Édouard Frère

Édouard-Benjamin Frère, né le à Rouen, où il est mort le , est un libraire, archiviste, historien et bibliographe français.

Biographie

Il était fils et petit-fils de libraires, son éducation lui ouvrait toutes les carrières libérales, mais Édouard Frère trouva dès sa jeunesse un goût irrésistible qui le poussait vers les livres et auquel il est resté fidèle jusqu’à la mort. Il succéda en 1827 à son père dans la librairie, importante et presque séculaire déjà, que Jacques-Christophe Frère exploitait à Rouen, sur le port, et dont Dibdin parle en termes humoristiques dans son Voyage bibliographique, archéologique et pittoresque en France, traduit de l’anglais par Théodore Licquet

Il fut, de 1827 à 1842, un de ces libraires érudits et appliqués qui rendaient autant de services aux lettres que les écrivains, et sut continuer les traditions des éditeurs rouennais les plus renommés en entreprenant d’importantes publications, toutes relatives à la Normandie, sans reculer devant les sacrifices souvent considérables qu’elles imposaient à sa fortune. Pour illustrer ces ouvrages, il recourut maintes fois recours à la main fine et délicate d’Eustache-Hyacinthe Langlois, dont il aimait le style et aimait à encourager le talent.

Quand il eût fait ample provision de science, il crut pouvoir écrire à son tour, et comme il était passionné pour les traditions et les annales locales, et qu’il les connaissait autant qu’homme au monde, après avoir été, pendant de longues années, l’éditeur intelligent et heureux des publications normandes les plus remarquables, il vendit, en 1842, sa librairie à Lebrument, et fit paraître successivement des notices très érudites sur divers points de l’histoire de Normandie, et notamment sur les libraires et les livres anciens. Ces études locales réussirent, et Frère s’attela à la rédaction de son œuvre capitale, le monumental Manuel du Bibliographe normand, produit de ses immenses recherches et de renseignements communiqués par plusieurs savants normands qui lui prit cinq ans à compléter, et qui fut les mains de tous les érudits, et auquel il dut la meilleure part de sa notoriété bibliographico-littéraire. Cet ouvrage, résultat de ses immenses recherches et des nombreux renseignements qui lui avaient été communiqués par plusieurs savants normands, répondit parfaitement à ce que promettait son titre.

Nommé, en 1846, secrétaire-archiviste de la chambre de commerce de Rouen, il rendit dans ces fonctions des services importants au commerce maritime et industriel de sa région. Son instruction étendue, son application constante, son discernement et son esprit de sagesse étaient appréciés par les membres de la Chambre de Commerce, qui aimaient à recourir à ses lumières et à son expérience. Ses profondes connaissances et ses travaux si sérieux l’amenèrent en 1869 à la direction de la bibliothèque municipale de Rouen, laissée vacante par la mort de Louis Bouilhet, et pendant les quelques années qu’il y resta, il ne cessa de s’y livrer, comme toute sa vie, à un travail des plus étendus.

Admis à l’Académie de Rouen en 1845, Frère en devint l’un des membres les plus assidus et les plus laborieux, enrichissant chaque année son précis ou ses archives de travaux d’un mérite et d’un intérêt unanimement reconnus. Ses recherches sur les premiers temps de l’imprimerie en Normandie, sa notice sur l’imprimerie et la librairie à Rouen, dans les XVe et XVIe siècles, ses considérations sur les origines typographiques, une Histoire complète de l’imprimerie en Normandie encore manuscrite, le Catalogue raisonné des manuscrits normands de la Bibliothèque de Rouen, etc., montrent la prédilection portée par Frère à ce qui se rattachait aux livres ; mais il n’était pas exclusif, et faisait de temps à autre des excursions dans le domaine des lettres. C’est ainsi qu’il publia les Fragments littéraires de Jeanne Grey, une notice sur les ménestrels en France et en Angleterre, sur la littérature scandinave, une page de l’histoire des Palinods. Cette dernière production marqua son année de présidence, l’Académie de Rouen l’ayant appelé à diriger ses travaux en 1867.

En 1869, l’administration municipale confia la conservation de la riche et importante bibliothèque de la ville de Rouen à Frère, qui s’occupa, dès le premier instant, de compléter le classement et de réviser, en l’augmentant de notes nombreuses, le catalogue du dépôt remis entre ses mains. Dans une vie de soixante-seize ans, Frère ne connut pas un instant de relâche, car la mort vint le surprendre au moment où il venait de terminer l’impression du Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque municipale de Rouen, relatifs à la Normandie.

