Élection présidentielle zimbabwéenne de 2018

Élection présidentielle zimbabwéenne de 2018
Participation
70 %
Emmerson Mnangagwa 2017.png Emmerson Mnangagwa – ZANU-PF
Voix 2 460 463
50,8 %
Transparent - replace this image male on Infobox lightgrey background.svg
Nelson Chamisa – Coalition MDC
Voix 2 147 436
44,3 %
Thokozani Khuphe.jpg Thokozani Khupe – MDC-T dissident
Voix 45 573
0,9 %
Président du Zimbabwe (), Member of the House of Assembly of Zimbabwe () et Member of the Senate of Zimbabwe ()
Sortant Élu
Emmerson Mnangagwa
ZANU-PF
Emmerson Mnangagwa
ZANU-PF

Une élection présidentielle a lieu au Zimbabwe le afin d'élire le président de la République du pays au suffrage universel direct. Elle se tient en même temps que des élections législatives et sénatoriales. Le président sortant, Emmerson Mnangagwa (ZANU-PF), l’emporte de justesse au premier tour sur fond de soupçons de fraudes.

Contexte

En raison de l'âge avancé du président Mugabe, qui célèbre ses 93 ans en février 2017, la question de sa succession est devenue un enjeu important dans le milieu politique zimbabwéen. Robert Mugabe, ayant révélé qu'il souhaitait voir son épouse Grace Mugabe lui succéder, a écarté du parti ZANU-PF et du gouvernement les rivaux potentiels de cette dernière. Grace Mugabe, connue pour ses goûts de luxe et sa brutalité, est toutefois impopulaire. Le 4 novembre 2017, Robert Mugabe annonce qu'il souhaite que son épouse devienne vice-présidente. Le 5 novembre, celle-ci lui demande publiquement de lui céder directement la présidence de la République. Le limogeage du vice-président Emmerson Mnangagwa le 6 novembre 2017 a ainsi pour objectif de conforter la première dame, mais déplaît aux forces armées, qui prennent le pouvoir durant la nuit du 14 au 15 novembre[1],[2].

Robert Mugabe continue un temps de se considérer comme le seul dirigeant légitime du Zimbabwe[3]. Cependant le 21 novembre, pour devancer la procédure de destitution lancée à son encontre, il démissionne[4]. Emmerson Mnangagwa est désigné président et il est investi en prêtant serment le 24 novembre[5].

Système politique

Le Zimbabwe est une république à régime présidentiel. Bien qu'il y ait un Premier ministre, la Constitution adoptée en 2013 dispose que le président de la République, élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, est à la fois le chef de l'État et le chef du gouvernement (article 89). Le pouvoir exécutif est exercé par le président, « dans le cadre de la Constitution, à travers le Cabinet » (article 88)[6].

En accord avec cette Constitution, un président ne peut exercer que deux mandats à la tête du pays, mais cette disposition n'est pas rétroactive. Ainsi Robert Mugabe, qui dirigeait le Zimbabwe depuis l'indépendance du pays en 1980, aurait pu se représenter en 2018, puis à nouveau en 2023 (même à l'âge de 99 ans)[7].

Sous la présidence de Robert Mugabe, le Zimbabwe n'est généralement pas considéré comme une démocratie. Human Rights Watch en 2016 note les violences et intimidations exercées à l'encontre de membres de l'opposition, la continuation de fraudes électorales à grande échelle, et la corruption « endémique, y compris au plus haut niveau du gouvernement ». Cette organisation de défense des droits de l'homme estime que le Zimbabwe n'est pas un État de droit[8]. Amnesty International en 2016 estime que « [l]e droit à la liberté d'expression des journalistes et des défenseurs des droits de l'homme continue d'être restreint au moyen d'arrestations, de mises en détention et de mises en examen arbitraires pour avoir paisiblement exercé leurs droits »[9]. Le ministère des Affaires étrangères britannique en 2015 pointe « les violences politiques et la persécution à l'encontre des opposants politiques, des journalistes, des juges et des défenseurs des droits de l'homme. De nombreux indicateurs internationaux des droits de l'homme classent toujours le Zimbabwe parmi les pires pays du monde en termes de droits civiques et politiques, et de liberté de la presse »[10]. L'élection présidentielle de 2008 avait été particulièrement violente, marquée par l'assassinat de dizaines de partisans de l'opposition, la mort de quelque deux cents personnes dans des violences orchestrées par le pouvoir, des actes de violence à l'encontre de milliers d'autres, et par des fraudes et intimidations systématiques[11],[12],[13].

