Élection présidentielle française de 1988

Élection présidentielle française de 1988

(1er tour)

(2e tour)
Corps électoral et résultats
Inscrits 38 179 118
Votants au 1er tour 31 059 300
81,35 %  +0,3
Votants au 2d tour 32 085 071
84,06 %  −1,8
Débat(s) (2d tour)
Reagan Mitterrand 1984 (cropped).jpg François Mitterrand – PS
Voix au 1er tour 10 381 322
34,11 %
 +8,3
Voix au 2e tour 16 704 279
54,02 %
Jacques Chirac mid-eighties.jpg Jacques Chirac – RPR
Voix au 1er tour 6 075 160
19,96 %
 +2
Voix au 2e tour 14 218 970
45,98 %
Raymond Barre 1980 (cropped 2).jpg Raymond Barre – UDF
Voix au 1er tour 5 035 144
16,54 %
Jeanmarielepen-profile-harounaaron (cropped 2).png Jean-Marie Le Pen – FN
Voix au 1er tour 4 376 742
14,38 %
André Lajoinie.jpg André Lajoinie – PCF
Voix au 1er tour 2 056 261
6,76 %
Antoine Waechter (cropped).jpg Antoine Waechter – Les Verts
Voix au 1er tour 1 149 897
3,78 %
Résultats du second tour
Carte
  •      François Mitterrand (plus de 60 %)
  •      François Mitterrand (entre 55 et 60 %)
  •      François Mitterrand (entre 50 et 55 %)
  •      Jacques Chirac (plus de 50 %)
Président de la République française
Sortant Élu
François Mitterrand (PS) François Mitterrand (PS)

L'élection présidentielle française de 1988 a pour but d'élire le président de la République française pour un mandat de sept ans. Elle est la sixième élection de ce type sous la Ve République et la cinquième au suffrage universel direct. Elle est remportée au second tour de scrutin par François Mitterrand, candidat du Parti socialiste et président de la République sortant, pour un second mandat, face à Jacques Chirac, son Premier ministre de la première cohabitation depuis .

L'inscription sur les listes électorales est très importante, avec près de deux millions de votants supplémentaires par rapport à 1981.

Le premier tour de scrutin se déroule le , de 8 h à 20 h[1]. Il permet de sélectionner François Mitterrand (PS) et Jacques Chirac, le président du RPR. Raymond Barre, le candidat de l'UDF en troisième position et Jean-Marie Le Pen, le président du FN en quatrième position. Aucun candidat n'ayant reçu la majorité absolue des suffrages exprimés, le second tour de scrutin se déroule le [1]. Le débat traditionnel de l'entre deux-tours est organisé le .

Le , le Conseil constitutionnel proclame la réélection du candidat socialiste François Mitterrand, avec 54,02 % soit 16 704 279 bulletins de vote en sa faveur. Le premier mandat de François Mitterrand prend fin le à minuit et il est investi pour un second septennat par Robert Badinter, président du Conseil constitutionnel, dans la salle des fêtes du palais de l'Élysée.

Déroulement

Dates

Premier tour

François Mitterrand réalise un score de près de 34 %, Jean-Marie Le Pen obtient autour de 14 %, alors que la droite est divisée entre Jacques Chirac représentant le RPR (19,96 %) et Raymond Barre, le candidat de l'UDF (16,54 %).

Second tour

François Mitterrand est élu président de la République pour un nouveau septennat. L'abstention est plus faible qu'au premier tour (15,65 %).

