour du nombre de véhicules incendiés par vandalisme en France, du nombre d'interpellations, du nombre de blessés parmi les forces de l'ordre et du nombre de décès directement liés aux émeutes. Ces chiffres sont issus des déclarations du ministère de l'Intérieur au lendemain de chaque nuit d'émeutes.

Évolution du nombre des véhicules incendiés (rouge) et des interpellations (bleu) lors des émeutes de 2005 (source : Ministère de l'intérieur).
Bilan des émeutes de 2005
Bilan au matin du … Véhicules incendiés Interpellations Policiers blessés Morts Lieux touchés
Journée du 27 octobre 2005, 2 adolescents de 15 et 17 ans meurent électrocutés. Début des violences (23 véhicules incendiés).
28 octobre 2005 23 - - - Clichy-sous-Bois
29 octobre 2005 29 14 - - Clichy-sous-Bois
30 octobre 2005 20 19 - - Clichy-sous-Bois
31 octobre 2005 18[45] - - - Clichy-sous-Bois
1er novembre 2005 68 - - - Seine-Saint-Denis
2 novembre 2005 228 - - - France
3 novembre 2005 315 29 - 1 France
4 novembre 2005 519 78 - - France
5 novembre 2005 897 253 2 - France
6 novembre 2005 1 295 349 - - France
7 novembre 2005 1 408 395 35 1 France
8 novembre 2005 1 173 330 4 - France
9 novembre 2005 617[46] 280 1 - France
10 novembre 2005 482[46] 203 - - France
11 novembre 2005 463 201 8 - France
12 novembre 2005 502 206 2 - France
13 novembre 2005 374 212 2 - France
14 novembre 2005 284 115 5 - France
15 novembre 2005 215[47] 71 - - France
16 novembre 2005 165 44 - - France
17 novembre 2005 98 33 - - France
Total
21e nuit 9 193 2 921 56 2 (voir carte)
Source : déclarations du ministère de l'Intérieur. http://www.interieur.gouv.fr
¹ : Bilan provisoire

Retraité, Jean-Jacques le Chenadec meurt en bas de chez lui à Stains le , victime d'un coup de poing d’un jeune en tentant d’éteindre un feu de poubelle[48]. Un hommage lui est rendu en 2015 par la municipalité[48]. Trois autres victimes civiles sont répertoriées : Salah Gaham jeune gardien d'immeuble mort asphyxié en tentant de porter secours à des étudiants à la suite d'un incendie dans le quartier de Planoise à Besançon[49], Jean-Claude Irvoas, battu à mort le 27 octobre, à Épinay-sur-Seine, alors qu'il prenait en photo un lampadaire pour sa société de mobilier urbain, et Alain Lambert, gardien du lycée de la Plaine-de-Neauphle à Trappes, mort asphyxié tandis qu'il tentait d'éteindre l'incendie d'une voiture déclenché par quatre jeunes[50]. Le bilan humain est donc de quatre morts parmi la population, en plus de deux jeunes décédés à Clichy-sous-Bois.

Le 9 novembre, le ministère de l'Intérieur annonce la suspension de huit policiers pour violences illégitimes filmées exercées le 7 novembre sur un jeune homme interpellé la veille à La Courneuve (Seine-Saint-Denis)[51]. En 2009, deux policiers sont condamnés à un an de prison avec sursis, avec inscription au casier judiciaire, et interdiction d'exercer leur fonction pendant un an alors qu'un troisième de six mois de prison avec sursis, avec inscription au casier judiciaire[52].

Au , on comptait 597 incarcérations (dont 108 mineurs) sur les 2 734 personnes placées en garde à vue après 18 nuits consécutives de violences dans les banlieues françaises annoncé le ministère de la Justice[53].

Au 21 novembre, selon un total établi par la DGPN, 8 973 véhicules avaient été brûlés depuis le début des émeutes. Par comparaison, environ 28 000 véhicules avaient été détruits entre le 1er janvier et le 30 septembre. Des dizaines d'édifices publics, écoles, gymnases, entrepôts, commerces, médiathèques ont également été incendiés, plaçant des centaines de personnes en « chômage technique ». Durant ces troubles, qui à leur pic ont mobilisé 11 200 policiers et gendarmes, 2 921 fauteurs de troubles présumés ont été interpellés, dont un gros tiers de mineurs, selon des sources policières. 126 policiers et gendarmes ont été blessés durant ces affrontements. Au total, environ 600 personnes ont été écrouées, dont un peu plus d'une centaine de mineurs.

