Élections fédérales suisses de 1893

Élections fédérales suisses de 1893
Type d’élection législatives
Corps électoral et résultats
Inscrits 670 948
Votants 391 610
58,4 %
DodgerBlue flag waving.svg Gauche Radicale
41,8 %
Sièges obtenus 74 CN / 20 CE
Orange flag waving.svg Union conservatrice
20,0 %
Sièges obtenus 29 CN / 15 CE
Blue flag waving.svg Libéraux Modérés
16,8 %
Sièges obtenus 27 CN / 3 CE
Darkblue flag waving.svg Parti démocratique
10,3 %
Sièges obtenus 16 CN / 2 CE
Red flag waving.svg Parti socialiste
5,9 %
Sièges obtenus 1 CN / 1 CE
Yellow flag waving.svg Droite Évangélique
4,0 %
Sièges obtenus 0 CN / 1 CE
Gray flag waving.png Indépendants
1,2 %
Sièges obtenus 0 CN / 0 CE
Répartition des sièges
Diagramme
Répartition des sièges au Conseil National
Diagramme2
Répartition des sièges au Conseil des États

Les élections fédérales suisses de 1893 se sont déroulées le . Ces élections permettent d'élire au système majoritaire les 147 députés répartis sur 52 arrondissements électoraux eux-mêmes répartis sur les 22 cantons, siégeant au Conseil national (chambre basse), pour une mandature de trois ans.

Le corps électoral composé de citoyens ayant droit de cité élit désormais directement les membres du Conseil des États dans les cantons d'Appenzell Rhodes-Extérieures, de Glaris, de Nidwald et d'Obwald et d'Uri (à travers la Landsgemeinde), et à l'urne pour la première fois dans les cantons de Bâle-Campagne, de Genève et du Tessin et dans les cantons de Bâle-Ville, des Grisons, de Soleure, de Thurgovie, de Zoug et de Zurich. Dans les 8 autres cantons, les élections au Conseil des États sont quant à elles toujours non régulées et certains cantons ont renouvelé leurs Sénateurs parfois plusieurs fois sur les trois années écoulées. Dans ces 8 autres cantons, les Conseillers aux États continuent d'être élus, nommés ou désignés par les Grands Conseils, et ce à des dates variables. C'est la première fois que le nombre de cantons où les Conseillers aux États sont élus directement par le peuple et non plus nommés ou désignés par les Grands Conseils est majoritaire.

Les tensions entre Radicaux et Conservateurs catholiques sont retombées après le violent coup d'État de 1890 au Tessin. Signe de cette détente, l'élection de Josef Zemp de l'Union conservatrice au Conseil fédéral en décembre 1891 où il devient le premier non Radical à occuper une fonction de ministre depuis 1848. C'est la situation économique qui prend le dessus sur les conflits interreligieux. La Suisse est affectée par une récession et tandis que le chômage augmente de manière significative dans les zones urbaines, l'agriculture souffre de l'augmentation de la dette hypothécaire. Toutefois, cette solidarité entre la classe ouvrière et les paysans via la création de la Bauern- und Arbeiterbund (Fédération des agriculteurs et ouvriers) dans le canton de Bâle-Campagne aura permis l'élection d'un député du Parti démocrate alors que dans les autres cantons, les intérêts communs semblaient être trop faibles. Néanmoins, le Parti socialiste suisse reprit diverses propositions de réforme de la Fédération des agriculteurs et ouvriers bâloise dans son programme fédéral[1].

Pour la première fois, on assiste à des oppositions frontales sur le sujet de la lutte des classes. Le , les émeutes de la Käfigturm[2] à Berne qui opposèrent les ouvriers indigènes aux ouvriers italiens ainsi que la tenue du troisième Congrès de la Deuxième Internationale les 6 au 13 août à Zurich avaient renforcé l'attitude défensive des autres partis envers les socialistes. Les Radicaux tentèrent de s'orienter à nouveau plus à gauche en opérant un rapprochement avec les Démocrates, mais cette démarche eut pour conséquence un rapprochement de la Société du Grütli avec le Parti socialiste, marquant plus clairement encore la différence entre le centre-gauche et la gauche.

Pour ces élections depuis 1848, les Radicaux (centre-gauche) remportent pour la seizième fois consécutivement le scrutin fédéral avec 74 sièges (±) et 41,8 % des voix (+0,9 %). Ce sont à nouveau les grands vainqueurs de ces élections en remportant tant le vote populaire que le nombre de sièges conservant la majorité absolue gagnée en 1881. Les autres vainqueurs de ces élections en termes de sièges sont les Libéraux Modérés avec 27 sièges (+7) et 16,8 % (+1,1 %) des voix. Le camp des perdants est clairement le camp des conservateurs, catholiques et réformés. Ainsi, l'Union conservatrice perd 6 sièges (29 au total) et la Droite Évangélique perd ses deux derniers mandats. La Droite Évangélique, sous son existence jusqu'au début du XXe siècle, ne parviendra d'ailleurs plus jamais à faire élire un seul député national. Le Parti socialiste suisse est le parti qui obtient la plus forte progression en termes de voix avec 5,9 % (+2,3 %).

Ces élections ont débouché sur la 16e Législature qui s'est réunie pour la première fois le .

Sur les 670 948 hommes âgés de 20 et plus et ayant droit de cité, 391 610 d'entre eux prirent part à ce scrutin, ce qui représente un taux de participation de 58,4%[3] (-4,1 %).

Le taux de participation le plus élevé est dans le canton de Schaffhouse où le vote obligatoire fait déplacer 91,5 % du corps électoral (-2,8 %). À l'inverse, dans le canton de Zoug, seulement 17,5 % du corps électoral prend part au vote.

Législature 1893 -1896

Les liens (et couleurs) renvoient sur les partis héritiers actuels de ces formations politiques d'antan.

Formations («Partis») Sigles Tendances politiques Sièges au CN[4] Sièges au CE [5]
Gauche Radicale GR Radicaux, Radicaux-démocrates, Centre-gauche 74 20
Union conservatrice UC Conservateurs catholiques, Droite 29 15
Libéraux Modérés LM Libéraux, Modérés, Libéraux-démocrates, Centre 27 3
Parti démocratique DEM Gauche 16 2
Parti socialiste PSS Socialiste 1 1
Droite Évangélique DE Conservateurs réformés, Droite - 1
Vacant - n/a - 2

Les élections au CE étant du ressort des cantons, les chiffres ne reflètent que les apparentements lors de la première journée de la Législature.

Résultats au Conseil national dans les cantons

Canton Total Parti socialiste Parti démocratique Gauche Radicale Libéraux Modérés La Droite Évangélique Union conservatrice
Flag of Canton of Zürich.svg Zurich 17 1 9 7 - -
Flag of Canton of Bern.svg Berne 27 - - 26 (+2) 0 (-1) 0 (-1) 1
Flag of Canton of Lucerne.svg Lucerne 7 - - 2 - - 5
Flag of Canton of Uri.svg Uri 1 - - - - - 1
Flag of Canton of Schwyz.svg Schwytz 3 - - - - - 3
Flag of Canton of Nidwalden.svg Nidwald 1 - - - - - 1
Flag of Canton of Obwalden.svg Obwald 1 - - - - - 1
Flag of Canton of Glarus.svg Glaris 2 - 0 (-1) 2 (+2) 0 (-1) - -
Flag of Canton of Zug.svg Zoug 1 - - - - - 1
Flag of Canton of Fribourg.svg Fribourg 6 - - 1 1 (+1) - 4 (-1)
Flag of Canton of Solothurn.svg Soleure 4 - - 3 1 - -
Flag of Canton of Basel Land.svg Bâle Campagne 3 - 1 (+1) 2 (-1) - - -
Flag of Canton of Basel.svg Bâle-Ville 4 - 2 (+2) 0 (-3) 2 (+1) - -
Flag of Canton of Schaffhausen.svg Schaffhouse 2 - 0 (-1) 2 (+1) - - -
Flag of Canton of Appenzell Ausserrhoden.svg Rhodes-Extérieures 3 - - 0 (-1) 3 (+1) - -
Flag of Canton of Appenzell Innerrhoden.svg Rhodes-Intérieures 1 - - - 1 (+1) - 0 (-1)
Flag of Canton of Sankt Gallen.svg Saint Gall 11 - 2 3 1 (+1) 0 (-1) 5
Flag of Canton of Graubünden.svg Grisons 5 - 1 1 2 (+1) - 1 (-1)
Flag of Canton of Aargau.svg Argovie 10 - - 6 (-1) 2 - 2 (+1)
Flag of Canton of Thurgau.svg Thurgovie 5 - 1 3 1 - -
Flag of Canton of Tessin.svg Tessin 6 - - 6 (+4) - - 0 (-4)
Flag of Canton of Vaud.svg Vaud 12 - - 9 (-3) 3 (+3) - -
Flag of Canton of Valais.svg Valais 5 - - 1 - - 4
Flag of Canton of Neuchâtel.svg Neuchâtel 5 - - 5 - - -
Flag of Canton of Geneva.svg Genève 5 - - 2 3 - -
Flag of Switzerland.svg 147 1 (±) 16 (+1) 74 (±) 27 (+7) 0 (-2) 29 (-6)

À voir

Références

  1. Erich Gruner: «Die Wahlen in den Schweizerischen Nationalrat 1848–1919» Tome 1, Deuxième partie, pp.730-732, Ed. Francke, Berne 1978, (ISBN 3-7720-1443-7)
  2. « Émeutes de la Käfigturm » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.
  3. Erich Gruner: «Die Wahlen in den Schweizerischen Nationalrat 1848–1919» Tome 3, p.369, Ed. Francke, Berne 1978, (ISBN 3-7720-1443-7)
  4. Elections au Conseil national 1848 - 1917: répartition des mandats par parti ou par orientation politique, Office fédéral de la statistique, consulté le 24 juin 2015
  5. Banque de données recensant les membres des conseils depuis 1848, Assemblée fédérale, consulté le 22 juillet 2015