Contexte

Politique de Mitterrand lors du septennat

Dissolution parlementaire du

Le , lors du débat du second tour, Valéry Giscard d'Estaing interpelle François Mitterrand sur l'acte de dissolution. Il déclara : « Le gouvernement est responsable devant le Parlement. Si vous agissez ainsi que vous dîtes, c'est-à-dire si votre gouvernement ne va pas devant le Parlement, il ne pourra rien faire, il n'aura le droit de ne rien faire. Il devra attendre le résultat des élections. Nous n'avons pas en France un système tel, qu'un président de la République, vous ou moi, ou d'ailleurs le général de Gaulle dans le passé, puisse nommer un gouvernement qui ne rend de compte à personne et qui prend des décisions importantes, ceci est impossible. Si donc il ne va pas devant le Parlement, il ne pourra faire qu'une chose qui est ce qu'on appelle, vous connaissez la formule : expédier les affaires courantes ». François Mitterrand lui rétorqua alors la chose suivante : « Mais le président de la République peut dissoudre quand il le veut. Et, je dissoudrai quand je le déciderai ». Le , conformément à son souhait, François Mitterrand dissout l'Assemblée nationale afin d'obtenir une majorité socialiste.

Politique économique

Au cours du même débat, Valéry Giscard d'Estaing explique qu'un gouvernement gérant les affaires courantes ne peut pas prendre de mesures importantes. Pourtant, le gouvernement de Pierre Mauroy augmente le SMIC, dévalue à quatre reprises le franc et engage de nouveaux fonctionnaires.

Cohabitation Mitterrand/Chirac

Le , après proclamation des résultats, l'Assemblée nationale est majoritairement de droite. Jacques Chirac, le président du Rassemblement pour la République (RPR) est nommé Premier ministre.

Candidats

La liste des candidats fut dévoilée par le président du Conseil constitutionnel, Robert Badinter.

Campagne présidentielle des principaux candidats

Campagne de François Mitterrand (PS)

À partir de l'été 1987, le PS fait campagne sans candidat. La seule question est de savoir si le Président sortant se présentera ou si la place sera cédée au populaire Michel Rocard.

En janvier, la Rue de Solférino placarde une série de 7500 affiches "Génération Mitterrand". Celui-ci fait longuement durer l'attente, sous entendant qu'il ne sera pas candidat.

Après un long suspense, François Mitterrand se déclare candidat à sa succession le sur le plateau du 20 h d'Antenne 2 répondant au question de Paul Amar et d'Henri Sanier. Il mène une campagne éclair de trente jours. Le 7 avril, dans une Lettre à tous les Français tirée à deux millions d'exemplaires, François Mitterrand développe ses thèmes de campagne sous le slogan de "La France unie".

Durant une série de meetings monumentaux, à Rennes le 8 avril, Lyon le 15 avril, Montpellier le 19 avril et au Bourget le 22 avril, le candidat développe ses ambitions pour la France et sa volonté de rassembler au-delà de son camps. Sur une large scène, décorée d'un fond de drapeau flottants tricolores et derrière son pupitre jupiter le Président s'exprime devant 25 000 et 40 000 personnes se pressant pour l'écouter mais aussi assister à des shows organisés en première partie par Renaud, Charles Trenet, Barbara...

L'équipe de campagne, dirigée par Pierre Bérégovoy est installée avenue Franco-Russe. Elle s'organise pour créer des événements et organiser le grand mouvement de soutien artistique et civil autour de la candidature de François Mitterrand.

D'une façon générale, François Mitterrand n'apparaît que peu dans la campagne, cultivant son image de « père de la nation ».

Le 24 avril, François Mitterrand obtient le score de 34,11 % et arrive largement en tête. Bien qu'attendu à 35 ou 36 %, ses partisans se félicitent du score et surtout de l'écart de plus de 14 % avec son Premier ministre et adversaire de second tour Jacques Chirac.

Au second tour, le slogan du Président est complété suite à son succès du premier tour devenant "La France unie est en marche". Il tient trois meetings, à Lille le 29 avril, Strasbourg le 2 mai et Toulouse le 6 mai.

Le 28 avril, il rencontre Jacques Chirac en débat. C'est le point d'orgue d'une campagne intense, François Mitterrand nommant Jacques Chirac "Monsieur le Premier ministre" agaçant celui-ci.

Malgré la prise d'otage de la grotte d'Ouvéa et la libération des otages au Liban dans les derniers jours de la campagne, les intentions de vote pour François Mitterrand restent stables.

Le 8 mai, il est triomphalement réélu Président de la République avec 54,02% et plus de seize millions de voix.