Couverture médiatique

En France, ces émeutes sont d'abord évoquées avec des mots tels qu'« incidents », « mouvements de rue » et « violences urbaines ». Au contraire, la presse étrangère, francophone (Canada, Suisse) ou non, parle immédiatement d'émeutes dues aux problèmes d'intégration ethnique. Les politiciens français, voire la société française, sont parfois très durement critiqués. La chaîne de télévision LCI est accusée de censure parce qu'elle décide de ne pas diffuser d'images de voitures en feu afin de ne pas faire progresser l'extrême droite[réf. souhaitée] grâce aux images de violence et d'insécurité. Des journalistes suisses s'installent à Bondy pour couvrir les émeutes depuis l'intérieur même des banlieues, donnant ainsi naissance au blog Bondy Blog, qui est maintenant dirigé et animé par des jeunes de quartiers[54],[55]. C'est le premier blog journalistique à avoir vu le jour[réf. souhaitée].

Évocation dans la culture populaire

Les émeutes de 2005 sont longuement évoquées dans le roman d'Aurélien Bellanger Le Grand Paris (2017, éditions Gallimard)[56].

Coût des dégâts matériels

Une étude anglo-saxonne sur les émeutes et leurs conséquences estime le coût total de tous les dégâts à plus de 200 millions d'euros[5]. La Mutuelle des collectivités territoriales estime la facture à 250 millions d'euros, dont 80 % pour les collectivités territoriales et 20 % pour les propriétaires privés[57].

La SMACL, assureur de nombreuses collectivités locales, estimait le à 55 millions d'euros l'ardoise des violences urbaines pour ses seuls clients. À défaut d'intervention de l'État, elle prédit une augmentation des cotisations, voire des municipalités sans assurance. [réf. souhaitée]

Autre coût potentiel, le dégât causé à l'image de la France dans le monde. Certains pays ont conseillé aux touristes d'éviter la France. Certaines entreprises étrangères ont émis des doutes concernant leurs investissements en France. Ces entreprises n'ont pas pris de décision immédiate, mais l'évolution des événements pourrait les influencer dans leurs choix futurs.

À la suite de ces incidents, les primes d'assurance des collectivités en ZUS ont fortement grimpé, générant des dépenses supplémentaires pour ces villes. D'où l'action juridique, pour l'instant sans succès, d'une vingtaine de collectivités locales de Seine-Saint-Denis pour faire reconnaître la responsabilité de l'État[58].

Déclaration de personnalités politiques

Le 4 novembre, le Parti communiste, le député-maire PS de Gonesse, Jean-Pierre Blazy, le député Vert de la Gironde, Noël Mamère, et le député de l'Isère et secrétaire national du PS chargé de la justice et de la sécurité André Vallini demandent la démission du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy.

Le gouvernement de Dominique de Villepin a annoncé toute une série de mesures, notamment la réservation aux quartiers difficiles de 20 000 contrats d'accompagnement pour l'emploi et contrats d'avenir.

Proclamation de l'état d'urgence

Article détaillé : État d'urgence en France.

Lors du Conseil des ministres du , le gouvernement décrète en application de la loi no 55-385 du 3 avril 1955 modifiée l'état d'urgence à compter du 9 novembre[59]. Un second décret, également daté du 8 novembre 2005, établit une liste de territoires répartis dans 25 départements — parmi lesquels la totalité de l'Île-de-France — où des mesures particulières doivent être appliquées dans le cadre de l’état d’urgence[59],[60],[61].

En application de ces décrets, le préfet de Police de Paris interdit par arrêté tout rassemblement « de nature à provoquer ou entretenir le désordre sur la voie et dans les lieux publics » du samedi matin 10 h au dimanche h.

