Élections législatives sénégalaises de 2017

Élections législatives sénégalaises de 2017
Les 165 siègves de l'assemblée nationale
Corps électoral et résultats
Inscrits 6 219 446
Votants 3 337 494
Mohammed Dionne.jpg Unis par l'espoir (BBY) – Mahammed Dionne
Voix 1 637 761
49,47 %
Sièges obtenus 125
Abdoulaye Wade (1).jpg Coalition gagnante Wattu Senegaal – Abdoulaye Wade
Voix 552 095
16,68 %
Sièges obtenus 19
Khalifa Sall.jpg Manko Taxawu Sénégal – Khalifa Sall
Voix 388 188
11,73 %
Sièges obtenus 7
Premier ministre du Sénégal (en)
Sortant Élu
Mahammed Dionne Mahammed Dionne

Les élections législatives sénégalaises de 2017 se déroulent le . Elles sont marquées par la victoire de la coalition Unis par l'espoir (Benno Bokk Yakaar), majorité parlementaire sortante qui soutient le président en exercice Macky Sall.

Contexte

Les élections étaient initialement prévues pour le [1] avant d'être reportées au 30 juillet pour éviter une coïncidence entre la campagne électorale et la période de ramadan[2].

Scrutin

Système électoral

L'Assemblée nationale se compose de 165 députés élus pour un mandat de cinq ans selon un mode de scrutin mixte dans 53 circonscriptions électorales correspondant aux 45 départements du Sénégal et aux 8 circonscriptions de l'étranger.

  • 90 sièges sont pourvus au scrutin majoritaire à un tour dans chacun des départements à raison d'1 à 7 sièges par département, selon leur population.
  • Les 60 sièges restants sont pourvus sur une liste nationale au scrutin proportionnel plurinominal selon le système du quotient simple entre les listes de candidats des partis ou coalitions de partis ou indépendants. Dans ce dernier cas, les sièges restants après le premier décompte sont attribués suivant la règle du plus fort reste[3],[4].

Aux 150 sièges du scrutin précédent s'ajoutent ainsi une représentation de la diaspora composée de 15 députés, des suites des changements apportés par le référendum constitutionnel de 2016. La diaspora sénégalaise compte en effet entre 2,5 et 3 millions de personnes pour une population au pays de 14 millions, pour laquelle elle contribue chaque année à l'équivalent d'un tiers du budget de 2017, soit 900 milliards de francs CFA (1,38 milliard d'euros)[4]. Ces 15 députés se répartissent au scrutin majoritaire dans 8 circonscriptions découpées dans les régions du monde en fonction de l'importance de leur diaspora sénégalaise[5].

Calendrier

Le scrutin était initialement prévu le 2 juillet 2017. Après discussion avec les principaux partis de l'opposition, le président Macky Sall a finalement retenu la date du 30 juillet 2017, par le décret no 2017-171 du 27 janvier 2017[6]. Ce report permet d'éviter que la campagne se déroule durant le mois de ramadan[7].

Campagne

La campagne se déroule du au jour du scrutin. Elle est marquée par la multiplication des forces en présence, avec 47 listes différentes contre 24 lors des législatives de 2012. Des problèmes d'organisation sont rapidement soulevés. Selon la loi électorale, les électeurs doivent en effet se munir des bulletins de chacune des listes avant d'entrer dans l'isoloir, et un représentants de chaque parti doit être présent dans chaque bureau de vote, en plus du président du jury et des représentants de la Commission électorale nationale autonome (CENA)[8]. À cela s'ajoutent un risque de confusion entre les différents bulletins de vote, ceux de plusieurs listes se ressemblant en termes de couleurs, de disposition graphique et parfois même de nom. Les médias soulèvent également des problèmes quant à la répartition du temps de parole durant la campagne, qui était de trois minutes par parti en 2012, la nouvelle campagne risquant d'occuper des soirées entières.

Il est ainsi craint que les temps d'attentes et l'absence de visibilité entre les différents partis lors de la campagne découragent les électeurs de se rendre aux urnes. Selon Penda Mbow, représentante du président Macky Sall à la Francophonie, la multiplication des listes mènera « inéluctablement » à un fort taux d’abstention[8]. Sadikh Niass, secrétaire général par intérim de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDHO), estime également que les législatives "risquent d’avoir le plus fort taux d’abstentions jamais enregistré dans l’histoire électorale du Sénégal"[9]. Elle avait été de 63 % en 2012.