Campagne de Jacques Chirac (RPR)

En retard dans les sondages jusqu'au mois de février 1988, le premier ministre Jacques Chirac déclare qu'il sera candidat à l'élection présidentielle le dans son bureau de l'hôtel Matignon. Durant plusieurs semaines il mène campagne sans réel adversaire et réussit à dépasser son rival centriste Raymond Barre dans les intentions de votes.

Sous le slogan « Nous irons plus loin ensemble, oui c'est Chirac » le candidat du RPR mène une campagne de plus en plus offensive et tient jusqu'à deux meetings par jours à partir du début du mois d'avril.

Voulant moderniser son image, Jacques Chirac met comme en 1986 sur le devant de la scène les nouveaux visages du RPR. Nicolas Sarkozy, Jacques Toubon, Michèle Alliot Marie ou encore François Fillon sont présents dans la campagne et organisent de multiples réunions de soutien départementales.

À l'instar de François Mitterrand, il reçoit l'appui de personnalités du spectacle, du cinéma ou de la chanson, comme en témoigne le « On a tous en nous quelque chose de Jacques Chirac » de Johnny Hallyday, qui reprend ainsi son Quelque chose de Tennessee en faveur du candidat du RPR lors d'un concert-meeting de soutien à l'hippodrome de Vincennes le 20 mars devant plus de 30 000 personnes dans un décor grandiose.

En progrès, il marginalise la campagne Barre et s'envole à 23-24 % en fin de campagne de premier tour. Sous la direction de Charles Pasqua, la campagne Chirac est pilotée par ses équipes au siège du RPR rue de Lille et au siège national de campagne rue de Babylone.

Le soir du premier tour, la tristesse empare les militants rassemblés rue de Babylone. Jacques Chirac recueille à peine 19,96 %, trois à quatre points de moins que ne le laissait espérer les derniers sondages.

La campagne de second tour s'ouvre avec le ralliement dès le soir du premier tour de Raymond Barre. Le 28 avril, Jacques Chirac rate son débat avec François Mitterrand, celui-ci le dominant en lui lançant du "Monsieur le Premier ministre" durant l'ensemble de la rencontre. La tension atteint son paroxysme lors de l'échange sur l'Affaire Gordji.

En pleine crise en Nouvelle Calédonie, Jacques Chirac assure la libération des otages au Liban début mai.

Le dimanche 8 mai, comme attendu, Jacques Chirac est sévèrement battu avec 45,98% des voix.

Campagne de Raymond Barre (UDF)

Suite au succès de l'union UDF-RPR en mars 1986, la question du retour de l'ancien Président de la République Valéry Giscard d'Estaing se pose. Celui-ci écarte l'idée le 12 février 1987, déclarant : « J'ai déjà servi. C'est à d’autres de servir à leur tour et je souhaite qu'ils réussissent. ».

La popularité de l'ancien Premier ministre Raymond Barre, opposé à la cohabitation croît. En 1986 et 1987, il atteint à plusieurs reprises 25 à 27 % dans les sondages, largement devant son potentiel rival du RPR Jacques Chirac estimé entre 18 et 22 %.

Le Premier ministre se déclare candidat à la mi-janvier, Raymond Barre voit son avance diminuer. Le 8 février 1988, il annonce sa candidature au Palais des Congrès de Lyon entouré de son comité de soutien et de la direction nationale de l'UDF. Sous la direction de Philippe Mestre, sa campagne peine à créer une dynamique, malgré un programme scrupuleusement modéré. De multiples gaffes dans sa communication voit l'opinion douter sur ses qualités. Il prend pour slogan "Du sérieux, du solide, du vrai" mais ses qualités de candidat potentiel se transforment en difficultés de candidat en campagne. Dans la primaire avec Jacques Chirac, son image d'homme pragmatique et sérieux s'oppose à l'image dynamique et volontaire du Premier ministre.

Il bénéficie lui aussi du soutien de quelques personnalités du monde du spectacle comme Alain Delon qui intervient dans un de ses clips de campagne comparant Raymond Barre au Général de Gaulle.

