Élection présidentielle française de 1965

Élection présidentielle française de 1965

(1er tour)

(2e tour)
Corps électoral et résultats
Inscrits 28 910 581
Votants au 1er tour 24 502 916
84,75 %
Votants au 2d tour 24 371 647
84,32 %
Charles de Gaulle-1963.jpg Charles de Gaulle – UNR
Voix au 1er tour 10 828 521
44,65 %
Voix au 2e tour 13 083 699
55,20 %
François Mitterrand 1959.JPG François Mitterrand – CIR
Voix au 1er tour 7 694 003
31,72 %
Voix au 2e tour 10 619 735
44,80 %
Jean Lecanuet.jpg Jean Lecanuet – MRP
Voix au 1er tour 3 777 120
15,57 %
Résultats du second tour
Carte
Président
Sortant Élu
Charles de Gaulle Charles de Gaulle

L'élection présidentielle française de 1965 est la deuxième élection présidentielle à avoir lieu sous la Ve République, et la première à se dérouler au suffrage universel direct. Il s'agit de la seconde au suffrage universel direct sous un régime républicain en France, la première ayant eu lieu le 10 décembre 1848.

Le premier tour s'est déroulé le et le second le [1]. Charles de Gaulle fut réélu pour un nouveau septennat au poste de président de la République française, avec 55,20 % des voix au second tour. Sa mise en ballotage par François Mitterrand, candidat unique de la gauche, constitue une surprise.

Campagne électorale

L'ouverture officielle de la campagne eut lieu le [2].

Le général de Gaulle choisit pour affiche de campagne une Marianne représentée en petite fille et dessinée par Lefor et Openo avec comme slogan : « J'ai sept ans, laissez-moi grandir », le présentant de fait comme le garant et le défenseur des nouvelles institutions de la Cinquième République.

La campagne montra par ailleurs l'importance de la télévision (la France comptant alors 6 385 000 récepteurs), chaque candidat ayant alors le même temps de parole lors de la campagne officielle. François Mitterrand et Jean Lecanuet avaient tous deux pris en compte le rôle de la télévision dans l'élection présidentielle américaine de 1960 : au cours de cette campagne, le débat télévisé était généralement considéré comme ayant aidé John Fitzgerald Kennedy à l'emporter sur Richard Nixon.

Les candidats

Le président sortant, Charles de Gaulle

Charles de Gaulle, réélu au second tour avec 55,20 % des voix.

À l'origine d'un changement du mode de scrutin de l'élection du président de la République en 1962, Charles de Gaulle annonce sa candidature tardivement, le , lors d'une intervention télévisée à 20 heures : « Que l'adhésion franche et massive des citoyens m'engage à rester en fonctions, l'avenir de la République nouvelle sera décidément assuré. Sinon, personne ne peut douter qu'elle s'écroulera aussitôt[3] ».

Confiant, Charles de Gaulle renonce d'abord à utiliser son temps de parole de campagne à la télévision, avant d'y recourir le et le , face à la baisse des intentions de vote en sa faveur (il était initialement donné largement élu dès le premier tour[4]). Ces prestations n'empêchent cependant pas sa mise en ballottage et la tenue d'un second tour. Dans l'entre-deux-tours, il est interrogé par Michel Droit, au cours d'entretiens durant lesquels il use de son talent oratoire, et surprend le public par sa décontraction et sa liberté de ton.

Pendant la campagne, il interdit au ministre de l'Intérieur, Roger Frey, d'utiliser le passé de François Mitterrand pour le déstabiliser (le général de Gaulle s'oppose notamment à la publication d'une photo de François Mitterrand aux côtés du maréchal Pétain et à toute enquête sur ses liens avec René Bousquet)[5].

Le candidat unique de la gauche, François Mitterrand

François Mitterrand remporte 44,80 % au second tour, après avoir réussi à mettre le général de Gaulle en ballotage.

Face à lui, François Mitterrand, président de la Convention des institutions républicaines (CIR) entre en lice le , à la suite de l'échec de la candidature de Gaston Defferre, sans solliciter l'avis des grands partis de la gauche parlementaire[6]. Il obtient rapidement l'investiture et le soutien du parti socialiste SFIO, alors même qu'il n'en était pas membre, du Parti radical, du Parti socialiste unifié (PSU) et du Parti communiste français, ce dernier se méfiant de l'élection présidentielle au suffrage universel direct. Attaché à l'idée d'union de la gauche sans exclusive et à une stratégie de fédération de ses différentes organisations, Mitterrand était un des rares hommes de gauche à promouvoir une alliance incluant les communistes[6]. Le député de la Nièvre alors âgé de 49 ans, ancien ministre de la Quatrième République, devient ainsi candidat unique de toute la gauche. Cette alliance de circonstance fit sa force, puisque socialistes et communistes voyaient en lui un candidat présentable, mais sans grande envergure.

Opposant de la première heure au général De Gaulle ainsi qu'aux institutions de la Ve République, il mène une campagne vigoureuse, se voulant être celle des opposants sans complexes au gaullisme[7] : il joue de son âge et se présente sur ses affiches comme « un président jeune pour une France moderne ». Entre les deux tours, André Malraux l'accuse d'être « le candidat unique de quatre gauches, dont l'extrême droite »[8]. Le prestige de Mitterrand fut d'avoir mis le Général en ballottage, lui permettant d'asseoir sa stature, et plus encore après l'absence de la gauche au second tour de la présidentielle de 1969. Sous l'impulsion de cette candidature, la Fédération de la gauche démocrate et socialiste, regroupant socialistes, radicaux et divers autres mouvements de la gauche non-communiste, est fondée en . La FGDS remporte deux ans plus tard un vif succès lors d'élections législatives, mais est très affaiblie à la suite de la crise de mai 1968 et disparaît peu après.

Le candidat du centre droit, Jean Lecanuet

Jean Lecanuet remporte 15,57 % des voix au premier tour et contribue à la mise en ballottage du président sortant.

Troisième grande figure de la campagne, le président du Mouvement républicain populaire (MRP) et sénateur de Seine-Maritime, Jean Lecanuet, joua de son image de renouveau au centre droit, face à De Gaulle. Comme Mitterrand, Jean Lecanuet tira un argument de sa jeunesse : peu connu des Français avant l'élection, il se présenta en outre comme un homme neuf. À l'instar également de Mitterrand, il avait étudié le rôle de la télévision dans l'élection présidentielle américaine de 1960 et fit appel à des méthodes modernes incluant sondages et utilisation d'entreprises de conseils en communication. Ses prestations télévisées, au cours desquelles il fut notamment interrogé par le populaire journaliste Léon Zitrone, furent très suivies et assurèrent en particulier sa notoriété auprès du grand public urbain et des classes moyennes. Lecanuet obtient un peu plus de 15 % des suffrages, en deçà de son objectif et loin derrière Mitterrand. Son score contribua néanmoins à la mise en ballottage de Charles de Gaulle. Il regrette par la suite de ne pas avoir appelé à voter en faveur de ce dernier au second tour[9]. Après l'élection présidentielle, Jean Lecanuet lança le Centre démocrate.

Les autres candidats

Les autres candidatures eurent un impact plus anecdotique :

Candidatures n'ayant pas abouti

D'autres personnalités avaient été pressenties à la candidature, mais ne sont pas présentées :

  • Antoine Pinay, président du conseil pendant neuf mois en 1952, reprochait au Général son anti-américanisme et sa politique de la chaise vide avec les partenaires européens ;
  • Gaston Defferre fut présenté comme Monsieur X par l'hebdomadaire L'Express dirigé par Jean-Jacques Servan-Schreiber en [11]. Le maire socialiste de Marseille voulait mener une campagne centriste, en s'efforçant de rassembler des réformateurs venus d'horizons variés, sans tenir compte de leur étiquette politique. Vertement critiqué par le PCF et l'aile gauche de la SFIO, il ne parvient pas à obtenir le soutien du MRP, qui refuse toute référence au socialisme et à la laïcité, indispensables aux yeux de son parti[6]. Il est investi par ce dernier en [12] pour former une « grande fédération démocrate et socialiste », allant des socialistes aux démocrates-chrétiens, dans l'objectif de mettre fin aux clivages partisans hérités de la IVe République pour transformer le paysage politique français autour d'un programme politique inédit. Malgré une campagne très active au cours de l'été 1965, son équipe finit par reconnaître son échec par manque de soutiens, et le projet est abandonné en juin[6] ;
  • En , Pierre Dac présente sa candidature satirique avec son Mouvement ondulatoire unifié (MOU), dont le slogan était «Les temps sont durs, votez MOU!». En septembre, il renonce à la demande de l'Élysée[13].

Sondages

Ces élections de 1965 sont les premières en France qui donnent lieu à une « opération-estimation » au soir des deux scrutins des et . Profitant des progrès réalisés par les calculateurs électroniques, l'institut de sondage Ifop, en association avec le Centre français de recherche opérationnelle (CFRO) organise sur les antennes d'Europe 1 des estimations des résultats électoraux[14].

Premier tour

Sondages de l'institut Ifop[15]
Sondeur Date Marcel Barbu

()

François Mitterrand Jean Lecanuet Pierre Marcilhacy

(PLE)

Charles de Gaulle Jean-Louis Tixier-Vignancour
François Mitterrand

(CIR)

Jean Lecanuet

(MRP)

Charles de Gaulle

(UDR)

Jean-Louis Tixier-Vignancour

()

Ifop du 22 octobre au 5 novembre 1965 - 23 % 5 % 1 % 66 % 5 %
Ifop du 6 au 16 novembre 1965 - 24 % 7 % 1 % 61 % 7 %
Ifop du 17 au 27 novembre 1965 1,5 % 28 % 14 % 3 % 46,5 % 7 %
Ifop du 1er au 2 décembre 1965 1 % 27 % 20 % 2 % 43 % 7 %

Second tour

Sondages de l'institut Ifop[15]
Sondeur Date Charles de Gaulle-1963.jpg François Mitterrand 1959.JPG
Charles de Gaulle François Mitterrand
Ifop 1er et 2 décembre 1965 60 % 40 %
Ifop du 8 au 11 décembre 1965 55 % 45 %
Ifop du 14 au 16 décembre 1965 55 % 45 %

Résultats

  Premier tour
le
Second tour
le
Nombre % des
inscrits
% des
votants
Nombre % des
inscrits
% des
votants
Inscrits 28 910 581 28 902 704
Votants 24 502 916 84,75 % 24 371 647 84,32 %
   suffrages exprimés 24 254 556 98,99 % 23 703 434 97,26 %
   bulletins blancs ou nuls 248 360 1,01 % 668 213 2,74 %
Abstentions 4 407 665 15,25 % 4 531 057 15,68 %
Candidat
Parti politique
Voix % des
exprimés
Voix % des
exprimés
  Charles de Gaulle
Union pour la nouvelle République - Union démocratique du travail
10 828 521 44,65 % 13 083 699 55,20 %
  François Mitterrand
Convention des institutions républicaines, investi par la SFIO, soutenu par le PCF, le Parti radical et le PSU
7 694 005 31,72 % 10 619 735 44,80 %
  Jean Lecanuet
Mouvement républicain populaire, soutenu par le Centre national des indépendants et paysans
3 777 120 15,57 %
  Jean-Louis Tixier-Vignancour
Sans étiquette (extrême droite)
1 260 208 5,20 %
  Pierre Marcilhacy
Parti libéral européen
415 017 1,71 %
  Marcel Barbu
Sans étiquette (gauche)
279 685 1,15 %
Sources : site officiel du Conseil constitutionnel : premier tour, second tour
Charles de Gaulle
(55,20 %)
François Mitterrand
(44,80 %)

Notes et références

  1. [PDF] Décret no 65-908 du 28 octobre 1965 portant convocation des électeurs pour l'élection du Président de la République, publié au JORF du , p. 9555.
  2. L'Élection présidentielle des 5 et 19 décembre 1965, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, , p. 20.
  3. Cité par Le Monde, , page 14.
  4. Jean-Jérôme Bertolus, Frédérique Bredin, Tir à vue - la folle histoire des présidentielles, éditions Fayard, 2011, p. 139.
  5. Jean-Jérôme Bertolus, Frédérique Bredin, Tir à vue - la folle histoire des présidentielles, éditions Fayard, 2011, p. 21.
  6. a, b, c et d Jean-François Sirinelli, La France de 1914 à nos jours, p. 347.
  7. Jean-François Sirinelli, La France de 1914 à nos jours, p. 348.
  8. Laurent de Boissieu, « Malraux, Fillon et les "quatre gauches" », sur ipolitique.fr, (consulté le 29 janvier 2017).
  9. Georges Valance, VGE - Une vie, Flammarion, 2011, p. 394.
  10. René Chiroux, L'extrême droite sous la Ve République, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence, , p. 104. Cité dans Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard, Dans l'ombre des Le Pen : Une histoire des numéros 2 du FN, Paris, Nouveau Monde, , 390 p. [détail de l’édition] (ISBN 978-2365833271), p. 43 .
  11. Jean-François Sirinelli, La France de 1914 à nos jours, p. 346.
  12. Le Monde, , page 15.
  13. Jérôme Garcin, « Pierre Dac président ! », sur L'Express, .
  14. Jean-Luc Parodi, « 1965, la première estimation électorale de l’Agence France Presse », in J.-M. Donegani, S. Duchesne, F. Haegel (dir.), Aux frontières des attitudes entre le politique et le religieux. Textes en hommage à Guy Michelat, Paris, L’Harmattan, 2002.
  15. a et b « Retour sur l’élection présidentielle de 1965 » [PDF], IFOP, .

Voir aussi

Bibliographie

Documentaire

  • 1965, la première campagne pour l'Élysée réalisé et narré par Cédric Tourbe, 2015.

Articles connexes

Liens externes