Lors d'un Conseil des ministres anticipé de deux jours, le lundi 14 novembre, le gouvernement présente un projet de loi prolongeant de trois mois l'état d'urgence[59]. Pour le président de la République Jacques Chirac « c'est une mesure de protection et de précaution […] nécessaire pour donner aux forces de l'ordre tous les moyens dont elles ont besoin pour ramener définitivement le calme. Bien entendu c'est une mesure strictement temporaire et qui ne s'appliquera que là où elle est strictement nécessaire et en plein accord avec les élus ». Le parti socialiste et le parti communiste (PCF) ont immédiatement protesté ; le PCF demandant le retrait de la loi de 1955 (sur l'état d'urgence) alors remplacée par « l'état d'urgence sociale ». Ces deux partis de gauche ainsi que Les Verts ont d'ailleurs annoncé qu'ils voteront contre à l'Assemblée nationale et au Sénat.[réf. souhaitée] Rapidement adoptée, la loi est promulguée le et publiée au Journal officiel le jour suivant. Un décret, présenté au Conseil des ministres du , met fin à son application à compter du [59].

Le journaliste de Rue89 David Servenay relève qu'« en décrétant l'état d'urgence, le Premier ministre Dominique de Villepin réclame aussi l'intervention de l'armée aux côtés de la police, mais la hiérarchie militaire et le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy s'y opposent. Le président de la République Jacques Chirac tranche en faveur de ce dernier. L'épisode provoque une première secousse dans l'armée, qui s'interroge sur son rôle en matière de maintien de l'ordre[62] ».

Déclaration de Nicolas Sarkozy proposant l'expulsion des étrangers ayant participé aux violences

Le mardi 8 novembre, le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy a déclaré qu'il avait « demandé aux préfets que les étrangers, qui sont en situation régulière ou irrégulière, qui ont fait l'objet d'une condamnation, soient expulsés sans délai de notre territoire, y compris ceux qui ont un titre de séjour. Quand on a l'honneur d'avoir un titre de séjour, le moins que l'on puisse dire c'est que l'on n'a pas à se faire arrêter en train de provoquer des violences urbaines ».

De nombreuses personnalités de gauche l'ont alors accusé de renier ses engagements de l'abrogation de la « double peine ». Sur l'ensemble des condamnations judiciaires, à la suite des « violences urbaines », les étrangers ne représenteraient que 6 % du total. Selon Le Parisien, alors que M. Sarkozy lors de la première expulsion d'un étranger le 3 février parlait de « six dossiers à suivre », ce ne sont que deux personnes (un Malien et un Béninois). Pour les autres, les avis consultatifs négatifs des tribunaux ont été souvent suivis par les préfets, les intéressés n'ayant souvent aucune condamnation ni profil désocialisé. Fin août, seuls un ou deux cas resteraient en suspens[63].

Utilisation politique d'internet

Le parti UMP fait campagne au moyen d'achat de liens publicitaires sur le moteur de recherche Google[64]. Un lien vers le site web de l'UMP apparaît dans les résultats de recherche sur des mots clés comme banlieue, émeute, racaille, anarchiste, républicain, socialiste, fédéraliste, politique, trotskyste, marxiste, incivilité, démocrate, etc. Cette campagne dirige les visiteurs vers une pétition pour "soutenir la politique de banlieues de Nicolas Sarkozy". C'est la première fois qu'un parti politique achète des liens commerciaux sur un moteur Internet.

Réactions aux propos de Nicolas Sarkozy

Membre de l'équipe championne du monde de football en 1998 et membre du Haut conseil à l'intégration, Lilian Thuram a surpris les médias le mardi 8 novembre par sa déclaration offensive, « Moi aussi j'ai grandi en banlieue ». Il a critiqué les propos du ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, en expliquant que ces jeunes ne sont pas des racailles, « Avant de parler d'insécurité, il faut peut-être parler de justice sociale. » Le ministre a plus tard répliqué, affirmant que « Lilian Thuram ne vit plus en banlieue depuis longtemps ».

Le rappeur Axiom qui s'était notamment illustré par sa Lettre au président en 2005 démonte clairement l'idée que les émeutes auraient été manipulées ou même pilotées par des extrémistes ou par quelques trafiquants. Pour lui, « le terme même d'émeutes urbaines est inapproprié car pour moi les revendications politiques et sociales sont implicites à la révolte même, ce ne sont pas des « émeutes » ».

Pour Dominique Sopo, président de SOS Racisme, « le nombre d'étrangers expulsables ne dépasse pas la dizaine ». Le 14 novembre, le ministre des affaires étrangères Philippe Douste-Blazy déclarait sur Europe 1 s'opposer à l'expulsion des délinquants en situation régulière : « Il ne peut pas y avoir un Français qui a fait un crime ou un délit en France et qui serait traité d'une certaine manière et un étranger en situation régulière qui serait traité d'une autre manière. C'est pas possible ».