Gêné à sa droite par Jacques Chirac, Raymond Barre doit faire face à sa gauche à la candidature éclair et rassembleuse de François Mitterrand. De nombreux électeurs centristes, initialement proches des positions de Raymond Barre se tournent vers le discours modéré et fédérateur du Président candidat.

Au soir du 24 avril, Raymond Barre atteint le score de 16,58 % et se classe troisième au premier tour, à mi chemin entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen.

Campagne de Jean-Marie Le Pen (FN)

Suite aux succès retentissant de son parti depuis les élections européennes de 1984 et législatives de 1986 ou le FN décroche 35 sièges, son leader Jean-Marie Le Pen entame une ascension personnelle.

Le 2 avril 1987, Jean-Marie Le Pen lance sa campagne. Deux jours plus tard, il rassemble à Marseille plus de 35 000 militants. Sa progression dans les sondages laissent les commentateurs imaginer qu'il puisse dépasser Chirac et Barre dans les dernières semaines de la campagne. Mais, en septembre 1987, sur RTL le Président du Front National prononce son célèbre dérapage du "détail" au sujet des chambres à gaz. Condamné par toute la classe politique, sa campagne patine de nombreux mois.

Se présentant comme un outsider, il reprend la main au début de 1988. La campagne alterne entre réunions publiques et meetings géants avec des mises en scènes grandioses.

La campagne est scandée par des rassemblements gigantesques comme la « convention Le Pen président » à Nice du 8 au 10 janvier 1988 ou le meeting du stade Vélodrome de Marseille le 17 avril à une semaine du premier tour. Jean-Marie Le Pen déambule sur des scènes monumentales où se dressent des écrans géants et des vasques crépitant de flammes tricolores.

À l'arrivée, le candidat du FN obtient le score record de 14,38% des voix, provoquant de nombreuses réactions hostiles.

Sondages

Premier tour

Sondeur Date Échantillon Arlette Laguiller Pierre Lambert (homme politique) André Lajoinie Pierre Juquin François Mitterrand Michel Rocard Antoine Waechter Raymond Barre Valéry Giscard d’Estaing François Léotard Jacques Chirac Jean-Marie Le Pen
Arlette Laguiller
(LO)
Pierre Boussel

(MPPT)

André Lajoinie
(PCF)
Pierre Juquin
(PSU-LCR)
François Mitterrand
(PS)
Michel Rocard
(PS)
Antoine Waechter
(Les Verts)
Raymond Barre
(UDF)
Valéry Giscard d'Estaing
(UDF)
François Léotard
(PR)
Jacques Chirac
(RPR)
Jean-Marie Le Pen
(FN)
Année 1986
Ipsos du 8 au 15 février 1 188 3 % 28 % 17 % 18 % 4 % 4 % 20 % 6 %
Ipsos du 20 au 25 juin 1 000 1 % 3 % 28 % 16 % 16 % 7 % 21 % 6 %
1 % 3 % 42 % 20 % 25 % 8 %
Ipsos du 18 au 22 août 934 4 % 27 % 17 % 15 % 9 % 7 % 14 % 7 %
6 % 33 % 23 % 12 % 18 % 8 %
4 % 39 % 22 % 9 % 18 % 8 %
6 % 36 % 27 % 23 % 8 %
Année 1987
Louis Harris du 21 au 25 octobre 39 % 20 % 21 % 11 %
33 % 9 % 20 % 20 % 9 %
31 % 23 % 24 % 11 %
Sofres du 7 au 12 novembre 2 % 4 % 3 % 38 % 0,5 % 24,5 % 18 % 10 %
Sofres du 4 au 8 décembre 1,5 % 4,5 % 2 % 38 % 1 % 24 % 19 % 10 %
Année 1988
Sofres du 8 au 12 janvier 1 % 5 % 2 % 40 % 0,5 % 23 % 19,5 % 9 %
Ipsos du 11 au 20 janvier 3 000 1 % 4 % 2 % 37 % 3 % 21 % 21 % 11 %
Ipsos du 20 au 26 janvier 1 500 1 % 4 % 2 % 41,5 % 3 % 19 % 21,5 % 10 %
Sofres du 1er au 3 février 0,5 % 4,5 % 2 % 39 % 1 % 21 % 22 % 10 %
Ipsos du 1er au 4 février 1 898 1 % 5,5 % 3 % 36 % 1,5 % 19 % 23 % 11 %
Ipsos du 15 au 19 février 1 900 1 % 6,5 % 2,5 % 35,5 % 1,5 % 19 % 23 % 11 %
Sofres du 1er au 3 mars 1 % 5,5 % 2 % 38 % 2 % 20 % 21,5 % 10 %
Sofres du 1er au 2 avril 1 % 6 % 3 % 37 % 2,5 % 15 % 24 % 11,5 %
Sofres du 8 au 9 avril 1 % 7 % 2 % 36 % 2,5 % 17 % 23,5 % 11 %
Sofres du 20 au 21 avril 1,5 % 7 % 2 % 35 % 2,5 % 16,5 % 23,5 % 12 %