Il est par conséquent décidé d'amender en urgence la loi électorale, notamment en permettant aux électeurs de ne se munir que d'un minimum de cinq bulletins avant d'entrer dans l'isoloir.

Plusieurs centaines de milliers d'électeurs se voient également menacés d'une impossibilité de voter, le plan gouvernemental de remplacement des anciennes cartes électorales par des nouvelles cartes biométriques accusant un important retard, surpris par la forte demande. Le retard, dénoncé par l'opposition, amène le jour du scrutin à un manque de 800 000 cartes sur les 6 millions prévus, forçant le président Macky Sall à saisir le conseil constitutionnel. Celui autorise ainsi les électeurs à s'identifier dans les bureaux de vote avec d'autres documents.

Forces en présence

Le grand nombre de partis s'organise en plusieurs coalitions[10].

  • "Unis par l'espoir" (Benno Bokk Yakaar : BBY)

Coalition gouvernementale sortante, soutenant le président en exercice Macky Sall.

  • Coalition gagnante Wattu Senegaal

La liste nationale de la coalition gagnante Wattu Senegaal est notamment composée du Parti démocratique sénégalais (PDS), de l’ex-président Abdoulaye Wade, qui a pris la tête de la coalition.

  • Manko Taxawu Sénégal

Principale coalition d'opposition, composée du Parti démocratique sénégalais (PDS), le parti de l’ex-président Abdoulaye Wade, Rewmi, la formation de l’ancien Premier ministre Idrissa Seck, le Grand parti de Malick Gakou, ainsi que de plusieurs « frondeurs » du Parti socialiste (PS), dont la tête de liste Khalifa Sall, le maire de Dakar, est incarcérée depuis début mars.

  • « Oser l’avenir »

Coalition d'opposition modérée de l’avocate Aïssata Tall Sall.

  • Convergence patriotique
  • Réorienter (« Joyyanti »)

Coalition d'opposition dure, présidée par l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye et composée du parti Alliance pour la citoyenneté et le travail (ACT) avec quatre autres partis.

  • Les fils du peuple (« Ndawi askan wi »)
  • MRLD - Maître de soi, Guide de soi (« Moom sa Bopp, Mënël sa Bopp »)

Entité indépendante dirigée par l'ancien cadre du Fonds Monétaire International, Dr Abdourahmane Sarr, qui se présente comme la meilleure alternative pour les Sénégalais qui ne se reconnaissent dans aucun parti politique. Le Dr Abdourahmane Sarr s'était également présenté aux élections présidentielles de 2012, mais sa candidature avait été invalidée par le conseil constitutionnel. Ce mouvement prône les valeurs d'autonomie, de liberté et de responsabilité et cherche à convaincre les Sénégalais de se saisir de leurs propres destinées. Sa proposition phare dans ces législatives est l'instauration d'une nouvelle monnaie complémentaire appelée SEN, afin de faciliter l'accès au crédit, qui est difficile au Sénégal à cause des problèmes de garantie et du faible taux de bancarisation des populations.

Résultats

La victoire de la majorité présidentielle aux législatives est confirmée par la Commission nationale de recensement des votes[11]. Elle livre les résultats provisoires au niveau national, le 4 août au soir. La coalition du maire de Dakar, Khalifa Sall, dépose un recours auprès du Conseil constitutionnel[12].

Résultats des législatives sénégalaises de 2017[13],[14]
Partis ou Coalitions Voix  % Sièges +/-
Circon-
scriptions
Propor-
tionnelle
Total
Unis par l'espoir (BBY) 1 637 761 49,47 95 30 125 en augmentation 6
Coalition gagnante Wattu Senegaal 552 095 16,67 9 10 19
Manko Taxawu Sénégal 388 188 11,72 0 7 7
Parti de l’unité et du rassemblement (PUR) 155 407 4,69 0 3 3 Nv
Convergence patriotique Kaddu Askan Wi 65 235 1,97 1 1 2
Alternative du peuple 37 535 1,13 0 1 1
Manko Yeessal Sénégal 33 130 1,00 0 1 1
CPGE Nay Ieer 29 956 0,90 0 1 1
Osez l'avenir 24 342 0,73 0 1 1
Coalition And Saxal Liggey 23 142 0,69 0 1 1
Parti pour la vérité et le développement (PVD) 22 769 0,68 0 1 1
Initiative pour une politique de développement (IPD) 19 211 0,58 0 1 1
Union citoyenne / Bunt Bi 18 268 0,55 0 1 1
Autres partis (33) 303 414 9,16 0 0 0
Suffrages exprimés 3 310 453 99,19
Votes blancs et invalides 27 059 0,81
Total 3 337 494 100 105 60 165 +15
Abstentions 2 881 953 46,34
Nombre d'inscrits / participation 6 219 446 53,66