Déclarations de Jacques Chirac

Le 10 novembre, lors de la conférence de presse conjointe du 18e Sommet franco-espagnol, soit deux semaines après le début des violences, le président de la République Jacques Chirac s'exprime publiquement pour la première fois sur les évènements survenus dans les banlieues françaises. Il y explique que le préalable à toute autre action est le rétablissement de l'ordre public.

Le président s'adresse ensuite pour la première fois directement aux Français via la télévision et la radio le lundi 14 novembre, à 20 h. L'attente des Français sur cette question des émeutes dans les banlieues étaient fortes, puisque Jacques Chirac a été regardé par plus de 20 millions de téléspectateurs, un record en politique. Pendant 14 minutes, il a rappelé les principes forts et les valeurs de la République et a proposé quelques mesures. Les émeutes seraient le témoignage « d’un malaise profond » car « ce qui est en jeu c’est le respect de la loi mais aussi la réussite de notre politique d’intégration ». Il annonce vouloir soutenir les familles « qui connaissent de grandes difficultés ». Il en tire la conclusion qu'« il faut renforcer la lutte contre l’immigration irrégulière et les trafics qu’elle génère », demande aux représentants des communes de « respecter la loi qui leur impose d’avoir 20 % au moins de logements sociaux » et affirme vouloir « donner à tous les jeunes les mêmes chances face à l’emploi » en créant un service civil volontaire, associant accompagnement et formation. Celui-ci « concernera 50 000 jeunes en 2007 ».

Intégration et polygamie

Les mardi 15 et mercredi , le ministre délégué à l'emploi, Gérard Larcher, et le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, affirment que la polygamie constitue l'une des causes de ces violences urbaines. Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy avait déjà déclaré le 10 novembre précédent qu'« il y a plus de problèmes pour un enfant d'un immigré d'Afrique noire ou d'Afrique du Nord que pour un fils de Suédois, de Danois ou de Hongrois. Parce que la culture, parce que la polygamie, parce que les origines sociales font qu'il a plus de difficultés ».

Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel de l'Académie française tient des propos similaires au journal Libération : « Tout le monde s'étonne : pourquoi les enfants africains sont dans la rue et pas à l'école ? Pourquoi leurs parents ne peuvent pas acheter un appartement ? C'est clair, pourquoi : beaucoup de ces Africains, je vous le dis, sont polygames. Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et 25 enfants. Ils sont tellement bondés que ce ne sont plus des appartements, mais Dieu sait quoi ! On comprend pourquoi ces enfants courent dans les rues ».

Ces déclarations suscitent un tollé chez les personnalités associatives et les personnalités politiques de gauche. Pour le député-maire socialiste d'Évry (Essonne), Manuel Valls,« donner à penser que les problèmes actuels des banlieues seraient directement liés à la polygamie est gênant, voire insupportable ». D'après le député communiste Jean-Claude Sandrier, « les autorités cherchent des boucs émissaires […] Le principal problème pour l'intégration c'est l'emploi ». Les Verts dénoncent carrément les « relents racistes » de la droite et du gouvernement.

Fin novembre 2005, une autre polémique concerne les propos de l'intellectuel Alain Finkielkraut au quotidien israélien Haaretz dans laquelle il avance qu'on « aimerait bien réduire ces émeutes à leur dimension sociale », mais qu'« il est clair que cette révolte a un caractère ethnique et religieux. »[65] ».

Influence sur la popularité des hommes politiques

Dans un sondage Ipsos pour l'hebdomadaire Le Point (14 novembre 2005) ; la popularité de Nicolas Sarkozy fait un bond de 11 points, pour s'établir à 63 % d'opinions favorables en novembre. Le ministre de l'Intérieur profite ainsi des événements et de ses déclarations sécuritaires. Le Premier ministre, Dominique de Villepin (+ 7 points) à 58 % et le président Jacques Chirac (+ 6 points) à 39 % bénéficient aussi de leur gestion de la crise.

À long terme

Il a fallu plusieurs années pour réparer les équipements incendiés ou même simplement raser les ruines comme celles du garage Renault d'Aulnay-Sous-Bois[réf. nécessaire].

