Édit d'Écouen

Le Château d'Écouen, résidence d'Anne de Montmorency où séjournait Henri II.

L'édit d'Écouen est un acte promulgué par le roi de France Henri II le 2 juin 1559 afin de réprimer sévèrement l'hérésie calviniste. Il est pris avant le début des guerres de religion du XVIe siècle, et aura une influence certaine sur le déclenchement de celles-ci.

Contexte historique

C'est sous le règne d'Henri II que la réforme protestante se développe en France. Le Roi, fervent catholique, décide rapidement de prendre des mesures pour limiter l'extension de la nouvelle religion. Ainsi les Edits de Paris puis de Chateaubriant (1549 et 1551) développent entre autres les pouvoirs des juges catholiques pour condamner les hérétiques. Ils sont complétés par l'Édit de Compiègne du 24 juillet 1557 qui accentue encore la répression par les tribunaux publics, y compris envers les catholiques aidant ou hébergeant des protestants. Néanmoins l'Inquisition n'est pas rétablie dans le Royaume, dû à un conflit d'Henri II avec le Pape Jules III.

Henri II est conseillé par Diane de Poitiers, sa favorite, qui a eu beaucoup d'influence sur lui. Véritable femme d'État, et catholique convaincue, elle poussera toujours le Roi à la plus grande fermeté envers les "hérétiques".

Malgré la persécution et le nombre croissant de procès en hérésie, le protestantisme ne cesse de se développer en France, y compris chez les nobles. En septembre 1557, une émeute menée par les réformés éclate à Paris, rue Saint-Jacques. Henri II est victime d'une tentative d'assassinat, mais il ne sera pas prouvé que c'était l'œuvre des protestants puisque l'homme est immédiatement exécuté.

C'est alors qu'au sommet des troubles religieux du règne d'Henri II, le Roi, en villégiature au château d'Écouen, demeure du Connétable Anne de Montmorency, promulgue le cruel Edit d'Ecouen.

Henri II, les Montmorency et Ecouen

Blason des Montmorency

Anne de Montmorency est l'héritier de la très riche et puissante Maison de Montmorency. Il fut le meilleur ami du roi François Ier, père d'Henri II. Militaire accompli, il devient maréchal de France puis Connétable, la plus haute distinction. Également collectionneur d'art, il fait bâtir le château d'Écouen.

Henri II est très proche d'Anne de Montmorency, qu'il considère presque comme un père. Anne de Montmorency continuera ainsi à développer son pouvoir pendant ce règne. Après le roi, il est de fait l'homme le plus puissant du Royaume, avec les Guise. Il possédait plus de 600 fiefs et 130 châteaux dans tout le Royaume.

François de Coligny d'Andelot, neveu du Connétable Anne de Montmorency se convertit au protestantisme à la fin des années 1550. C'était alors un personnage important, colonel-général de l'Infanterie. L'apprenant, Henri II fait arrêter d'Andelot et ordonne qu'on l'enferme au château de Melun. Son oncle, Anne de Montmorency, obtiendra finalement sa grâce. Pendant les guerres de religions, plus tard, d'Andelot deviendra un fervent partisan de la Réforme, menant de nombreuses batailles contre l'armée régulière catholique du Royaume, de 1562 à sa mort en 1569.

Écouen devient la principale demeure du Connétable, et le lieu de villégiature préféré du Roi. Une aile entière du château est spécialement dédiée à Henri II qui y séjourne donc souvent. C'est ainsi qu'il promulguera l'édit en question dans ce lieu.

L'édit d'Écouen

L’édit est promulgué le 2 juin 1559 à Écouen. Il stipule que tous les protestants révoltés ou en fuite doivent être abattus sans procès. L’édit d’Écouen sort ainsi du cadre légal, ce qui constitue une rupture avec les édits précédents.

Dans le même temps que l’édit, Henri II rédige une suite de courriers, les « lettres d’Écouen », qui donnent mission à certains notables de traquer les réformés.

Cet acte révolte une partie du Parlement, dont certains membres ont pris le parti de la Réforme. Le 10 juin, Henri II se rend à la séance plénière du Parlement de Paris pour tenir un lit de justice afin de faire enregistrer l'édit. À cette occasion, plusieurs Parlementaires protestent publiquement. Henri II ordonne que les Parlementaires critiques soient embastillés. La plupart se rétracteront et seront libérés, à l'exception d'Anne du Bourg, fervent calviniste. Il sera pendu puis brûlé en place de Grève.

Conséquences

L’édit d'Écouen et le supplice d'Anne du Bourg sont clairement les préludes des guerres de religion. De façon générale, les édits du Roi étaient mal appliqués du fait de la faiblesse des structures administratives et judiciaires dans un Royaume encore peu centralisé. De plus, une partie des officiers convaincus par la Réforme, n'appliqueront volontairement pas les actes royaux. Et c'est justement parce que les édits n'ont que peu d'effet qu'il se produira une escalade dans la brutalité de la persécution exigée par Henri II.

Henri II meurt accidentellement quelques mois après l’édit d'Écouen, son fils François II devient alors roi à 15 ans. François II s'appuie sur les Guise pour gouverner. Il meurt en 1560, sa mère Catherine de Médicis assure alors la régence pour le nouveau roi de 10 ans, Charles IX. Pour trouver une conciliation entre protestants et catholiques, elle écartera les Guise du pouvoir, provoquant de nombreux conflits à la Cour. Les Guise et les Montmorency, les deux grandes Maisons rivales du Royaume auront une grande influence dans les guerres de religion. Si tous les Montmorency ne sont pas protestants, ils profiteront du conflit pour s'en prendre aux Guise, meneurs du parti catholique.

Malgré les édits de Catherine de Médicis défendant la liberté de culte, la marche à la guerre devient inéluctable après le massacre de Wassy (74 protestants assassinés par François de Guise). Le Connétable Anne de Montmorency trouvera la mort au cours de la bataille de Saint-Denis alors qu'il commandait les armées royales.