Élection présidentielle brésilienne de 2018

Élection présidentielle brésilienne de 2018
(1er tour)
(2e tour)
Corps électoral et résultats
Participation
79,68 %  −1,9
Votes blancs 3 048 869
Votes nuls 7 015 205
Jair Bolsonaro (cropped 2).jpg Jair Bolsonaro – PSL
Colistier : Hamilton Mourão
Voix 49 275 358
46,03 %
Fernando Haddad Prefeito 2016 (cropped).jpg Fernando Haddad – PT
Colistier : Manuela d'Ávila 
Voix 31 341 839
29,28 %
Ciro Gomes na Carta Capital 2015 (foto 2) (cropped) (cropped).jpg Ciro Gomes – PDT
Colistier : Kátia Abreu
Voix 13 344 074
12,47 %
Candidat arrivé en tête au 1er tour par État
Carte
Président de la république fédérative du Brésil
Sortant
Michel Temer
MDB

Une élection présidentielle a lieu au Brésil les et dans le cadre des élections générales.

Jair Bolsonaro, candidat du Parti social-libéral, arrive en tête du premier tour, devant Fernando Haddad, désigné par le Parti des travailleurs en remplacement de l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva, grand favori de l'élection mais condamné à une peine d’inéligibilité.

Le scrutin est principalement marqué par l’ascension de Bolsonaro, qui suscite de vives controverses dans le pays allant jusqu'à une tentative ratée d'assassinat politique à son encontre. L’élection voit également la très nette baisse des partis traditionnels brésiliens, aussi bien à droite qu'à gauche, du fait du discrédit apportée par de nombreuses affaires de corruption au sein de la classe politique.

Modalités

Le président de la République fédérative du Brésil est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. L'élection présidentielle, celles des deux chambres du Congrès et celles des assemblées et gouverneurs des États se tiennent en même temps[1].

Listes électorales

La Cour fédérale fait annuler les cartes électorales de 3,4 millions d’électeurs, soit 2,4 % de l’électorat brésilien, au motif qu’ils n’ont pas actualisé leur situation et ne se sont pas enregistrés dans le système biométrique. Selon la Folha de Sao Paulo, cette décision a un fondement juridique mais pénalise particulièrement « les électeurs pauvres, majoritairement situés dans le Nordeste », qui votent traditionnellement massivement pour le Parti des travailleurs. Le Parti des travailleurs et le Parti socialiste demandent à la cour de revenir sur sa décision, ce que celle-ci refuse[2].

Selon les études de l'institut chilien Latinobarómetro, seuls 13 % des Brésiliens se disent satisfaits de leur système politique, le taux le plus faible du continent américain[3].

Candidats

Déclarés

Invalidé

Ayant renoncé

Soutiens

La candidature de Jair Bolsonaro est particulièrement appréciée par les propriétaires terriens[23] et les industriels[24]. À la fin de la campagne du premier tour, la montée des intentions de vote en sa faveur est bien perçue par les marchés financiers[6]. Des chefs d'entreprise sont accusés de faire pression sur leurs employés pour les pousser à voter pour lui[25],[26]. Début octobre, le Front parlementaire de l’agro-négoce, qui regroupe 234 des 513 députés et 27 des 81 sénateurs, lui apporte son soutien[27]. Jair Bolsonaro est également soutenu par des personnalités comme Ronaldinho, Lucas Moura, Rivaldo, Cafu, Felipe Melo, Jádson, José Aldo et Gusttavo Lima[28],[29],[30],[31],[32],[33].

Campagne

Scandales de corruption

Aécio Neves

Entre 2015 et 2016, Aécio Neves, candidat du PSDB défait de justesse au second tour de l’élection présidentielle de 2014, est donné grand favori de l’élection présidentielle à venir[34],[35],[36]. Mais des scandales de corruption ont raison de sa popularité et conduisent à son remplacement par Geraldo Alckmin, crédité d'un niveau d’intentions de vote beaucoup plus faible[37].

Inéligibilité de Lula

Lula da Silva en 2017.

Dès la réélection de Dilma Rousseff, en 2014, Luiz Inácio Lula da Silva laisse entendre qu'il souhaite briguer un nouveau mandat de chef de l’État. Il est donné favori dans les sondages, qui indiquent qu’il est majoritairement soutenu par les ménages les plus modestes, qui forment son électorat traditionnel, tandis que le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro le talonne chez les jeunes et l’emporte chez les hauts revenus[38],[39],[40],[41],[42].

La candidature de Lula est invalidée par le Tribunal supérieur électoral le 31 août 2018, en raison de la loi du « casier judiciaire vierge » (ficha limpa)[14]. Le 5 septembre, Lula annonce déposer des recours auprès de ce tribunal et de l'ONU[43]. Son recours au Tribunal suprême électoral est rejeté[44] et le PT se voit sommé de désigner un nouveau candidat[45]. Fernando Haddad est alors désigné pour le remplacer.

Fernando Haddad

Le 4 septembre 2018, Fernando Haddad, colistier de Lula et favori à sa succession après son inéligibilité, est mis en accusation pour des soupçons de corruption liés à sa campagne municipale de 2012[46],[47].

Fausses nouvelles

La campagne est aussi marquée par une diffusion particulièrement importante de fausses nouvelles sur internet, ciblant en particulier Fernando Haddad et le Parti des travailleurs[48],[49],[47].

Violences

De l’avis de nombreux experts, il s'agit de la campagne la plus violente que le Brésil ait connue[50]. En février 2018, la caravane de Lula essuie des tirs, qui ne font pas de blessés[50]. Fin août, des militants PSOL sont agressés alors qu'ils assistent à un meeting électoral[50]. Le candidat d'extrême droite Jair Bolsonaro mime régulièrement le geste de fusiller ses opposants, notamment les journalistes et les militants de gauche[50]. Le 8 octobre, quelques heures après le premier tour de l'élection, un sympathisant de gauche est tué par un partisan de Jair Bolsonaro au cours d'une discussion politique[51].

Tentative d'assassinat de Bolsonaro

Affiche électorale en faveur de Jair Bolsonaro.

Le 6 septembre 2018, Jair Bolsonaro est grièvement blessé à l'arme blanche lors d'un meeting se tenant à Juiz de Fora. Se trouvant dans un état critique, il subit plusieurs interventions chirurgicales[52],[53],[54]. L’assaillant présumé — militant de gauche et ancien membre du parti PSOL — déclare avoir tenté de le tuer pour « des motifs politiques, religieux, et également en raison des préjugés que montre Bolsonaro à chaque fois qu’il parle de race, de religion et des femmes »[55],[56],[57]. Rapidement, les partisans de Bolsonaro accusent le Parti des travailleurs, avec qui ils s’affirment en « guerre », tandis que les observateurs estiment que l'attentat pourrait faire baisser le taux de rejet du candidat[58],[59]. Cette tentative d’assassinat, désavouée par la classe politique, conduit à la suspension de la campagne électorale[50]. Il ne sort de l'hôpital que plus de trois semaines plus tard, le 29 septembre, après plusieurs interventions chirurgicales. Le candidat est alors à son plus haut dans les sondages, avec autour de 30 % des voix annoncées, malgré des propos homophobes et misogynes qui amènent à d'importantes manifestations, notamment de femmes. Bolsonaro bénéficie ainsi, en dépit de ses positions clivantes, du soutien de nombreux Brésiliens en raison de ses prises de position très dures au sujet de l'insécurité ainsi que d'une carrière exempte d'accusations de corruption[60].

Entre-deux-tours

Des associations de défense des personnes LGBT dénoncent un regain de violences homophobes dans le sillage du bon résultat de Jair Bolsonaro[61]. Portés par leurs très bons résultats au premier tour, des militants favorables à Jair Bolsonaro commettent des agressions contre des sympathisants de gauche ou des militants du Mouvement des paysans sans terre[62]. Bolsonaro demande l'arrêt de ces violences et déclare : « Qui a été poignardé ? C'est moi. Si quelqu'un qui porte un T-shirt à mon nom commet un excès, qu'est-ce que j'ai à voir avec cela ? Je demande aux gens d'arrêter, mais je n'ai pas le contrôle. La violence vient de l'autre côté »[63].

Programmes

Jair Bolsonaro

Le programme économique de Jair Bolsonaro est principalement rédigé par son conseiller Paulo Guedes, de sensibilité néolibérale. Il comprend la privatisation d'entreprises publiques, une plus grande dérégulation du secteur financier, la limitation des retraites par répartition et la réduction du nombre de ministères[6]. Jair Bolsonaro est par ailleurs opposé aux revendications des paysans sans terre et des communautés indigènes[23]. Dans l’entre-deux-tours, il modère son discours en promettant un programme de privatisations moins important que ce qu’il avait initialement annoncé — notamment pour Eletrobras et Petrobras — et en adoucissant son projet de réforme des retraites[63]. En outre, il s’oppose à la suppression du treizième mois des salariés et se prononce pour son inclusion dans le programme social Bolsa Família[64]. Il continue par ailleurs à tenir un discours protectionniste en dénonçant l’importance des investissements de la Chine dans le pays[63],[65].

Sur les questions environnementales, il se prononce pour le retrait du Brésil de l'accord de Paris sur le climat et la suppression du ministère de l'Environnement ; il entend également construire une autoroute traversant la forêt amazonienne, priver les communautés indigènes de leurs droits actuels afin d'ouvrir leurs territoires aux entreprises minières, assouplir les lois relatives à la protection de l'environnement et expulser des ONG écologistes[66].

Fernando Haddad

Fernando Haddad propose une réforme fiscale et bancaire afin de réduire les taux d’intérêts ainsi qu’un plan de renégociation de la dette individuelle. Favorable au planning familial, il ne mentionne pas la question de l’avortement dans son programme, mais sa candidate à la vice-présidence, Manuela d'Ávila, milite en faveur de la législation de l'avortement, sujet très polémique en raison de la puissance des mouvements conservateurs[67],[68]. En matière environnementale, bien que s’opposant à l’extension de la culture de céréales en Amazonie, il se prononce en faveur de la reprise des travaux sur la BR-319, une autoroute de 890 km située dans une des régions les plus préservées d’Amazonie[69].

Sondages

Premier tour


Sondages d'opinion avant le retrait de Lula.
Sondages d'opinion en l’absence de candidature de Lula.


Second tour


Sondages d'opinion du second tour entre Jair Bolsonaro et Fernando Haddad.


Résultats

Résultats de l'élection présidentielle brésilienne de 2018
Candidats
et colistiers
Partis
[N 1]
Premier tour[70] Second tour
Votes % Votes %
Jair Bolsonaro
Hamilton Mourão
PSL
PRTB
49 275 358 46,03
Fernando Haddad
Manuela d'Ávila
PT
PCdoB
31 341 839 29,28
Ciro Gomes
Kátia Abreu
PDT 13 344 074 12,47
Geraldo Alckmin
Ana Amélia
PSDB
PP
5 096 277 4,76
João Amoêdo
Christian Lohbauer
NOVO 2 679 596 2,50
Cabo Daciolo 
Suelene Balduino
PATRI 1 348 317 1,26
Henrique Meirelles
Germano Rigotto
MDB 1 288 941 1,20
Marina Silva
Eduardo Jorge
REDE
PV
1 069 538 1,00
Álvaro Dias
Paulo Rabello de Castro
PODE
PSC
859 574 0,80
Guilherme Boulos 
Sônia Guajajara
PSOL 617 115 0,58
Vera Lúcia Salgado 
Hertz Dias
PSTU 55 759 0,05
José Maria Eymael
Hélvio Costa
DC 41 708 0,04
João Vicente Goulart 
Léo Dias
PPL 30 176 0,03
Votes valides 107 048 272 91,21
Votes blancs 3 106 916 2,65
Votes nuls 7 206 162 6,14
Total 117 386 830 100 100
Abstention 29 919 465 20,32
Inscrits / participation 147 306 295 79,68

Analyses

Même si le Parti des travailleurs conserve majoritairement le soutien des classes les plus pauvres, Jair Bolsonaro parvient à dépasser son électorat traditionnel (jeunes, blancs, éduqués, classes moyennes et supérieures) en captant le vote d’électeurs de gauche inquiets de la montée de l'insécurité et de la corruption dans le pays[71],[72]. Ainsi, à Recife, fief historique du PT, les électeurs placent Jair Bolsonaro en tête[73].

À ce propos, l’historienne spécialiste du Brésil Maud Chirio précise : « Ce n’est pas seulement un vote de colère et de rejet, c’est aussi un vote d’adhésion à un discours ultra-conservateur qui vise à rétablir les hiérarchies sociales. C’est un vote qui veut en finir avec les politiques dynamiques d’inclusion sociale mises en place sous Lula, un vote marqué par un très fort conservatisme social[47]. ».

Après le premier tour, plusieurs spécialistes font part de leur analyse en vue du second tour. Le politologue Fernando Meireiles indique : « La possibilité que Bolsonaro gagne paraît la plus forte actuellement. Il me semble difficile que Haddad l'emporte, mais ce n'est pas impossible : il a encore une chance raisonnable »[74]. Maurício Santoro, professeur à l'université publique de Rio de Janeiro, affirme : « Haddad va devoir s'éloigner de Lula et choisir rapidement un ministre des Finances proche des marchés. Quant à Bolsonaro, il va devoir renoncer à ses discours haineux et mettre de l'ordre au sein de ses collaborateurs. »[75].

Notes et références

Notes

  1. et parti du colistier, si différent de celui du candidat.

Références

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