Le nouveau gymnase Arnaud-Desmet, incendié dans la nuit du 5 au 6 novembre, a été inauguré à l'été 2010, de même que le commissariat de police de Clichy-Montfermeil quelques semaines plus tard. Selon le Parisien, « A Clichy, cinq ans après, le paysage a changé. Nouveaux logements, nouveaux équipements, des grues partout… Mais les immeubles dégradés des copropriétés du Bas-Clichy n’ont pas disparu, pas plus que la pauvreté et le chômage qui culmine aujourd’hui à 23 %[66] ». Détruit le 8 novembre, le centre sportif du Cosom de Villepinte a été reconstruit puis inauguré en février 2009. La première pierre du gymnase Jean Macé du Blanc-Mesnil, détruit dans, la nuit du 3 au 4 novembre, est posée en octobre 2010 pour un équipement plus imposant que le précédent. Incendié le 5 novembre, le gymnase de la Butte verte, affecté à la gymnastique artistique, a vu la première pierre de son successeur posée en novembre 2010 pour une inauguration prévue en juin 2011. Le gymnase du collège Gabriel Péri détruit le 6 novembre a été remplacé par une structure provisoire, qui devrait être remplacé par un complexe sportif au collège Gabriel péri et au collège Jean Moulin reconstruit pour des travaux à débuter en 2012[67].

Pour le politologue et islamologue Gilles Kepel, les émeutes de 2005 « permettent, à côté de la participation politique massive des enfants de l’immigration musulmane, l’émergence d’une minorité salafiste visible et agissante qui prône le « désaveu » (al bara’a) d’avec les valeurs de l’Occident « mécréant » et l’allégeance exclusive (al wala’) aux oulémas saoudiens les plus rigoristes »[68]. Il voit ainsi dans les émeutes de 2005 le point de départ d'une période « d'incubation » d'une nouvelle forme de jihadisme en France — le jihadisme de « troisième génération », répondant à l'Appel à la résistance islamique mondiale de Abou Moussab al-Souri —, qui donnera ses premiers résultats tangibles avec l'affaire Mohammed Merah en 2012[69].