Pour les élections de 2018, le président Mnangagwa promet un scrutin libre et transparent. L'opposition est autorisée à manifester et, « pour la première fois, la télévision publique [couvre] en intégralité la présentation du programme électoral » du Mouvement pour le changement démocratique[14].

Candidats

Est éligible tout citoyen zimbabwéen âgé d'au moins quarante ans et résidant au Zimbabwe (article 91 de la Constitution).

Le parti ZANU-PF avait initialement désigné Robert Mugabe, le président sortant, comme candidat[15]. Mais le , dans le contexte du coup d'État de 2017 au Zimbabwe, le parti désigne à sa place l'ancien vice-président Emmerson Mnangagwa[16].

Morgan Tsvangirai, chef du Mouvement pour le changement démocratique, le principal parti d'opposition, meurt d'un cancer le 14 février 2018. Il avait été le principal candidat d'opposition lors des élections présidentielles de 2008 (où la violence orchestrée par le pouvoir l'avait toutefois contraint de se retirer entre les deux tours) et de 2013[17]. Deux semaines après sa mort, le parti choisit Nelson Chamisa, son nouveau chef, comme candidat à l'élection présidentielle[18]. La veille de l'élection, Robert Mugabe informe les médias qu'il ne votera pas pour Emmerson Mnangagwa : « Je ne peux pas voter pour ceux qui m’ont mal traité ». Et ajoute : « Donc il reste Chamisa »[19],[20].

Vingt et un autres candidats se présentent, profitant de l'apparente libéralisation de la vie politique du pays. Parmi eux, l’ancienne vice-présidente Joice Mujuru, l’ancien ministre Nkosana Moyo, l'artiste Taurai Mteki, l’ancienne vice-présidente du MDC-T Thokozani Khupe et le défenseur des droits de l’Homme Lovemore Madhuku[14].

Résultats

Le 31 juillet 2018, Nelson Chamisa revendique sa victoire et critique la lenteur de la commission électorale (ZEC) – au service de la fraude à l’époque de Robert Mugabe – à communiquer les résultats[21],[22]. Des violences font plusieurs morts après la proclamation de la victoire de la ZANU-PF aux élections législatives[23]. Mnangagwa condamne les actions des militaires qui ont tenté d'empêcher le déroulement d'une conférence de presse du MDC, ainsi que la répression[24].

Les résultats officiels, annoncés par la ZEC le 3 août 2018, indiquent qu’Emmerson Mnangagwa emporte de justesse l’élection présidentielle au premier tour[25].

Résultats de l'élection présidentielle zimbabwéenne de 2018[26]
Candidats Partis Votes %
Emmerson Mnangagwa ZANU-PF 2 460 463 50,8
Nelson Chamisa Coalition MDC 2 147 436 44,3
Thokozani Khupe MDC-T dissident 45 573 0,9
Joseph Makamba Busha FreeZim Congress 17 566 0,4
Evaristo Chikanga RZP 13 141 0,3
Elton Mangoma CODE 
Joice Mujuru PRC 12 878
Timothy Chiguvare PPP
Melbah Dzepasi #1980 FMZ
Peter Gava UDF
Blessing Kasiyamhuru ZPP
Hlabangana Kwanele RP
Lovemore Madhuku NCA
Noah Ngoni Manyika BZA
Violet Mariyacha UDM
Divine Mhambi NAPDR
Nkosana Moyo APA
Brian Mteki Indépendant
William Mugadza BCP
Peter Munyanduri NPF
Ambrose Mutinhiri NPF
Daniel Shumba UDA
Peter Wilson DOP
Votes valides
Votes blancs et nuls
Total 100
Abstention
Inscrits / participation

Selon la mission d'observation de l'Union européenne, « le climat politique s'est amélioré, le vote s'est déroulé de manière pacifique, mais l'inégalité des chances, les intimidations d'électeurs et le manque de confiance dans le processus électoral ont miné l'environnement pré-électoral ». La mission fait état « d'efforts pour saper l'expression en toute liberté de la volonté des électeurs », citant « des intimidations légères, des pressions et des contraintes » contre des électeurs pour qu'ils votent « en faveur du parti au pouvoir »[27].

Suites

Au cours des jours qui suivent l'annonce officielle des résultats de la présidentielle, des soldats sont déployés dans les quartiers et banlieues de Harare ayant majoritairement voté pour Nelson Chamisa. Les soldats « débarqu[e]nt dans les débits de boisson, tabass[e]nt la clientèle au hasard, ou s’attaqu[e]nt aux passants dans la rue ». Plusieurs responsables du Mouvement pour le changement démocratique sont arrêtés[28].