Second tour

Mitterrand - Chirac

Sondeur Date François Mitterrand Visite du Premier Ministre Jacques CHIRAC au stand des Écrivains paysans au Parc Expositions de Paris (Salon de l'Agriculture)
François Mitterrand Jacques Chirac
Ipsos 8–15 février 1986 56 % 44 %
Ipsos 20–25 juin 1986 53 % 47 %
Ipsos 18–22 août 1986 55 % 45 %
Sofres 7–12 novembre 1987 56 % 44 %
Sofres 4–8 décembre 1987 55 % 45 %
Sofres 8–12 janvier 1988 57 % 43 %
Ipsos 11–20 janvier 1988 57 % 43 %
Sofres 1–3 février 1988 55 % 45 %
Sofres 1–3 mars 1988 55 % 45 %
Sofres 1–2 avril 1988 55 % 45 %
Sofres 8–9 avril 1988 54 % 46 %
Sofres 20–21 avril 1988 53 % 47 %
Sofres 26–27 avril 1988 56 % 44 %
Sofres 29 avril 1988 55 % 45 %
Sofres 4-5 mai 1988 55 % 45 %
Sofres 6 mai 1988 54 % 46 %

Mitterrand - Barre

Enquêtes menées suivant l'hypothèse abandonnée d'un second tour entre François Mitterrand et Raymond Barre.

Sondeur Date François Mitterrand Raymond Barre
François Mitterrand Raymond Barre
Ipsos 8–15 février 1986 53 % 47 %
Ipsos 20–25 juin 1986 53 % 47 %
Ipsos 18–22 août 1986 54 % 46 %
Ipsos 11–20 janvier 1988 54 % 46 %

Résultats

Premier tour
le
Second tour
le
Nombre % des
inscrits
% des
votants
Nombre % des
inscrits
% des
votants
Inscrits 38 128 507 38 168 869
Votants 31 027 972 81,35 % 32 085 071 84,35 %
   suffrages exprimés 30 436 744 98,00 % 30 923 249 96,38 %
   bulletins blancs ou nuls 621 934 2,00 % 1 161 822 3,62 %
Abstentions 7 100 535 18,65 % 6 083 798 15,65 %
Candidat
Parti politique
Voix % des
exprimés
Voix % des
exprimés
  François Mitterrand
Parti socialiste
10 381 332 34,11 % 16 704 279 54,02 %
  Jacques Chirac
Rassemblement pour la République, soutenu par le Centre national des indépendants et paysans
6 075 160 19,96 % 14 218 970 45,98 %
  Raymond Barre
Sans étiquette, soutenu par l'Union pour la démocratie française
5 035 144 16,54 %
  Jean-Marie Le Pen
Front national
4 376 742 14,38 %
  André Lajoinie
Parti communiste
2 056 261 6,76 %
  Antoine Waechter
Les Verts
1 149 897 3,78 %
  Pierre Juquin
Communiste rénovateur, soutenu par le Parti socialiste unifié et la Ligue communiste révolutionnaire
639 133 2,10 %
  Arlette Laguiller
Lutte ouvrière
606 201 1,99 %
  Pierre Boussel
Mouvement pour un parti des travailleurs
116 874 0,38 %
Sources : Site officiel du Conseil constitutionnel : premier tour, second tour


François Mitterrand :
(54,02 %)
16 704 279 14 218 970 Jacques Chirac :
(45,98 %)

Analyse

Le président de la République socialiste sortant, François Mitterrand, dont la cote de popularité était à un niveau très bas deux ans avant le scrutin, arrive en tête du premier tour avec 34,11 % des voix.