Notes et références

  • Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Salah Gaham » (voir la liste des auteurs) (voir aussi la page de discussion).
  1. Les quatre morts durant les émeutes ne comptabilisent pas la mort des deux adolescents, élément déclencheur de ces émeutes mais ayant eu lieu avant celles-ci.
  2. a, b et c Gilles Kepel, Terreur dans l'Hexagone : Genèse du djihad français, Gallimard, (présentation en ligne), part. I : « L'incubation : de Clichy à Sarkozy (2005-2012) », chap. 1 : « 2005, l'année charnière », sect. 1 : « Le double déclencheur des émeutes ».
  3. a, b et c « Emeutes, 5 ans après : les deux maires « aux avant-postes de l’histoire de France » », Bondy Blog, (consulté le 29 juin 2011)
  4. Des « marcheurs » de 1983 aux « émeutiers » de 2005 - Deux générations sociales d’enfants d’immigrés par Stéphane Beaud, de l'université de Nantes et Oliver Masclet, de l'université de Paris-V.
  5. a, b et c http://www.mondialisme.org/spip.php?article813
  6. a, b, c, d et e Christophe Cazelles, Centre d’analyse stratégique, Bernard Morel, INSEE, Sebastian Roché, CNRS, Les « violences urbaines » de l’automne 2005, Événements, acteurs : dynamiques et interactions - Essai de synthèse
  7. Banlieues : des violences «organisées», rfi.fr, 4 novembre 2005
  8. Sarkozy et les banlieues, sujet du 19/20 de France 3 du 31 octobre 2005
  9. [1], interieur.gouv.fr
  10. Nicolas Sarkozy veut réformer les lois sur l'usage de la drogue et les violences de groupe, lemonde.fr
  11. [2], Gero von Randow, Die Zeit
  12. a, b, c et d Anne Donadini, « L’affaire Zyed et Bouna en 7 questions », lesinrocks.com, (consulté le 26 décembre 2017)
  13. Agence France-Presse, « Affaire Zyed et Bouna: La chronologie des faits », 20minutes.fr, (consulté le 26 décembre 2017)
  14. a et b Gérard Davet, « La "légèreté" des policiers dénoncée dans le drame de Clichy-sous-Bois », lemonde.fr, (consulté le 26 décembre 2017)
  15. M.D., « La relaxe requise une fois de plus », parismatch.com, (consulté le 26 décembre 2017)
  16. Vers un procès de l'affaire à l'origine des violences de 2005, Le Monde, vendredi 25 janvier 2008
  17. Imprimer :: Retour sur un mensonge d'État -l'Humanite
  18. Vincenzo Cicchelli, Olivier Galland, Jacques de Maillard et Séverine Misset, « Retour sur les violences urbaines de l’automne 2005 », Horizons stratégiques, (consulté le 26 décembre 2017)
  19. « Interview de M. Nicolas Sarkozy », Le Parisien, (consulté le 26 décembre 2017) « Il y avait un groupe de jeunes. On saura par la suite qu'ils rentraient d'un match de football. Un témoin signale une intrusion dans un chantier. La police intervient. Les jeunes courent dans tous les sens pour fuir la police : il y aura six interpellations. Ceux-là sont ramenés au commissariat de police aux alentours de 18 heures. A 18 h 12, il y a une panne d'électricité vraisemblablement due à la présence des trois jeunes dans le transformateur EDF. D'après l'inspection générale des services (IGS), les policiers étaient rentrés, et ne pouvaient donc plus poursuivre qui que ce soit. »
  20. a et b Didier Hassoux, « Les dérapages de Villepin et Sarkozy », Libération, (consulté le 26 décembre 2015)
  21. dossier Acrimed
  22. Gilles Kepel, Terreur dans l'Hexagone : Genèse du djihad français, Gallimard, (présentation en ligne), part. I : « L'incubation : de Clichy à Sarkozy (2005-2012) », chap. 1 : « 2005, l'année charnière », sect. 1 : « Le double déclencheur des émeutes »
  23. a et b Clichy-sous-Bois : les policiers renvoyés devant la justice, Le Monde, 22 octobre 2010
  24. Clichy : deux policiers mis en examen, Le Figaro, 9 février 2007
  25. Clichy-sous-Bois : deux policiers renvoyés en correctionnelle, Le Monde, 22 octobre 2010
  26. a, b et c Pascale Robert-Diard, « Mort de Zyed et Bouna : deux policiers devant la justice après dix ans de bataille judiciaire », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  27. « Mort de Zyed et Bouna : relaxe définitive des deux policiers », lemonde.fr, (consulté le 20 mai 2015)
  28. Le Parisien 24/06/2016 Mort de Zyed et Bouna, relaxe des policiers confirmée en appel
  29. « Mort de Zyed et Bouna : « La parole de deux policiers blancs l’emporte » », lemonde.fr, (consulté le 20 mai 2015)
  30. a et b « Zyed et Bouna : Marion Maréchal-Le Pen fustige «la racaille qui a mis la banlieue à feu» », lefigaro.fr, (consulté le 20 mai 2015)
  31. « Zyed et Bouna : Taubira juge les propos d'Estrosi «abjects» », leparisien.fr, (consulté le 20 mai 2015)
  32. Gwenaël Bourdon, « Clichy-sous-Bois : le maire indigné par les propos de Le Pen et Estrosi », leparisien.fr, (consulté le 21 mai 2015)
  33. L'enquête de 90 min de Canal+ démontrerait que la grenade a ricoché à l'intérieur de la mosquée dont les portes étaient ouvertes.
  34. Sociologie de l'émeute Les dimensions de l'action en question, Michel Kokoreff, Déviance et Société, 2006/4 (Vol. 30)
  35. Patrick Buisson, La Cause du peuple, Perrin, 2016, p.58 et suiv. : « Selon la version officielle colportée à l'époque par les médias, ce fut la mort accidentelle de deux adolescents pourchassés par la police, après une tentative de vol à Clichy-sous-Bois, le 27 octobre 2005, qui fit s'embraser la banlieue parisienne et, par extension, la plupart des « quartiers sensibles » en province. […] Le ministre de l'Intérieur, lui, avait d'autres informations, dont il se garda bien, sur le coup, de faire état. En réalité, le véritable déclencheur des émeutes n'était pas la mort des deux adolescents, si traumatique fût-elle, mais les rumeurs selon laquelle des policiers avaient jeté une grenade lacrymogène dans la mosquée Bilal de Saint-Denis. »
  36. « (source : L'Express) »(Archive • Wikiwix • Archive.is • Google • Que faire ?)
  37. La carte des émeutes de novembre 2005 confirme le profond malaise des immigrants africains
  38. http://www.lemonde.fr/societe/article/2007/11/29/les-premiers-emeutiers-de-villiers-le-bel-condamnes-severement_983697_3224.html
  39. « La Loi du ghetto », Luc Bronner, 2010, éditions Pocket (1re édition Calmann-Lévy), pages 148-149, (ISBN 978-2-266-20863-5)
  40. Catalogue du système universitaire de documentation, http://www.sudoc.abes.fr/DB=2.1/SRCH?IKT=12&TRM=109100859
  41. https://www.youtube.com/watch?v=tA0q3TQfNf8 Le jeune de Montfermeil qui avait piégé Le Point explique le comportement des journalistes en banlieue.
  42. Compte-rendu du conseil municipal concernant les émeutes (consulté le 19/09/09)
  43. La Passerelle, numéro 96 (édition septembre, octobre et novembre 2009) hommage à Salah Gaham.
  44. www.besancon.fr (consulté le 19/09/09)
  45. LeMonde.fr : Clichy-sous-Bois cristallise les tensions politiques et sociales
  46. a et b LeMonde.fr : Banlieues : couvre-feu appliqué dans cinq départements, la violence recule
  47. « - L'Express »(Archive • Wikiwix • Archive.is • Google • Que faire ?)
  48. a et b « Stains rend hommage à la victime des émeutes dans le 93 », leparisien.fr, (consulté le 9 novembre 2015)
  49. « Dix ans après : un livre sur Salah Gaham et l’incendie du forum de 2005 », macommune.info, (consulté le 19 mars 2017)
  50. http://www.leparisien.fr/faits-divers/emeutes-de-2005-prison-ferme-pour-4-incendiaires-07-11-2008-303085.php
  51. Piotr Smolar, « Des policiers de La Courneuve mis en examen pour avoir roué de coups Fouad A. à l'issue de sa garde à vue », lemonde.fr, (consulté le 26 décembre 2017)
  52. « Bavure à La Courneuve en 2005 : trois policiers condamnés à du sursis », lemonde.fr, (consulté le 26 décembre 2017)
  53. Voir les chiffres officiels
  54. « Des journalistes suisses s'installent dans le 93 », liberation.fr (consulté le 24 décembre 2017)
  55. Johan Hufnagel, « Indispensable Bondy Blog », fnac.com, (consulté le 24 décembre 2017)
  56. Marie-Laure Delorme, « Aurélien Bellanger : grâce et disgrâce d'un ambitieux », lejdd.fr, (consulté le 22 juillet 2017)
  57. Enquêtes sur les violences urbaines : comprendre les émeutes de novembre 2005, Documentation française, , p. 71
  58. 17 villes attaquent l'État pour alléger leurs factures, Le Parisien, édition de Seine-Saint-Denis, 24 février 2009, âge II.
  59. a, b, c et d (consulté le 26 décembre 2017)
  60. Décret no 2005-1386 du 8 novembre 2005
  61. Décret no 2005-1387 du 8 novembre 2005
  62. David Servenay, « À quoi pense l'armée. Comment la France prépare sa « guerre contre le terrorisme », Revue du crieur, no 3,‎ , p. 30
  63. Le Parisien, 10 août 2006, page 14
  64. Campagne publicitaire de l'UMP via google : Article sur echosdunet.net et page de l'UMP "Affrontements dans les banlieues : Soutenons Nicolas Sarkozy", vers laquelle cette campagne dirigeait.
  65. Haaretz, Interview par Dror Mishani et Aurélia Samothraiz, 18 novembre 2005 texte en hébreu.
  66. « Clichy-sous-Bois, cinq ans après », Le Parisien, (consulté le 26 octobre 2010)
  67. Les gymnases incendiés bientôt tous reconstruits, Le Parisien, édition de seine-Saint-Denis, 30 octobre 2010
  68. Gilles Kepel, « «Radicalisations» et «islamophobie» : le roi est nu », sur Libération.fr, (consulté le 25 mars 2016).
  69. Gilles Kepel, Terreur dans l'Hexagone : Genèse du djihad français, Gallimard, (présentation en ligne), part. I : « L'incubation : de Clichy à Sarkozy (2005-2012) », chap. 1 : « 2005, l'année charnière ».