Le 10 août, jour de la date limite, le MDC dépose un recours à la Cour suprême, qui a dès lors 14 jours pour prendre une décision sur la régularité de l’élection. Dans le même temps, la cérémonie d'investiture de Mnangagwa, prévue pour le 12 août, et pour laquelle la présidence a invité des dirigeants internationaux, est reportée à une date ultérieure[29],[30]. Le 24 août, la Cour constitutionnelle confirme à l'unanimité les résultats annoncés par la commission électorale. Les juges expliquent que le MDC n'a pas fourni de preuves substantielles de fraudes électorales. Le MDC répond qu'il accepte la décision de la Cour[31]. La cérémonie d'investiture a lieu le 26 août[32].

Notes et références

  1. « Le Zimbabwe se réveille dirigé par des militaires », Le Monde, 15 novembre 2017
  2. Couverture en direct du coup d'État de 2017, Le Monde, 15 novembre 2017
  3. « Zimbabwe. Mugabe résiste aux pressions de l’armée, qui veut l’écarter », sur ouest-france.fr, (consulté le 16 novembre 2017)
  4. « Zimbabwe : le président Mugabe démissionne après 37 ans de pouvoir », FIGARO,‎ (lire en ligne)
  5. « Au Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa investi président », Le Monde, 24 novembre 2017
  6. (en) Constitution du Zimbabwe
  7. (en) "Even Zimbabwe's constitution waits for Mugabe to pass the baton, or pass away", The Guardian, 26 mars 2013
  8. (en) "Freedom in the world 2016: Zimbabwe, Freedom House
  9. (en) "Zimbabwe 2015/2016", Amnesty International
  10. (en) "Zimbabwe: country of concern", Foreign and Commonwealth Office, janvier 2015
  11. (en) "In Heavy Zimbabwe Voting, No Repeat of Disastrous 2008 Events", New York Times, 31 juillet 2013
  12. (en) "This is no election. This is a brutal war", The Observer, 22 juin 2008
  13. (en) "Zimbabwe: No Justice for Rampant Killings, Torture", Human Rights Watch, 8 mars 2011
  14. a et b « Zimbabwe: nombre record de candidats, du pain bénit pour le sortant Mnangagwa », Agence France Presse, 18 juin 2018
  15. (en) "Zimbabwe's Robert Mugabe will rule until he is 100 from special wheelchair, his wife claims", The Independent, 22 novembre 2015
  16. « Zimbabwe : la Zanu-PF destituera Mugabe s'il ne démissionne pas d'ici lundi », sur Europe 1 (consulté le 19 novembre 2017)
  17. (en) "Zimbabwe opposition leader Morgan Tsvangirai dies aged 65", BBC News, 15 février 2018
  18. « Au Zimbabwe, le principal parti d’opposition a désigné son candidat à la présidentielle », Le Monde, 1er mars 2018
  19. « Les Zimbabwéens votent pour les premières élections depuis la chute de Mugabe », Le Monde, 30 juillet 2018
  20. (en) "Zimbabwe's Mugabe backs opposition on eve of election", Reuters, 29 juillet 2018
  21. « Zimbabwe : le leader de l'opposition, Nelson Chamisa, revendique "une victoire éclatante" aux élections générales », Franceinfo,‎ (lire en ligne)
  22. https://www.lexpress.fr/actualites/1/actualite/zimbabwe-la-commission-electorale-machine-a-frauder-de-mugabe-de-nouveau-sur-la-sellette_2029276.html
  23. https://www.courrierinternational.com/article/presidentielle-au-zimbabwe-apres-les-elections-les-violences
  24. https://www.voaafrique.com/a/l-opposition-dénonce-une-répression-généralisée-au-zimbabwe-/4515636.html
  25. « Zimbabwe : Emmerson Mnangagwa élu président, l'opposition pas d'accord », sur Le Point Afrique (consulté le 3 août 2018)
  26. (en) "2018 presidential results", Commission électorale zimbabwéenne
  27. https://www.voaafrique.com/a/l-ue-dénonce-l-inégalité-des-chances-entre-les-candidats-au-zimbabwe/4508856.html
  28. « Zimbabwe : après les élections, le temps des punitions », Le Monde, 8 août 2018
  29. « Elections au Zimbabwe: l'opposition dépose son recours contestant les résultats de la présidentielle (2) », sur RTBF Info (consulté le 10 août 2018)
  30. https://information.tv5monde.com/afrique/zimbabwe-l-opposition-depose-un-recours-pour-contester-les-resultats-de-la-presidentielle
  31. (en) "Zimbabwe court upholds President Mnangagwa's election win", BBC News, 24 août 2018
  32. « Zimbabwe: la Cour constitutionnelle valide l’élection d’Emmerson Mnangagwa - RFI », sur RFI Afrique (consulté le 26 août 2018)

Voir aussi