Le quotient national, seuil nécessaire pour obtenir un siège à la proportionnelle au plus fort reste après répartition[réf. nécessaire], est de 55 147 voix[15].

Analyse et conséquences

À l'opposé des pronostics, la participation est relativement forte, avec un peu plus de de la moitié des inscrits, mais près de 20 points plus élevée qu'aux précédentes législatives. Au niveau des résultats, la division de l'opposition amène comme attendu à une victoire du parti présidentiel, qui remporte une large majorité parlementaire, et place le président en exercice dans une position favorable à deux ans du prochain scrutin présidentiel[16]. La diaspora a massivement votée pour le parti Uni pour l'avenir, qui remporte 14 des 15 sièges lui étant dédiée, le dernier revenant a Coalition Gagnante « Wattu Senegaal »[17].

L' opposition conteste les résultats, notamment dans la circonscription de la capitale Dakar, qui représente sept sièges, et dépose des recours devant le conseil constitutionnel. Le 14 aout, ce dernier publie les résultats définitifs. Aucun recours n'est retenu[18].

L’ancien Président du Sénégal Abdoulaye Wade et chef du parti Coalition gagnante Wattu Senegaal menace de boycotter toutes les futures élections organisées par macky sall[19].

Notes et références

  1. « Sénégal: élections législatives le 2 juillet 2017 », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  2. « Les législatives sénégalaises reportées au 30 juillet 2017 (Officiel) », sur apanews, (consulté le 25 août 2017).
  3. « IPU PARLINE database: Sénégal (Assemblée nationale) » (consulté le 30 juin 2017).
  4. a et b « Législatives 2017 au Sénégal : Quinze députés vont représenter la diaspora au parlement », La Tribune Afrique,‎ (lire en ligne).
  5. « Les Sénégalais de l'étranger seront représentés par 15 députés », sur leparisien.fr, (consulté le 25 juillet 2017).
  6. « Les élections législatives se tiendront officiellement le 30 juillet 2017, le décret vient de tomber », sur senenews.com, (consulté le 2 juin 2017).
  7. « Sénégal-Elections législatives de 2017: Macky Sall décale la date au 30 juillet », sur actu24.sn (consulté le 2 juin 2017).
  8. a et b « Coup d’envoi de la campagne des législatives au Sénégal : des électeurs dépassés par le nombre de candidats », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  9. « Législatives 2017 : La RADDHO redoute un taux d'abstention "inédit" », sur aps.sn, (consulté le 25 juillet 2017).
  10. « Législatives au Sénégal : à chacun sa coalition ! - JeuneAfrique.com », JeuneAfrique.com,‎ (lire en ligne).
  11. « Législatives au Sénégal : la coalition présidentielle largement en tête », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne).
  12. « Législatives au Sénégal: l’opposition divisée sur une contestation des résultats », RFI Afrique,‎ (lire en ligne).
  13. « Voici l’intégralité des résultats définitifs des élections Législatives de 2017 (documents) », sur senego.com, .
  14. « Le Conseil constitutionnel valide les Législatives : 7 SAGE DÉCISION – Tous les recours rejetés », sur www.lequotidien.sn, .
  15. « Résultats définitifs des Législatives du 30 juillet: tous les recours rejetés (documents) », sur leral.net, .
  16. "Sénégal : la majorité présidentielle remporte haut la main les législatives", Agence France-Presse
  17. « Résultats définitifs des Législatives, BBY 125 députés... PUR 3 députés... MTS 7 députés... Manko Wattu 19 députés. », sur Dakarbuzz, .
  18. Bah Saliou, « Elections législatives au Sénégal: le Conseil Constitutionnel confirme la victoire de BBY », sur www.lejourguinee.com, .
  19. « Sénégal / Abdoulaye Wade : « Nous ne participerons plus à des élections organisées par Macky Sall » », sur africtelegraph.com, .

Articles connexes