Annexes

Bibliographie

Ouvrages
  • Gwenaël Bourdon, avec Adel Benna, Siyakha Traoré, Zyed et Bouna, Don Quichotte, , 208 p. (ISBN 978-2-35949-518-8)
  • Stéphane Beaud, Younès Amrani, Pays de malheur ! Un jeune de cité écrit à un sociologue, La Découverte, 2005 (Actualité des livres)
  • Alèssi Dell'Umbria, La Rage et la révolte, Agone, 2010.
  • David Dufresne, Maintien de l'ordre - L'enquête, Paris, Hachette Littératures, 2007
  • Gérard Mauger, L'Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique, Éditions du Croquant, 2006 (Jean Jacques Yvorel, «L’Émeute de novembre 2005. Une révolte protopolitique, de Gérard Mauger», Sociétés et jeunesses en difficulté, 4, [lire en ligne].)
  • Véronique Le Goaziou, Laurent Mucchielli (dir.) : Quand les banlieues brûlent… Retour sur les émeutes de novembre 2005, La Découverte, Paris, 2006.
  • L'Achèvement, La révolte des banlieues, de 2005, qui ébranla le monde, Éditions de L'Achèvement, 2006, [lire en ligne]
  • Raphaël Draï et Jean-François Mattéi (dir.), La république brûle-t-elle ? : Essai sur les violences urbaines françaises, Ed. Michalon, cop. 2006. - 1 vol. (199 p.) ; 24 cm. - Notes bibliogr. (ISBN 2-84186-317-4) A.
    Des philosophes, politologues et essayistes apportent leur contribution qui présente plusieurs points de vue sur les violences urbaines qui ont secoué la France en fin d'année 2005. Contribution de Marc Knobel, Robert Redeker, Mezri Haddad, Jean-Jacques Wunenburger, Chantal Delsol, Michel Maffesoli, Jeanne-Hélène Kaltenbach, Bruno Étienne, Dominique Folscheid, Jacques Dewitte
  • Gilles Kepel, Leyla Arslan et Sarah Zouheir, Banlieue de la République : Résumé intégral, Institut Montaigne, , 25 p. (lire en ligne)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Luc Bronner, La Loi du ghetto : Enquête dans les banlieues françaises, Pocket, , 260 p. (ISBN 978-2-266-20863-5)
Bandes dessinées
Articles
  • Bernard Heckel, Économie et humanisme, titre Sécurité dans la ville : voter prévention, no 379, décembre 2006.
  • Michel Kokoreff, Odile Steinauer et Pierre Barron, « Les émeutes urbaines à l’épreuve des situations locales », SociologieS, Enquêter à chaud, [lire en ligne].

Films

Musique

  • Axiom - Ma Lettre au président (Kafard invasion) (2005). Une lettre adressée à Chirac en novembre 2005 à laquelle Chirac a répondu. Clip et réponse du président Chirac disponible sur le net.
  • Keny Arkana - La rage, (2006)
  • La Mafia k'1 Fry, C'est la guerre
  • Sniper (2006) Brûle, qui retrace les événements survenus dans les banlieues françaises et qui tente d'en expliquer la raison du point de vue des émeutiers.
  • Morts pour rien. (2006) Chanson réalisée en hommage à Zyed et Bouna chantée par Sniper, Diam's, Kery James… Les rappeurs deviennent alors tous plus ou moins porte-parole des émeutiers, comme Sinik, Alpha 5.20 ou encore Sefyu.
  • Iron Sy, Résistant (2006).
  • Passi, Paris on fire (2007).
  • Despo Rutti feat Medouze, La rue a parlé (2006).
  • The French Democracy, court métrage français machinima réalisé par Alex Chan à l'aide du jeu vidéo The Movies.

Rapports officiels

Articles connexes

Liens externes

  • Rapport 2005 de l'Observatoire national des zones urbaines sensibles (statistiques officielles)
  • | Comprendre les territoires des banlieues françaises, 10 ans après (Revue Urbanités, 2015)
  • Heure par heure les principaux événements sur le site du Nouvel Obs
  • Banlieues, 10 ans après les émeutes: un échec made in France, dossier interactif par respectmag.com