Fils de Jacques-Christophe Frère (1765-1852) et de Marguerite Thérèse Couet (née vers 1760), Édouard Frère avait épousé en 1827 Noémi Tardieu (1809-1891). De leur union naquirent Prudence (1829-1910), Henri (1836-1903, avocat à la cour de Rouen, maire de la commune de Mont-Saint-Aignan, polygraphe) et Samuel (1845-1931, peintre paysagiste, polygraphe et critique musical). Par descendance de son fils Henri, il est l'aïeul d'Étienne Frère, auteur d'une monographie consacrée à Louis Bouilhet, le bisaïeul du compositeur Georges Taconet et le quadrisaïeul du chercheur et bibliographe Édouard Graham. L'une des petites-filles d'Édouard Frère, Élisabeth, épousa le médecin et bibliographe rouennais René Helot.

Il était membre de la Société libre d’émulation de la Seine-Inférieure depuis 1828, ainsi que de la Société des antiquaires de Normandie et de la Société des bibliophiles normands.

Publications

Page de titre de l’édition princeps du Manuel du Bibliographe normand d’Édouard Frère.
  • Manuel du bibliographe normand ; ou, Dictionnaire bibliographique et historique contenant : l’indication des ouvrages relatifs à la Normandie, depuis l’origine de l’imprimerie jusqu’à nos jours ; des notes biographiques, critiques et littéraires sur les écrivains normands, sur les auteurs de publications se rattachant à la Normandie, et sur diverses notabilités de cette province ; des recherches sur l’histoire de l’imprimerie en Normandie, Rouen, A. Le Brument, 1858-1860 ; reprint New York, Franklin 1964 ; Paris, Librairie Guénéguaud, 1964 ; rééd. Genève, Slatkine Reprints, 1971.
  • Catalogue des livres rares et curieux, la plupart concernant la Normandie, Rouen, Métérie, 1874.
  • Catalogue des manuscrits relatifs à la Normandie, précédé d’une notice sur la formation de la Bibliothèque et ses accroissements successifs, Rouen, Boissel, 1874.
  • Considérations sur les origines typographiques, Rouen, Péron, 1850.
  • De l’imprimerie et de la librairie à Rouen, dans les XVe et XVIe siècles, et de Martin Morin, célèbre imprimeur rouennais, Rouen, Le Brument, 1843.
  • Des livres de liturgie des églises d’Angleterre (Salisbury, York, Hereford), imprimés à Rouen dans les XVe et XVIe siècles : étude suivie du catalogue de ces impressions, de M.CCCC.XCII à M.D.LVII, avec des notes bibliographiques, Rouen, Le Brument, 1867.
  • Discours de l’entrée de Louis XIV en sa ville de Rouen, capitale de la province et du duché de Normandie, et séjour qu’il y fit en février 1650 : accompagné de la Reine régente et des principaux personnages de la cour, Rouen, Boissel, 1863.
  • Funérailles de Georges d'Amboise, archevêque de Rouen, cardinal, légat du pape, ministre de Louis XII, et gouverneur de la Normandie : célébrées à Lyon et à Rouen du 25 mai au 20 juin 1510, Rouen, Henry Boissel, 1864.
  • Guide de l’étranger dans Rouen. Extrait de l’itinéraire de Th. Licquet, Rouen, Le Brument, 1851.
  • La Féodalité, or, Les droits du seigneur : événements mystérieux, lugubres, scandaleux, exactions, despotisme, libertinage de la noblesse et du clergé, suivis de la marche et de la décadence de la féodalité, depuis le moyen âge jusqu’à nos jours, Paris, Chez l’éditeur, 1800.
  • Les Ruines de la coutume de Normandie : ou petit dictionnaire du droit normand restant en vigueur pour les droits acquis, Rouen, Lebrument ; Paris, Durand, 1856.
  • Les Veillées littéraires illustrées : choix de romans, nouvelles, poésies, pièces de théâtre, Paris, Bry Ainé, 1849.
  • Notice sur la vie et les travaux de Marc-Isambert Brunel, Rouen, Alfred Péron, 1850.
  • Recherches sur les premiers temps de l’imprimerie en Normandie, Rouen, Édouard Frère, 1829.
  • Rouen ; son histoire, ses monuments et ses environs. Guide nécessaire aux voyageurs pour bien connaître cette capitale de la Normandie et les localités voisines les plus intéressantes ; suivi de notices sur Dieppe et Arques, Rouen, Le Brument, 1857, rééd. 1861.
  • Rouen au dix-septième siècle, Rouen, Le Brument, 1861, 1655.
  • Une séance de l’Académie des Palinods en 1640, Rouen, Le Brument, 1867.
  • Voyage historique et pittoresque de Paris à Rouen, sur la Seine, en bateau à vapeur, Rouen, Édouard Frère, 1839.

Sources

  • Julien Loth, Précis analytique des travaux de l’Académie des Sciences, Belles-lettres et Arts de Rouen, Rouen, P. Périaux, 1874, p. 204-8.
  • Catalogue des livres rares et curieux, la plupart concernant la Normandie, composant la bibliothèque de feu M. Édouard Frère, Rouen, Charles Métérie, 1874; préface par A. LeBrument, p. V-VIII.

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