Du côté de la majorité parlementaire sortante, c'est le candidat du Rassemblement pour la République (RPR), Jacques Chirac, qui est qualifié pour le second tour. Avec 19,96 % des voix, il a 14 points de retard sur François Mitterrand.

Cette élection est marquée par le score élevé du président du Front national, Jean-Marie Le Pen, qui arrive en quatrième position avec 14,4 % des suffrages, et qui, de plus, arrive en seconde position dans le Bas-Rhin et le Vaucluse, alors qu'il avait obtenu seulement 0,75 % des voix en 1974. Le FN a émergé sur le devant de la vie politique française en 1983, en obtenant 8,9 % des voix aux élections municipales, en franchissant la barre des 10 % aux élections européennes de 1984, puis en obtenant 9,8 % et 35 députés au scrutin proportionnel aux élections législatives de 1986.

De son côté, le Parti communiste français continue de décliner, ce qui permet au PS de conforter sa place de premier parti de gauche. Avec 6,76 % des voix, son candidat, André Lajoinie, se retrouve largement distancé par les quatre candidats arrivés en tête et réalise le score le plus bas pour le PCF depuis la Libération.

La majorité présidentielle et parlementaire sont au coude à coude, 34,1 % pour Mitterrand face à 36,5 % pour Chirac/Barre. L'avantage est du côté du président sortant qui a fait le plein des voix de gauche (98 % des voix socialistes, 7 % des voix communistes, 5 % écologistes) dès le 1er tour, et peut s'assurer du report des voix des autres candidats de gauche ; dès le soir du premier tour, le président sortant oriente la campagne du second tour vers les centristes pour attirer les voix de Raymond Barre.

Le Premier ministre-candidat, quant à lui avec 19,9 % des voix, fait à peine mieux que 1981 (18,00 %) même s'il réussit là ou il a échoué sept ans plus tôt, passe au second tour, face au candidat UDF qui fut favori des sondages avant de chuter et qui totalise 16,6 % des voix (30 % à Barre, 18 % à Chirac à l'été 1987 en , 24,5 % à 19,5 % en , 22 % Chirac et 21 % Barre) ; l'ancien chef du gouvernement lance un appel en sa faveur. Pour l'emporter, Chirac doit rallier 85 % de l'électorat centriste et tenter de « séduire » les abstentionnistes du 1er tour ainsi que les électeurs de Jean-Marie Le Pen.

Cette élection présidentielle est marquée par l'absence de candidat centriste au second tour pour la première fois depuis l'élection présidentielle française de 1965.

Raymond Barre candidat de l'Union pour la démocratie française avec 16,5 % des votes réalise une piètre performance, échouant non seulement à se qualifier pour le deuxième tour, et revenant presque au niveau de Jean Lecanuet qui avait obtenu 15,7 % à l'élection présidentielle française de 1965 (Alain Poher en 1969 : 23,3 % au premier tour et 41,8 % au second tour, Valéry Giscard d'Estaing en 1974 et 1981 : 32,6 % et 28,3 % au premier tour et 50,8 % et 48,2 % au second tour).

Le , à l'issue du second tour, la droite est battue, le Premier ministre Jacques Chirac réunissant 45,98 % des voix. François Mitterrand, qui a bénéficié d'une partie des voix centristes, est donc réélu pour un second septennat.

Notes et références

  1. a et b [PDF] Décret no 88-250 du 16 mars 1988 portant convocation des électeurs pour l'élection du Président de la République, publié au JORF du , p. 3 543-3 544.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes